(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Essai Sur la Métaphysique D'Aristote"

This is a digital copy of a book that was preserved for generations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 
to make the world's books discoverable online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 
to copyright or whose legal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 
are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other marginalia present in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journey from the 
publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we have taken steps to 
prevent abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automated querying. 

We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use these files for 
personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain from automated querying Do not send automated queries of any sort to Google's system: If you are conducting research on machine 
translation, optical character recognition or other areas where access to a large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for these purposes and may be able to help. 

+ Maintain attribution The Google "watermark" you see on each file is essential for informing people about this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it legal Whatever your use, remember that you are responsible for ensuring that what you are doing is legal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can't offer guidance on whether any specific use of 
any specific book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liability can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full text of this book on the web 



at |http : //books . google . com/ 



Digitized by 



Googk 



Digitized by VjOOQIC 



Digitized by 



Googk 



Digitized by VjOOQIC 



ESSAI 

SDR LA 

METAPHYSIQUE 

D'ARISTOTE 



Digitized by 



Googk 



Digitized by 



Googk 



ESSAI 



SUR LA 



METAPHYSIQUE 

D'ARISTOTE 

^ OUVRAGE CpURONNE PAR L'INSTITUT 
(agadi&mie des sciences morales et politiques) 

PAR 

FfiLIX RAVAISSON 



Mbtapbtsiqub, 1. XII. 



TOME I 




PARIS 



IMPRIME PAR ADTOniSATION DC ROI 

A L'IMPRIMERIE ROYALE 

M DCCC XXXVII 



Digitized by 



Googk 



-niK ft^if ^*'* 

'a 



Digitized by 



Googk 



/ 



AVANT-PROPOS. 



Get ouvrage a et6 couronne par rAcad^mie 
des sciences morales et politiques il y a d^k plus 
de deux ann^es, au mois d'avril i835. Depuis, 
j'ai consacre tous mes loisirs k le revoir et k Ta- 
meliorer. L' Academic m'avait donne par Torgane 
de son illustre rapporteur^, des temoignages 
d'approbation qui m'ont encourage k developper 
Tessai quelle avait jug6 digne de son suflFrage. 
Cetait un m^moire, maintenant cest un livre 
qui ne formera pas moins de deux volumes. 

^ Voyez le Rapport de M. G)usin, p. go-i ig. 



Digitized by 



Googk 



ij AVANT-PROPOS. 

Le sujet mis au concours comprenait les ques- 
tions suivantes : 

1^ Faire connaitre Touvrage d'Aristote intitule la M4- 
taphysique, par une analyse ^tendue, et en determiner 
le plan; 

2** En faire Thistoire, en signaler Tiiifluence sur les 
syst^mes ult6rieurs dans Tantiquit^ et les temps mo- 
dernes. 

3** Rechercher et discuter la part d'erreur et la part 
de v6rit6 qui s'y trouvent, quelles sont les id^es qui en 
subsistent encore aujourd'hui, et celles qui pourraient 
entrer utilement dans la philosophie de notre si^cle. 

Le premier volume repond k la premiere de 
ces trois questions ; le second , qui suivra de pres 
celui-ci, contiendra ia reponse k la seconde et k 
la troisi^me. — L'analyse de la Metaphysique 
supposait la solution prealable de dilferentes 
questions, souvent controversees, sur Tauthen- 
ticite de cet ouvrage et Tordre dans lequel les 
parties en sbnt dispos^es. En outre, la Meta- 
physique nous etant parvenue plus ou moins in- 
complete et en desordre, une simple analyse ne 
pouvait suffire pour en devoiler le plan et faire 
connaitre k fond la doctrine qui y est contenue. 
Le premier volume se partage done en trois par- 
ties, dont la premiere, qui sert d'introduction , 



Digitized by 



Googk 



AVANT-PROPOS. iij 

traite de Thistoire et de Tauthenticit^ de la Me- 
taphysique; la seconde en renferme I'analyse, 
livre par livre , et meme , la plupart du temps , 
chapitre par chapitre; la troisiime, et la plus 
considerable de beaucoup, est une tentative de 
restitution de la throne d'Amstote sur la m^ta* 
physique ou philosophic premiere. 

Cette derniere partie se divise elle-meme en 
trois livres^ dont le premier est encore une sorte 
d'introduction aux deux autres : on y trouvera 
la determination de la place que la M^taphysique 
occupe dans I'ensemble de la philosophic d'Aris- 
tote , tant par rapport k la methode et k la forme 
de la science que par rapport k son objet. Le 
second livre contient I'histoire critique des ante- 
cedents de la Metaphysique d'Aristote d'apr^s 
Aristote lui-meme, et principalement celle de la 
philosophic platonicienne. Le troisieme, enfin» 
renferme le syst^me metaphysique d!Aristote. 
Dans le second et le troisieme livre et principa- 
lement dans ce dernier, j'ai prefere k la forme de 
la dissertation celle de Texposition, qui a Tavan- 
tage de ne pas interrompre la suite et le mou- 
vement des idees. Je renvoie dans les notes les 
principaux passages sur lesquels je m'appuie, et 
dont le simple rapprochement m'a pafu suflire, 



Digitized by 



Googk 



iv AVANT-PROPOS. 

le plus souvent, i la justification du texte; je n'y 

ai ajoute qu'un petit nombre d'eclaircissements 

sur les points les plus controverses ou les plus 

difficiles. 

Dans la pensee d'Aristote, la philosophie pre^ 
miere contient en quelque fa^on toute la philo- 
sophie, et r^ciproquement, dans I'ordre de 1'^- 
ducation de Tesprit, Tetude des autres parties 
de la philosophie doit preceder cello^ de la phi- 
losophie premiere. Tai done cru devoir faire entrer 
dans Texposition de son syst^me metaphysique 
les principes gen^raux de sa Physique, de sa 
Morale, avec la Politique qui en est inseparable, 
et de sa Logique. Le troisieme livre de la troi- 
si&me partie se divise ainsi en trois chapitres. Le 
premier contient la determination de I'objet de 
la Metaphysique. Le second est le developpement 
des deux systfemes opposes et parallfeles de la 
nature et de la science, par la physique et la 
morale d'une part, et de Tautre par la logique, 
dans leur double rapport entre eux et avec I'ob- 
jet de la metaphysique , principe sup^rieur de la 
nature et de la science. Le troisieme et dernier 
chapitre contient la theorie de I'objet propre de 
la metaphysique, ou du premier principe. En 
d'autres termes, le premier chapitre presente 



Digitized by 



Googk 



AVANT-PROPOS. v 

Tobjet de la metaphysique comme i'^tre en ge- 
neral; le secpnd developpe ToppositioD de Tetre 
et de la pens^e, ou, si Ton veut, du r^el et de 
rideal; le troisiime montre Tideiitification de la 
pensee et de Tetre en Dieu. Les trois chapitriss 
reunis doivent ofirir le tableau de la philosophie 
d'Aristote dans le cadre et sur le fonds de la 
philosopbie premiere. 

La philosophie d'Aristote, tombie depuis deux 
siecles environ dans un discredit g^n^ral et 
presque dans Foubli , commence k s*en relever. 
Mais elle ne peut reparaitre dans son vrai jour 
qu'a la lumi&re de la metaphysique degagee des 
voiles epais dont la scolastique I'avait enve- 
loppee. Dabord, toutes les parties de ce vaste 
ensemble ne peuvent etre appreci^es i leur juste 
valeur que par les rapports intimes qu elles ont 
les unfes avec les autres et avec la pensee gin^- 
rale qui les tient etroitement unies; par exemple 
les lois de la pensee , qu Aristote a fixees le pre- 
mier, ne peuvent etre entendues en leur veritable 
sens que par Tanalogie et Topposition qu elles 
oflFrent avec les lois de la nature; et les lois de 
la nature et de la pensee ne trouvent que dans 
la metaphysique leur commune explication et 
leur raison derniere. Ensuite, c'est dans la me- 



Digitized by 



Googk 



vj AVANT-PROPOS. 

taphysique que se revelent le caract^re etl*esprit 
propre de Taristotelisme en general. On s'est 
represente raristotelisme , depuis. la chute de la 
scolastique, tantot comme un systeme d'abstrac- 
tions sans realit^ et classifications logiques ou 
meme purement verbales, tant6t comme un sys^ 
teme d'empirisme analogue, dans ses principes 
psychologiques et dans ses consequences mo- 
rales, k Tepicureisme antique ou au sensualisme 
moderne. Ce sont deux erreurs qui ne peuvent 
se dissiper enti^rement que devant une exposi- 
tion complete de la Metaphysique. On verra 
qu Aristote ne s'est renferme ni dans la sphere 
de la sensation ni dans celle du raisonnement; 
que ce ne sont au contraire k ses yeiix que deux 
degres ou la philosophie s'etait successivement 
arretee avant lui , et qu elle a du franchir pour 
s'elever k ce point de vue superieur de la raison 
pure ou le reel et Tideal, Tindividuel et^l'uni- 
versel se confondent dans I'activite de la pen- 
see. Or ce point de vue, c'est celui de la phi- 
losophie premiere. 

Dans ce premier volume , ou nous nous bor- 
nons k retablir la pensee d' Aristote, nous nous 
sommes abstenu d'^noncer aucun jugement sur 



Digitized by 



Googk 



AVANT-PROPOS. vij 

les doctrines que nous exposions, et m^me, en 
general , de signaler au lecteur les rapports nom- 
breux qu'elles presentent avec des doctrines pos- 
terieures. Dans la premiere partie du second vo- 
lume, nous ferons Thistbire de Tinfluence que 
la metaphysique peripateticienne a exercee sur 
Tesprit humain, et des fortunes diverses qu elle a 
subies pendant plus de vingt si^cles. Dans la se- 
conde partie, qui formera la conclusion detout 
Touvrage, nous essayerons d*apprecier la valeur 
de cette grande et c616bre doctrine, et de deter- 
miner le role qu elle est appelee k jouer encore 
dans la philosophic. 



Digitized by 



Googk 



Digitized by 



Googk 



PREMIERE PARTIE. 

INTRODUCTION. 



Digitized by 



Googk 



Digitized by VjOOQIC 



ESSAI 

SUR LA 

METAPHYSIQUE 

D'ARISTOTE. 



PREMIERE PARTIE. 

INTRODUCTION. 

DE l'hISTOIRE ET DE L'AUTHENTlCIxi DE LA METAPHYSIQUE 

d'aristote. 



LIVRE PREMIER. 

DE L HISTOIRE DE LA METAPHYSIQUE d'aRISTOTE. 



CHAPITRE I. 

Be lliistoire des ouvrages d'Aristote en g^n^ral, jusqu'au temps 
d'Apellicon de T6os et d'Andronicus de Rhodes. 

Avant d'entreprendre i'itude de ia M^taphysique 
d'Aristote, nous avons k traiter des questions histo- 
ricpies qui nous arreteront queique temps. 



Digitized by 



Go'ogk 



4 PARTIE I. — INTRODUCTION. 

Tous les doutes qu on a (Aleves sur ie grand poeme 
de Tantiquit^ , on ies a Clevis pareiilement sur ie plus 
grand monument, peut-^tre, de la phiiosophie an- 
cienne ; la M^taphysique a eu Ie sort de THiade. La 
M^taphysique a-t-elle pour auteur Aristote, ou du 
moins est-elle de iui tout entifere? Nest-ce quun 
assemblage de trait(5s difKrents r^unis, k tort ou k 
raison, sous un titre commim? £st-il vrai enfin, si 
c'est un seul et meme iivre, et un livre authentique 
dans toutes ses parties , que diverses circonstances , 
du vivant d' Aristote ou apr^s Iui, soient venues en 
alt^rer Ie plan original, et qu'on y puisse r^tablir un 
ordre plus conforme au dessein de Tauteur ? Les cri- 
tiques se sont posi tons ces probl^mes , et ne les ont 
pas encore compl^tement r^solus : nous devons en 
chercher k notre tour la solution. 

La question de Tauthenticit^ et de Tordre de la 
M ^taphysique est li^e k celle de Thistoire , encore 
tris-obscure , des ouvrages d' Aristote. C'est par cette 
histoire que nous commencerons. Nous y s^parerons, 
aussitot que cela nous sera possible , Thistoire de la 
M^taphysique en particulier depuis Ie temps ou elle 
dut ^tre compos^e , jusqu ^ celui ou on la trouve uni- 
versellement connue et r^pandue dans Ie monde 
philosophique. 

Ce travail serait plus facile, sans doute, si nous 
avions encore Touvrage d*Hermippus de Smyme, 
ntpi Afi^orixovg, dont Diogine de Laerte avait fait 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I. CHAPITRE I. 5 

usage , les iivres d'Apeiiicon et d'Andronicus de Rho- 
des, les commentaires d'Eudorus, d*Evharmostus , 
d'Aspasius, celui de Simplicius , sans doute aussi abon- 
dant que ses autres Merits en pr^cieux renseignements 
historiques, enfin ie traite special qu*avait compost 
Adraste d*Aphrodis^e sur Tordre des iivres d*Aristote 
(nepi rf!g ragtag Tav Apig-oreXoof avyyfdfjLfjLartidv), Tout 
ceia a peri ; nous sommes r^duits i un petit nombre 
de t^moignages directs qu'ii faut rendre feconds par 
une comparaison et une discussion approfondies; 
joignez-y une midtitude dmdications plus ou moins 
indirectes , dont ie rapprocliement pent fournir quei- 
ques iumiferes. 

li nest point de sujet qui ait provoqu^ dans ies 
temps modernes de pius vives et de pius iongues con- 
troverses. Eiies commencirent avec ia Renaissance , 
au miiieu des combats du platonisme et du p^ripa- 
t^tisme; ia critique naquit de ia passion. Franfois 
Pic de ia Mirandoie avait entrepris de renverser Tau- 
torit6 d'Aristote : il ^ieva des doutes sur i'authenticit^ 
de tous ses Merits ^. La discussion s'anima, sans faire 
de progrfes, entre Nizzoii^ et Majoragio^. Le premier 
qui riunit ies principaux textes et chercha k deter- 
miner des regies de critique, fut Patrizzi, le savant 

^ Examinatw vanitaJtis doctrinee gentium, IV, 5. 
* Antapologm, de veris principiis et vera mtione phihsophandi. Parmae, 
i553,in-4*. 
' Reprehensionum Uhri duo contra Nizoliam. Mediol, i549, il^-A^ 



Digitized by 



Googk 



6 PARTIE I. — INTRODUCTION, 

mais trop partial auteur des Discussiones Peripate- 
ticcB^i Un si^cle et demi plus tardparut en France, 
une dissertation anonyme^ oil Ton en venait enfin 
au nceud de la question : on y ^branlait par une 
argumentation ingenieuse le r^cit, si longtemps ad- 
mis sans contestation, de Strabon et de Plutarque , 
sur le sort des manuscrits d*Aristote. Ce livre ou- 
bli6 depuis, signal^ de nos jours par Stahr qui nen 
a connu qu*une analyse ^ 6tait Touvrage du b^n^- 
dictin D. Liron. — Mais la critique allemande, 
ici comme ailleurs, a bientot su reprendre Tavance. 
Schneider renversa pour toujours la tradition vulgaire 
dans les Epimetra de son Edition de I'Histoire des 
animaux; Brandis * et aprfes lui Kopp^ elargirent le 
point de vue oil il avait plac6 la question, en g^- 
n^ralisant ce qu'ii n avait appliqu^ qui un seul 
des ouvrages d'Aristote. Enfin Stahr ^ a r^cemment 
traits k fond tout ce qui concerne i'histoire d'Aris- 
tote et de ses Merits, avec non moins de sagacity 
que d'^rudition — Tels sont les principaux tra- 



» Tomel,!. IV. Basil. 1 583. 

* Dans les Am^nitez de la critique, ou Dissertations et Remarques 
nouvelles sur divers points de Tantiquit^ eccl6siastique et profane. 
Paris, chez Florentin Delaiilne, 1717, in-12. 

^ Ins6r6e dans le Journal des Savants, juin 1717. 

* Rheinisches Museum fAr Phlologiey Geschichie und griechiscke Phi- 
losophie, I* (1827), 3, s. 236-254; 4, s. 259-286. 

* Bhein. Mas, far Philol etc. Ill (1829), s. 93-104. 

* Aristotelia. Halle, i83o-32. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I. CHAPITRE I. 7 

vaux oil nous avons du prendre la base de recherches 
ult^rieures. 

Gonimen9ons par reproduire int^graiement les r^- 
cits qui ont provoqu^ la controverse. Voici celui de 
Strabon ^ : 

A Scepsis naquirent Coriscus et son fib Ndfe; disciple 
d' Aristote et de Theophraste , fi&ie k^rita de la biblioth^ue 
de Th^pbraste , dont celle d* Aristote faisait parde ; car Aiistote 
(le premier, que je sacbe , qui ait rassembl^ des livres ', et 
enseign^ aux rois d*Egypte k mettre en ordre une biblio- 
theque) avait laiss^ en mourant a Th^pbraste sa biblioth^ue 
et son 6cole. Th^pbraste laissa done les livres a Ndde. Celui- 
ci les ayant port^ k Scepsis, les transmit k ses b^rltiers, gens 
ignorants, qui les tinrent enferm^s et entassi^s en d^rdre. 
Lorsqu'ils vinrent k savoir quelle ardeur mettaient les Attales , 
auxquels leur ville ob^ssait, k rassembler des livres pour la 
biUiotb^ue de Pergame , ils cacb^rent les leurs sous terre , 
dans une cave, ou ils ftirent glit^s par Tbumidit^ et par les 
vers. Longtemps apr^s , leurs descendants vendirent , pour un 
haut prix, a Apellicon de T6os les livres d* Aristote et de Tb^- 
pbraste. Or, cet Apellicon ^tait plus bibliopbile que pbilosopbe 
(^txiCtCxoi fMihXov n pxoffofo^). Voulant done restituer ce qui 
avait ^t6 rong^ , il transcrivit les livres , en en comblant mala- 
droitement les lacunes, et les publia remplis de fautes. Ainsi 
les anciens p^ripateticiens , les successeurs de Th^opbraste, 
n ayant point ces livres, a Texception d*un petit noiiibre, et 
encore d'exot^riques pour la plupart , ne pouv^ent pbi]psopber 

» Strab. XIII, 608. 

* Geci est une erreur. Yoyez Stahr, AristoteUa, II, 35; cf. Athen. 
Deipnosophist. 1,3. 



Digitized by 



Googk 



8 PARTIE I. — INTRODUCTION, 

s^rieusement , et durent se boroer k des amplifications sur un 
th^me donn^^ Ceux qui vinrent ensuite, lorsque ces livres 
eurent paru, firent mieux dans la philosophie et raristot^lisme ; 
mais ils furent souvent forces de paiier par conjecture , a cause 
de la multitude des fautes. Rome y ajouta beaucoup : car, 
au8sit6t apres la mort d*Apellicon , Sylla prit sa biblioth^ue 
en prenant Ath^nes, et la transporta a Borne. Lk elle passa 
par les mains du grammairien Tyrannion ', qui aimait fort 
Aristote et qui avait gagn^ le biblioth^aire ; et les libraires 
se servirent souvent de copies fautives qu'ils ne collationnaient 
pas , ce qui arrive encore tous les jours pour les autres livres 
qu'on met en vente, soit a Rome, soit a Alexandrie. 

Passons maintenant au r^cit de Plutarque ^ : 

SyHsL prit pour lui la biblioth^e d'Apellicon de T^s , ou 
se trouvaient la plupart des livres d' Aristote et de Th^phraste , 
encore mal connus du public. On dit que lorsqu'on I'eut trans- 
port^ a Rome, le grammairien Tyrannion en obtint la plus 
grande partie ; qu AndrOnicus de Rhodes en acquit de lui des 
copies quil publia, et ^crivit les tables qui circulent aujour- 
d*bui. Les anciens p^pat^ticiens paraissent avoir ^t^ des 
hommes doctes et lettr^ , mais n'avoir connu , encore d'une 
mani^re imparfaite, qu*un petit nombre des livres d* Aristote 
et de Th^ophraste *, parce que Th^ritage de Nd^ de Scepsis , 

^ ^vviSrf Sk tots ix rSv TLeptvdroov , tots jx^v vdikcu tots ftCTol %e6- 
^pcurtov, dkoas oCx ixjovai taI jSiSX/a, wXi^i; dX/ywv, xau fidXttrra t&v ef«- 
reptxav, fiv^ip i^ziv (pCkoGo(peiv vpayfiatixuf, oXXci Q-iaets XT?xt;0/Ceiii. 

* Aiexeip/ffttTo, ou plutdt ivsxetpiaaro, le^on adoptee par Schafer 
(Animadv, ad .Pbtarck V, i34), et par Stahr {Arist. II, 127). 
Schneider (Epim. II, p. lxxxv) pr6ftre Siexstpiaotro. 

« Plut. VHa Syll. c. 26. 

* Tav 3* kptcrtoTiXovs xai Beo^pdtnov ypaitpdiav wjxz'Kok'koU oihs 
dxptSeSf ivrerv/rixoTes. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE I. 9 

a qui Thtephraste avail laiss^ ses livres, ^tait tomb^ entre les 
mains de gens insouciants et ignorants. 

Avant d'aiier plus loin , examinons ie rapport de 
ces deux ricitsf un avee Tautre. Le second est ividem- 
ment iin abr^gi du premier; mais ii sy trouve des 
difi(6rences remarquables. Nous ne parlous pas du 
silence de Strabon sur Andronicus : on peut Texpliquer 
avec Schneider en consid^rant la derniire phrase 
comme mutil^e ; nous parlous d une difF(4rence g^n^- 
rale dans la mani^re dont les deux auteurs exposent 
les memes faits. Plutarque s exprime avec une r(5serve 
pleine de doute ; il ne prend pas sur lui la responsabi- 
lit^ de la tradition : ce n*est qu un on dit, Xiy%Tcu ; 
il ne nie pas que la plupart des livres d'Aristote soient 
jamais venus k la connaissance des successeurs de 
Th^ophraste : il se contente de dire qu'ils itaient pen 
connus dupnblic (oivraTort au^ac yveofi^o/jLifa to?c *voXXo7i) ; 
il n accuse pas les anciens p^ripat6ticiens de s'etre 
born^s k de firivoles declamations, enfin il ^sse rapi- 
dement sur Thistoire de Nil^e et de ses h^ritiers, 
comme pour se dispenser d'insister sur une chose si 
peu vraisemblable. Au contraire les paroles de Strabon 
sont empreintes d une exag^ration qui en plusieurs 
endroits semble quelque peu passionn^e^ Or, nous 

' II y a une ironie 6vidente dans le Qriaen 'ky\KvBiltiv\ Gicer. ad At* 
tic. I, 1 4 : nosli illas 'Xr^xi^dovs, Sur "krfxvOiietv, voyez Heigl , Aher So- 
phocl. Electr. und Antig. s. 196-9; cf. Buhie de libr, ArisL exot. 



Digitized by 



Googk 



10 PARTIE L — INTRODUCTION. 

Savons qu'ii avait re5u ies lemons de Tyrannion ^, et 
qu'ii avait ^tudie la philosophic piripat^ticienne avec 
Boethus de Sidon, c'est-i-dire avec un ilfeve, et peut- 
etre dans T^cole meme d'Andronicus de Rhodes ^. 
N*est-il pas tout simple qu'il cherche a rehausser le 
m^rite des travaux de ses maitres ', en exag^rant 
rignorance oii on aurait &t6 avant eux des principaux 
Merits des fondateurs du Lyc^e ? Peut-etre meme la 
source de Strabon est-eile ici le Hvre qu'Andronicus 
avait ^crit sur Aristote et ses ouvrages. Ce Kvre, 
Plutarque le connaissait aussi, puisqu'il rapporte 
ailleurs des lettres d* Aristote et d' Alexandre , lettres 
qu'Aulu-Gelle, qui Ies rapporte ^galement, declare 
tirer ex Ubro Andronici philosophi'^. II se pourrait done 
que Strabon et Plutarque eussent puis^ k une source 
commune, un peu suspecte, mais dans laquelle le 
premier devait etre dispose k avoir confiance; le se- 
cond est tout a fait d^sinteress^ dans la question, et , 
par cela seul, merite plus de credit. 



et esot. in Arist opp.l^ 117; Schneider, Epim. II, p. lxkxviii; Stahr, 
II, 27. 

» Strab. XII,82 4. 

^ Ammon. in Caieg, (ed. Aid. i546), f. 8 : Bondov fUv cZv ^vat 2i- 

Suviov, 6 S^ StSdffxaXos avtov Kv3p6vixos 6 PoSios, Strab. XVI, 

1096 : Yiorfd6s re, ^ (nve^iXoao^aafiev ^fteU tSl Kpursotikeia, 

' Dans la derni^re pbrase de Strabon, le bl4me ne tombe.pas sur 
Tyrannion, mais seulement sur Ies libraires de Rome. Voyez Stahr, 
II, 127, not. 

* Plut. Vila Alex. Magni, c. vii-,GeH. Noel. Ail. xx, 5. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE I. 11 

Dion Cassius \ qui rapporte la meme histoire d'apr^s 

Plutarque, imite sa prudence, en citant ses expressions 

memes sur le point le plus d^licat de la question : 

Suidas^ a copi^ litt^ralement le passage de Dion. 
Nous allons voir maintenant une tradition toute 
diflGSrente. L'abriviateur d'Ath^n^e dit, au d^but du 
Banquet des sophistes' : 

• . . c Ndee h^rita deslivres d'Aristote (et de Th^phraste) ; 
Ptol^m^ Philadelphe les lui acheta tous, et les transporta 
avec ceux qui venaient d'Ath^nes et de Rhodes , dans Alexan- 
drie. » 

Cette tradition sembie au premier abord contre- 
dire absolument celle que nous avons rapportie plus 
haut. Cependant la contradiction ne porte pas sur 
rbistoire de toute la bibliothfeque de Theophraste, 
car Strabon et Plutarque ne nous en disent rien , si- 
non qu'elle passa aux mains de N^l^e ; dans la suite 
deleurr^cit, iis.ne parlent que des manuscrits d'A- 
ristote et de son successeur; ce sont ces manus- 

^ Dio Cass, in A. Maii collect vett. scriptt. Romae, 1827, in-4) II, 
564. 

* Suid. V. SAXw. 

' Deipnosopk, I, 2 : kpiafloxikmv re tbv ^iX6ffo(pov [xai Se6- 

Ppeu/Jov] xai t6v rA to&tmv ^tarnpi^tTaina. ^tSXia NijX^a. flap' oS uravra, 
^9i, vptdfievos 6 Hfuiaifbs ^mXeds UrdXefuitos, ^tXdSeX^os S* iisi- 
nkmv, fterii tSv kdi^vrtdev xal juv dvd P63ov eh ri^v xeCki\v kXeidvSpetav 
yLenfyaye, Sur la vente forc^e que les Ath6niens firent k Ptol^m^e, 
voy. Galen, de vulgar, morh. Y, 4ii (ed. Basil.). 



Digitized by 



Googk 



12 PARTIE I.— INTRODUCTION. 

crits seulement qu'acb^te Apellicon et qu'emporte 

SyUa. 

Si on supposait avec Vossius^ que N^iie vendit k 
Ptol^m^e sa biblioth^que k Texception des manuscrits 
d'Aristote et de Th^ophraste, ies deux traditions pour- 
raient s'accorder. Mais cette conjecture contredit 
Ath^n^e sur un point trfes-important, puisque, suivant 
iui, ies iivres dont Neiie avait h6rit6 fiirent tous ven- 
dus k la biblioth^que alexandrine; comment Ies Merits 
meme d'Aristote et de Th^ophraste, c'est-i-dire la 
partie la plus importante de la collection, celle k la- 
quelle Ptolem^e surtout attachait le plus de prix, 
n auraient-ils pas hi compris dans le marche avant 
tous Ies autres ? II ne reste done que cette seconde 
hypotliise^ : N^l^e aurait vendu des copies k Ptol^- 
m^e et aurait transmis k ses descendants Ies manus- 
crits originaux. Le r^cit d'Athen^e s'accorde alors avec 
la partie historique de celui de Strabon. Quant k ce 
que Strabon ajoute sur le peu de connaissance qu'a- 
vaient eu Ies p^ripat^ticiens des principaux ouvrages 
de leurs maitres, c'estune simple conclusion, que la 
critique pent discuter et combattre. C*est ce qu'on a 
fait, et, ce nous semble, avec succes. 

Reprenons d*abord , dans Strabon, la phrase sur la- 
quelle roide en reality tout le d^bat : "ivviCn Ji toic c* rZr 

^ Vossius, de Sect philosoph. c. xv, 89. 
* Patric. Discuss, peripatet. p. 37, 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I. CHAPITRE I. 13 

Strabon ne nous dit pas quel sens il attache k cette 
expression d'exotSriques; mais il est clair, et cela nous 
suffit ici, qu'il entend par Ik les ouvrages les moins 
importants soit par le fond soit par la m^thode. Re- 
marquons encore qu'il fait faveu implicite que les 
livres exot^riques ne furent pas absolument les seuls 
que Ton connut avant Apeliicon. « Dans le petit 
nombre de ceux que Ton poss^dait, la plupart, dit- 
ii , ^taient exot^riques. » Plutarque se sert de termes 
plus vagues encore, et n^tablit aucune distinction 
de ce genre. 

Or nous avons des preuves plus ou moins directes 
que Ton connut k Alexandrie une grande partie des 
ouvrages d'Aristote et de Thiophraste. D abord Stra- 
bon lui-meme dit : « Aristote enseigna aux rois d'Egypte 
k composer une bibliothfeque. » Cela ne veut pas dire 
qu'il leur donna k ce sujet des instructions directes; 
ear le premier Ptol^m^e ne put commencer k for- 
mer la bibliothfeque du Brucheion qu aprfes la bataille 
dlpsus ( 3o 1 av. J.-C. ) , qui suivit de vingt et un ans 
la mort d*Aristote (322) ^ Cela signifie done qu'il ins- 
truisit les rois d'lfegypte par son exemple; par conse- 
quent sa bibliotheque ne leur resta pas inconnue. 

Suivant plusieurs auteurs anciens, ce fut Demetrius 
de Phalfere qui fiit, sotis ies deux premiers Ptoi^miees, 

^ Stahr, II, 57. 



Digitized by 



Googk 



U PARTIE I. — INTRODUCTION, 

a la tete de la biblioth^que d'Alexandrie ^ II 6tait 
Tami de Lagus dont il avait ^t6 g^n^reusement ac- 
cueilli^ ; il 6tait aussi Tami de Thiophraste, et ce fiit 
lui peut-etre qui conseilla au roi d'Egypte d'inviter ce 
phiiosophe k se rendre k sa cour '. Comment n'eAt-il 
pas obtenu de son ami des copies de ses livres et de 
ceux d'Aristote , pom* la collection qu il ^tait charg6 
de former? 

Pbiladelphe mit , k enrichir sa biblioth^que , plus 
d ardeur encore que son pfere , et il recherchait par- 
dessus tout, nous dit-on, les ouvrages d'Aristote, et les 
pay ait un haut prix^. II avait recu les lemons de Stra- 
ton de Lampsaque^, le successeur imm^diat de Th^o- 
phraste dans la direction du Lycee , et qui certaine- 
ment connaissait k fond les Merits de ses pred^cesseurs. 
Ptol^m^e dut recevoirces Merits de lui directement, 
ou entrer par son interm^diaire en relation avec N^l^e. 
Bien plus, selon le commentateur David ^, ce meme 
Ptol^m^e Philadelphe avait compost une biographic 
d'Aristote oh. il donnait le catalogue de ses ouvrages. 

* Voss. de Hist. (jiwc. I, c. x, 60-1 ; Stahr, II, 58. 
^ Plut. de Exil VIII, 874, Reisk./Stehr, II, 58. 

' Voyez Siabr, II, 59-60. 

* Ammon. in Categ. 3 a. 

* Diog. Laert. V, 58. 

" David, in Caieg. ap. Brandis, Rkein, Mus. I, 3, s. 249 : T&v 
kpiffTorektxcov avyypafAficiTcov ^oXXoSv Svrav jftXicov t6v dpid(i6p, Ss 
ipyfot'n.To'XefutJos 6 ^tXdSeX^os, avaypa(l>iiv avrav ixtotifaeifievos xal rdv 
^hv vvTou xal rfiv StdOeatv. 



1 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I. CHAPITRE r. 15 

B en comptait, ajoute-t-on, plusieurs milliers. Ge 
nombre absurde va trouver son explication , et de~ 
viendra une preuve de plus pour la th^se que nous 
soutenons. Ammonius, Simplicius, Jean Philopon, 
David, Galien ^, nous apprennent que la lib^raliti de 
Philadelphe encouragea les falsifications; qu on lui ap-- 
portait de tons cot^s des livres supposes sous le nom 
d'Aristote, et qui! se trouva ainsi dans la Grande Bi- 
blioth^que deux livres de Categories et jusqu a qua- 
rante d*Analytiques. Ptol6m6e avait sans doute en- 
registr^ tout ce qu'on avait amass^ k Alexandrie , peut- 
etre aussi tout ce qu'on poss^dait k Pergame , tout ce 
que d'autres catalogues avaient d6ji pu ^numirer. 

Or, il sort de ces faits deux consequences impor 
tantes.La premiere, c'est quon avait i Alexandrie plu- 
sieurs des principaux ouvrages d'Aristote : car on ne 
pent nier que les Categories et les Analytiques soient 
de ce nombre ; la seconde, c est que la biblioth^que de 
Nelee n etait pas consider^e comme la source unique 
d ou Ton put tirer les livres d'Aristote : car dans cette 
hypothfese toute tentative de falsification eut ii& in- 
utile. Aussi rien ne nous atteste-t-il qu*on ait jamais 
ete dans ime semblable opinion. Jean Philopon semble 
dire au contraire que ce fut dans diverses biblioth^- 
ques qu*on recueillit les quarante livres d' Analytiques 

* Ammon. in Categ. ff. 3 a, 4b; Simplic. in Categ. f. 4 b; Pbilop. 
in Analyi. pr. p. 4; Dav. loco laud.; Galen, conim. II, de Nat. hum. 
p. 138. 



Digitized by 



Googk 



16 PARTIE I. — INTRODUCTION, 

qui furent apport^s k Alexandrie ^ On voit aussi par 
ie Canon des grammairiens aiexandrins^, qu'on ajouta 
successivement , k mesure quon acqu^rait de nou- 
yeaux documents , k ia liste des Merits d'Aristote. 

D un autre c6t6 , ies principaux disciples d'Aiistote, 
teis qu'Eudfeme et Phanias, ecrivirent «i Tenvi de 
ieur maitre, » dit Ammonius, sur Ies sujets qu'il avait 
trait^s, et sous Ies titres memes qu'il avait choisis, sur. 
ies Categories, sur TAnaly tique , sur Tlnterpr^tation'. 
Eud^me 6crivit aussi sur la Physique^, et nous sa- 
vons positivement qu'il poss^dait la <putnKn axpoAa-ig, 
puisque Th^ophraste, dans uile lettre dont Simplicius 
nous a conserve un fragment, Itri envoie une rectifi- 
cation d'un passage du cinquifeme livre qu'il lui avait 

^ Philop. in Anafyt. pr., f. 4 : ^a^i ySip &s reaaapiUopra eCpidii r&v 
AvaXuTixfltfv jSf^/a iv reus tsaXoLtous |3i€Xiod)|xa({$. 

* Stahr, II, 65; cf. Kopp, im Rhein. Mns. Ill, i, s. lOO. 

' Ammon. in Categ. f . 3 a : Of yStp fiadtiTed aurov EiiSijfioi xai (bd- 
vitts >tai BeSppaa^os xarSi ^ijXov roV StSaaxtikov yeypa^xacre xanjyo- 
pias xai "Btepi ipfii^veias xa* dvctXvTtxi^v. Cf. Brandis, im Rhein. Mas. 
I, 4, 8. 267. — Th6ophra5te 6crivit des Topiques; Simplic. in Categ, 
P io5 a. — Cicer. de Fin. hon. et nud. I, 11 : «Quid? Theophrastus 
mediocriterne delectat, quum tractat locos ab Aristotele ante tracta- 
tes.* Boeth. in Uhr. de Interpr. ed. secund. (ed. Basil., 1670, T), 
p. 291 : cEt Theophrastus, ut in aliis solet, cum de similibus rebus 
tractat, quas scilicet ab Aristotele ante tractatae sunt, in libro quoque 
de Affirmatione et Negatione iisdem aliquibus verbis, quibus in hoc 
libro (sc. in lihro de Interpr.) Aristoteles usus est.» — Pasicl^s, neveu 
d*£ud^me, ^crivit sur Ies Categories. (Galen. cZe Lihr. propr. ap. 
Nannes. ad Ammon. Vita Aristot not. 71.) 

^ V. Brandis, im Rhein. Mas. I, iv, s. 281. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE I. 17 

demandi^e ^ Nous parlerons plus loin des traditions 
relatives k la M^taphysique. — Straton « le coryphee 
de r^cole p^ripat^ticienne^, » Diciarque, que Cic^- 
ron met k c6t6 d*Aristote et de Th^ophraste ', ne 
fiirent-ils pas verses dans la lecture des Merits de 
leurs maitres? Lacad6micien Xteocrate, qui ^crivit 
plusieurs iivres sous ies memes titres qu Aristote, et 
dont celui-ci refute maintes fois ies doctrines; le 
m^garique Eubulide qui intitula un dialogue : 'Api- 
roTfiAifc; Hermachus, le successeur d'Epicure, qui 
fit un livre contre Aristote : Upoc *Afi$-oT«A«y ^, Ies 
stoiciens qui le suivirent ou le combattirent si souvent 
dans leiu* logique^, et qui iui emprimtferent une partie 
de leur physique et de leur morale ^; tons ces phiio- 
sophes de difF^rehtes sectes et de difF(Srentes epoques , 
purent-ils ignorer ies plus importaijts de ses ouvrages ? 
Au reste , nous ne pouvons qu indiquer ici Ies prin- 
cipaux points que Schneider, Brandis, Kopp, Stahr, 
ont ^tabiis par des recherches nombreuses et d'inge- 
nieuses inductions. Contentons-nous done d'^noncer 
sommairement Ies r^sultats : ies iivres d' Aristote sur 
la Logique que nous avons cit^s , ses principaux trait^s 

* Simplic. in Pkys. f* 2 1 6 a. 
« Plut. adv. Colot. X, 587, Reisk. 
' Cicer. de Fin^ bon. et mal. ap. Stahr, ll, i48. 
^ Voy. Kopp. im Rhein, Mns. Ill, 1, 99; Stahr, II, 91-2. 
^ Brandis, im BKein, Mus. I, iv, 246-7. 

« Galen, de FacnU. not, t. II, 1. I, 8, Kuhn. Cicer. de Fin. IV, 
Y-vii; Stahr, II, 89-91. 

. 2 



Digitized by 



Googk 



18 PARTIE L — INTRODUCTION, 

sur la science de la nature, comme la Physique, 
THistoiredesanimaux, etc., la Morale, plusieurs de 
ses Merits sur la Politique, ses livres de Rh^torique, 
(urent connus, exploit^s, r^fut^s avant le temps d'A- 
pellicon de T^os. 



CHAPITRE 11. 

Des travaux d'Apellicon et d'Andronicus sur les ouvrages d'Aiistote. 

A quoi se reduisent done les publications que Stra- 
bon et Plutarque attribuent k Andronicus ? 

Remarquons d'abord que Cic^ron ne nomme une 
seule fois ni Tun ni Tautre, quil ne fait pas la 
moindre allusion k la pr^tendue d^couverte des ou- 
vrages d'Aristote et de Th^ophraste. Cependant il 
parie en mille occasions de ces deux philosophes et 
du m^rite de leurs successeurs ; il dit meme quelque 
part que les p^ripat^ticiens s ^cartferent k tel point 
de la premiere doctrine du Lyc^e {degeTierarant) 
wqu'ils semblaient etre n& d'eux-memes^. » PTetait-ce 
pas le lieu d'en rappeler la cause, s'il Tavait vue, avec 
Strabon, dans Timpossibiliti de puiser aux sources 
premieres du peripat^tisme ? II ne faut pas oublier 

* Cic. de Fin. V, v : cNamque horura (sc. Arist. et Theophrasli) 
posteri ita degenerarunt, ut ipsi ex se nati esse videantur. » 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE II. 19 

qu'il ^tait ii6 avec Tyrannion , qui donna des lemons a 
son Sis et iui mit en ordre sa biblioth^que \ et qu*il 
avait re5u ies lemons du stoicien Diodote, frfere de 
Boethus , ie disciple d'Andronicus et le condiscipie de 
Strabon^. Si cependant ies travaux d*Apeliicon et 
d*Andronicus n ont pas obtenu de Iui la moindre 
mention , n'est-ce pas une preuve qu'il n'y attachait 
pas une grande importance ? 

Essayons maintenant de determiner d'une mani^re 
directs en quoi consist^rent ces travaux. 

Nousavons dit quelesr^citsdifKrents, sinon oppo- 
ses, des historiens se conciiieraient ais^ment dans Thy- 
pothfese otila bibiiothfeque d'Alexandrie n aurait acquis 
que des copies des manuscrits d'Aristote et de Th^o- 
phraste, tandis que N^l^e aurait transmis ies originaux 
k ses descendants. Or, Ath^n^e nous apprend qu'Apel- 
licon avait pour Ies autographes une telle passion, qu'ii 
viola le temple de la Mfere des Dieux k Athfenes, afin 
den eniever des pieces antiques qui y ^taient d^po- 



* Cicer. Epist. ad Q. fratr. II, ep. iv; III, ep. iv, ad Attic. II, 
ep. VI; rV, ep. iv; XII, epp. ii, vi. Schneider (p. lxxxv) pense quil 
s'agit dans ces passages de Tyrannion le Jeune, disciple de TAncien, 
qui fut pris dans la guerre d'Antoine et de C6sar, et donn^ a Te- 
rentia; mais la comparaison des dates de cet 6v6nement et des 
lettres que nous venons de citer prouve qu'il se trompe. 

* Cicer. de Nat. Deor. I, iii : cDiodotus, Philo, Antiochus, Posi- 
donius, a quibns instituti sumus.» Gf. EpUt, ad Attic, II, xx; Acad. 
II, XXXV. Strab. XVI, 1096 : Bo7?0<i5 re, ^ rrvvs^ikoao^i^ffaiiev iifAeTs 
tSl KptoOorikeia, xal ^dSoros d^ek<pbs aCrov. 

. 2. 



Digitized by 



Googk 



20 PARTIE I— INTRODUCTION. 

s^es , et qu'il recherchait surtout ies ouvrages d'Aris- 
tote et en g^n^ral ies monuments de la phiiosophie 
p^ripat^ticienne^ Ges anecdotes rendent vraisem- 
blable la supposition tpie Ies manuscrits qu'ii acheta 
h Scepsis ^taient ou des autographes d*Aristote et de 
Th^ophraste , ou du moins des copies d'une haute an< 
tiquit^; mais ce qui n.est nullement vraisemblable, 
c est que toutes ies oeuvres d' Aristote et de Th^ophraste 
y fiissent comprises ; il est & croire , au contraire , qu'il 
ny en avait qu'une petite partie. En eflfet, au rapport 
de Strabon , Apeliicon transcrivit tout entiers Ies ma- 
nuscrits qu^il avait achet^s; entreprise immense, si 
eile avait embrassi tous ies Merits ou presque tons ies 
Merits d'Aristote et de Th^ophraste, ceux que nous 
poss^dons comme ceux que i'antiquit^ connaissait et 
que nous n'avons plus. De plus, ajoute-t-on, Tbumidit^ 
et ies vers avaient ditruit bien des passages , et Apelii- 
con rempiit toutes ies lacunes. Cest ici surtout qu'ii 
devient impossible d'admettre que son travail ait em- 
brass^ im cercie fort ^tendu^. En second lieu, quelque 
t^miraire qu'on veuiile supposer ce critique, dont 
Aristoci^s de Mess^ne faisait cependant beaucoup de 
cas', on ne pent croire qu'ii ait entrepris un pareii 
travail de restitution sans avoir eu sous ies yeux 
d'autres manuscrits qui vinssent au secours des siens. 

^ Athen. Deipnosoph. V, liu, ap. Stahr, II, 32, 118. 

* D. Liron, Am^nit. de la crit. p. 443. 

^ Aristocl. ap. Euseb. Propor. Evangel. XV, i; Stahr, I, 10. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE II. 21 

Mais, ajouteStrabon, T^dition donn^e par Apeiii- 
con ^tait teUement fautive que le iecteur, pour s'ex- 
piiquer le texte, en ^tait le plus souvent r^duit aux con- 
jectures (Tit TTOMa ioixoTtt xi^^tv), A Rome, la n^g^gence 
des copistes augmenta encore consid^rablement ie 
nombre des fautes. De ces deux assertions se tire 
une double cons^q[uence. 

D'abord, c'est qu'il n'est pas exact de dire, comma 
on le r^pfete toujours sans preuve, qu*Andronicus ait 
donn^ une veritable Edition d'Aristote^. Bien loin de 
fixer au temps de Tyrannion et d'Andronicus T^poque 
de la restitution du texte alt^r^ par Apellicon, Strabon 
dit que a Rome ajouta beaucoup aux fautes. » D'un 
autre c6t6, ie texte d'Aristote n'^tait pas, au temps 
dAlexandre d'Aphrodis^e, en aussi mauvais ^tat que 
nous le repr^sente Strabon. C'est done dans ie temps 
qui s'^couia d'Andronicus i Alexandre que ce texte a 
M cbrrig^ ; or, il n*a pu Tetre qu'avec ie secours de 
nouveaux manuscrits , difii^rents encore, seion toute 
apparence, de ceux qu'avait coliationn^s Apellicon ^. 

R^unissons maintenant ies t^moignages qui nous 
sent parvenus sur la nature et la valeur des travaux 
d'Andronicus de Rhodes. 

Piutarque dit seulement qu'il iivra k la publicity ies 

' I) n'y a done pas lieu 2^ conjecturer avec Brandis {Rhein. Mas. 
I, III, 249) qu Andronicus s'aida, pour son Edition, dc manuscrits 
alexandrins. 

^ D. Liron, Am6nit. de la crit. p. 443. 



Digitized by 



Googk 



22 PARTIE I. — INTRODUCTION, 

copies qu'il avait obtenues de Tyrannion , et qu ii com- 
posa des tables, des index ^ Porphyre, qui partagea en 
Enn^ades ies trait^s de Piotin , declare imiter « Apoiio- 
dore , qui divisa en dix sections ies comedies d'Epi- 
charme , et Andronicus le p^ripat^ticien, qui ciassa par 
ordre de matiires des livres d'Aristote et de Th^o- 
phraste, en r^unissant en un tout Ies trait^s partieis 
sur un meme sujet^. » Ainsi Andronicus de Rhodes 
distribua ies Merits des deux phiiosophes en n^^yfjia- 
Ttiou ; ii r^unit en corps ies petits trait^s d^tach^s ; il 
dressa ie catalogue du tout. Elnfin ii consigna ies r^- 
suitats de son travail dans un ouvrage en plusieiu:*s 
livres, ou ii traitait en gin^rai de la vie d'Aristote et 
de Th^ophraste, de Tordre et de i authenticity de leurs 
Merits. C'est ce qui r^sulte de divers t^moignages que 
nous rapporterons tons pour en tirer ensuite quelques 
consequences. 

1 ** On trouvait dans Touvrage d' Andronicus , au rap- 
port d'Ammonius, ie testament d'Aristote^; au rap- 

* Plut. VitaSyUee, c. xxvi ; kvSpSviKov eunopi^cravTa tup avrt- 

ypd^oov eU {Uaov Q-etvcu , nod dvaypd^ou to^s vvv ^po\i6vovs ^ivaxas. 

* Porphyr. Vita Plotini, c. xxiY : Mifiir<Taif*evoff S^ kt6Xk6Svpov rdp 
kOrfvaiop xal kv3p6vtxov t6v isepntaTtiTtxdp, &v 6 fUp ivixoipfiop idp. 
xo\upS6ypa<Pop els 3ixa rSfiovs (pipap avpi^yaye, 6 3* kpta1o1.£Xovs xoU 
Beo^pdalov |Si€X/a eU 'apayfiareias Stet^e, rds oixeias CnoBiaets eis 
TawT^ <TVPayayci)p, 

' Ammon. Vita Arist, ex vet transht, (ed. Buhle, in Arist 0pp. 
I, 59) : «Et mortaas est in Ghalcide, demittens testamentum scrip- 
turn , quod fertur ab Andronico et Ptolemaeo cum volominibua suorum 
tractatuum. > 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE II. 25 

port d'Aulu-Gelie , ies fameuses iettres d* Alexandre k 
Aristote et d'Aristote k Alexandre ^ 2" Seion Tauteur 
arabe de iaBibiioth^que des philosophes, ie cinqui^me 
livre contenait des Iettres d* Aristote , et la table de ses 
Merits 2. 3" Une ^ose qui se trouve dans Ies manuscrits 
k la fin de la M^taphysique de Tb^ophraste, nous ap- 
prend qu'Andronicus avait pareiliement donne une 
liste des ouvrages de ce philosophe'. 4" Dans Tarran- 
gement des Ufayfjumicn il mettait la Logique en tete 
de toutes ies autres *. 5** Dans la Logique elle-meme, il 
pla^ait Ies Categories imm^diatement avant Ies To- 
piques ^. 6** Enfin outre Tarrangement des UfetyfjumiM 
en general et des parties dont il Ies composait, il 
chercha k determiner Tordre et la constitution de 
chaque oavrage en particulier. Ainsi il parait r^sidter 
de la comparaison de plusieurs passages de Simplicius^ 
que ce fiit Andronicus qui r^unit definitivement Ies 



' GcH. Noct Attic. XX, V. 

* Casiri, Bihlioth. Arabico-Escurialens. p. 3o8 : « Alias epistolas XX 
libiis Andronicus recensuit, praeter illas quae in libro V Andronici 
memorantur, ubi et Aristotelis libronim index occurrit. » 

' Ad calc. Theophr. Metaph. : ToGro t6 ^t€kiov kvSp6vtxos [Uv xa« 
Epiumcos dyvoovaw ovSt ySip fiveiav avtov ^cas Tsetsohtvxeu iv lij ava- 
yp9fpfj t&v Seo^pdalw ^t€kia>v. 

^ Ammon. in Categ. p. 8. 

* Simplic. in Categ. f. 4 a-, Boeth. in Pradicam, (0pp. ed. Basil. 
1 5 46) , p. 191 ; cf. ibid. p. 1 14, 

* Simpl. in Phys. f. 216 a; Eudime, dans sa Physique, sorle de 
paraphrase de la Physique d'Aristote, commeniait le VI* livre apr^s 
ic V* : Kai kvSp6vtKOs Si raiiivv lifv lA^iv rofjrots roTs ^t€\iots ditoSi- 



Digitized by 



Googk 



24 PARTIE I. — INTRODUCTION, 

trois derniers iivres de ia Physique aux cinq premiers. 
7** 11 rapportait le fait des deux iivres de Categories 
trouv^s dans ia bibiiotii^que d'Aiexandrie : c'est a iui 
que David rArm^nien declare I'emprunter ^ 8** li con- 
sid^rait comme apocryphe Tappendice des Categories 
{vmdteofU) ^ , et ie traite de iTnterpritation ^ 9** li 
avait ^crit des commentaires sur ia Physique et ies 
Categories *, et un iivre sur ia Division dont Piotin 
faisait cas ^. 

li est probable qu'Andronicus de Rhodes se servit 
pour ia composition de ia partie biographique et 
bibliographique de son iivre, des Merits des aiexan- 
drins Hermippus et Ptoiem^e : on trouvait 6gaiement 
chez ces deux auteurs ie testament et ia iiste des Merits 
d'Aristote®. li dut puiser aussi k une source trfes- 

SaxTt, — Oiitca ySip ku8p6viKos iv r^ rphcfi ^€kl(p roSv kpia1or£Xovs 'Oepi 

xtvi^aeois StarcMsTcu. Cf. ibid. ff. i b, 258 a. 

^ Dav. in Categ. ap. Brandis, im Rhein. Mas. I, iii, 249' 

^ Simpl. in Categ, f. gS b : Tiuks fikv yd.p, &» xed kv^p6vix6s i</7t, 

tsapSi riiv igp6deatv tov' ^tSkiajj ^poffxeTadoJ (j^aatv vvd ttv6s taSta, 

Boetb. in Preedicam. (Basil. i546), p. 191 : « Andronicus banc esse 

adjectionem Aiistotelis non.putat.> 

' Ammon. in libr. de Interpr.^ Alex. Apbr. in Anafyt. pr. 1. I; 

Boetb. in Uhr, de Interpr, ed. secund. p. 292. 

* Simplic. in Pkys, T io3 b, 216 a; id. in Categ. f 6 b, i5 b. 

^ Boetb. de Divis. (0pp. ed. Basil. i546), p. 638 : cAndronici, 
diligentissimi senis, de Divisione liber editas, et bic idem a Plotino, 
(travissimo pbilosopbo comprobatus, et in libri Platonis, qui Sophis- 
Its inscribitur, commentariis a Porpbyrio repetitus. » 

* Hermipp. ap. Atben. Deipnosoph. XIII, 689; Gloss, ad cede. 
Theoph. Melaph.; Ammon. Vita Arislot. ex vet. translat.; in Buhle 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE II. 25 

recente, ie iivre d'ApeUicon, iivre estim6 d'Aristo- 
cifes, comme nous Tavons diji dit. 

Mais i] parait que ni ces auteurs ni ses propres re- 
cherches ne iui foumirent un criterium sur de Tau- 
thenticit^ des ouvrages d'Aristote. 11 ne se fondait pas, 
pour rejeter ie traite de Tlnterpr^tation, sur des preu- 
ves ext^rieures, historiques, mais sur un argument 
tir6 du fond meme de I'ouvrage, sur Tinexactitude 
pr^tendue d'lme citation du traits de i'Ame ; et 
Alexandre d'Aphrodisie Ie r^futa victorieusement ^ 
Porphyre d^fendit pareillement contre Iui Tappen- 
dice des Gat^ories ^. Gependant si Andronious ou 
Apellicon avaient pu consulter.les manuscrits tir^s de 
la biblioth^que d'Aristote et de ses disciples imm6- 
diats , c'eut ^t^ une autorit^ trop grave pour qu'on la 
passSt sous silence', k plus forte raison, si ces manus- 
crits ^taient imiques ; aucim commentateur ne I'a 
jamais invoqu^e. On est en droit de conclure de ce 
silence que de tous les grands ouvrages sur lesquels 
il nous reste des commentaires savants et ^tendus, 



Arist. 0pp. I, Sg; David, in Caieg. ap. Brand, im Rhein. Mus, I, iii, 
249. 

^ Boeth. in lihr. de Interpr, ed. secund. p. 292 : cAndronicus 
enim librom hunc Aristotelis esse non putat, quern Alexander vere 

fortiterque redarguit Non esse namque proprium Aristotelis hinc 

conatur ostendere quoniam quaedam Aristoteles in principio libri hu- 
jus de intellectibus animi tractat , etc. > 

* Boeth. in Pradkam. p. 191 ; Simplic. in Caieg. f. 96 b. 

' Brandis, imRhein. Mas. I, 111, 249. 



Digitized by 



Googk 



26 PARTIE I. ^ INTRODUCTION, 

aucun ne fut decouvert et public pour la premiere 
fois par Apeilicon ou par Androniois. Ainsi, quand 
Boece dit de ceiui-ci* : « quern cum exactum diiigen- 
temque Aristotelis iibrorum et judicem et reper- 
torem judicarit antiquitas, etc., » il ne faut pas s'exa- 
g^rer la portee de cette epithfete de rcpertor. Si 
Andronicus avait trouv^ ia M6taphysique, la Phy- 
sique, les Analytiques, les Topiques, la M^t^orolo- 
gique, les trait^s des Sophismes, de TAme, du Ciel, 
ou de la Gin^ration et de la Corruption, certainement 
Alexandre d'Aphrodis^e, Simplicius, Ammonius, Phi- 
lopon, ne nous Tauraient pas laiss6 ignprer. Peut-etre 
des recherches ultirieures rev^leront - elles quels 
furent les opuscules ou les fragments qu'il put d6- 
couvrir dans les biblioth^ques des grands de Rome ; 
mais jusqu a present on n'a pas le moindre indice k 
ce sujet. 

Quant k Tordre dans lequel il disposa les livres 
d*Aristote, la trace en subsiste encore; ainsi son dis- 
ciple Boethus de Sidon pensa que la n^yfjiartia, ^w- 
fftitfi devait etre plac^e avaiit la U^yfjutmlet Xoym'^\ 
Topinion d* Andronicus a pr^valu. Mais est-il vrai, 
comme Brandis le suppose ^, que lordre et les di- 
visions quavait adopt^s Andronicus soient absolu- 
ment les memes qui servent de base k nos plus an- 

* Boeth. in libr. de Interpret, ed. secund. p. 392. 

* Ammon. in Categ. f. 8. 

* Brand, im Rhein. Mus. IV, 266. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, GHAPITRE II. 27 

ciennes editions ? Stahr^ croit rencontrer ia preuve de 
cette conjecture dans une notice trouv^e par Bekker 
sur quelques manuscrits de la Rh^torique, et qui at- 
teste i'existence de deux divisions diflKrentes; Tune 
(en quatre livres} en usage chez ies Grecs, i'autre (en 
trois) en usage chez ies Latins^; or, celie-ci est pr^- 
cisement la division re^ue dans toutes ies Editions. 

Mais ia denomination de Latin, peut-elie s'appii- 
quer k Andronicus ? Non , car Andronicus est un ^cri- 
vain grec. On suppose done que ies Latins adopt^rent 
sa division » tandis que ies Grecs en suivaient une 
difilirente? Nous croyons pouvoir donner pr^cis^ment 
la preuve du contraire : ies plus anciennes Editions 
partagent en deux livres le traits des Sophismes, et 
d'apr^s une note que nous trouvons en marge d une 
traduction latine, et qui est certainement tir^e aussi de 
quelque manuscrit, cette division ^tait celle des La- 
tins*, tandis qu'Mexandre d*Aphrodisie ne fait de tout 
Touvrage qu'un seul iivre. De mSme ies commenta- 
teurs grecs ne comptent dans ia M^taphysique que 

^ Stahr, AristoteUs hei den Roemem (Leipzig, i834) in-8°) p. 29. 

^ Aristot. Opp, e,d. Bekker (Berolini, i83i, in-4''), Rhetoric. I» 
vni, i368 b : ILarA Xativovs ht xai rauTa tov a ^t€klou tlaiv\ II, 
init. 1877 b : Karai A.arlvovi ivrevSev dp^ereu rd (3 ^€kiovy xarA Si 
fiXXifva^ ip^erou t6 y ^tSXiop; III, init. i4o3 b : l^vvevdev dp^ovrat 
AoTivof Toxf Tpkov rav p^ToptxcSv kpKrroriXous ^t€kl(i)v. 

' Alex. Apbrodis. in Blench, sophist, ex vers. GuiU. Dorothei (Pa- 
ris, i542, in-r), p. 29, in marg. : uLatinl hie faciunt initium secundi 
libri Menchorum. » 



Digitized by 



Googk 



28 PARTIE I. — INTRODUCTION. 

treize livres ; ies Latins en comptent quatorze ^ ; Va des 
Grecs est pour eux ie IP, at ainsi de suite. De meme 
enfin ie trait6 de i* Interpretation est divis^ en deux 
iivres dans plusieurs manuscrits et dans Ies Editions 
de 1 496, 1 544, 1 55 1 , 1578, etc., et comme cette di- 
vision est admise par Boece ^, qui partage 6galement 
en deux parties ie traits des Sophismes ', ii est vrai- 
sembiable que c est encore la division htine. Mainte- 
nant n'est-il pas de la plus haute probability que la 
division latine n est pas celle d'Andronicus de Rhodes ? 
Nous nous fondons sur une preuve negative dont 
nous nous sommes d^j^ servis et qui a, ici encore, 
la force d'un argument direct : si ies commentateurs 
grecs s'^taient mis en opposition avec Andronicus sur 
la division des ouvrages d'Aristote, ils nauraient pas 
manqu6 de rappeler et de discuter son opinion, comme 
nous ies avons vus Ie faire sur ies questions d'ordre et 
d'authenticit^. Remarquons aussi en passant que Ies 
ooinmentateiu's grecs paraissent s'accorder ginerale- 
ment avec Adraste, Tauteur du n*p/ lig 7*|t«ff tok 
Ap/g-oTixouf avyypA/j^d'pa»v , et qu' Adraste, autant que 
nous sachions, ne s'^cartait pas de la manifere de 
voir d'Andronicus*. Ainsi, flsemble qu'il faut em- 



* Voyez Alex. Aphrodis. in Metaphys, ex vers. Gen. Sepuheda (Pa- 
is, i536, in-r) , tilul. passim. 

' Boeth. in lihr. de Interpret cd. prim. p. 260. 
•'' Boeth. Elench. sophistic, versioy p. 783, 7^6. 

* Sur Ie fait dc i'existence de deux livres de Categories (David, loc. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE 11. 29 

brasser uiie opinion opposee k ceile de Stahr : c est 
que la division grecqne ^tait g^n^ralement conforme 
k ceile. d'Andronicus. Resterait^ determiner I'origine 
de la division latine; nous inclinerions k penser qu'il 
la faut rapporter k une ^poque plus r^cente, k celle . 
des traducteurs et des commentateurs latins d'Aris- 
tote, du IV' au vi* sifecle, de Victorinus k Boece ^ 
On pourrait etre tent^ de croire que par le mot de 
Latins, il ne faut entendre ici que les scolastiques, 
et que les notices transcrites par Bekker ne sont dues 
qu*^ des copistes modemes. Mais la division en ques< 
tion est ant^rieure au moyen age, puisqu'elle se trouve 
dans Boece et qu'elle est suivie par les Arabes^ et 
par les deux plus anciens commentateurs scolastiques 
d'Aristote, ^bert le Grand et saint Thomas. En outre', 
Albert le Grand discute en plus d'un endroit le/j inter- 
pretations de certains philosophi latini qu'il oppose aux 
Grecs, et qu'il d^signe conune post^rieurs k Th^mis- 
tius'. Du reste, nous ne donnons encore notre con- 
laud.; Simpi. in Categ. f. 4 b); sur le vrai titre et la vraie place des 
Categories (Simplic. in Categ, f. 4 a; Boeth. in Pnedicam. p. 191); 
BUT Tordre des livres de la Physique (Simplic. in Phys. f. 1 b, 
316 a. 

^ Gependant ia division de la Rh6toriq[ae en trois livres se trouve 
dk^k dans Quintiiien, II, xiy. 

* yojez AristoteUs opera f latine, cvan comm. Jverrhois Cordah, (Ve- 
net.i56o),t. 1,1. VIII. 

' Mbert. M. 0pp. t. Ill (Lugd. i65i), in Metaphys, p. 4 : tSunt 
autem quidam Latinorum iocice (leg. logicx) persuasi, dicenies Deum 
esse subjectum et {ttimae scientiae primum subjectum. et divinae divi- 



Digitized by 



Googk 



30 PARTIE L — INTRODUCTION. 

jecture que pour une conjecture; il faut attendre de 
riouveaux renseignements sur cette ^cole latine que 
rhistoire a presque oubii^e et dont il serait int^res- 
sant de retrouver ies traces. 

Si nous revenons k Thypoth^se de Brandis , nous 
trouvons quelle exige quelque modification. II est 
vrai que rarrangement ^tabli ou confirm^ par Andro- 
nicus de Rhodes parait ^tre le meme en g^n^ral que 
rarrangement de nos Editions, en ce sens que celui- 
ci est g^n^ralement identique avec celui des com- 
mentateurs grecs, qui de leur cot^ suivent Androni- 
cus, et celui des Latins n en difi^re quen des points 
de peu d'importance. Mais quand il y a des difKren- 
ces, Ies anciennes Editions sont le plus souvent du 
parti des Latins. 



num et altissinue aitissimum; et hujnsmodi multa ponunt seciiiidam 
logicas et comuiuaes consequentias; et hi more Latinonim, qui om- 

nem distinctionem solutionem esse putant, etc » In libr. de Anim. 

p. 1 42-3 : c Latinorum autem philosophorum plurimi cum opinione 

Platonis in multis consentire videntur, etc » p. io6 : cintellectum 

hunc etiam multi modemorum vel Latinorum habuerunt ante haec 
tempora, sequentes Mexandri et Themistii errorem. Sed contra istos 
est sententia Averrois. » 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I. CHAPITRE III. 31 



CHAPITRE III. 

De lliistoire de la M^taphysique d'Aristote. 

Nous pouvons maintenant, de Thistoire des Merits 
d'Aristote en g^n^ral , passer k rhistoire de la M^ta- 
physique, et k la discussion des probl^mes relatifs k' 
I'authenticit^ et k Tordre de cet ouvrage , dans son en- 
semble et dans ses parties. 

A quelle ^poque la M^taphysique fut-eile connue 
pour la premiere fois ? 11 r^sulterait des lettres d'A- 
ristote et d'Alexandre dont nous avons d^ji eu oc- 
casion de paiier, que le premier aurait de son vivant 
livr^ k la publicity au moins une partie des ouvrages 
que Ton a d^sign^s dans Tantiquit^ sous le nom dLUcroa- 
matiques. Or, Plutarque pretend que par cette expres- 
sion il faut entendre ici la M^taphysique ^ Avant de 
rien decider, citons les deux lettres : 

Alexandre a Aristote : Ce n*est pas bien fait a toi d* avoir pu- 
blic tes Merits acroamatiques. En quoi nous distinguerons-nous 
des autres , si la doctrine dans laquelle nous avons ^t6 Aleves 
deviant commune a tons ? Moi , j'aimerais mieux I'emporter sur 
les autres par la connaissance des cboses les plus hautes que 
par le pouvoir. — Aristote a Alexandre : To m*as ^crit au 

^ Plut. Vita Alex. Magniy c. vii. 



Digitized by 



Googk 



32 PARTIE I. — INTRODUCTION. 

sujet des trait^s acroamatiques , pensant qu'il fallait les tenir 
secrets ; sache done qu'iis sent publics et ne le sont pas : car 
ils ne sont inteliigibles que pour ceux qui m*ont entendu. 

■ 

Bien que cette correspondance fiit rapport^e par 
Andronicus, et que les trois auteurs qui nous iont 
transmise d'apr^s lui\ n'en r^voquent pas en doute 
i authenticity, cependant le caractfere de la pensie et du 
style suffit pour la rendre fort suspecte , et elle pour- 
rait bien avoir ^t^ fabriqu^e, comme la lettre qui 
forme Imtroduction de la Rh^torique k Alexandre, 
pour accr^diter aupris des rois de Pergame ou d'Egypte 
quelque ouvrage d'Aristote , vrai ou suppose , que Ton 
voulait leur vendre. Mais il restera toujours que I'au- 
teur de cette hypothise aurait consid^r^ comme vrai- 
semblable le fait de la publication par Aristote de ses 
traitis acroamatiques, et qu* Andronicus , Plutarque, 
Atdu-GeUe, Simplicius, en pensferent de meme^. 
Ainsi, que ces lettres soient authentiques ou quelles 
ne ie soient pas , il nous importe de savoir si c'est a la 
M^taphysique qu'elles font allusion. Nous remarquons 
d abord quil y est question des livres acroamatiques 

^ £videimnent Plutarque, Aulu-Gelle (Noct Attic. XX, y), Sim- 
plicius (in Pkys. procem. sub fin.) ont pris ces lettres k la inline 
source; les variantes l^g^res quils presentent se compensent en 
quelque sorte : Ovx opd&f i'lzolrjcas ixSoxis roxis dxpoarixoxis [sic Gell. ; 
Plut. dxpoaiiarixoxis; Simplic. dxpoaftontxoxis] tQv "kiyaw rivt ydp iri 
[sic Gell. ; Plut. iif ; Simplic. ^ti] Stohoftev, etc. 

^. Kopp. im Rhein. Miis. Ill, i, 99; Stahr, II, 47-8. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE III. 33 

en general (wi^ ixpodfjtavKov^ et non simplement 
axfoctfjutTtwv^ sans article), ce qui semble devoir 
s etendre i tous ies livres de ce genre qui auraient kx& 
Merits par Aristote jusqu'au temps de cette correspon- 
dance. Mais, k y mieux regarder, il ne faut prendre 
ici axpoc£^77Xd( que dans le sens le plus restreint, et ne 
lappiiquer qu'i la science la plus haute et la plus 
difficile; cest ce que doiment k entendre ces termes 
dont se sert Alexandre: ^repi t* apis-et, et toute la 
reponse d*Aristote. D pourrait done etre question 
de la Metaphysique et duriepJ ^tT^on^iag , qui avaient 
egalement pour objet la Philosophic premiere, ou 
seuleraent de Tun de ces deux ouvrages. 

Nous allons voir par d'autres t^moignages qu*il ne 
peut s'agir de la Metaphysique ^ 

On lit dans le commentaire , encore inMit, d'As- 
clepius de TraUes sur la Metaphysique : 

Le present ouvrage n'a pas Tunite des autres ecrits d* Aristote, 
et manque d*ordre et d*enchainement. II laisse a d^sirer sous le 
rapport de la continuity du discours ; on y trouve des passages 
empruntes a des traites sur d*autres matieres ; souvent la m^me 
chose y est redite plusieurs fois. On all^gue avec raison, pour 
justifier Tauteur, qu'apres avoir ^crit ce livre il Tenvoya a Eu- 
deme de Rhodes, son disciplef et que celui-ci ne crut pas qu'il 

* Est-ce au Uepl ^ikoao<pias ou a la Metaphysique que se rapporte 
ce mot que Julien attribue h Aristote : kpKrloTsX'ns Sk 'Oporepovjotxev 
ivvo-^ffas eiveTp' Stt fiii fietov aw'r^ ^poai^xet (ppovetv inl rfji ^sokoyixij 
avyypct^ rov xa6e\6vTOS rifv Uepa&v Sijvafitv ? 

3 



Digitized by 



Googk 



34 PARTIE I. — INTRODUCTION. 

fut a propos de livrer au public, dans Tetat ou elle etait, une 
ceuvre si importante; cependant Eudeme vint a mourir, et le 
Hvre souffrit en plusieurs endroits. Ceux qui vinrent ensuite, 
n*osant y ajouter de leur chef, puiserent , pour combler les 
iacunes, dans d'autres ouvrages, et raccorderent le tout du 
mieux qu*ils purent \ 

Ainsi, le livre d'Aristote ne parut qu'apris la mort 
d'Eudfeme , qui en avait accept^ la revision. Asclepius 
ajoute que plusieurs attribuaient le premier livre de|la 
M^taphysique k Pasiclfes, fils de Boethus, frfere d*Eu- 
dfeme, et lui-meme disciple d'Aristote^. Cette partie 
de son recit, nous la trouvons reproduite dans Jean 
Philopon, avec quelques difFiirences , il est vrai : ici 
au lieu du premier livre, A, c est le second, a, ; au lieu 

^ Sainte-Croix a donn6 le passage d' Asclepius dans le Magasin ency- 
clop^dique (V* ann6e, p. 367), mais avec des fautes graves; nous ie 
reproduisons int^gralement d'apr^s ie manuscrit 1904 de la Bibi. roy. 
de Paris : 6 Sk rpSvos rrif (Twrd^eeas, Su itrttv -ff ^aapovoa tspayfiareia 
ov;^ Ofioleos rats ^"kats raTs rov kpi</loTikovs avyxexpoTrifiivrf , ovU to 
eixa»T6v ts xaH aws'^ks i)(eiv Soxovca' dXkd rtva ftiv "keheiv ^ '&p6s rd 
avv6)(ks T^skiiecos* rd Sk i^ dWeov ^payfiotTehv oX6x'krfpoi fiSTSvnvixfiat. 
xolI 'OoX'kdxtf Td auToi Xiyeiv dvoXoyovvjeu Sk uiskp tov'to , xoU xakus 
disoXoyovinar Su ypd^as Tijv 'mapovaav tstpay^MnelaVf STssfi^ev a^rifv 
EwJifjx^ T^ haipcfi (K^tov t^ PoSi^* eha ixeivos iv6\i.toe ftii slvou xaXdv 
ag hv^ev ixSodrjvou eh 'aoWox^s fvj^txa^rrjv lapOLy^ia'veiav, £v t^ oZv 
fiiffcfi xp6v(^ i'vzks^'n\aevy xal Ste^dd^nffdv rtva tov ^tiXiov ftif 'ro'kfuSv- 
Tss 3k tspoaBeivai otxodev oi yLeraysvia-lepoi Std t6 laroXi) taravu XehzfrBat 
Tiys TOW dvSpos ivvoias, iten^yayov ix t&v d(XXwt> awTOw 'vtpa'yfiaTsioJv td 
'Xsivotna, dpfioaavTSS as ^v SvvaiSp. 

* Id. ibid. : T^ ydp fietidv Sk^a, igepl oZ vuv ^pdtjoos Xiyerat, oH 
^aatv slvai ayjouj d)ikd TLacrtx'kious tov uiov BorfSov, rov dSek^oxi Eudif- 
fiov TOW ercdpov olvtov. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE III. 35 

de Pasicl^s, Pasicrate; aulieu de Boethus, Bonaeus^; 
mais les differences de nom propre n'ont aucune im- 
portance, puisque nous ne connaissons encore le com- 
mentaire de Phiiopon que dans une mauvaise tra- 
duction iatine; ie texte original porte probablement 
Pasiclfes et Boethus. Or les commentaires d' Asclepius 
et de Phiiopon ne sont pas sans importance histo 
ricpie; ce sont, de leur propre aveu, des redactions 
des legons d'Ammonius, qui avait remii de curieux 
renseignements sur Thistoire des ouvrages d'Aristote. 
Enfin , si ie r^cit d'Asclepius laissait quelque doute , 
nous pourrions 1 appuyer d*un passage d'Alexandre 
d'Aphrodiste qui en fournit une confirmation indi- 
recte, en nous apprenant qu'Eud^me revit et corrigea 
le texte de la Metaphysique^. Brandis avait d^ji con- 
jecture que le r^cit d'Asclepius ^tait emprunti au 
commentaire d' Alexandre. B se pourrait qu'il fut tir^ 
de quelque partie aujourd'hui perdue de ce commen- 
taire pr^cieux dont nous n avons plus que les cinq 
premiers livres*'*. 

t 

^ Joann. Philop. in Metapkys. ex vers. F. Patritii (Ferrarise, i5S3", 
in-f*) , p. 7 : « Hunc librum aiunt quidam esse Pasicralis filii Bonaei , 
(jui erat frater Eudemi. Auditor vero fuerat Aristotelis. » 

* Alex. Apbrodis. in Metaphjrs. VII (Bibl. reg. Paris, cod. ms. gr. 
1879, p. 35) : Kai otfieu xat tob/t« ixsivois SSei (rvvrdxl strSar xal . 
i(T6JS uvd (tiv kpt&lot£kovs avvthoLKtaLt* iv ovScfiia y^p tQv SiKkav aviov 
'opaypLareiav evplffxereu rotovidv ri ^svoivxcbs ottola ivrevOsv ^aiverdi , 
iicb i^ TOW EvSiffiov xe^'^ptoleu. 

' Voyez plus has. 

3. 



Digitized by 



Googk 



56 PARTIE I. — INTRODUCTION. 

Enfin, toute cette tradition na rien que de trfes- 
vraisemblable. Eudime etait ie plus fiddle disciple 
d'Aristote , celui qui reproduisit toujours le plus exac- 
tement ses doctrines ^ H ^tait nature! que ce fut k lui 
qu'Aristote confiat la revision de son ouvrage, comme 
il lui confia probablement la redaction ou la revision 
de Tune de ses Morales v qui poite encore le nom 
JEud^me^. 

Ainsi, la premiere partie du r^cit d'Asclepius p^ut 
etre consid^r^e comme compl^tement authentique. 
Or elle ^tablit Tauthenticit^ de la M^taphysique d'A- 
ristote en g^n^rsd. Elle prouve en meme temps que 
le principal ouvrage d'Aristote ne fut pas ignore de 
ses disciples , et achive la refutation des exag^rations 
de Strabon. 

Quant k la seconde partie , il y rfegne un vague et 
une incertitude remarquables. Asclepius ne determine 

^ Simplic. in Phjrs. T 39 : 6 Eilififios t^ kptaloTiXei 'odvra xara- 
xoXovd&v. 

* AOtKSt EuSi^fista, Ethique d'£ud^me et non pas k Eud^me; Tou- 
vrage d'Eud^me virep kvoiXvrtx&v est appel6 par Alexandre d^Aphro- 
dis6e [in Topic. II) EOSi^fteta kvaLkvjixd, Nnnnesius, ad Ammon, vii. 
Aristot Pansch (De Ethicis Nicomacheis, Bonnas, i833,in-8"), se trompe 
en disant que Nunnez croit que cet exemple est en faveur de la ver- 
sion vulgaire, Ethiqne it, Endkme; Nunnez dit tout le contraire. — H 
imi traduire de in^mc 6dtx^ Ntxofiax^eTa, par Ethicfae de NicomaqvLe, 
et consid^rer cet ouvrage comme r6dig6, ou du moins revu et mis en 
ordre par le fils d'Aristote. Petit, Miscellanea, IV, 60; Pansch, De Eth. 
Mcom. p. 3i sqq.,- Michelet (Jristotelis Ethica Nicomachea, p. 11% 
1 835 , in-8*) , ProcBm. init. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE III. 57 

ni la cause ni la nature du dommage que soufFrit le 
manuscrit de la M^taphysique, ni T^poque ou on 
tacha d'y remedier. 11 est Evident quii n a plus ici 
d'autorit^ sur laquelle il s appuie avec confiance. On 
pourrait meme etre tent^ de croire qu'il se contente 
de donner un extrait rapide du recit de Strabon ; mais 
cette supposition ne saurait se concilier avec ce qui 
precede. Si la M^taphysique fut envoy^e h Eudeine 
par Aristote , elle ne dut point passer au pouvoir de 
Nel^e avec rh^ritage de Th^ophrasle, et rester en- 
fouie jusqu'au temps de SyUa. II est done tr^s-vrai- 
semblable que les fxtreiy^vis'ifoi d'Asclepius doivent 
etre rapportes a une ^poque ant^rieure a Apellicon; 
et il est trfes-yraisemblable , en effet , qu Eudeme com- 
muniqua Touvrage du maitre k ses condisciples, et 
qu'ils travaillirent avec lui et apres lui k en combler 
les lacuj;ies. Nous venons de dire qu un livre fut attri- 
bu6 k Pasiclis; c^tait aussi une tradition chez les 
Arabes qu'une partie du premier livre avait ete ajou- 
t^e par Th^ophraste ^ ; enfin Th^ophraste ^crivit une 
M^taphysique dont un fragment nous est parvenu. Si 
pourtant les p^ripat^ticiens n ont point fait sur la Me- 
taphysique des travaux d Interpretation aussi suivis que 
sur la Physique et la Logique, il ne faut pas s'en eton- 
ner. D'un cot^, la M^taphysique ne fut jamais ache- 
Y^e; de rautre, le Lyc^e tendit chaque jour k s'^loignei: 



Albert. M. in Anafyt post. 1 , 0pp. i. I , p. 52 5. 

.3. 



Digitized by 



Googk 



58 PARTIE I. — INTRODUCTION. 

davantage des hautes speculations. Voili pourquoi, de- 
puis ie temps d'Eudime et de Thiophraste jusqu au 
sifccle d'Auguste, nous ne trouvons plus une seule 
mention, directe ou indirecte, de la Metaphysique. 

H ne faut pas non plus conclure du silence de Cice- 
ron, que, de son temps, ce livre fut absolument in^- 
dit. n ne parle pas davantage des Categories et des 
Analytiques. Acette ^poque, c'est lui qui nous Tatteste, 
lesphilosophes memes connaissaient k peine Aristofe*, 
tandis que Platon et les Socratiques ^taient entre les 
mains de tout le monde^. Les Topiques semblaient 
alors tris-obscures', les Topiques , que Simplicius 
compte avec raison parmi les plus faciles a entendre 
de tons les ouvrages d'Aristote*. Cic^ron ne voulait 
d'ailleurs qu'appliquer la phflosophie k la pratique de 
la vie publique et priv^e, et ne se souciait guere de 
tout livre qui ne se recommandait pas par le m^rite iit- 
liraire, la facility et Telegance de Texposition^. Lors 
m^me qu il aurait eu entre les mains ia M^taphy- 



* Cic. Topic. I, init. : .... iQuod quidem minime sum admiratus, 
eum pbiiosophum rhetori non esse cognitum, qui ab ipsis philoso- 
•phis, prseter admodum paucos, ignoretur. » 

* Cic. Tuscul. II, III; de OJfic. I, xxix, xxxvii. 

' Cic. Topic. I, init. : « Sed a libris te obscuritas rejecit. » 
^ Simplic. in Caieg. f. 2 : AiiXov ^e xal i^ &v iv oTs iSovk-^drf <ra^i- 
x/lara iilSa^ev, d>s iv toU MeTeeipots xai rots TovixoTs xai tous yvi^aiaus 
«tJTO0 ^o\tTeicus, L. Ideler ( in Aristot. Meteor, prwfat p. 1 2 ) propose 
de substituer ivtaro'Xous h. hoXneicus, 

* C «st k4:ause de I'imperfection de la forme qu'il parie avec tant de 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE III. 39 

sique, il eut ^te sans doute peu jaloux d'en sonder 
les obscures profondeurs ; il se contenta d'une lec- 
ture rapide et d'une intelligence superficielle du n*ci 

Quant k Apellicon et Andronicus de Rhodes , rien 
ne nous atteste qu'ils aient fait un travail special sur la 
Metaphy sique. Mais imm^diatement apr^s Androni- 
cus, arrivent les commentateurs. Ce fiitd^abord Eu- 
dorus , son disciple , qui se livra k la critique du texte ; 
ensuite un Evharmostus, que nous neconnaissons que 
par la mention quen afaite Alexandre d'Aphrodis^e^; 
enfin un philos6phe c^l^bre du tem{)s d'Auguste, 
Nicolas de Damas , qui parait avoir compost un iivre 



m^ris des eddaift nombr^ux fails avant )ui en phildsophie par les Latins ; 
il oe daignait pas mdme les lire; Tuscal. II, iii : «Est enim quoddam 
genus eoram qui se philosophos appellari volunt, quorum dicuntur 
esse Latini sane mnlii libri , qnos non contemno eqaidem, quippe quos 
nunquam legerim : sed quia profitentur illi ipsi qui eos scribunt se 
neqae dislin^te^ neque distribute, neque eleganter, neque ornate 
scribere, lectionem sine nlia delectatione negligo. i Gf. IV, iii. Stahr, 
Aristot hei den Roem. p. 55. — ^-Gitons encore un passage caract^ris 
tique que Stahr n'indiqae pas; TuscuL I, lii: cMulti jam esse libri 
dicuntur, scnpti inconsiderate ab optimis illis quidem viris, sed non 
satis eroditis. Fieri ant^m potest ut recte quis sentiat, et id quod sen- 
tit polite eloqui non pbssit; sed mandare quemquam Uteris cogitatio- 
nes suas, qui ea»nec disponere, nee iilustrare possit, nee delectatione 
aliqua allidere iectorem, hominis est intemperanter abutentis otio et 
literis. » 

^ Voye2 plus bas. 

^ Alex. Apbrodis. in Metaphy s. I, ap. Brandis, De perditis Aristote- 
lis Uhris de Ideis et de Bono sive Philosophia (Bonne, iSzS, in-8*), 



Digitized by 



Googk 



40 PARTIE I. — INTRODUCTION. 

intitule : 0f«p/flt tSv AeA^orixovf furoL 7* fvnKi\ et c'est 
ici que nous rencontrons pour ia premiere fois ce titre 
singulier de fUTA ia ^uatKA , que iouvrage d'Aristote 
conserve encore. 

Ce fait donne-t-il la preuve de ce qu on a si sou- 
vent r^p^t^ depuis Patrizzi, que ie titre de ia M^- 
taphysique est du k Andronicus de Rhodes ? II est 
vrai que ie titre qu'Aristote destinait i son iivre 6tait 
ceiui de Philosophie premiere; mais ie laissant inachev^, 
il a pu y mettre cette simple inscription : Ce (jui vient 
aprh la physique I pour lui, en efFet, ia science de ietre 
absoiu est ia fin et ie couronnement de la science de 
la nature. Ou, si Ton ne veut pas admettre avec Am- 
monius (jue ce titre soit d*Aristote lui-mcme^, c est du 
moins parmi ses disciples imm^diats quil faut en 
chercher Tauteur. Le titre de MStaphysicjae se trouve 

p. 22 : t&lopeX 3i KoTtdatos oag ixeiviis fxiv dp/euoripas oihris rifs ypa- 
^f, fteraypa^eiovs ^^ Tdtt^TT^^ ^&7epov ^tro Et7J«6pov xoi Eu'apfAe^oTov. 

^ Ghss, ad cede, Theopkr. Metaphys. (ed. Brandis, 1823), p. 323. 

' Ammon. in Categ, p. 6 : Koit ^eokoyixd (i£v ehtv rd fierd ^at- 
xiiv ^payfMTeiav aCr^ yeypaftfUva' dvep oUrco rd fierd jd (pvmxd ^etpoa- 
ijy6pev<rsv' fd ydp vvkp piaiv ^adifxa Q'eokoyias iiBdatteiv Uiov, L^opi- 
nion d^Ammonius a i\jk soutenue contre Patrizzi, mais sans preuves, 
par Angelacci ( Senteniia quod Metaphysica sint eadem quam Pkysica, 
Venet. i584, in-4*) ; Patrizzi r^pondit (Patricu Apologia, Ferrar. i584, 
iii-4^). La r6plique d'Angelucci n'est, comme son premier ouvrage, 
qu*ane vaine declamation (Angelutii Exercitationes cum Patricio, In 
quo de Metaphysicee auctore, appellatione , dispositione , etc.; Venet. 
i588, in-4°). Je n'ai pu trouver la th^se de Wilh. Feueriin, De aaihen- 
iia et inscriptione libromm Afistotelis metaphysicorwn. Altdorfii, 1720, 
in-4". 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE III. 41 

en tete cl*un fragment de Th^ophraste sur la philo- 
sophie premiere, que citait Nicolas de Damas; or, 
cette fois, ii est impossible de i'attribuer k Androni- 
cus, puisqu'il ne comiut pas cet ouvrage. Ajoutons 
que ia denomination de fju-m «7* ^unKa pr^sente dans 
sa simplicity im caract^re antique : un conunentateur 
grec du temps d'Auguste eut certainement choisi un 
autre titre. 

Nous allons entrer maintenant dans la question, 
obscure et compliqu^e , de Tauthenticit^ de la M^ta- 
physique. 



Digitized by 



Googk 



42 PARTIE I. — INTRODUCTION. 



LIVRE 11. 



DE L AUTHENTICITE DE LA METAPHYSIQUE D ARISTOTE. 



CHAPITRE I. 

Du rapport de la M6taphysique avec d'autres ouvrages d*Aristote 
consid6r6s comme perdus. 

On ne trouve pas la M^taphysique dans le catalogue 
qu'a donn6 Diogfene de Laerte des Merits d'Aristole; 
mais cela n est pas suf&sant pour la faire considerer 
comme apocryphe. La.«ource principle de Diogfene 
^tait, k ce qu'il semble, Hermippus de Smyrne ; or, i 
r^poque oil ^crivait Hermippus , la M^taphysique d*A- 
ristote pouvait bien n etre pas encore sortie du Lycee , 
non plus que celle de Theophraste dont nous avons vu 
que cet auteur ne faisait pas mention. Diog^ne , il est 
vrai, vivant au ii* siicle de T^re chr^tienne , aurait du 
etre au courant des d^couvertes ou des travaux r^cents 
sur Aristote; mais on sait que c^tait un compila- 
tem* sans critique , et le catalogue dont nous parlous 
trahit une extreme n^^igence. Aussi aucun des com- 
mentateurs tf Aristote n en a-t-il une seule fois invoqui 



Digitized by 



Googk 



LiVftE II, CHA.PITRE I. . 45 
I'autorit^. Enfin , ii n'y est pas non plus fait mention du 
traits de i'Ame et de piusieurs autres Merits dont on 
ne sbnge pas k suspecter Tauthenticit^.- On ne pent 
done tirer du silence de Diogfene de Laerte aucune 
conclusion contre i'authenticit^ de la M^taphysique. 

Mais cet ouvrage ne serait-ii pas cach6 dans la liste 
de Diogfene sous un titre qui le rendrait m^connais- 
sable , ou du moins n en retrouverait-on pas les diflR^- 
rentes parties ^parses sous des titres particuliers ? 
Dans la premifere de ces hypotheses, on aurait une 
preuve de plus pour Tauthenticit^ de la M^taphysique 
dans son ensemhle ; dans la seconde , la question d'au- 
thenticit^ ne serait pas encore completement r^solue ; 
il resterait i determiner le rapport des parties enu- 
m^r^es par Diogfene au tout que nous poss^dons , et 
par suite , la manifere dont ce tout a pu etre compost , 
refondu ou d^membr^ dans un temps post^rieur k ce- 
lui de la redaction des parties. 

La premiere hypothfese a et^ avanc^e par Titze et 
Trendelenburg. Titze ^ croit retrouver la M^taphy- 
sique dans les ATitxTit At&S'vc. Mais ce nombre xii 
ne r^pond pas k celui des livres de la M^taphysique , 
et le titre d'ATBt^T* ne serait pas sufiisamment justi- 
fie par le d^sordre que pr^sentent quelques parties. 
Cette expression d^signerait plutot des melanges, 
tels que les cra/ift/xTit, TntvTnJkTnu l^ofiojj^ etc.^ Trende- 

^ De Aristot 0pp. serie et distinctione (Lipsiae, 1826, in-8°), p. 70. 
^ Woweri Pofymathia, c. xiii, p. Yio. Cf. Bohle, ad Dioy. Laert, 



Digitized by 



Googk 



klx PARTIE I. — INTRODUCTION, 

lenburg^ propose, iia place des aTttxitt, les i^tiyufxivoL 
ng.-m }iyo( T^rjetg^ kai Jinff' : mais' le nombre xiv n est 
gu^re plus Qonvenable que le iiombrf xa , puijsque les 
Grecs ne comptaient dans la M etaphysique que treize 
livres. Quant au titre dH^vynfiivA n^iA jivog, ii ne pour- 
rait convenir, ce nous semble, qui des discussions 
de piu'e dialectique ^. — La M^taphysique dans son 
ensemble n est done comprise sous aucun titre gene- 
ral dans le catalogue de Diogene de Laerte. 

Passons k la seconde hypoth^se , dont Samuel Petit 
est le premier auteur , et qui a 6x6 divelopp^e dans 
diflKrents sens par Buhle' et surtout par Titze. 

Un certain nombre des grands ouvrages d*Aristote 
n est pas cit^ daas Diogene de Laerte et dans TAno- 
nyme de Manage. Au contraire on y trouve une foule 
de petits trait&s qui passent pOur perdus, et dont les 
titres se rapportent assez bien aux sujets de difKrentes 
parties de ces grands ouvrages. B est naturel , a-t-on 
dit, de les identifier avec ces parties : id^e ing^nieuse 
et simple, mais dont le difaut de documents rend 
Tapplication tr^s-hasardeuse. Dans ]a plupart des cas, 
on ne pent arriver qu'i ^tablir Tanalogie plus ou 

in Arisiot 0pp. ed. I, 3 9. Jean Philopon cite les dfraxTa de Simonide 
(Inordinata. Comment, in Metaph. ) . 

^ Platonis de ideis ei numeris docifina ex Aiisiotele iUustraia (Lipsise, 
1826, io-S'), p. 10. 

* Voyezplus has, partie III. 

' De Ubris Aristotelis deperditis, in Commentt. Societ reg. Goiting. 
t. XV. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHA.PITRE I. 45 

moins intime des ouvrages qui nous restent avec 
ceux qu'^num^rent sous d'autres litres les catalogues 
anciens : mais de Tanaiogie k Tidentit^ il y a un abime 
qu'on ne peut franchir sans p^ril. Dans Tardeur de 
la d^couverte, on a pu souvent Toublier; mais nous 
ne saurions trop insister ici sur cette distinction : la 
complication de la question que nous discutons exige 
une prudence de m^thode qui partout aiUeurs pas- 
serait pour excessive. 

En second lieu, on a cm pouvoir ^tablir la rela- 
tion des ouvrages que nous avons encore aux ouvrages 
analogues que nous naurions plus, sur une nouvelle 
supposition; celle de plusieurs redactions ou refontes 
des memes livres sous des titres difr(^rents. EUe ferait 
• perdre, si elle se v^rifiait en g^n^ral, un des princi- 
paux avantages que la critique pouvait esp^rer de la 
premiere hypothfese sagement employee, Tavantage 
de reduire le nombre incroyable auquel il faudrait 
porter les Merits d'Aristote, si Ton ajoutait a ceux 
que nous possedons ceux qui passent pour perdus. 
Diogfene de Laerte lui attribue prfes de cent cinquante 
trait^s , dont un grand nombre composes de plusieurs 
livres ; les historiens post^rieurs ont encore beaucoup 
ench^ri sur ce calcuP. 

n ne sera done pas inutile , avant d'en venir k ce 
qui conceme sp^cialement la M^taphysique et ses 

^ L'anonyme de Manage attribue k Aristote pr^s de quatre cents 
livres; Vanonyme de Casiri en compte plus de cinq cents. 



Digitized by 



Googk 



46 PARTIE I. — INTRODUCTION. 

parties, de faire quelques remarques sur les cauhes 
qui ont pu concourir k grossir plus qu'il ne le fai- 
iait les catalogues des Merits d'Aristote, et d'en tirer 
quelques consequences g^n^rales. 

i*" « Je pense, dit GSsar Scaliger, que la plupart des 
livres ^num^r^s par Diog^ne de Laerte , sous ie nom 
d'Aristote, ne sont autre chose que des redactions 
de ses com^s faites par ses disciples. Tels sont le 
traite des Plantes et les petits livres sur X^nophane 
et Zenon^ » Ces derniers trait^s sqnt en etFet donnes 
par un manuscrit k Theophraste; Galien rapporte au 
peripateticien M^non les livres de medecine que Ton 
attribuait & Aristote et que nous navons plus; plu- 
sieurs passages de Philodfeme , retrouves dans les pa- 
pyrus d'Hercuianum , ont restitu^ rEconomique i'* 
Theophraste^. En outre, on pent expliquer jusqui 
un certain point, par la supposition de Scaliger, 
cette multitude de titres identiques ou presque iden- 
tiques que Diogfene rapporte k autant d buvrages dif- 
ftrents ; ce seraient des redactions de diflFerents ei^ves 

1 Comment in Jrisioi. Uhr. d^ Phnth (i566, in-f), I, i j : «Ple- 
rosque libros ab eodem Laertio enumeratos, a discipulis excep- 

tos ex dictantis ore atque confectos esse puto Praeterea videmus 

eadem argumenta turn ab illo tractata primum, turn ab aliis postea 
repetita, aut aucta commentariis, etc.» 

* Brandis, im Rhein. Mus. I, iv, 260. — Sur rEconomique, voyez 
Schneider, Comment in Varron. de Re rust I, xyii, 3oi et seqq.; 
GottUng, prssfat nd Aristot GEconom. (lena, i83o, in-S"), p. 17; 
Stahr, Aristot bei den Roem. p. 243. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II. CHAPITRE I. 47 

et de dififi^rentes ann^es. Telle serait iine partie de cea 
nombreux trait^s de Rh^torique^ et de Logique, peut- 
etre encore les 'Hfiixflt BvJ)ifiuA et 'Hfi/xce fuyixoL dont 
Diogine ne parie point. Les Categories qui furenttrou- 
vees k Aiexandrie , et qui ne diffi^raient pas pour le 
fond ni pour le style des Categories que nous avons^, 
n'^taient sans doute qu'une autre redaction des lemons 
d'Arifltote. On avait aussi deux septi^mes livres de la 
Physique , peu diff^rents Tun de Tautre' ; et il se pour- 
rait qu'Aristote ne fiiit Tauteur imm^diat ni de celui 
que les commentateurs ont rejet^ , ni de celui qu'ils 
ont admis^. Enfin, au rapport de Francois de la Mi- 
randole, on trouvait dans un manuscrit grec assez 
ancien de la biblioth^que de Florence une redaction 
du V* livre de la M^taphysique , difKrente de celle 
qui a 6t6 imprim^e pour la premiere fois en grec par 

* Ainsi le Tixvris tifs BetoSinTou ehayayyii, que Quintilien (Irutiiat. 
orat, II, lY, lo) ne salt s'il doit rapporter k Aristote ou k Tb^o- 
decte, son ^l^ve. Voy. Stahr, Aristot beiden Roem. p. ii5; Anstotelia, 
II, i54, 228. 

^ Simplic. in Categ. f* 5 b : <!>ipercu Koi d!XXo Tofy xarnyopiSv ^i- 
^ov as kpi</Jo7iXovs, xai aM 6v ^pa^^ xaii a^vto\Lov xardL rifv "Xi^tv, 
xai Stupiaeatv okiycus Sia^ep^fievov. Boetb. in Piwdicam. ( ed. Basil. 
i546), p. ii4. 

• Simplic. in Pkjrs. VII, init. : ^xfis Sk ^ipsrou, xaia rffp X^fiv 
^i^miP i/ov oXtyriv 7$vit Sia^opdv, 

^ Eud^me, dans sa parapbrase de la Pbysique, ne faisait pas men- 
tion du Vir livre. Simplic. in Physic, f* 24a. — Si on excluait cc 
liwe de la Pbysique, on pourrait retrouver dans le VP et le VIIF le 
Dcpj Httn^aeofs a ^ de Diog^ne de Laerte. 



Digitized by 



Googk 



ft8 PARTIE I. — INTRODUCTION. 

Aide Manuce, et qu'ont seide reproduite toutes les 
Editions. N'6tait-ce point encore i'ouvrage de queique 
Hhye du Lyc^e, ou queique paraphrase dun kge pos- 
t^rieurPD est permis de le penser^. a** Souvent un 
meme ouvrage recevait plusieurs titres, soit d'Aristote 
lui-meme, soit des historiens ou des commentateurs. 
Ainsi les Categories s'appelferent en meme temps ou 
successivement : iTipi twv >€f»v tw omt, iitpi iSv ^ng. yt- 
vavy KAvi^pidLi iing», Kee7if;pp/flt/ , Ilgf iSv Tijmf OU TWnxiv^; 
le trait^ de ITnterpr^tation, nip/ n^eiia%»v ^; le pre- 
mier livre des Topiques, n^ iSv Tijiav ; le huitifeme, 
nip/ ipuTiaiuf ij imxfitrui^^ et ITip/ ntt^iac ij imKfinedc ^ ; 
les cinq premiers livres de la Physique , llipi ifx^^ et 
^vaiKti iKpodLoj^^ et les trois derniers UtcA xsvnatmc- Le 
ritp/ ^ot^im parait identique avec le nip/ rov 7rir)(uv « 
7iv7nv6ivafy etle lltpi Trnff^uv » tt. avec le premier livre du 

^ Franc. Pic. Mirand. Exam, vanit. doctr. gent IV, v : « Et quoad 
pertinet ad Graecos (sc. codices] , quintus liber aiiter sese habet in 
aliquibus antiquis, ac in his qui sunt formis stanneis excusa Venetiis. 
Illud quoque sit indicio quod in Marciana Florentina bibliotbeca ex- 
tat codex vetustus satis in quo repetuntur quas in quinto libro dicta 
sunt secus ac in aliis. » 
. ' Simplic. in Categ. f. 4 a. 

» Id. ibid. 

* Alex. Apbrodis. in Topic, ff. 5, 249; Brandis, De perd. Aristot 
lihr. etc. p. 7. 

* Joann. Pbilopon. in Physic, f. 1 b. Simpiic. in Physic, f. 1 b : 
kipa&los Sk iv T^ TSepl tiis rd^soDS r6h kp$&7o7£Xovs ovyypaftftdrtnf Iff- 
TopeT isap^ (Uv tivow 'tstpl dp^fiv i'Ktyeypd(pB(u rifii "epayfiareiav vv^ 
d(XX&>t> S^ ^fftxffs dxpodaeas' nvSis S^ mdiktv tSl fUv 'ap&xet ^aivTe 'eepl 
dpyfiv i'Kiypd<peiv ^ai' tk ik XotvSi tpla mepi xtvi^ceoos. O^ta ii ^aive- 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE I. 49 

traiti de la G6n^ration et de la Corruption ^ Les 
premieres Analytiques se nommaient encore n%pi 
au>^oyiqiou, et les secondes Utfi eanJ^i^t»f^. La rai- 
son de cette pluralite de titres est facile k concevoir : 
Aristote, en citant ses propres ouvrages , n'en d^signe 
jamais les diflKrents livres par le mot de fiiGxU et par 
le num^ro qui leur assigne leur rang dans un ouvrage 
total ; il se contente de renvoyer k Touvrage entier ou 
d'indiquer les parties par un titre qui en exprime le 
sujet*. Les historiens auront pris chacune de ces cita- 
tions pour rindication d'un traits special. 

3** Enfin une circonstance tout ext^rieure dut con- 
courir k la division des grands ouvrages en parties 
et k la midtiplication des titres. Les manuscrits ^taient 
rares et chers ; souvent on ne transcrivait pas int^gra- 

rat xal kpialoriXiijs .adr&v isciXXayov itsfivrfiAivos. Id. f. ai6 a. Gf. Aris- 
iot. Metaphys, IX, viii, 186, Brand. EUi. Nicom. p. 1174 b, Bekk. 

^ Aristot., de Anim. I, xi; II, v; Brandis, De perd. Aristot Ubr. 
p. 7; cf. Boeth. in Pradicam. p. 190. — Trendelenburg (Comm. in 
Ubr, de Anim. p. i23; de Categ. probisio academ. p. i5) pense que le 
Uepl yeviaecas x. ^d. ne r^pond pas sufFisamment au renvoi du traits de 
rAine, et que le Uepl aloi^eiojv doit ^tre consid6r6 comme un ouvrage 
s^par^. Nous ne partageons pas ces deux opinibns qui sont en contra- 
diction avec un passage formel de Gdien. Galen, de Elem. sec. Hip- 
pocr. I, IX, ap. Ideler, Comm. in Aristot. Meteorol. 11, 537. 

* Galen, de Lihr. propr. t. IV, 867, ap. Buble, De Ubr. Aristot. de- 
perd. in Comm. Soc. reg. Crotting. XV, 71. 

' fty ToTs, iv TOts "kdyois, xon^ roGf "kdyovf, iv roU J^eoipi^fiafft ^epi 
x.r.X. et jamais iv t& j3f^^^ iv tots fii€kioif, Patric. Discuss. peripcUet, 
p. 63. 

4 



Digitized by 



Googk 



50 PARTIE I. — INTRODUCTION, 

lement un ouvrage considerable : on en copiait , sa- 
lon le besoin, des fragments plus ou moins ^tendus, 
quelquefois un, deux ou troislivres, quelquefbis un 
passage qui k lui seul faisait un tout. Or chaque frag- 
ment ainsi s^par^ exigeait un titre. Ainsi quand Ptole- 
m^e Philadelphe forma la biblioth^que d'Alexandrie, 
ii. faisait enlever ^ tons ceux qui venaient en Egypte 
les manuscrits dont Us ^taient possesseiu^s, et ne leur 
en laissait quune copie; wensuite, ajoute Galien, 
les employes ^crivaient un titre en tete de chacun 
des manuscrits qu on avait mis a part : car on ne les 
pla9ait pas imm^diatement dans les biblioth^ques ; 
on les entassait d abord dans un local provisoire*. n On 
attendait done, pour ranger ces manuscrits, que 
d*autres manuscrits vinssent les completer, et que Ton 
put classerle tout dans fordre des matiires, sous des 
titres g^n^raux. Mais les titres provisoires etaient sans 
doute transcrits sur des catalogues ; les arrangements 
provisoires durent souvent y devenir d^finitifs, etc. 
Le catalogue de Diogfene de Laerte pourrait bien, 

^ Galen, de Vulg. morb. II (ed. Basil, t. Y), p. 4ii : 0<X<^iftov 
vepl fit€Xla T6y t« fioimXict tyi^ Afy^itlw Ulokepmov o^t» yive<ydcU ^- 
mv, dfs xai t&v jearairXetJi'Ttf v dudyroiv tA ^Skia HeXevmu ^p6s aiutdv 
xoyJistrdeu, xai rdjjei sis kcuvo^s )(dfyTas ypdf^ovraf iiioptu lUp r^ ypa- 
^itntu Toif 3e9it6ttus, Sv xara'oXsuadinwp ixofUtrSnaup ou ^iSXot tfpds 

TO0 ^wJtki^is Oirnp^oi t6 ivoyum rots difOudefUvois sis rds dvoO^xoLs* oC 
ydp sOdioi>s sit rds |3i€Xfo6]fxa^ a^d ^ipsiv, aXXd mpo^sfov ip otxotf 
rtcl xaxaridsaBm aotprfSivp, 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE I. 51 

comme on Ta dit, n'etre en grande partie que la copie 
ou Textrait d un catalogue semblable. 

Tels sont les faits et les considerations qui nous 
semblent pouvoir servir, sans hypotheses hasard^es, 
soit k r^duire les uns aux autres les ouvrages analogues 
entre eux que Tantiquit^ attribue k Aristote, soit k 
en retrouver le rapport et par suite k en verifier 
Tauthenticit^ dans leur ensemble comme dans leurs 
parties. L*hypothese de deux redactions, comme 
moyen universel d'explication , nous parait, sous les 
diverses formes qu'on lui a donn^es, non moins 
inutQe qu'arbitraire. Samuel Petit imagine que la pre- 
miere etait exotdrique et servait de base k la seconde, 
ou Aristote reprenait le sujet en sous-oeuvre, pour 
trailer k fond et avec d^veloppement ce qu'il n'avait 
d'abord qu'ebauche. Mais si de eette manifere on 
conceit comment les trait^s primitifs auraient du p^rir, 
TcBuvre achevAe et complete faisant oublier la pre- 
miere ebauche, on ne con^oit pas pourquoi ce se- 
raient , dans le plus grand nombre de cas, les ouvrages 
les plus importants, les redactions definitives, qui au- 
raiait ete oubUees de Di(^en€ de Laerte ; circons- 
tance qui s'explique au contraire, jusqu'^ un certain 
point , par les observa^ns que nous avons presen- 
tees tout k rheure : les copies completes devaient 
etre plus rares que les copies incompletes. 

Suivant TitzeV Aristote ne composait pas tout 

f 

* De Aristot. libror, ser. et distinct, p. 7. 



Digitized by 



Googk 



52 PARTIE I. — INTRODUCTION. 

d'une haieine ses grands ouvrages : H en ^crivait 
d'abord des parties qui devaient lui servir de mat^- 
riaux et quii piibliait mfime s^parement; ensuite il 
faisait un choix parmi ces essais, les assemblait , ies 
refondait, eny ajoutant un prologue, etformait ainsi 
xin^ ^AyfjuLTiU, telle que TEthique, la Physique ou 
la M^taphysique. Cette supposition n'est pas mieux 
prouv^e que celle de Samuel Petit; de plus, elle prete 
k Aristote une manifere peu en harmonie avec la 
nature de son g^nie. Tout ce travail successif et 
fragmentaire, puis cette agr^gation de parties s^- 
par^es , ces additions d*introductions faites aprfes coup, 
tout cela h'est pas le proc^d^ d'une pens^e creatrice. 
« Le tout est ant^rieur k la partie , » c'est un principe 
d' Aristote, et Texamen de ses ouvrages fait assez voir 
qu il en est de meme dans son esprit , et que c'est par 
r ensemble qu'H a con9u le detail. Les cinq premiers 
livres de la Physique , TEthique et la Politique dans 
leur intime connexion , les trois livres de TAme , etc. , 
sont des compositions sorties chacune dun mfeme 
dessein; les Introductions nen sont pas non plus des 
additions plus r^centes ; elles constituent une partie 
essentielle du sujet, elles y marquent le point de de- 
part et le premier pas de la mithode. 

Ce que Ton congoit tris-bien et que Ton pouiirait 
presque affirmersans preuve, c'est que quelquefois, 
et sans que ce fut chez lui im systfeme arrets , Aristote 
a du reprendre un sujet d^ji traite, pour le resserrer 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 55 

ou ie deveiopper dans un nouvel ouvrage. H en a ^t^ 
ainsi de ia M^taphysique. Aristote Ta refaite, comme 
on Ta dit, sur ia base du n«p/ ^i\6C9fiaf'y mais ie n«pi 
^iXoc9^itxf n'y est pas tout entier , pr^cid^ seuiement 
de traites accessoires, quiauraient d^ji eu une exis- 
tence a part; il a ^t^ convert! en un traits pius 
compiet; ceiui-ci est rest^ inacliev^, queiques iivres 
authentiques ou apocryplies y ont ^ti intercai^s pius 
tard; mais ia M^tapliysique , abstraction faite de ces 
additions, forme un corps veritable, et ies membres 
qu'on en pourrait retrouver dans Diogine de Laerte 
ont du en etre s^par^s par i une des causes acciden- 
teiies que nous avons ^num^rees : c est ce qui nous 
reste i ^tabiir. 



CHAPITRE II. 

Da rapport de la M^taphysique d'Aristote avec Ies traites sur la 
Philosophie, sur Ie Bien, sur Ies Id6es, etc. 

Da traite sar la Philosophie. 

Le rigpi (piXoff9(p!a4 fut 6crit avant la Physique et avant 
Ie traits de TAme ^ Mais des le d^but de la Physique, 

* Phy$. II, II; de Anim. I, ii. 



Digitized by 



Googk 



54 PARTIE L — INTRODUCTION. 

Aristote annonce ie projet d'^crire de nouveau sur la 
philosophic premiere, sous le titre plus explicite de 
xiipi -^c "s^MTvc piXoanfiof : (( Le principe de la forme 
est>il un ou midtiple ? c est h la philosophie pi^emi^re 
d'en decider; r^servons done ce prohi^me pour un 
autre temps ^ » Les demiers livres de la Physique et 
le traits du Ciei, qui sent ^troitem^nt li^s, forment, 
par la th^orie du mouvement ^ternel, la transition 
de la science de la Nature k la science du premier 
moteur : Aristote commence k y feire entrevoir f objet 
de Touvrage qu'il m^ditait^. B s'y r^fere egalement 
dans la Morale , pour les questions de la Providence 
et de la reality des id^es^. Enfin, dans le traits du 
Mouvement des animaux, il declare qu'il a pr^cMem- 
ment traits du premier mobile et du premier moteur 

^ Phys. I, sub fin. : Hep* ik Tff$ xarA to cWoj dp^ris, tsdrepov ftici fj 
'Wo'XXai^ xal ris fj rives dal, it* dxptSeias t^$ 'opdyn^s ^tkoao^ias ipyov 
i&lt oiophw Sole eU ixeXvov tdv xtupdv dTsoxeioBoi. 

* Phys. VIII, i; de Ccel. I, viii (sur la question de savoir s'il y a 
plusieurs cieux) : Sti ik xaj itd rah ix tifs tfpt&nns (pikoao^ias \6ytav 
SetxQein &v, xai ix rris xtJieX^ xfvtfo-eo);, ^v dvotyxefSop dtSiov 6\toiti)f iv- 
ravBa elvat xai iv roTf £k\ots x6(Tftots. Gf. Metaphys. XII, 253-358, 
ed. Brandis. — Dem^me, de Gener, et corr. I, iii : TotJTow ik vepi 
fUv Ttis dxivi^Tov dpyjos, Tfjf$ htipas xai 'mporipas SteXetv ia^i ^iXoffo^las 
ipyov. 

' Eih. Nicom. I, Vl, ix-, 11, vi. Cf. Pansch, de Etk. Nicom. p. 20. 
— On peut citer encore ce passage du de Interpret, c. v : Ak^t* ^1^ Sv 
t/ iaitv dXk* orj tiroXXo^ 76 f^y tseiov Show ; oC yAp Sif t^ aiivtyyus 
eipvoBat eU ialat- Salt Si i>^ns towto tspayfiareias eheJv, Cf. Boeth. in 
Hbr. de Interpret, ed. prim. p. aSo; ed. secund. p. 327. Metaphys. 
VIII, VI. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 55 

dans ie riepi -nii ^ivii fiXoaopiac^. Ainsi, le trait^ de ia 
Philosophie premiere ^tait alors achev^, tel du moins 
qu il fut envoy^ k Eud^me. 

Mais le premier ouvrage, le riip/ ^iXoavpUc, a-t-il 
p^ri, ou en retrouve-t-on quelques debris dans ia 
M^taphysique , ou enfin y a-t-il ^t^ transport^ tout 
entier ? La demifere opinion est celle de Petit*, de 
Buhle' et de Titze*. Le nipi fiXo<nfU^ parait avoir ^t^ 
compost de trois livres : Petit les retrouve dans les 
livres XUI, XIV et XII de la M^taphysique ; BuUie , 
dans les livres IV, VI et VII, XHI et XIV, et XII; 
Titze, dans les livres I, XI et XII. Tous trois, 
comme nous le disions plus haut, nous semblent 
s etre trop Mtes de conclure de la ressemblance k 
Tidentit^. 

D est Evident , et personne n a song^ k le nier , que 
le sujet du Utfi ^tXo^^ta^ et du ITipi ntf^iTiig ^tXoffo^tAc 
itait le rnqme : Tun et Tautre devaient contenir la 
throne de fetre absolu, et dans Tun et Tautre , cette 
th^orie devait Stre pricid^e ou suivie tf un examen 
critique des doctrines auxquelles Aristote venait la 
substituer, des doctrines platoniciennes et pythagori- 

^ De Anim. mot. c. vi : Uepl fiiv rov tspcinov xivovfiivov xoi del 
mvou\Uvov, riva 7p6isov xtvetrat xai mSs xtveT t6 'sspohov xivouv 
iwpMm ^p6rtpov iv tots <crspi Tn$ "Opc&rvs ^tkoao(pias, 

* Miscellanea (Paris, i63o, in-4"), IV, ix. 

' De Lihris Aristotelis deperditis , in comment. Soc. reg. Gottimj. 
I. \V. 

^ Loc. laud. p. 94 et sqq. 



Digitized by 



Googk 



56 PARTIE I. — INTRODUCTIQN. 

ciennes. Si done ies t^moignages de i antiquity fai- 
saient voir Taiialogie des deux ouvrages , on n'en serait 
nullement autorise k ies confondre ; car quelque dif- 
ftrents qufls pussent etre, ils ne pouvaient pas ne pas 
se ressembler. Ainsi U faut examiner de tr^s-pr^s ces 
t^moignages pour determiner s'ils ^tabiissent ime 
veritable identity entre le Utp) (p^Xoav^U^ et des livres 
entiers de ia Mitaphysique. 

Les sources oh. Ton trouve des documents sur le 

. flip/ ^tXo(79^U^ sont , dans Tordre chronoiogique : 

Aristote iui-meme, Ciceron, Diogfene de Laerte, 

Alexandre d'Aphrodisee , Syrianus, Michel d'Ephese, 

Jean Philopon et Simplicius. 

I. Aristote cite deux fois le nepJ (piX(m<pUc, et on 
ne trouve rien dans la M^taphysique qui corresponde 
exactement k ces citations, i** Dans le trait^ de TAme , 
il rappelle qui! a expos^ dans le ritpi ^Aoot^iW com- 
ment la doctrine platonicienne forme les choses avec 
les principes, par voie de composition, en compo- 
sant par exemple TAnimal en soi [cturo^oiov) de Tid^e 
de Tun, et de la longueur, de la largeur et de la pro- 
fondeur primordiales ^ Nous ne retrouvons la meme 
id^e dans la M^taphysique qu exprim^e dune mani^re 

^ De Anim. I, ii : Thv aikdv Si rp6ifov xoi Wkdraw iv rf TifAo/^ tijv 
4^X^^ ^x t65v (/loi^eieay noteT... Ofioieas Sk xa} iv rois ^epl (ftkoao^ias 
XeyofUvots Stcapicrdn adrd fjL^v t6 Z^ov ex riis tov iv6s iSias xal xoQ 
ispdrov fAifxovf xa^ tsXatous xa} ^ovs x.t.X. Cf. Trendelenburg, Com- 
ment, ad loc. laud. p. Sai ( i834, in-S**). 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 57 

g^nirale, sans Fexemple de Vauto^Sov^: or, dans la 
g^n^ralit^, cette id6e est un des ^l^ments les plus es- 
sentieis du Piatonisme; et Aristote ne pouvait pas ne 
pas y insister, partout ou il voulait entrer k fond dans 
Texamen de tout le systfeme. 2** Dans la Physique, il 
renvoie au nipJ (piXoOT^/etf pour la distinction de deux 
sortes de causes finales^: or cette division, qui se re- 
trouve dans la Morale et dans le traiti de TAme', ne 
se retrouve pas dans la M^taphysique. 3° Enfin il se 
refere aux T* ^t* (ptXotn^ttu^ pour la preuve de la divi- 
sion dun^cessaire en deux espfeces^; cette division est 
indiqu^e dans les VP et XII • livres de la M^taphy- 
sique^, naais elle Test ^galement dans le IP livre des 
secondes Analytiques*, et dans ces trois passages elle 
n'est, nous le rip^tons, quindiqu^e, et non pas d^- 
montr^e. De plus, dans ce meme XIP livre de la M6- 

1 Metapkys, (ed. Brandis) , XIII, 288, 1. 12 et scqq. 288, 1. 9; 
XIV, 293, 1.9. 

* Phjrs. II , II : ^j(us yap rd o^ Svewv etpnrou ii iv tots 'stepl (fiXo- 
ffo^ias. 

' Eth. Nicom. I, i; cf. Brand. De perd, Aristot Ubr. p. 9; de Anim. 
II, 17: cf. Trendel. Comment p. 354. 

* De part. anim. I, i : Iffas S* iv uf airopifaete. ^oiay Xiyovctv avdy- 
K11P 01 Xiyovres ii dvdyxrjs' toh fdv ydp 2^o tp^voov ovSiiepov ol6vte 
VTfdpxjstv rSv StcoptGfiiytav iv toU xard ^tkoao^lav, 

^ Metaphys. VI, 11, 124, 1. 3i, Brand. : fef dvdyKVf, oC rffs 

Hard TO ^latov Xeyoftivr^s, dXk* ^IvXiyofiev r^ (lil ivHxeaBai dXXus. 
XII, VI, 247, I. 2 : Ovd^v ydp d>i Srv^e xiveirou, dkXd Set tt dei 
wsdpyetv, Savep vvv <p^<TZt (tkv d>3l, /3/ge Si ^ tSwd vov H dXkov M. 

* Anafyt. post. II, xi. 



Digitized by 



Googk 



58 PARTIE I. — INTRODUCTION, 

taphysique , Aristote ^num^re trois sortes de necessi- 
tes ^; or c est dans ce XII* livre surtout que parait avoir 
surv^cu ie ritpj ^lAo^p^/atc. Cependant nous ne voulons 
fonder sur ceci aucun ai^ument, parce que Texpres- 
sion de Ta jfg.'ri ^lAo^^iW pourrait etre une designation 
g^n^rique que Ton ne serait pas en droit de rapporter 
au n<pi ^lAd^fiittc piutot qu*aux Anaiytiques. 

U. Le passage de Gic^ron a servi de fondement 
principal aux hypotheses que nous discutons ; il faut 
ie citer tout entier^ : 

Aristoteles quoque in tertio de Phiiosophia libro molta tur- 
bat, a magistro Platone non dissentiens : modo enim menti 
tribuit omnem divinitatem ; modo mundum ipsum Deum dicit 
esse ; modo quemdam alium praeiicit mundo , eique eas partes 
tribuit, utreplicatione quadam mundi motum regat atque tuea- 
tur ; tum cceli ardorem Deum esse dicit, non intelligens coelum 
mundi esse partem , quem alio loco designdrit Deum. 

Ainsi r^picurien Velleius, dans ia bouche duquel 
Cic^ron met ces paroles , attribue a Aristote plusieurs 
dogmes qui se contrediraient les uns les autres : 
ndentification de Tintelligence avec toute divinity ; — 
du monde avec Dieu ; — de Dieu avec Yardor cceli; — 
rhypoth^se d*un etre in££rieur charg6 de gouverner le 
mouvement du monde en le ramenant stur lui-meme. 
La premiere de ces opinions est la vraie doctrine 

* MetapKys, XII, vii, a48, 1. 27, Brand. : Td ykp dvayxdhv to- 

(Tavraxfis, rd (Uv ^i(ji 6x1 wip^vi^v opftifv, t6 Si oS o^k Aveu t6 eZ, t<^ 
U fiij ivhxf^t^evop dfXX«$ dXX ditXas. 

* Cicer. de Nat. deor. I, xiii. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE 11. 59 

d*Aristote , d^velopp^e par lui dans la M^taphysique. 
line lecture superficielle de traits du Ciel a pu con- 
duire k lui attribuer les deux suivantes ^, et il se pour- 
rait que Velleius , frapp6 de la contradiction qu^elles 
pr^sentent avec la premiere , votdut dire seulement 
que la doctrine du TUet ^iXom^Iat n'^tait pas d' accord 
avec celle du traite du Ciel. On lit dans oe dernier 
ouvrage que le ciel est^temel et divin; on a pu con- 
dure de d»iov k d«o c. De plus , la mati^re des corps 
celestes est, suivant Aristote, le cinqui^me 61^ment, 
rather ^, que Gic^ron a confondu avec Tether enflam* 
me des anciens physiciens, et quil exprime par ardor 
c(bU, Gette explication parait admissible ; mais elle 
est sujette k des di£Gicult^s peut-etre insumiontables. 
D'abord, il nest pas dit dans le passage de Gic^ron, 
comme nous Tavons accord^ un instant, qu'il s*agisse 
de la contradiction oix Aristote se serait mis avec lui- 
mSme dans difii&rents Merits; au contraire, le muUa 
tarbat in tertio de Phibsophid libro ne permet pas d*aller 
chercber les termes de cette contradiction hors du 
ntpi ^Ao^iV En second lieu, si GiciSron avait connu 
le traite du Giel , il n*eut pas traduit \k et aflleurs tuBtip 
par ardor cobK^ : car c est dans ce trait^ meme qu' Aris- 
tote rejette I'itymologie donn^e de ce mot par Anaxa- 

^ Voyez sur ce sujet la savante dissertation de Vater, Theohgia 
AristoteUcee vindiciee^ Lipsiae, i795,in-8°. 

* DeCoBllyin. 

* De Nat. deor. IF , xv ; II , xxxvi , Lx : « Ardor coeli , qui aether vel 
coelum nominatur. » 



Digitized by VjOO^IC 



60 PARTIE I. — INTRODUCTION, 

gore qui le d^rivait d'atB^, bruier , et qu ii le fait venir 
avec Platon d*ctf / si© (courir toujours)* . Mais d un autre 
cot^, Cic^ron d^finit aussile cinqui^me 6I6ment d'Aris- 
tote par ale mouvement perp^tuel^. » Qu,e conclure 
de tout cela ? La conclusion la plus naturelie , ce me 
semble , c est que dans le Uip) ^tXoa^^ias il ^tait ques- 
tion de rather conune 61^ment des corps celestes , 
mobile ^ternel et divin, soumis k Taction du moteur 
supreme; tout cela en termes rapides et obsciu's, ou 
Cic^ron se sera perdu. — Or maintenant , dans la M6- 
taphysique il n'est question ni de la natiu^e divine du 
ciel pris dans sa totality, ni de rather. Enfin , si nous 
en venons au quatrifeme dogme tiri par Cic^ron du 
Utfi ^tXoav^iof, nous retrouyerons bien la trace du 
repKcatio mundi dans les aipAiped kvtxlrlouafu du XIP livre 
de la M^taphysique ; un peu plus loin, dans ce meme 
livre , il est aussi question , d'une mani^re hypothe- 
tique ^, de moteurs propres k chaque sphere celeste ; 
mais dans le n«p/ (^tXoa^^tas, on voyait, suivant Cic^ron, 
un etre propose a Tunivers , une sorte de demiurge 
ou d*ame du monde, qui fait penser aux doctrines du 
Tim^e ; dans la M^taphysique , ce mcdiateur est sup- 

* De CobI I, III. Meteorolog. I, in (ed. L. Ideler, p. 7). Cf. Cicer. de 
Nat, deor. II, xxv. L. Ideler, Comm. in Meteorohg. I, 33d-8. 

^ Par une singuli^re confusion, Gic6ron prend YivreXixj^ta pour 
IV/difp. Tuscul. I, X : nQuintum genus adhibet vacans nomine; et 
sic ipsum animum iweki'/jnav appellat novo nomine, quasi quam- 
dam pontinuatam motionem et perennem. » L. Ideler, loc. laud. p. 33 7. 

' Voyez plus bas. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 61 

prim^, ii n y a pius que le Dieu unique. — Oxi a sup- 
pose que Cic^ron prete k dessein k Velleius , ^picurien 
pr^somptueux , une exposition inexacte de ia th^olo- 
gie aristot^iiqu^ ^ ; mais im auteur ne met gufere dans 
la bouche de ses personnages de graves erreurs histo- 
riques sans les relever plus tard de mani^re k s*en 
laver lui-meme : d'ailleurs cette hypothfese ne r^sout 
pas toutes les objections que nous venons tfindiquer. 
— Toutefois, nous ne voulons pas nier Tanaiogie ivi- 
dente du passage cit^ du ilfpi ^iXoav^ia^ avec une par- 
tie du XII* iivre de la M^taphysique ; mais il 6tait 
important de signaler les difF(6rences : elles rendent 
au moins trfes-probable que si un morceau ^tendn a 
&t& transport^ du premier de ces deux ouvrages dans 
Tautre, ce n'a pas ^ti sans subir des modifications 
assez considerables. 

in. Nous allons arriver k un risultat semblable 
pour les deux premiers livres du n«p/ ^tXoo^^iof et le 
Xm^ et le XIV de la M^taphysique. 

1^ On lit dans la preface de Diogfene de Laerte^: 

Aristote dit , dans le premier Iivre sur la Philosophie , que 
les Mages sont plus anciens que les Egyptiens , et que suivant 
eux , il y a deux principes , le Dieu bon et le Dieu m^hant , 
Zeus ou Oromaze , et Hades ou Arimane. 

Or Aristote fait mention des Mages dans le XIV* Iivre 

* Titze, p. 85. Kindervater, Anmerk. urkd Ahhandl, zu Cicero's Buck. 
von der Nat, der Goiter, 1 , 207. 



Digitized by 



Googk 



62 PARTIE I. — INTRODUCTION, 

de la Metaphysique ; mais ii se contente de dire qu'iis 
faisaient du principe cr^ateur Tetre primordial et 
excellent^. Remarquons en outre que ce passage se 
trouve a la fin du XIV* livre , lequel peut representor 
le second ou ie troisi^me des irois demiers iivres, 
mais jamais le premier. Ainsi ce passage y a 6t6 trans- 
port^, mais abr^g^, mais r^duit & une simple dlusion, 
et mis en un lieu qui ne correspond plus k celui 
qu*il occupait dans Touvrage primitif. 

a" Suivant Cic^ron, Aristote enseignait quelque 
part qu'Orph^e n'avait pas exists 2. DW autre coti, 
Jean Philopon dit que dans le ritpi ^iXoajf^ia^ Aris- 
tote affirmait que les poemes attribu^s k Orphie 
^taient apocryphes^; ii est tr^s-probable que c'est au 
mdme passage du n«pi ^tXoffo^ias que se rapporte le 
t^moignage de Ciciron. Or nous croyons retrouver 
encore la trace de ce passage dans le XIV* livre de 
la Metaphysique, imm^diatement avant celui oil ii 
est question des Mages. « Les vieux poetes, y est-il dit, 
ne donnent pas la puissance et Tempire au primitif, 

povs elvcu (to^^ ^dyovs) r&p A.iyvvrUoVj xoi i^o xar* avrods slpm ap- 
X^tf, dyaddv Saifiova xoii ttaxdv 3aJft.opti* xoi r^ fihf ovoim eJvcu Ze^s xoi 
dpoitdaSr^s, t^ S^ A3ns xai A^peiyAvtos. 

^ Metaphys. XIV, iv, 3oi, 1. ii : OJov Oepex^3ns xai irepoi uves, 
t6 ysvvriatiLv tgpSTap iptarov Ttdieurt, xai oi Myai, 

^ De Nat. deor. I, 38 : «Orpheuin poetam docet Aristoteles nun- 
quam faisse. • 

' Philop. in libr. de Anim. I, V : 0t* firi Soxet ()p^a>s tA Sim,6i>s 
xoi avros (kpt^lojiXiff) iv toI ivepf ptXoaopias "kiyet. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 65 

tel que la Nuit, ou le Giel, ou le Chaos , ou TOc^an , 
mais k Zeus^ » En effet , le meme Philopon , dans son 
eommentaire sur la M^taphysique^ rapporte cette al- 
lusion k des vers orphiques qu'il cite textuellement^. 
Ainsi un passage explicite du lltpi ^iXoao^iat, sur Or- 
ph^e, a ^te converti dans la M^taphysique en une 
allusion rapide d*oii le nom d'Orph^e a disparu. 

y En commentant le dernier chapitre du premier 
livre de la M^taphysique » oti on lit que les Platoni- 
ciens formaient les longueurs , les surfaces et les so- 
lides ayec les esp^ces du grand et du petit^, Alexandre 
d'Aphrodis^e ajoute qu'Aristote exposait aussi cette 
doctrine dans lelltpi ^iXoao^iof^. Le renvoi, cette fois» 
s appliquerait tr^s-bien aux livres XIII et XIV de la 
M^taphysique , oil Ton trouve deux passages ana- 

^ Metaphjs. XIV, it, 3oi» 1. 5, Brand. : 01 9i votnrai oi dp^aSot 
ToCrif oyLoia)^, If Paaike^stv xal dp^fetv (peurlv otS rot); 'mp<hous, tJop 
Nt^xra xoi Ovpavov ^ \dos ^ ilueavov, oXXol t6v A/a. 

' Ces vers ne se trouvent pas dans la collection d'Hermann. Nous 
ne pouvons les donner que dans le latin de Patrizzi, f 65 b: «Qr- 
pbeuft namque, cum diceret bonum et optimum Jovom, posterius 
bonum dicit : tPrimo enim regnabat inclitus Hericepsus, post quern 
c Nox, sceptrum habens decentissimum Hericepaei. Post quam Goelum, 
c qui primus regnavit deorum post matrem Noctem. • 
• ' Metapkys,. I, vn, 32, L 9, Brand. : hovX6yLev<H 3^ tcU oCaiat 
dvtfyetv eis rdf dp^ds /Aifxi? fUv ridefiep iit itMtptni Kcd ppa^iof, ix Ttvds 
luxpov xai fieydkov, xcd ivheSop ix iffXajiog xai olevov, aQpa. ^ ex 
Radios xai raiceivoO, 

* Alex. Apbrodis. ap. Brand. De perd, Aristot libr. p. 42 : ttXTiSerai 
a t6 ipetrxop at/To7$ 6 xai iv rots usepl (fiiXoao^las tipii\xt. 



Digitized by 



Googk 



64 PARTIE I. — INTRODUCTION, 

logues k celui du P'*.. Mais Alexandre avait aussi com- 
ment^ les XlIP et XIV* livres : pourqiioi ne s y r^- 
fere-t-il pas ? Souvenons - nous que dans le traits de 
TAme, Ari'stote renvoie egalement au Utfl ^iXoaviplet^ 
pour une question un peu difKrente. C'est done dans 
cet ouvrage qu'^tait contenue tout entiire i'exposition 
dont les fragments se retrouvent dans le traits de 
TAme et dans la Metaphysique. 

5"* Syrianusna probablement pas eu entre les mains 
le iiep/ ^/XoOT^iW, ni lui ni les commentateurs qui 
sont venus aprfes lui^, Mais ilposs^dait le commentaire 
d' Alexandre d'Aphrodis^e sur les demiers livres de la 
Metaphysique : or, en commentant le passage du 
livre Xin dont nous venons de parier, il cite aussi le 
n§pi ^iXoattpiOf^. Ailleurs, ii remarque Tanaiogie des 
arguments employes par Aristote contre la th^orie des 
id^es et des nombres dans le XlIP livre de la Meta- 
physique et dans le Iltp/ (ptXoo'otpUg , sans dire que la 
forme meme de Targumentation fut identique \ d'ou 
nous pouvons conclure qu*elle etait diff^rente. 

6° Michel d*Eph^se, Tauteur du commentaire 
attribu^ k Alexandre d'Aphrodis^e sur les demiers 



* ^ctflptys. Xlir, IX, 283, 1. 12, Brand.;XrV, II, agS,!. 3i. 

^ Brandis, De perd.*'Aristotlihr. pp. 5, 47; Trendelenburg, Pkdon^ 
de Id. et num. doctr. p. 26. 

' Syrian, ap. Brand. Deperd. Aristot Ubr. p. 42. 

* Syrian, ap. Brand, de perd. Aristot lihr. p. 47. Cf. Trendelenb., 
Platon. de Id. et num. doctr. p. 76. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE 11. 65 

livres de la M^taphysique \ se oontente de copier le 
premier des deux passages de Syrianus^, qui lui- 
meme copiait sans doute Alexandre. 

7° Pour Jean Philopon et Simplicius , il est Evident 
qu*iis n'ont jamais vu ie ritpi (piXoaf^ict^ . Quand Aristote 
renvoie a cet ouvrage pour ia distinction des deux 
sortes de causes finales, Philopon pretend qu'il ne 
s'agit que de la Morale, a Aristote, dit-il, Tappelle ici 

^ Le commentaire de Michel d^Eph^se sur les livres VI-XIV se 
trouve dans un grand nombre de manuscrits, k la suite de celui d'A-^ 
lexandre d'Aphrodis6e sur les cinq premiers livres; dans quelques- 
nns, il n'en est pas distingu6*, dans d'autres, il porte ce titre : 2;^oX/dt 
Mfx^ifXov tifefflov eh tohf ftsTol t^l (pvatKoi i. D6j^ Sepulveda, qui a 
traduit le tout en latin sous le nom d'Alexandre d'Aphrodis^e , avoue 
que ce nom manque, k partir du VI* livre, dans un grand nombre de 
manuscrits. De plus^ nous trouvons dans un autre commentaire de 
Micbel d'Eph^se [in Ubr, de Respirat ex vers, lat iSSa, in-f), T 44 a; 
« Scripsi etiam nonnibil super sextum usque ad decimum tertium ^leg. 
quartum) transnaturalium (id estmetaphysicorum).* D'ailleurs il suf- 
fit de Jeter les yeux sur ces scolies pour voir combien elles sbnt infi^- 
rieures au commentaire sur les cinq premiers livres auquel on les as- 
socie, et pen dignes d' Alexandre d'Aphrodis^e. — Le temps o^ vivait 
Michel d^ph^se na pu encore 6tre d4termin6; mais un passage de 
Philopon, p^ il est cit4, nous autorise k le placer avant ce commenia- 
leur (Philpp. in Metaphys, T 26 a : «Ephesius autem proprie entia 
dicit singulares substantias, et recte.9 Cf. Mich. Ephes. Comment, in 
Metaphys. VI, sub fin.) . L6on AUatius se trompe done en faisant de Mi- 
chel d'J^ph^se un disciple de Michel Psellus (Allat. de PseUis, p. 22). 
— Je reviendrai ailleurs sur ce sujet, avec les preuves et les d^velop- 
pements n6cessaires. 

* Voy. Brand. De perd. Aristot. libr. p. 43. Brandis nomme Pseudo- 
Alexander Tauteur du commentaire sur les livres XIII et XIV que 
nous restituons k Michel d'Eph^se. 

.5 



Digitized by 



Googk 



66 PARTIE L — INTRODUCTION. 

Philosophie , parce qu*il y enseigne ce que c'est cpie 
ia morale philosophique ^ » Simplicius sexprime de 
meme, ou, pour mieux dire, H copie Phiiopon ^ qn'il 
ne se fait jamais scrupule de copier, tout en rinjuriant 
k Toccasion ; Phiiopon lui-meme ne fait ici que copier 
Themistius '. 

Nous pouvons done conciure de la discussion k 
laquelle nous venons de nous livrer, que ce traits sur 
la Philosophic qu Aristote cite en divers endroits et 
dont les ^crivains post^rieurs mentionnent plusieurs 
livres, ^tait im ouvrage r^ellement distinct de tons les 
ouvrages qui nous sont parvenus ; qu'il avait servi de 
base k la M^taphysique, mais qu'elle ne le contient pas 
et ne le remplace pas pour nous tout entier. 

11 nous reste cependant k apporter une dernifere 
preuve, et qui paraitra peut-etre decisive : cest un 

^ Philop. in Phys, f. 1 5 : El^aBtu H ^m rfiv itaipemv raitriv rotX 
oS ivexa xai iv rots '&epl <Pikoao<pias' X^^et H rots t^BtxoTs, & tsrepi ^tXo' 
(Td^las, Stdrt r6 (ptX6<ro^ov ^6os St* a^rSp 'vapaSiSoTM, 

* Simplic. in Pkys. f. 67 b : Tiyove Sk i| itaipeats at^r^ ip toU Ni- 
xoftaxeiois HBtxoXt, h 'stepl ^iXotro^ias Keiket, ^tkotTo^iav iStaiTepov na- 
XSv vSaav viiv liiBtxiiv ^payftareiav, -^ VitioisoD (Prolegg. ad Homer. 
p. 38) fait naitre Phiiopon vers la fin da v* si^cle; Saxius (Ofio> 
mastic. II ^ Sg] le place vers Tan 535; Sturz {Empedocl. Agrig. p. 80) 
le fait naitre au Tii* si^cle seulement. L. Ideier in Meteorolog. prafat. 
p. 20. — Mais Phiiopon lui-m^me nous apprend quil 6crivait son 
commentaire sur la Physique Tan 576 api^s J.-C. (Comment, in Phys. 
IV,init.). 

' Themistius se contenle de renvoyer k i'^thique, sans identifier 
express^ment cet ouvrage avec ie TLepl <PtXo<ro^ias. Paraphr. Phys. 
r. 24 b: K*i 6ti 3t^<Ss t6 riXos iv rots t^dtxoTs Xiysrau ^xip-pamv. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE 11. 67 

passage du trait^ meme sur la Philosophie, que nous 
avons d^couvert dans le commentaire de Simplicius 
sur ie trait^ du CieP. Ce passage contient une demons- 
tration de la n^cessit^ dun premier principe, le bien 
absolu , ou le bien qui est dans le monde trouve sa 
mesure et sa raison , et de Timmutabilit^ que confere 
k ce principe sa nature meme de bien absolu : 

KetioMv yap^ iy on itrri to /^KnoVy if rotSroif i</]i ^ to ip/tfroK* 
tTrii ov\ i<mv iv ToTf oua-tv aaao eL\^ov (Uktiov , tW/r i^ it iL 

tfp/<rTOy, 0T€/) lU Wl TO ^UG^. «; OuV TO ylteTOt&tAAoK, « uV fltAAOU 
fJLiToSdjKKH J y\ J<p' tfltUTOW- ^ 6/ t/T^fltAAoW, f» Xf>€/TTOKOf ii ^IpOVO^' 

li H wV ittvrov, v) a>c 'or/>of ri ;^€5>0K, n ok kolwIoyo^ tivoq i^ti- 
fiivov TO S'i Suor ouTfc XfUrroY rt %^ti ioLvrov u^' ov ji4.iTaS\M' 
(rtTou, mrvo 7d/) oiv liv iuortpov , , ovn vto ^iipovoc 70 Xfi7T%v 
'srour)(tiv 9eV'f «<^'** S /^eWo/ 6/ Jto ;)^fi//)owf , ^otuAor ai' t/ 
^poffiheLfj£ctanv y oJJVr K eV €«/Kai <pcLv\or d\h ovS^i iavri fjiira 
Cdhhtt ifc KethhloYoc T/KOf tpifiivofy ow<N ^a/) cVJ^fetV «Vt/ tSt 
tfUTOt; kol^Zy ouS'ivor ov fjLivrot oui'i rmpi^ TOj^Hpov, on yu-mft' oV- 

1 On sait, depuisqueM. Am. Peyron Ta d6montr6 (^mp^doc/is et 
Parm£nidis fragmenta, etc. : simul agitur de genuino graBco textu 
commentarii Simplicii in Arist. de Ccel. et Mund. Lipsiae, 1810, 
in-8' ) , que le texte imprim6 du commentaire de Simplicius ne repr^- 
sente qu'une version moderne de ia version latine de GuiH. de 
Moerbeka. Mais le manusciit de la biblioth^ue royale de Paris , 
cot6 1910, dune belle Venture du xv* si^cle (1471), contient, 
comme celui de Turin , le texte authentique. C est d'apr^s ce manus- 
crit (fol. i36 a ) , que nous citons le passage du ^epl <(fiko(To(plas. Cf. 
edit. Aid. fol. 67 b. 

* Ici on lit k la marge : itjm ixkeher dfierd^nTov dpa i<ni. 

.5. 



Digitized by 



Googk 



68 PARTIE I. — INTRODUCTION. 

oinp etv (k rUc ilc ri )(Upov fxiraSo^Si mpoifihaSi, 

On ne retrouve point ce passage dans ia M^taphy- 
sique; elie ne conserve que la trace des idies que nous 
venons de voir d^veiopp^es. Bien plus , Tesprit de la 
M^taphysique n est plus le meme. La demonstration 
que nous venons de citer est toute platonicienne , et 
meme emprimt^e en grande partie , selon la remarque 
de Simplicius, au II' livre de la R^publique. Dans ia 
M^taphysique ce n'est plus de la seule idie du bien en 
soi , mais plutot de la nature de la pens^e pure qu'est 
tir^e la preuve de TimmutabUite du divin ^; point de 
vue essentieliement propre i TAristoteiisme. Rappe- 
lons-nous maintenant ces propositions du ^ep) ^^Xo- 
OT^iW rapport^es par Cic^ron, ou nous avons fait voir 
et oh il avait nbt6 lui-meme fempreinte encore visible 
de la cosmologie platonicienne (a magistro PlcUone non 
dissentiens)\ nous arriverons dune mani^re irresis- 
tible k cette consequence : que la M^taphysique n oflFre 
pas seulement une autre redaction, moins d^velop- 
p^e en plusieurs endroits, une forme diflferente du 
TTtfi (piXoo^^Ug , mais que les doctrines y ont subi 
une remarquable modification, et que de Tun k 
Tautre ouvrage on eut pu en quelque sorte suivre la 
marche et mesurer le progrfes de TAristoteiisme. 

^ Metaph. XII, 255, i. 4 , Br. ^Xov xoiwv Stt i6 ^ei&taiov xttl 
Ttfudnarov voe7 xal oiS fiera&^er sis xj^Tpov y^p it fiera^oXi^^ xai xi»n- 
ais rtf i^Sn to roiourov. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II. CHAPITRE II. 69 

S II. 

Des traitis surle Bien, snr les Idies, etc. 

Le catalogue de Diogfene de Laerte fait mention 
dun nepi liyiBov en trois livres, que Muret et r^cem- 
ment Brandis^ ont consid^r^ comme identique avec le 
n«pi ^lAoOT^/fltff. Cette opinion , qui semble avoir pr^- 
valu aujoiu:d'hui, repose sur trois autorit^s : celles de 
Simpiicius, de Philopon et de Suidas ^ ; mais ces au- 
torit^s ne sont pas irr^cusables. Pour Suidas, compiia- 
teur du x* si^cie, ii copie Philopon ou Simpiicius, cek 
est facile k voir; et quant k ces deux commentateurs , 
que nous venons de voir confondre le riepJ ^iXoau^Ug 
avec la MorsJe, de quelle valeur est leur opinion, 
quand ils viennent le confondre avec le ilipl liyiBov ? 
11 est vrai que tous les deux donnent en divers en- 

* Muret, Var. lect VII. Brandis, De perd. Aristot Uhr. p. 7. 

* Philopon. in libr. de Anim. I, 11 : Tot 'tsept rdyadov im'ypa^6fieva 
"Btepi ^iXoao^las "kiyer iv ixeivon Sk rots dypd^ovs oMvovaias rou HXd- 
xavos it/lopet 6 kptalorikris' iailt Si yvi^crtov aCrou rd ^tSXhv. \&lopei 
d^v ineT rflv HXdravos xai tSv Hvdayopeioov Titepl t&v Stnuv xcti t&v 
dp^&v wSroh S6^av. — Simplic. ad loc. eumd. : Uepl ^tkoao^ias vvv 
"Xiyei Tfll 'urepl rov dyadov avtcfi ix Trjs TSXdruvos dvayeypei^^iva avvov- 
ffias, iv oJs iaiopet ids re VLvQayppsiovs xai UkaTcuvtxds 'Ofepl tSv 6vt(dv 
S6^as. — Suidas, c. v. A.yaOoii Seti^iovos : — Srt 'jsepl rdyaQov ^i^ovs 
avvrd^as kptffloriXrfs rds dypd^ovs rov UXdravos oMvovaias iv rawr^ 
xaiatdi^ev xai iiifivrtTM tov (yvvrdyfiaros kptfflori^ris iv t^ d isept i^v • 
Xrjs, 6vofAdiei)v aM ^epl ^ikoao^ias. 



Digitized by 



Googk 



70 PARTIE I. — INTRODUCTION, 

droits assez de details sur ce dernier ouvrage, pour 
faire voir que, s'Hs ne Tavaient pas iu, ils en connais- 
saient du moins par d*autres Thistoire et le sujet. Mais 
aussi ne r^cusons-nous ieur timoignage que sur ce 
seui point : Tidentit^ du Xlepi ^tXoat^U^ et du n«pi li- 
ydiBov. Remarquons que Touvrage auquel ils rappor- 
taient k la fois ces deux titres ne portait, k en croire 
Philopon, que le premier : Ti mpi ittytOov imy^tpoiuvA 
mfi (^iT^oav^ia^ Xejti. De son cot^, Simpiicius dit : Ta wtpJ 
^iXo99^tac vvv Xiya ret mfi retjadoS, etc. Poiu*quoi vvv? 
Farce qu'ailleurs Simpiicius a identifii le n«p) pXoa9- 
piag avec la Morale. Ainsi le Uipi ^tXocn^Us est pour 
Philopon et Simpiicius quelque chose d'inconnu, qu'ils 
confondent , selon Toccasion , tantot avec un livre , 
tantot avec un autre. 

Cherchons done i determiner directement ce que 
c itait que le n«p/ liyiBov , afin d'en retrouver nous- 
memes, s'il se pent, le vrai rapport avec le riepj ^iXo- 
<n(pia^ et la M^taphysique. Ici on pent se servir des 
renseignements fournis par les auteurs meme dont 
nous contestons les conclusions. 

Le iitpi ^ytOou contenait principalement une expo- 
sition de la haute th^orie platonicienne , qui n'est que 
prepar^e ou ibauch^e dans les Dialogues, et que 
Platon d^veloppait de vive ^oix. Dans Aristote , on 
trouve une mention expresse de ces a/y^^A ibyfjutTt^, 

' Pkys. IV, II. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 71 

Un disciple imm^diat d'Aristote, le musicien Aris 
tox^ne , nous a laiss^ sur les le9ons de Platon un r^cit 
de la plus haute importance ^ H nous apprend qu'eiles 
avaient pour objet le bien , et que Platon entrait dans 
son sujet sans pr^mbules , sans tous ces detours ou 
s^garent ses dialc^es, et par una voie oil le vulgaire 
ne pouvait le suivre : 

On etait venu croyant entendre parler de ce qui s'appelie 
biens parmi les hommes , de richesse , de sant^ , de force , en un 
mot , de quelque merveilleuse fSicit^ ; et lorsqu'arrivaient les 
discours sur les nombres et les math^atiques , et la g^om^tne^ 
et rastronomie, et ia limite, identique avec le bien , tout cela 
semblait fort Strange : les uns ne comprenaient pas , les autres 
m^ine s*en allaient. Cest la qu' Aristote con^ut , de son propre 
aveu , la n^ssit^ d*amener par des introductions aux difficult^ 
de la science. 

Ainsi, dans ces lemons s*accomplissait ce que Platon 

^ Aristox. Harm, II, 3o, ed. Meibom. : — JLcii fti^ Xtida>fiep HfiStg 
wkoiif 'aapwcdkafiSdvovres t6 iirpa^fiet, xadditep kpta1<n£krfs dei itri" 
yeTro rods ^"kele/Jovs r6h> dxovadvreop 'mapd UXdr^vos rifv ^aepl rd- 
yadov dxp6aot» wc^etv 'Spoativat (Uv ySip ixtu/lov ^oXfiLfi€d$wpra Xif- 
^eadai jt roh^voiuiofiivafit dvBpanivav a^adttfv, olov ^sko^jov, ^eiav, 
Itr^v, tb ^ov eiSottfioviav rtvd Q'OUfJM&lT^* Srs Si ^vein^av oi 'X6yot 
vept itadripbdrctv nai dptOfuh, nai ytta^-erpias , xai d&lpoXoyioLf^ Koi r6 
vipas 6x1 dyaQ6v i&ltv tv, tsavrek&s olyuu 'stapdSoS^v ti i^alpero aU- 
TcSfs' tiff ol flip Cifoxate^pdpoup rw 'stpdyfunos , oi Si xarefiifA^ovTo.... 
U.po£Xeye (tip o$p xai avrds kpt^oiikms 3t* avrdi Toe^Tas rds alrias, 
e^f i^rfp\t\TC4S niKkovtrtp dxpoSaQat tvap' wSroii 'stepl xiptav t* i^th ^ 
vpayitareia xai Tit. — Ce passage a 6t6 cit^ par Kopp, im Rhein. Mus. 

ni,i,94. 



Digitized by 



Googk 



72 PARTIE I. — INTRODUCTION. 

a fait entrevoir dans ie VIP Hvre de la R^pubiique , 
la reduction des id^es k Tid^e du bien absolu comme 
k leur plus haut principe. « Ces iecons , dit Simpli- 
cius, d'apris Alexandre d'Aph^odis^e^ furent r^di- 
g^es par les principanx disciples de Platon , Speusippe, 
X^nocrate , H^raclide , Hesti^e et enfin Arislote. » 
Telle est Torigine du n«pi TiytBov. Maintenant nous 
pouvons nous adresser, pour en connaitre le con- 
tenu, k Alexandre d'Aphrodis^e, qui, de tous les com- 
mentateurs qui en font mention, parait seul Tavoir 
eu entre les mains. Alexandre nous apprend qu'Aris- 
tote y exposait la th^orie des idies et des nombres 
dans leur derivation de Topposition de Tun et de la 
dyade infinie ^, ce que nous retrouvons dans les li- 
vresr I , XIII et XIV de la M^taphysique , et qu'on re- 
trouvait probablement aussi dans ie Utfi ^tXcavt^Ug. 
Mais voici ce qui est propre au Xlipi liyidov. Alexandre 
se r^fere toujours au 11" livre de cet ouvrage pour 
la th^orie des contraires et de leur reduction k Tun 
et au multiple^. C'est quen effet cette opposition, 

* Simpl. in Physic, f* 32 b : A^e* 8k 6 kXi^avSpos, etc. f io4 b : 
Porpbyre expliquait dans an commentaire siir le Pbii^be des pas- 
sages obscurs du Uepi rdyadov : Xveypdyf/avro rd pufdivra aiviyjUL- 

twi&s, ^s ippT^dri' Uop^pios 3k Stapdpouv avrd ivayye^6fievos, rdSe 
^epl auTfiSi; yiypa^ev iv r^ fl>iXi^€cfi, x.t.X. 

* Alex. Apbrodis. in Metaphys. I, ap. Brand. De perd. Arist. libr. 
p. 32 : — Ka} 3td rotavra [tip rtva dpyds rav re dptdpMV xai r&v Svitav 
dvdpTeov iriSsTO UXdraw to tc Iv xal rffv SvdSa, m iv rots tsepl tdyaBou 
kptoloriXtts \6yei, 

* Alex.Apbrodi8. in lib. IV, ap. Brand. De perd. Aristot. Uhr, p. 1 1 : 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 73 

qui est celie de i'lin et de la dyade, de la limite et 
de rillimit^, est le fondement de la doctrine pla- 
tonicienne^, et devait jouer un grand role dans les 
lemons de Platon. Mais dans le llipi ^tXoffv^/ac et la 
M^taphysique , elle ne devait plus occuper que le 
second plan, et n'y paraitre que pom* etre combattue 
et remplac^e par une throne nouvelle (X*livre de la 
M^taphysique). Aussi Alexandre d*Aphrodis^e ne con- 
fond pas le rifpl TiyaBoZ et le ritpi ^tXoav^Uc ; c'est au 
Utpi liytBov qii'il renvoie toutes les fois qu'il s agit des 
contraires; Michel d'Ephfese et Jean Philopon suivent 
scrupuleusement cet exemple. — La critique devait 
tenir peu de place dans le ntpJ riytBoZ : Aristote y 
faisait remarquer, il est vrai , que Platon avait pass6 
sous silence la cause efficiente et la cause finale ^ ; 

Eipnxe Si ztepi rns roteeirns ixXoyHs xai iv r^ Seurip^ ^epi rdyadov, 
— kvavifivet ^ctXtv T^jxa; eis tA iv r^ j3' ^epi rdyetBov SeSetyftiva. 
Michel d'Eph^se renvoie aussi pour le mdme objet au Uepl tdyadov, 
mais comme il ne le fait (pie sur la foi d' Alexandre d'Aphrodis6e, et 
sans avoir Touvrage sous les yeux, il ne d^signe aucun livre en par- 
ticulier. In Metaphys. X, XI, cod. ms. Biblioth. reg. Paris. 1876, 
f. 206 a : TLevoiT^xe H StoUpemv iv tots 'ctepl rdyadd', f. 317 a : El/pTfxe 
ydp lives avtoi tlmv iv t^ ^eepi rdyaBou imypa^ofiiv^ avrov ^t€ki^, 
Philopon cite avec Alexandre le IP livre du Uepl idyaBov [Comm. 
in Metaphys. f. i3 a); et dans les derniers livres, o^ Alexandre 
Ini manque, il imite la prudence de Michel d'Eph^e (f. 4i b, 
46 a). 

* Voyez plus has , partie III. 

' Alex. Aphrodis. in Metaphys, I, vi (cod. ms. Bibl. reg. Paris. 
1878, f. i3 a) : OvSeripov to^ttav tQv atirlonf ifAVftftSvevtrev 6 Kptalo- 
rikris iv ttf 36Srj rov JJXdravos' ^ Srt iv ols tsepl ahicov (ksytv, oCSevos 



Digitized by 



Googk 



74 PARTIE I. — INTRODUCTION, 

mais signaler une lacune, quelqiie considerable 
quelle soit, ce nest pas encore en rechcrcher les 
causes et enseigner les moyens de la combler. 

En g^n^ral, il r^sulte de tous ces t^moignages, 
d'abord, que leritpJ liyo^v n'^tait gu^re qu une ejjpo- 
sition , et pr^sentait un caractfere presque exclusive- 
ment historique [t^ofu] ^; tandis que dans le Hip) ft- 
Xo099i€tg et la M^taphysique f histoire ne pouvait etre 
que la base de la critique et de la .speculation ; en 
second lieu, que le JJtfi riyiBov avait pour objet prin- 
cipal la doctrine de Platon, tandis que dans le Utpi 
^lAoOT^iW et la M^tapbysique il est question de tous 
les syst^mes platoniciens et pytbagoriciens qui do- 
minaient au temps d'Aristote. 

II ne faut pas confondre non plus avec aucun de 
ces trois ouvrages le riep/ tlJSy, traits en deux livres , 
oil, suivant Syrianus, Aristote opposait i la th^orie des 
id^es et des nombres k peu pr^s Les oiemes argu- 
ments que contiennent les XliP et XIV livres de la 
M^taphysique, m^s avec plus oumoins de d^velop- 
pement^. Michel d'Ephfese, et aprfes lui Phiiopon, 

T&h(t>p iftift/mite, cm iv x<hs ^epi ray adou Muxxcu , ^ ^t rih iv yevdaet 
uai ^dopf oU xldsrm Tavra tdrta, 

^ Voyez plus htiit, p. 69, note 3. — Ge caract^re historique est 
encore indiqu6 dans cette phrase de Phiiopon [in lihr. de Gen. et corr. 

f. 5o b) : itv ixeivots toivvv 6 ITkdTtiiv r6 fUya xcd foxpdy Koi to 

fieTo^i) ro^rojv ^orlQercu, Gf. Simplic. in Phjs. f. 3 s b. 

' Syrian, in Metaphjrs. XIV> sub fin. ap. Brand. De perd. Aristot lib. 
p. i4. "— li y a un autre passage plus precis , dont Brandis ne fait pas 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE III. 75 

distinguent express^^ment ie lltpJ '%lMv des deux der- 
niers iivres de la M^taphysique^. — Le Iltp/ iJi»f 
itait encore un ouvrage difFiirent du riipi t* j^floS , du 
lltf) ^iXotnfUf et mSme du nipi tiJRv; c^tait, comme 
Ie dernier, un ouvrage de pol^mique, mais en quatre 
livres au moins, puisqu' Alexandre d'Aphrodis^e en 
cite Ie IV' ^ ; depius onne peut pas identifier i lai^gfere 
ce que distingue un commentateur dune si grave 
autorite. S'il ne faut pas midtipiier les etres sans n^- 
cessit^, il ne faut pas non plus les supprimer sans 
raison suifisante. Qu on ne s'^tonne pas d'aiileurs de 
voir tant de livres sur le mSme sujet : ce sujet, c'^ait 
le fond meme du probifeme philosophique, tei qu'on 
le posait alors ; Aristote ne se lassait pas d'y revenir. 
En resume , ie llepi rojytBov, 6crit , selon toute appa- 

mention ;in libr.XIII,T, sub fia. (cod. ms. Bibl. reg. Paris, i SgS, f. 6 1 b) : 
Oti fikv xo^oiv ovSkv 'oXiov elisetv i^et ^pds rilv t&v elSav vitddemv 
hi\o7 xai td ^pohov 706771$ ^vs ^Btpayfiareicis ^iffklov Koi 7^ tsfepl 7&v 
d36Sv avT^ '0teifpdt,'yiM7evifteva Ho ^€Xia- a^eSdy jitp Toi^Tfl^ 7taha tntv- 
7a)(pv 73l ivtj(,8ipT/i(M7a fieia^ipwv, xai «roTe {Uv aixa Ha7(tKep\ut7iitav 
xai vnoSiaipcav , 7S07h Si antnoyitlytepov disayyi^^ciiv , tareipaTdu Tot7$ 
^pea€vTipovs eav7ov ^t\oa6^ovs eCd^vetv. 

^ Mich.Ephes. in lib. XIV, sub fin. (Cod. Coislin. 161, f. 4o5 a):x&v 
^7t ^crXe/o) (Tvva^Qein' tA 'oepi 7a3v elS&v ypa(piv7a 0-^7$ $60 |Si^/«, 
$Kka Sv7a israpdi 76 Mu xai Ni7, xai ix76s Tijs (lerA T<i ^mxa <Tvv7dSecos, 
— Philopon. in Metaphys. f. 67 b : « Subindicat autem (Aristot.) per 
hoc ea quae de Ideis contra ipsos scripsit libris duobus, aliis quam 
sint hi XIII et XIV, et extra metaphysicorum conscriptionem. t — Mi- 
chel d'Eph^se se fonde sans doute sur les deux passages de Syrianus; 
poor Philopon, il copie tout simplement Michel d'Eph^se. 

* Sur le Hepi iSiav, voy. Brandis, De perd. Aristot. libr. pp. i4-2o. 



Digitized by VjOO^IC 



76 PARTIE I. — INTRODUCTION, 

rence , peu de temps apr^s la mort de Piaton , a ^t6 
la base historique de ia pol^mique soutenue par 
Aristote contre les id^es , dans le lltpi uJ&f mi }%v5v , 
ie riepi tJim^ le n«pj ^iXom^Ug et la M^taphysjique. 
Quant aux diverses hypotheses qui ont ^t^ avan- 
cees pour identifier d'autres trait^s ^num^r^s par 
Diogfene de Laerte avec les difKrents livres de la 
M^taphysique, la plupart ne peuvent etre admises 
que dans le sens dont nous avons parl^ plus haut. 
Ainsi, sil 6tait vrai que le riep) ipx^iy dut etre iden- 
tifi^ avec les I" et III® livres , le riepi ewju/ttwy avec le 
n* et le IV% le nip/ Imgifm^ avec le XI% le Hip/ Sauc 
et le riftpi mpyiUg avec le VIH* et le IX' \ il ne s'en- 
suivrait pas que ces titres fussent les titres primitifs ; ce 
ne seraient, selon nous, que des noms donnas k des 
parties d^tach^es d un tout. Du reste , nous ne discu- 
terons pas ces suppositions et d'autres semblables plus 
ou moins hasard^es, fondles sur de simples titres 
mentionn^s par un auteur peu grave ; nous ne pen- 
sons pas qu'elles puissent conduire k quelque conclu- 
sion importante. 

* Sam. Petit, Miscellan. IV, ix. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE III. 77 



CHAPITRE III. 

De raathenticit^ et de I'ordre de la M^taphisique et de ses parties. 

Cependant si les hypotheses qui pr^sentent les ou- 
vrages d'Aristote commfe des assemblages de trait^s 
partiels sontinexactes dans ieur g^n^ralit^ etprises d'un 
faux point de vue , on ne peut nier qu'une partie de ia 
M^taphysique ne les justifiejusqu'i un certain point.- 
Quelq^ies livres se rattachent a peine k 1 ensemble ; 
dans d'autres , on est arrets k chaque pas par des Epi- 
sodes historiques ou dialectiques , par de longues et 
confuses refutations , par des redites continuelles. Le 
sujet semble plus d'une fois recommencer; les ques- 
tions se reproduisent presque au hasard , et les plus 
importantes sont souvent les plus brievement ^non- 
c^es et resolues en passant ; en un mot , il y a absence 
presque complete de proportion et de syst^matisation. 
Cependant on ne peut renvoyer la M^taphysique aux 
uTfOfjivfifjiAVM que les commentateurs opposent aux 
ffvvmyf^ATjKi ; les vTn/jLVfifJuntitA n'^taient que des notes , 
des mat^riaux encore ^pars ^ Mais Aristote n'avait 

^ Aminon. in CaJteg. f . 6 b : Cis ifXriv roh olxeiotv avyypafindre^v^ 
Simplic. in Categ. f . i b : Aoxe? ii rot CifOfivniiocrixA yiif ^dvxrf <ntov$iif 
i^tOL ehcu' Sm oM tstffrovvjcu dt^ avrwv rd tov (pCkou6(poM SoyfiaTa' 6 



Digitized by 



Googk 



78 PARTIE I. — INTRODUCTION, 

pas tout ^crit d'une haleine ; tel sujet avait pu 6tre 
repris plusieurs fois , tel autre rester ^bauch^ ; enfin 
on a pu, comme le raconte Asclepius, remplir des ia- 
cunes avec des morceaux empruntes k d*autres iivres 
d'Aristote , ou oieme y insurer des supplements apo- 
cryphes. II faudrait pouvoir retrouver dans la M^- 
taphysique telle qu'elle est ce qu'elle devrait ^tre , en 
d^gager le plan primitif , ^carter ou remettre k sa 
place tout ce que des mains ^trangeres ont pu y 
Jeter pele-mele. 

La premiere chose k faire serait de s^parer Tapo- 
cryphe de Tauthentique ; mais les documents que 
nous avons k ce sujet sont insuffisants. Selon Jean 
Philopon ^ et une note que Ton trouve dans plusieurs 
manuscrits^, on aurait attribu^ assez g^neralement le 
II* livre k un disciple d'Aristote , neveu d'Eudfeme 
ainsi que nous I'avons d^ji dit, k Pasicl^s , qui ^crivit 
aussi sur les Categories'. Mais, s'il eut voulu ajouter 
un livre k la M^taphysique, Pasiclfes ne Teut pas forme 



"Ofp^s iva (THOTchv dva^ipeadat, 

' Voyezplushaut, p. 35, note i. 

* Ap. Bekker, Aristot. Metaphys. lib. d : Tovro td ^tS^ioy ol ^"keiovs 
^outIv shou UamKkiovs roxi PoSiov, 6s ^v dxpoarffs kptt/JorikovSj vtos 
3k horjdoxi Tov Evdrffiov dSe\^ov' A!kiSav3pos Si 6 d^po$Kn&jf ^mv el- 
vau avrd rov kpt&lotikovs, — Gette note avait ddjk 6t^ donn^e, mais 
avec plusieurs fautes, par Buhle, de Aristot. codd. mss. in Afist Opp, 
edit. I, 175. 

' Galen, de libr. propr, ap. Nunnes. ad Ammon, Vit. Aristot, not. ni^ 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE III. 79 

de fragments d^cousus teis que ceux dont ce IP livre 
se compose; il est plus naturel de supposer quil les 
tira de quelque cahier de son maitre , et que cette 
circonstance les lui fit attribuer. 

Suivant Asclepius, ce serait ie I" livre que Ton 
aurait rapport^ i Pasiclfes^ Alexandre d'Aphrodis^e 
et Syrianus disentaussi que Ton contesta Tauthenticit^ 
du Plivre^; par quels motifs? c'est ce qu'ils nous 
laissent ignorer. Albert le Grand nous apprend 
qu'une tradition regue chez les Arabes Tattribuait 
k TWophraste, et que par cette raison ils ne le 
comprenaient pas dans leurs versions ' ; Aveiroes , 
du moins, en omet les cinq premiers chapitres en- 
viron*. Ces traditions acquiferent de la force par 

* Voyezplus haut, p. 34, note 2. 

* Alex. Aphrodis. in Metapkys. Ill, e vers. Sepulved, comm, 29. Sy-^ 
nanus in MetaphysAHf e vers. Hieron. Bagolini (Venet. i558, in-4**), 
f. 17 a. — Stahr {Aristotelian IT, io3, note 4) et Pansch (de Etk. Nicom. 
p. 2) renvoient^tort, d'apr^s Fabricius (III, 256,Haries), A Alexan- 
dre d'Aphrodis^e, in Soph. Elench. II, 69, (Venet. 1529), et h Sy- 
rianus, in Metaph. f. 17, pour la question de Tauthenticit^ du 
IP livre. Dans le passage de Syrianus, c est du I*' livro qu'il est ques- 
tion; quant h. Alexandre, son commentaire sur le Trait6 des So- 
phismes (Venet. 1629] ne contient que 61 feuiHets; je ne trouve 
qaau feuillet 61 une simple mention du IIP livre; rien sur le IP. 

* Albert. M. in Analyt poster, 1 [0pp. I, 525) : « Theopbras- 

tus, qui etiam primum librum (qui incipit : Omnes homines scire desi- 
derant) Metapbysice Aristotelis traditur addidisse; et ideo in arabicis 
translationibus primus liber non babetur. » 

* Son commentaire ne commence qu^^ t,x \iLkv cZv rSv elprjfievav 
(c. V, sub fin. p. 18, 1. 3i, Brand.). — C'est 1^ aussi que commencent 



Digitized by 



Googk 



80 PARTIE I. — INTRODUCTION, 

leur disaccord meme. II fallait que ce Y^ livre fut 
suspect par plus d'nne raison, pour devenir Tobjet 
de tant d*attaques de divers cot^s; il est si^ad^ par 
cela seui k Tattention des critiques : une ^tude appro - 
fondie du texte pourra peut-etre jeter queique jour 
sur la question. li ne faudrait pas croire que i authen- 
ticity du I*' livre fut suffisamment prouv^e par un pas- 
sage du XP ou Aristote se r^ftre k ce qu*il a dit , « au 
commencement, touchant les opinions des anciens sur 
les principes ^ » : saris doute, il en traite fort au long 
dans le P livre ; mais le XI' ne peut faire partie de la 
M^taphysique , ainsi que nous le verrons bientot, et 
ce renvoi pourrait se rapporter k une introduction 
historique simplement semblable k celle que renferme 
le P livre, mais qui ne nous serait pas parvenue, ou 
qui meme n aurait jamais ^te 6crite. Toutefois les 
preuves int^rieures , celles qui se tirent du contenu 
et de la fomxe , nous semblent , sauf Topinion de 
juges plus ^clair^s , tout en favem* de Tauthenticit^ du 
P' livre. Les arguments par lesquels Buhle a soutenu 
Topiniori contraire^ ne sont nullement concluants. 

les traductions arabes de la M6taphysique qui se trouvent k la Biblio- 
th^que royaie de Paris. Jourdain, Recherches critiques sur Tage et I'o- 
riginexles traductions latines d' Aristote, etc. (Paris, i8i9,in-8''), p. 191. 

^ XI, init. : 6ti jtiv 1^ <TO^ia 'aepi oipx^^ ivtali^fiv tiV i&li, Sri'kov 
ix TCt)v ^pe&i6nf iv oTs Snfv6prireu 'Opds toL vvd r&v dfXXojy eiptiiiiva 'oepl 
rcSv dp^av, 

* Voy. Buhle, uherdie Aechikeit der Metapkysik, in der Bihlioth, der 
alien Literatar und Knnst (Getting. 1786) , p. 29 et sqq. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE III. 81 

Alexandre d*Aphrodis^e ^ nous apprend que Ton 
attaqua aussi Tauthenticit^ du V* livr^ , mais par d*as- 
sez faibles arguments. 

Les traductions arabes dont se servit Averroes ne 
comprenaient pas les XP, XlIP et XIV* livres. On 
ne trouve pas non plus le XI* dans le commentaire 
d'Aibert le Grand, ni les XIII* et XIV* dans le com- 
mentaire de saint Thomas, qui fit faire sur des manus- 
crits grecs une nouveile version d'Aristote. Les deux 
demiers livres manquent ^galement dans la traduc- 
tion faite au xv* sifecle par le grec Argyropule. Ces 
omissions sont remarquables ; mais on n'en pent tirer 
aucune consequence contre Tauthenticit^ des livres 
XI, Xin et XrV. Averroes, par exemple, ne la nie 
en aucune fa9on : ii connaissait ces livres par le 
temoignage d'Alexandre d'Aphrodis^e , et en donne 
daprfes iui une courte analyse 2. De plus, Avicenne 
connaissait le XIH* et le XIV*; il est facile de le voir 
par sa M^taphysique'. 

Au total, il ny a pas de motifs suffisants pour 
consid^rer conmae apocryphe aucune des parties de 
ia M^taphysique. La question d' authenticity se r^duira 
done pour nous k celie de Tauthenticit^ deTordre dans 
lequel sont disposees ces parties. Avant de Texaminer, 
nous pouvons rappeler un mot de Nicolas de Damas. 

' In Metapkys. V, ink. 

' Averr. in Metaphys, (Arist: et Averr. 0pp. t. VII), f. i35 a. 

' Avicenn. Opera philosophica (i5o8, in-r), f. 96-7. 

6 



Digitized by 



Googk 



82 PARTIE I. — INTRODUCTION. 

Ce p^ripat^ticien c^l^bre d^clarait dans son iivre sur 
ia Mitaphysique d' Aristote que « la Phiiosophie pre- 
mihre lui paraissait devoir etre expos^e dans im ordre 
plus convenabie, » et'cet ordre ii avait cherch6 k le 
retrouver^. Ainsi, et quel qu*ait it& d'aiiieurs ie suc- 
cfes de cette premifere entreprise , si noii3 nous icar- 
tons en certains points de la tradition vtdgaire , nous 
aurons un pr^cMent dans Tantiquit^. 

Queiques critiques ont pens6 quale I" Iivre de- 
vrait etre renvoy^ dans la classe des livres physiques. 
En effet, il y est question de deux choses, de la nature 
de la phiiosophie [m^U) et de son objet ; cet objet, 
ce sont les principes. Or , d un c6t6 , c'est sur les 
principes (nipi cifx<^y) <pie roulent les cinq premiers 
livres de la Physique ; de I'autre , Aristote dit quelque 
part que la consideration de la nature de Tintelligence , 
de la science et de la phiiosophie appartient k la mo- 
rale et & la physique^. Mais pom* arriver au principe 



' Averr. in Metapkys, XII, fprocem. f. i36 b : « Nihil in eis in- 
ordinatum repertnm est, ut falso opinatus est Nicolaas Damascenas 
qui se exactius banc tradidisse scientiam quam Aiistoteles in quodam 
sao voiumine praesumpsit. 

* Analyt. poster. I, xxxiii, sub fin : Ta Si "XotifSL 'm&s Set Siavetftm, iisi 
rs St&voias, xal vov, xai imalvftris , xai rix^ris, xai ^povifftretas ^ xtd ao- 
^ioLS, tSi fitv ^atxiis, rSi Sk ifOtxiis Qrttopias fiaXXc^y Miv. BuMe, 
uher die Aechiheit der MetapK p. 27. — Cf. Melapk, XIII, 286, 1. 17 : 
Uepl Si xoSv ^pc&rav dp^av xai rSiv ^p(&Ta>v tdtUiv xai &1otx8io9P, Saa 
pjh "kiyouaiv oi 'srepi p6vns Trfff oiaBrrnis eCaitts itopiiovrts, rA fdp iv 
7o7i 'wepl ^(Teeot ttpufrm , rA S* oCx Mt Tijff iuB6iou rifs vHv, 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE III. 85 

des principes, ne fallait-ii pas aussi partir des prin- 
cipes ? Pour determiner la nature de la philosophie 
premiere , ne fallait-ii pas se demander d'abord ce que 
c'est que la science et la philosophie ? Le premier livre 
est done une introduction n^cessaire qui forme la 
transition de la Morale et surtout de la Physique 
i la M^taphysique : c'est pour cela que les renvois 
a la Physique y sont si multiplies. De meme , dans le 
Vn* livre, Aristote declare qu'il lui faut traiter des 
sujets qui rentrent ordinairement dans la science de 
la nature, et que seulement il ne les traitera pas 
en physicien^ 

Mais sur cette limite des deux sciences , il est dif 
ficile qu'elles ne se confondent pas. Voili pourquoi on 
a place aprfes le I" livre les fragments dont se compose 
Tat eAflfcTTOF , qui , pour la plus grande partie , depend 
evidemment d'une introduction k la Physique^. D'a- 
bord, ia suite du I" livre, comme I'a di]k dit Alexandre 
d'Aphrodisee , c'est le ID'; le I** livre se termine 
ainsi' 



|5. 



^ Mftaphjs. VII, i53, 1. 1-7, Brand : U6r epov ^ i</il ^eoLpSt rii» 
Ifkiiv TUP Toto^cov o^m&v Tts i/Xriy xai Set Kvfstv oMav wStoSv kxip%v 
TtvSt olqv dptdiio^s it re toioCtov, oKsv/liov Mepov to^rov yAp x^P'** 
xai 'ozpl rcSv (daBr^&v ouatSh ^etp^fieda Stopiietv, 

* Averroes place le II* livre (a iXarrov) avant le I"'. 

' P. 35, Brand. : Ooa 3i 'oepl t&v ol^xQv xo^todv ditopT^aetev iv rts, 
imtvikdane^ 'srdEXiv* Tdj(a ydp kv i^ a^ap s^vopifvcufiev ^p6s tds Me- 
pop dvopias. 



Digitized by 



Googk 



84 PARTIE I— INTRODUCTION. 

Examinons les questions qui peuvent se presenter sur ks 
choses dont nous venons de parler ; peut-^tre nous foumiront- 
elles les dements de la solution des probl^mes ult^rieurs. 

Maintenant voici le d^but du IIP ^ : 

H est n^cessaire , pour la science que nous cherchons , d*am- 
ver aux questions qu il faut pr^lablement examiner : car pour 
r^oudre les problemes , il faut d'abord les poser et les discuter 
convenablement. 

II est Evident que cette fin et ce commencement 
se correspondent exactement et doivent se toucher. 
A la v^rit^, r* iXflfcTTOF se termine par ces mots ^ : 

II faut examiner si c*est a une seule et m^me science ou 
bien a plusieurs sciences qu*appartient la consideration des 
principes et des causes. 

Et cette question est pr^cis^ment la premifere qu'6- 
ifeve Aristote dans le III* livre. Mais qp'importe? Le 
probifeme pos^ au d^but de ce livre ne se rattache 
pas d'une manifere moins immediate aux discussions 
du I"; c est de ces discussions memes qu*ii sort en 
ligne directe. Aristote a pris soin de le faire remar- 
quer : 

* P. 4o, Br. : kvdyx'n 'Bpbs riiv Zvfovftivffv imali^firjv iveXdeTv ^ftSs 
'apShov, "Bfepi &v Anopifaau Set'Opikov',,, Salt Sk roU eCvoprjcou jSovXo- 
\Uvois 'apoiipyov t6 Stavopriffeu xcikas. 

' Kal el luSf imoli^iais ^ 'eXet6va)v tA aiud xai t^s dp^As Q-ewpi^cai 
iaiiv. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE III. 85 

La premiere question qui se pr^ente sur les matieres que f 
nous avons agit^es dans le pr^ambule, est celle de savoir si 
c est a une m^me science ou a plusieurs qu'il appartient de 
considdrer les causes \ 

La demi^re iigne de Ya tXAnw ne nous .autorise 
done pas k le laisser entre deux iivres qui ne souf- 
frent pas de solution de continuity. Bien plus, cette 
demi^re Iigne ne se tie en aucune maniere k ce qui la 
precede, et pourrait bien avoir 6t6 ajoutie de ia main 
de Pasicl^s ou de queique autre, pour ^tablir une ap- 
parence de transition du pr^tendu IP tivre au III'. 
La veritable fin de 1'* 5Ea*t7w, c est cette phrase : 

n ne faut pas chercher dans la Physique la rigueur math^- 
matique : car dans la nature il y a n^cessairement de la ma- 
tiere (qui exclut cette rigueur). Par consequent, il nous faut 
d^abord examiner ce que c*est que la nature : car c*est ainsi 
que nous apprendrons sur quoi roule la physique '. 

Non-seulement cette fin n'a aucun rapport avec ie 
in* tivre , mais eUe ne pent appartenir k la M6ta- 
physique. — Des trois chapitres ou plutot des trois 
parties principales dont se compose 1* tXetrrmv, la pre- 
miere, qui traite de ia v^riti et de son double rap- 

^ P. 4i, 1. 4 : £o^( ^ Anopia vpdmt i^v mepi &v iv xoii ve^potfuatr- 
\Uvotg Sinnopi^aaiiev x.t.A. 

' P. do, 1. 4 : Ti^v S' ixpt^dkoyiav rnv yMdrniarixiiv oiix iv Anaaiv 
vKtuviixiov, SKk\ iv roU fii^ i^fivrnv ^rjv 3t6isep ov ^aixdg 6 xp6Tsoi' 
dhrooa ykp tocos i$ ^<ns i/et ^w Sio axevHov 'Opmov t/ idliv ii <^<ris' 
ohv yStp xdA 'oepi tipo^v ii ^<nxii iriXov Mau, xai el fuSs x.t.X. 



Digitized by 



Googk 



86 PARTIE L — INTRODUCTION, 

port avec Tesprit humain et avec i'^tre en soi, n'est 
pas sans relation par son objet avec la pMosophie 
premifere. Cependant on la rattacherait encore mieux 
k des considerations sur la philosophic th^dr^tique en 
g^n^ralv c*est f opinion d' Alexandre d'Aphrodis^e et 
un passage du fragment en question ^ semble la con< 
firmer. Mais il y a plus : le d^but de ces considera- 
tions prouve qu'elles devaient se porter d'une ma- 
nifere sp^ciale sur ia philosophic de la nature 2; k 
mains que Ton ne pr^ftre partager encore tout ce 
fragment, et nen renvoyer k la Physique que ce d^- 
but, qui ne pent se rapporter qu'i cette science. C'est 
ie parti qui nous semblerait le plus convenable'. 

— Le" second chapitre contient ime demonstration 
de ce theorfeme : qu'ii n'y a pas de s^rie infinie de 
principes; theorfeme que la m^taphysique suppose, 
sans nul doute, mais qui relfeve plutot, dans Aristote, 
de la science propredes principes, de la Physique. 

— Enfin le troisifeme chapitre se compose de consi- 
derations sur les differentes methodes et sur la ne- 



* P. 36, 1. i5 : Stoapnrtxfif fUv yAp tiXos oXifSeia, ^pautuxiis ^ ip- 
yov x,T.X. 

* P. 35, 1. 20 : Stfptciov ^k th \L-i\tt d^s iirfdiva ^vaaBeu rv^sTv aCriis 
(sc. Trffi dkrideiaf), ftifre ^vras dvorvyxjiveiv, oXX* Ataalov 'Xiyetv rt 
'aepi rffs ^aetas, 

' Nous partagerions ce i" chapitre en trois fragments distincts : 
1* depnis ie commencement jusqui oU yAvov S^ x^P'** (?• 36, 1. 4), 
2* depuis oU it6pov Bi ;^. jusqui dpBas ik SxJ^iy 3* depuis opdSk Si i^ei 
jusqu ^ la fin. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE III. 87 

cessit^ pour la science naturelie d'une m^thode sp^- 
ciale qui derive de Tid^e meme de la nature. 

Ainsi r* ixetfrny ne doit pas seulement etre distrait 
de la place qu'il occupe, mais, k I'exception peut- 
Stre des demi^res phrases du troisiime chapitre, 
que I'on pourrait s^parer du reste et consid^rer 
comme <^tant du domaine de la M^taphysique, il faut 
le renvoyer k la ^a^fjcamiti ^i/^icn , k la science de la 
nature \ 

Apr^s avoir fait dans le I* livre une Enumeration 
des pnncipes et une revue critique des opinions des 
philosc^hes sur ce sujet, Aristote agite dans le 
livre suivant ( que nous continuerons de nommer le 
in* pour nous conformer k Tusage) tons ies probl^mes 
qui peuvent s'Elever sur la nature des piincipes et de 
la science des principes^; il Ies Enonce d'abord som- 
mairement, et Ies di^veloppe ensuite sous dix-sept 
chefs environ. L^ finit Tintroduction proprement dite 
de la Metaphysique. 

Le IV* livre commence k entrer dans le sujet. II 

> Title (loc. laud. p. 47) place Va ikmlov en t^te du V livre de la 
Physique. Francesco Beati (in lihr, II Metapfys, Venet. i543, in-4*, 
init.) avail propose avec plus de fondement de le mettre en i6te 
du n*; Nizzoii (De vera ratione philosoph, IV, YI, SBg] et Scayno 
(Comm, in Metaphys. Rome, 1687, in-f*, in libr. II) se rangent ilV 
pinion de Beati. Mais si cette place convient parfaitement au in* cha* 
pitre de la, elle ne convient pas 6galement k ce qui ie pr^cMe. 

* n ne faut pas pour cela, dans ce passage du XIII* livre (c. x, ' 
init.) : Kar' dpXJ^f iv toh Stairopi^iiaatv iXi^dvi v/portpov, traduire xai* 



Digitized by 



Googk 



88 PARTIE I. — INTRODUCTION, 

^tablit que les plus hauts principes ^tant les principes 
de letre, la science la plus haute est la science de 
letre en tant qu'etre. Mais cette science est aussi la 
science de la science ou des premiers principes 
de la demonstration : r^ponse k Tune des questions 
comprises dans le premier probl^me du IIP livre^ 
Le reste du IV' est consacr^ k la demonstration du 
premier principe de la science , le principe de con- 
tradiction. Tout ce livre forme le passage de ITntro- 
duction au ccBur de Touvrage : on n'y entre pas en- 
core dans le sujet propre de la Metaphysique ^, mais 
on commence d^ji k Tentrevoir. La conclusi^' fait 
sortir k Timproviste d une discussion toute logique le 
theor^me qui resume la Physique et fonde la Meta- 
physique. 

Ici nous sommes arret^s tout k coup par l6 V* livre. 
Le V livre ne contient qu une enumeration et une 
classification des sens des principades idees sur les- 
quelles roule une metaphysique : principe, cause 
element, nature , etc. C*est incontestablement le ritpJ 
Twy matt^c M^fuvm mentionne par Diogine de Laerte, 
et qu'Aristote cite si souvent*. Mais ce livre est-il ici 

apX^^ par de piincipiis, comme le veut Samuel Petit (loc. cit.), miais 
par mitio, au commencement. Voy. Metaphys. I, 35, 1. i ; Eih. Nicom. 
II, II, iio4 a Bekk. 1. a. 
» III, II, 44,1. 20, Br. 

* Voyez plus bas, partie III. 

* IV, sub fin.86, 1. lo-ao, Br. 

* Buble (De libr, Aristot perd, p. 78) identifie le livre V ou Uepi 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE III. 89 

k sa place, ou n est-il pas plutot un trait^ s^par^ qui 
se raltache k la M^taphysique sans en former une par- 
tie int^grante ? La premiere opinion , qui ne s'^carte 
pas de Tordre traditionnel, et qui est aussi celle dA- 
lexandre d'Aphrodis^e, n'est pas en elle-meme d^- 
pourvue de fondement. II se pourrait qu'Aristote eut 
voulu placer lexplication des termes scientifiques im- 
m^diatement apr^s Imtroduction, avant d'entrer dans 
la profondeur du sujet; mais plusieurs raisons nous 
font incliner k la seconde hypothfese. Nous commen- 
90ns par reconnaitre que le ritp/ iSf Tnaw^^Sc Xtppfiifmv 
se rattache ^troitement k la M^taphysique : ind^pen- 
damment des nombreux passages de la M^taphysique 
oil ce livre est cit6, Aristote, k la fin du I" livre, re- 
proche k ses devanciers davoir pr^tendu d^couvrir 
les ^l^ments des etres, sans avoir seulement ^nu- 
m^r^ les diverses acceptions du terme d'^l^ment ^ ; 
Enumeration que nous trouvons en effet dfes le 
iif chapitre du V* livre. Mais au lieu de placer ce 
livre dans le corps de la M^taphysique, il faut le 
reporter avant le I", comme une dissertation pr^li- 
minaire. En effet, Aristote, en y renvoyant dans le 

r&hf 'vsoaa)(&s \eyoii£puv aveo les iicupiaeis hcraHoiiexa, iicuperixoh a 
et Staiperixdv a cit6s par Diogine de Laerte. Mais le nombre hnaxai- 
iexa ne r6pond pas k cdui des paragraphes du V* livre de la M^ta- 
physique; de plus, Simplicius cite les iicupiaets comme un livre 
distinct de tout autre (Simplic. in Categ, f. 16 a). 

^ Metapkys, I, vii, 33, 1. a6, Br. : Sroixeia firi iie\6vTae, woXXa^w* 



Digitized by 



Googk 



90 PARTIE I. — INTRODUCTION. 

cours de la M^taphysique, se sert presque constam- 
ment de cette expression : of aMoic , « aiileurs ^ , » qui 
ne peut s'appliquer k une partie proprement dite de 
Touvrage oil elle est employee, et quen efFet Aristote 
emploie lui-meme maintes fois pour designer un ou- 
vrage difiKrent; c'est une nuance affaiblie de cv iTf^^if ^. 
H y a meme un passage du pr^tendu V* iivre ou se 
trouve sous cette forme dUv tTie^tg un renvoi qui s'ap- 
piique ^videmment au VP. Le riftpJ twv manx^^ est 
done dans la pens^e de son auteur quelque chose 
de v^ritablement distinct de la Metaphysique. Ajou- 
tons que les premiers livres de ce dernier ouvrage 

^ IX, I, 175, 1. 19 : 6ti fiitf cZv 'sroXXa^Ss "Xiyerat •n Sijvafus xai rd 
i^vaoBcu, 3i(&pi</1ou "fifuv iv dfXXoi ;. Cf. V, io4, 1.6 et sqq. — X, in, 
199, 1. a& : Htc&ptalcu d' iv d'X'Xots ^etoTd t^ yivet rcvir^ 4 irepa. Gf. 
V, 100-101. — X, IV, 201, 1. i3 : UoXkax^f y«p ^^V ttwto (sc. riiv 
a1ipri<jiv) 'Xiyofiev , Stntep StTJpnrat "nfitv iv dWots. Cf. V. 11 3, 1. 27 
et sqq. — De mtoe, V, 99, 1. 20 : ll67e 3k ^vvardy xai ^6re oi(ir«, iv 
dWots hopi&liov. Gf. IX. 

' On ne peut nier quVv hipots ne d^signe constamment « an ouvrage, 
un traits autre ;» ainsi Metaph. I, y, 16, 1. 19 : J^t(&pKi1cu 3i '&epi 
toiStcov ivkripots '^fitv dxpt€i&7epov; ce qui d^signe, selon Alexandre 
d'Aphrodis^, le Upds tovs Uvdayopeiws, que nous n^avons plus; de 
in6me, de Gen. et corr, I, sub fin. : kKkik 'etepl (ikv roihoiv iv tripots 
ivitntetlar ce qui s'applique au Uepi (p^rav qui est ^galement perdu 
(Cf. L. Ideler, in Arist. Meteorolog. I, it, 324, 495). On pourrait citer 
beancoup d'exemples d^iv 0^ois ejnploy6 dans le sens d^iv Mpotf; 
ainsi, Eth. Nicom. X, iv, S 3; cf. Pkys, I, Tiii, VI, VII, VIII, ct Eus- 
trat. ad Eth. ibid.; de Anim. II, v; cf. Phys. Ill, 11 ; de Gen. anim. 11^ 
111; cf. de Anim. U. Metaph. XIV, p. 293, 1. 21; cf de Coil, etc.; 
Metaph. VII, IX, i45, 1. 11 ; cf de Gen. et corr. etc. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE III. 91 

supposent, tout aussi bien que les suivants, le ritp/ 
i5f 7[989;j(j»g. Ne supposent-iis pas la connaissance des 
diffi&r^its sens du principe , comme le IX* iivre celie 
des sens diflESrents de la puissance? et en efFet, e'est 
par i'*p%Ji que commence le V iivre. Enfin ie XI', qui 
reproduit en abr^g6 les livres HI, IV et VI, les re- 
produit dans cet ordre , sans interruption , sans que 
le V* y figure le moins du monde. Si maintenant on 
demande pourquoi ie riipi twv mtng/fi^ aurait ^t^ mis 
dans la M^tapliysique au rang qu'ii occupe encore 
aujourd'liui, la raison en est fort simple : c est que le 
VP iivre est ie premier oil Aristote s y r^ftre expres- 
s^ment. On en a conciu que de ce traits pr^iiminaire 
il faliait faire ie V* iivre ^. 

C'est ici ie lieu de faire mention d une opinion 
remarquabie de Tun des plus anciens interprkes de 
la M^taphysique. On a souvent repit6 d'aprfes Aver- 
roes , cit6 par Patrizzi , que Nicolas de Damas n'kp- 
prouvait pas I'ordre des livres de la M^taphysique. 



' P. 131, i. 6 : ti6yosik jo&rov (id est ovfaJSiffiixSTOs) iv itipots. 
Cf. VI, 124, 1. 27. Le» passages des livres VII (init.) ct X (iiiit.)^ 
oA Aristote renvoie aux tA mtepl toS mom.x&^ 3tif pri f^va 'ap6repop, 
pourraient faire penser que le V* Iivre fait partie int^grante de la s^rie 
des livres de la M^physique; mais la forme tirpdrepov ne s'applique 
pas seulement k un Iivre ant^rieur de Toavrage m^me o^ cette expres- 
sion est employee; elie s'appliqae tout aussi bien h. un onvrage difi)^- 
rent, pourvu qu'ii soit dans la mdme classeou lapayfiareia. Ainsi, de 
CobL I: metxxcu y^ to&to mp6t9pov iv xoU vepl xtvj^^eois, ce qui 
se rapporte aux demiers livres de la Physique. 



Digitized by 



Googk 



92 PARTIE L — INTRODUCTION. 

Mais quy trouvait-il ki reprendre? Cest ce que Ton 
ignorait, et de quoi nous instruisent deux passages 
que nous rencontrons' dans le commentaire aujour- 
d*hui trop oubli^ de Tauteur arabe. Nicolas voulait 
morceler chacun des deux livres III et V et en diss^- 
miner les paragraphes par toute la M^taphysique : 

Dans la Physique, disait-il, Aristote ne discute les probl^es 
que souleve chaque sujet qu au moment ou ce sujet se pr^ente ; 
il faut r^partir de m^me toutes les questions du III* livre entre 
les Uvres suivants de la M^taphysique. 

De meme aussi il ne pla^ait la classification des sens 
de chaque notion scientifique quk Tendroit oil arrivait 
r^tude approfondie de la notion en elle-meme^ Get 
arrangement ne pent etre admis dans aucune hypo- 
thfese. Nicolas de Damas a-t-il voidu dire que c ^tait la 
disposition adoptee par Aristote et chang^e apres lui ? 
Gela serait en contradiction avec plusieurs passages de 
la M^taphysique, oil le IIP livre est cit^ sous ie titre 



1 Averr. in Metaphys, III (Arist. et Averr, Opp, VII), f. i8 a : tNi- 
colaus autem ordinavit sermonem contra illud quod fecit Aristoteles 
in istis duabus intentionibus, scilicet quod ordinavit earn (leg. eum) 
secundum quod fecit Aristoteles in scientia naturali. » — In libr. Y, 
f. 47 b: cEtcum boc latuit Nicolaum, videbit (leg. credidit) quod 
melior ordo est in bac scientia exponere nomen apud considerationem 
de intentione illius nominis, non ut ponatur pars istius scientiae per se; 
sicut latuit ilium dispositio et ordo sermonum iogicorum. — Nous 
recueillerons ailieurs ce que Ton sait sur les Merits de Nicolas de 
Damas. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE III. 95 

d*0t9ropiffai7tt ou Jiamfifjtamt ^ et le V* sous celui de IIip/ 
w OTOT%S^At^f«y»r^, comme formant chacun un tout 
complet et s^par^. La pens^e de Nicolas ^tait-elie seule- 
ment qu'Aristote eAt mieux fait de les diviser, et que 
la M^taphysique y eut gagn^ ? Nous r^pondrons avec 
Averroes, en nous r^servant de le prouver plus loin, 
que la constitution actuelle de ces deux livres , et sur- 
tout du ni", est infiniment meiUeure et plus juste 
dans Tesprit de la philosophic et de la m^thode aris- 
tot^lique. C'est tout ce qui nous importe ici. 

Les livres VI, VII, VlII et IX se suivent parfaite- 
ment. Le VP livre reprend le sujet traits dans la 
premiere partie du IV*, pour T^lever k un nouveau 
point de vue: dans le IV*, la philosophic premiere a 
hh identifi^e avec la science de Tetre en tant qu'etre ; 
maintenant Tetre en tant qu'^tre est identifi^ avec 
Tetre sup^rieur k la nature et au mouvement, avec 
Dieu, et la philosophic premiere avec la th^ologie. 
Mais pour arriver k Tetre par excellence, il faut en 
trouver d'abord la caract^ristique, afin de le re- 
connaitre entre tous. D'oii, division de Tetre en ses 
quatre espfeces fondamentdes : i® etre par accident; 
2** etre en soi ; 3° etre selon les categories ; 4° etre, en 
tant quidentique avec le vrai, et oppos6 au faux 
comme aunon-etre. Aristote exclut d abord Taccident 
et le vrai; puis il passe i Fetre selon les categories, 

* Metaphys, IV, n, 64, 1. 2; XIII, 11, aSg, 1. Sa; x, 287, 1. 22. 

* Metapkys. VI, sub fin.; VIII, init.; X, init. 



Digitized by 



Googk 



94 PARTIE I. — INTRODUCTION, 

et en d^gage la cat^gorie supceme de Tessence, 
oioieL^ ou de Tetre en tant qu*etre, qui n'est autre 
chose que 1 etre en soi. 

Le VIP iivre traite de letre ou de i'essence. Aris' 
tote en distingue encore quatre sortes : Tessencepro- 
prement dite, ou la forme; la matiire; ie devenir 
dans Texistence et dans la pens^e, enfin iuniversel, 
et il les consid(^re successivement. La conclusion 
du iivre, c est que ie veritable etre nest pa« Tuni- 
versel, ni la matifere, ni tout ce qui est sujet au 
devenir, mais le principe de tout devenir, de toute 
existence el de toute science, la forme, Vetre suxiple 
absolu. 

Le Vin* iivre r^sunpie d'abord les r^suitats prici- 
demment obtenus, et commence une thi^orie nou- 
velle. On a trouv^ qu'il y £| trois sortes detre pro- 
prement dit : le concret, la matifere et la forme. 
Maintenant la matifere est identifiee avec la puissance 
et la forme avec Tacte ; le concret est letre passant 
de la puissance k Facte, et c est dans Tacte qu il a son 
unit^. D'oii unit^ de la definition comme du d^jKni, 
de Tobjet comme de la connaissance. 

Le JX" Iivre est consacr^ au d^veloppement des 
id^es de puissance et d'acte. Le mouvement, qui en 
est rintermediaire, m^ne le monde et en m^me temps 
la pens^e du philosophe k Tetre absoiument actuel 
et immobile. Enfin, Aristote 61eve d^finitivement cet 
etre absolu et simple au-dessiis de ce qu'on appelle 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE III. 95 

le vrai ; le vrai n a d'existence que dans la combinai- 
son de la pens^e. 

Ici nous nous trouvons arret^s encore une fois. 
Le X* livre, pour la plus grande partie, est un traits 
^tendusur Tun et surl* opposition de Tun et du multiple. 
Des considerations sur ce sujet ne seraient pas d^pla- 
c^es, il est vrai : Aristote avait mis au nombre des 
plus importants proU^mes la question du veritable 
rapport de Tetre et de Tun , que certaines 6coles iden- 
tifiaient. Mais cette question est ici d6pass6e de trop 
loin, et le X* livre, dans son d^veloppement, forme 
un veritable Episode. Nous le consid^rons comme une 
etude qui devait etre fondue dans la M^taphysique, 
et qui na pas subi cette operation ^ De plus, apr^s la 
conclusion de toute la discussion, savoir que Tunite 
ne pr^sente avec la multitude qu'une opposition de 
relation, celle de la mesure au mesur^, et non pas, 
comme le pretendaient les Platoniciens et les Pytha- 
goriciens, une opposition de contrariety, nous trou- 
vons (c. vn-x) une dissertation sur la contrariety et sur 
les espices de Topposition 2, qui est encore plus matii- 
festement episodique et qu'il faut bien eiiminer du plan 

^ Ce ne peut ^tre, comme le croit Buhle (De Ubr, Arist. perd.) , 
le Uepl (tovdSos mentionn^ par Diog^ne de Lagrte. La ftopAs n'est 
({u'line des quaire sortes d'unii^s qu Aristote consid^; voy. 193, 
1. 19; cf. Ill, 56, 1. 5; XIII, 282, 1. 19, etc. Le vrai titre d& la pre- 
miere partie du X* livre serait Hepi iv6sj dont Uepl fiovdios n'est 
point du tout synonyme. 

* Cest peut-^tre le Ugpl ivamU^f de Diog^ne de LaSrte. 



Digitized by 



Googk 



96 PARTIE I. — INTRODUCTION, 

g^n^ral de Touvrage , de quelque int^ret intrinseque 
qu'eiie puisse etre. Remarquons que toute cette fin 
manque dans le commentaire de Michel d*Eph^se. 

Si le X*livre fait perdre de vue renchainement de 
la M^taphysique , le XI* le rompt absolument. Ce 
livre est compost de deux parties trfes-distinctes, dont 
la premiere est un abreg^ des livres HI , IV et VI de la 
M^taphysique ^, et la seconde un abr6g6 des III* et 
et V* livres de la Physique^; et les douze chapitres 
dont se composent ces deux parties ne font pas faire 
un pas de plus dans la philosophie premiere. D'lrn 
autre cot^, il est Evident, k la premiere lecture, que 
ce n'est pas, comme le commencement du VIII* livre, 
un simple r^sum^ qui prepare i ime nouvelle re- 
cherche; cest une redaction diffiSrente d'une partie 
deiaMetaphysique, augment^e d'une redaction nou- 
velle dune partie de la Physique. II est impossible 
de supposer av€c Titze' que le tout ne soit autre 
chose que le IP livre du^flipi ^tXoffo^Uc : la seconde 
partie appartient, comme nous venous de le dire, 
k la science de la nature; et quant k la premiere, 
elle ne pent pas non plus se rapporter k ce que nous 
Savons du second livre du nip*- ^tXoao^tetg. On pour- 
rait ajouter que dans ce dernier ouvrage la philoso- 
phie premiere n'avait pas encore d'autre d^nomina- 

» C. I, II, cf. HI, III, lY, V, XI ; cf. IV, VII ; cf. VJ. 

* C. VII, VIII, IX, X, XI, XII. 

^ De Aristot 0pp. ser. et dist. p. 82. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE III. 97 

tioii que celle de ^iXood^U qui formait le titre de Tou- 
vrage, taiidis que, dans le XI* livre de ia M^taphy- 
sique, on trouve Texpression sp^cifique et precise de 
vp^TJi ^tXoa9^U *. Mais surlout ia premiere partie du 
XI* livre a bien lair d'un r^sum^ et non pas d'une 
ebauche des livres III, IV et VI de la Mitaphysique. 
Plusieurs passages ont sur les passages correspon- 
dants de ces livres une sup^riorite dans Texpression 
et meme dans les id^es , qui ne peuvent etre que le 
signe dune reflexion plus profonde, d'une condensa- 
tion ult^rieure de la pens^e^. Nous croyons done 
pouvoir considerer les huit premiers chapitres du 
XI' livre comme luie seconde redaction de trois livres 
de la M^taphysique, qui n^tait pas pour cela desti- 
nee k remplacer la premiere, mais peut-etre k servir 

' C. IV, 218, L 25. 

^ Ainsi, p. 2i3, 1. 3-11; 2i5, 1. i8-25« questions importantes 
omises dans le IIP livre*, celle qui est pos6e p. 21 5 Test aussi dans le 
VII*, p. 167, 1. 7, et le VHP, p. 173, 1. 1.— -Dans le IIP livre (p. 79, 
1. 19), la doctrine de la mutability insaisissable de la nature est r^- 
fnt^e par 'cette distinction: tque les choses changent en quantit6, 
mais non pas en qualit^; » dans le XP (p. 2 23, 1. 8), Aristote fait voir, en 
ajoutant un mot, toute la port^e de cette distinction : « La qudit6, c'est 
Tessence qui j determine T^tre; la quantity nest que Tind^fini , etc. » 
— De m6me, dans le VP livre Aristote a dit que «la philosophic pre- 
miere n'a pas pour objet le vrai et le faux, qiii ne sont que dans la 
combinaison de la pens6e;» dans le XP (p. 228, 1. 26], est ajoutee 
cette belle formule : « Tobjet de la philosophic premiere est Yetre qui est 
en dehors de la pensie, 76 i^o) 6v xal ^uptaloy. » Voy. aussi le passage 
qui vient ensuite sur le hasard et la pens6e. ■ — On pourrait facile- 
ment pousser plus loin cette comparaison. 

7 



Digitized by 



Googk 



98 PARTIE I. — INTRODUCTION, 

de base k un nouveau cours sur la science de I'^tre. 
En rintercalant dans ia M^taphysique, imm^diate- 
ment avant les derniers iivres , oil commence mi nou- 
vel ordre de considerations , on aura cm pouvoir y 
joindre le fragment de physique qui forme ies quatre 
derniers chapitres , et dont le commencement a de 
Tanalogie avec le IX' livre de la M^taphysique. 

Cest dans les trois derniers Iivres que f on touche 

enfin le but de la philosophic premiere, la th^o- 

rie de I'^tre immobile et immat^riel : le XIP livre 

contient cette throne ou science de Dieu; le XIIl* 

et le XIV* renferment la refutation des doctrines 

des Platoniciens et des Pythagoriciens sur les autres 

etres immobiles et immateriels qu'ils pr^tendaient ^ta- 

blir, cest-i-dire, les id^es et les nombres. Mais ces 

trois Iivres doivent-ils rester entre eux dans Tordre 

ou iantiquite nous les a transmis? ou ne doit-on pas 

renvoyer k la fin celui qui est maintenant en tete des 

deux autres ? Le premier qui proposa cette correction 

fut Scayno ^ ring^nieux auteur des dissertations sur la 

Politique d*Aristote; Samuel Petit, Buhle , Titze Font 

adoptee, et il est difficile de ne pas Tadmettre avec 

. eux. De Taveu meme des commeritateurs anciens , le 

livre XII est incontestablement la conclusion de la 

M^taphysique ; seulement ils ont consider^ les deux 

autres Iivres comme formant une sorte d'appendice. 

* Paraphras. in Aristot. libros de Prima philosophia (Romae, 1587, 
in-P), p. 19-21. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE III. 99 

Mexandre d'Aphrodis^ fondait cette opiaion sur ce 
que ces detix livres « ne contenaient que des doutes , 
des refutations, de la critique, at point de dogma- 
tique^.w Mais, sans parier de Tinexactitude de cette 
assertion, Aristote ne place-t-il pas toujours Texamen 
des opinions de ses devanciers avant Texposilion de sa 
propre doctrine ? Ne donne-t-il meme pas cette marche 
comme la seule rationnelle, et nen fait^il pas un des 
principes de sa m^thode^? C'est done pr^cis^ment 
parce qu'un livre a un caract^re critiqae et n^gatif ^ 
qu*il doit venir avant la speculation et 1 enseignement 
positif. Ainsi la remarque d* Alexandre d'Aphrodis^e 
conduit k ue^ ctms^quence tout opposee k celle qu'il 
entire, etprouveTopinion de Scayno. Cette preuve, qui 
serait suffisante dans sa g^n^ralite, re^oit ici une con- 
firmation directe de h seconde phrase du XIII* livre^ : 



^ AveiY. ia Melaphyt. f. t35 a : c Alexander igitur in banc dictio- 
nem exprsas, inquh; quod luec dictio descripta per literam Lamech, 
(scilicet 1 2* litera dpbabetij , continet, e$i ultimum hiyus scientiae et 
finis. In aliis enim dictionibus dubitationes et earumdem solutiones 
tradidit; qnod ipse in bis qiue deinoeps siint duabus dictionibus ad- 

implevit J>9» namque sequentes dictionea nibil primaria intentione 

Qontiant, nee quicquam propriis rationibus demonstrant; sed nihil 
aliud quam eorum qui entium principia formas numerosque statuunt, 
sententiam refellere moliuntur. » 

* Metaph. I, in, io,l. a et sqq., Brand, de Anim. I, ii, inil. et 
adibi. Voy. plus ba^, partie III. 

^ P. 25B, 1. 29, Brand. *. i'J^si ^ ^ axii/K Ml WTepdv ia^i rts ^mapSi 
7^s auadin^ oCaias ixivi\tos xat dtStos ^ ovx Salt, xal d Mi ris Mt, 
'BpvTov Tot map^ T&v dfXXo^i; 'Xsy6neva Q-eapitriov, 

7- 



Digitized by 



Googk 



100 PARTIE I. — INTRODUCTION. 

Puisque le but de notre recherche est de savoir s'il y a ou 
non , outre les 6tres qui tombent sous les sens , quelqu*^tre im- 
mobfle et ^temel, et s*il en existe , quel il est, 3 faut consider 
d*abord ce qui a ^t6 dit par les autres , etc. 

En outre, plusieurs passages des livres pr^c^dents, ou 
Aristote annonce une discussion approfondie sur la 
nature des id^es , des nombres et des objets des ma- 
th^matiques en g^n^ral ^ prouvent que ia pol^mique 
qui est contenue dans les XIIP et XIV livres devait 
faire partie int^grante de la M^taphysique. Enfin le 
XIH* livre , par son d^but, se rattache imm^iatement 
aux livres VII, VIII et IX, tandis que nous ne trou- 
vons pas dans le XIII* ni dans le XIV* ime seuie allu- 
sion au contenu du XH*. 

Cependant Tautorit^ seide de ia tradition m^rite 
qu'on ne ia rejette pas sans rechercher d'oii eile 
est venue , sans faire voir ce qui la justifie ou Tex- 
plique du moins. C'est ici que nous trouvons une 
reserve k mettre au cliangement que nous sonunes 
obliges de faire dans Tordre des trois derniers livres. 
Nous avons r^tabli avec Scayno ia disposition con9ue 
et voulue par Tauteur ; mais Tordre vulgaire repr6- 
sentait celui dans lequel Aristote avait icrit : les XIIP 
et XIVMivres sont d une date post^rieure au XII', et la 

* VI, I, 13 2,1. 25, Br. : AXX' Mt xai H fiaBriiMTtxil Q-eatptfrtxii- 
dXy et oxivnTODv xai y(api<hQv i</Jt, vvv Airikov. VIII, i, i65, 1. i3 : 
Jlepi Si T&v tSeohf xai fiaBrfftajixSv H&lepov (TX&kliov' tsap^ ykp r^i 
aiaSriTas oycrias jairas Xiyoval uves ehat. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE 11, CHAPITRE III. 101 

tradition conservait en quelque sorte Tordre chronoio- 
gique aux d^pens de Tordre m^thodique. Le motif prin- 
cipal qui nous parait autoriser cette hypothfese , c est 
que ie XII* livre ne pr^sente aucime allusion veritable 
aux Xin* et XIV* livres\ oil se trouvent cependant 

' Scayno, il est vrai, pretend d^montrer le contraire ; nlais ses ar- 
guments ne nous paraissent pas suffisants. i** Selon lui, dans cette 
phrase du XIII* livre (p. 387, 1. a3) : E/ fiiv yap ris ftij Qn^tret ras ov- 
aias elpcu xe^o^piciUpas, Koi rov Tp6vop rovrov w "kiyereu t^ ^a6* 
ixoi&la t&v Stnow, avoipifo'ei rifv oCfrlav, d)s ^ou\6{teBa \iyziv, les der- 
niers mots annoncent le XII* livre; mais si nous retrouvons dans ie 
Xn* lapens6e g^n^raie que cette phrase exprime (XII, 343, 1. a4; 
245, 1. 6, i4)> et qui est partout dans la M^taphysique (par ex. VIII, 
167, 1. 11), nous n^y trouvons pas la dtoonstration que Scayno croit 

voir annonc6e dans dvoupf^fret 6i)s ^vXofieOa "Xiyetv, Elle serait plu- 

tot dans les I*' et IIP livres. Si done Pov\6fie6a indiquait ici un fu- 
tur, cela toumerait en faveur de notre hypoth^se. a^Dans le XIV' livre 
(c. 11, 294, 1. a3), dit Scayno, le itii bv est divis6 en trois sortes, 
et dans le Xll* (p. 24i, 1. i3] il y a une allusion h. cette division 
comme di^yk connue. II est vrai que cette division n'est nettement 
formulae que dans le XIV' livre de la M^taphysique; mais elle est 
d6jk en puissance et presque exprimde dans la division correspondante 
de r^tre au V livre et surtout au VIF (p. 128, 1. 5, cf. 294, 1. i3-4; 
p. 128, 1. 9, cf. 294, 1. a5-6). — 3" II est dit dans le XIIF livre 
(p. 265 , 1. 22), sur la question de savoir si le hon et le beau sont pour 
quelque chose dans les math^matiques : MaX>oi> ii yva>pi[»Ms iv iKkots 
tsepl outSv ipovfiev ; Scayno croit trouver cette question r^solue afllr- 
mativement au vii* chapitre du XII« livre (p. 248, i5) : On 3* iari to 
oJ ivexa iv tots dxtvi^Tois ij iialpems SrfkoT. Mais ce passage, en tend u 
comme Tentend Scayno, serait en contradiction formelle avec d'autres 
passages (III, 43, 11. 5, 12; XIII, p. 265, 1. 11). II signifie non pas 
que rimmobile a une fin , mais que la fin , k laquellc tend seul le mo- 
bile, est elie-mfeme du nombre dcs choscs immobiles. Dailleurs iv 
iykois ne pourrait sappliquer au XIP livre (voy. plus baut, p. 90, 



Digitized by 



Googk 



102 PARTIE L — INTRODUCTION, 
des d^terminatioDs de la plus haute importance pourla 
th^orie <pii se resume k la fois et s'acWve dans ie XII"; 
le XII' continue et termine la chaine des livres VI, 
Vn, Vni et IX, que le XIIP continue aussi cepen- 
dant . n'est-oe pas une preuve qu'Aristote r^digea ie 
XnP et le XrV* plus tard que ie XIP, et n'eut pas le 
temps de fixer ce dernier k sa veritable place , en le 
rattachant aux deux livres qui devaient pr^cMer? 
C'est ce d6faut de liaison du XIV' au XII* qui aura 
port6 les commentateurs anciens k consid^rer le XIQ* 
et le XIV* comme un appendice ajout^ aprfes coup : 
iis ont senti qu un simple d^piacement ne suffirait pas 
pour r^tablir entre les trois derniers livres renchai- 
nement et Tharmonie. 

Quoi qu'il en soit, le XIIP et le XIV* livre sont au 
nombre des plus riches, des plus achev^s, et meme , 
d'une mani^re relative , des plus ciairs de la Metaphy- 
sique. Le XIP est plus embarrassant; Michel d'Ephi&se 
va jusqu'i dire : ((Tout ce que renfermece livre est 
plein de confusion ; aucun ordre, aucune suite n y est 
observi^e.)) B en cherche la raison dans Tobscurit^ 
dont Tauteur aurait enveiopp^ i dessein sa pens^e; sup- 
position favorite des commentateurs de cette ^poque, • 
etque Themistius, Anunonius, Simplicius, Philopon 

n. 3) . Ge renvoi se rapporte peut-^tre au Uepi xaXXovs que nous n avons 
plus, mais non pas au Uepi tov xa'Xov comme le pense Sam. Petit, 
Miscell. IV, XLii; Uepl tov xakov signifie de konesto plat6t que de 
pulchro. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE III. 103 

repetent k satiate ^ Sans s'arreter k ia r^futer, il est fa- 
cile de voir, pour ie XIP iivre du moins, qu'ii nest 
gu^re obscur que parce qu ii est incomplet et encore 
dans Tenveioppement d'une cBuvre inachev^e. — Les 
six premiers chapitres peuvent etre consid6r6s comme 
un r^sum^ de toute ia doptrine d'Aristote sur ia na- 
ture etles rapports des principes constitutifs du monde 
sensible ; r^sum^ rapide oil les id^es sont k la fois 
resserr^es et approfondies. Le vii* et le vui* chapitre 
comprennent la th^orie du premier moteur, ou Dieu , 
et de son rapport avec le monde , et enfin de la na- 
ture de Dieu et de la pens6e divine ; le ix^ contient 
Texamen de questions importantes sur la nature de la 
pens^e absolue; enfin le tout se termine par une re- 
capitulation des objections qui d^truiseiit les syst^mes 
auxquels Taristot^lisme vient se substituer. Dans le 
vni* chapitre il y a une grave diificulte : le dogme 
qui couronne la th^ologie d'Aristote, est Tunit^ du 
moteur immobile et ^temel; or, dans ce chapitre, 
se trouve une theorie longuement d^duite, selon 
iaquelle k chaque sphfere celeste correspondrait un 
moteur inunobile et ^ternel. Comment concilierces 
deux doctrines ? L antiquity ne s'en est pas mise 
en peine : elle attribue a Aristote Thypothise dune 
hierarchic de dieux regulateurs des mouvements ce- 
lestes; hypothfese toute dans le genie pythagoricien 

* Mich. Ephes. in Metaphys. XII, Ti; Themist., Paraphras. Analyt 
prowm. f. 1 a; Ammon. in Caieg. piovem. i\ 9 a, etc. 



Digitized by 



Googk 



104 PARTIE L — INTRODUCTION. 

et piatonicien , et qui r^pugne absolument k la philo- 
sophie p^ripat^ticienne ; mais Tantiquit^ n est pas ie 
temps de la critique. Au contraire, la contradiction 
manifeste du XIl* iivre avec lui-meme a frapp^ k tel 
point des savants modernes\ qu*ils ont rejete le Iivre 
tout entier comme apocryphe; resolution un peu t^- 
m^raire pour un Iivre qui porte d'ailleurs tant de 
signes ^vidents d'authenticit^ , qui forme la clef de 
la M^taphysique , et qui n a pu etre con^u et 6crit que 
par Aristote ou un plus grand qu'Aristole. 

La difficult^ peut se r6soudre en consid^rant le 
Xn* Iivre comme inachev^. Tout le passage oil il est 
question de la plurality des moteurs immoMes n*est, 
selon nous, qu'une hypoth^se qu'Aristote propose un 
instant^ et quil entoure de tous les arguments dont 
elle pourrait s'appuyer, afin dy substituerimm^diate- 
ment la vraie doctrine, la doctrine de i'unit^'. Seu- 
lement il s'est content^ d'exposer la premiere throne, 
sans la faire pr^ceder ou suivre dun jugement en 
forme , qui servit k distinguer clairement ce qu'il re- 
jetait de ce quil voulait ^tablir; c'est ce qu'il eAt fait 
sans doute en mettant la demi^re main k son ouvrage. 

^ Buhle, Vater, L. Ideler. 

* Dememe, cette hypoth^se (p. 253, !. 20) : Ei ySip rd ^ipop rov 
(pepoftivov x^P*^ tdfvxey hypoth^se contraire k la doctrine d'Aristote, 
selon laquelle c'est le moteur qui est la cause finale du mobile. 

^ P. 253, 1. 27 : Otx Sk els ovpavds ^avepov Saa dpiOfip tJoXXa, 

iiXvv ix^r... iv dpa xcU X<Jyy xal dptdfip t6 tspmov jupovv dxiprirov 
6p X.T.X. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE III. 105 

Nous voyons aussi par un passage de ia Morale ^ 
qu Aristote se proposait de traiter dans la Metaphy- 
sique la question de la Providence ; il ne I'a pas fait. 
Enfin ii est facile de voir combien est incompl6te- 
ment trait^e, dans le XIP iivre, la question fonda- 
mentale de la nature de la pens^e. Tout ce Iivre , en 
un mot, qui rotde sur les points les plus importants 
de la philosophic , est bien loin du d^veloppement 
qu ii devait atteindre. 

Nous terminerons en concluant que la M6taphy- 
sique en g^n^ral doit etre consid^r^e comme un ou- 
vrage authentique , un dans son plan , con^u et ex^- 
c\ii6 d'ensemble ; mais que cet ouvrage est demeur^ 
imparfait et a suhi aprfes Aristote des remaniements 
qui en ont chang^ I'ordre en quelques parties; que 
Ton y a meme intercal6 des fragments et des livres 
entiers qui ne se rapportaient pas k la philosophic 
premiere , ou qui n'en devaient etre que les prol^go- 
m^nes , ou enfin qui n'offrent qu'une seconde redac- 
tion de quelques-uns des livres precedents. Le but 
de toutes nos recherches ^tait la restitution du ve- 
ritable plan de la M^taphysique ; probl^me difficile , 
dont nous ne nous flattons pas davoir troiive une 
solution complete et definitive. Nous ne donnons 
pas nos conjectures pour des demonstrations ne- 
cessaires : 

^ EiL Nicom. I, ix. Gf. £u9trat. ad h. loc. 



Digitized by 



Googk 



106 PARTIE I. — INTRODUCTION. 

To yap cL¥ayjLeuov ei^Iffia role iff^vporipotc \iyitf ^ 

Cependant les r^sultats auxquels nous venons de 
parvenir nous semblent amends k un assez haul de- 
gr^ de probability pour servir de base i Tanalyse 
de la Mitaphjsique. 

Ainsi, en tete de Touvrage, nous mettrons le riepi 
T(iv TTOewp^Sf Xe;pfteV»v ( V* livre), en le consid^rant, ainsi 
que nous Tavons dit , comme ime sorte de traite preli- 
minaire dont Aristote suppose la connaissance, ou au- 
quel il se rifere express^ment dans tout le cours de 
la Mitaphysique. Nous renverrons Ya XxatIov (ff livre) 
dans une note i la suite du I" livre; de la sorte, il 
ne rompra plus renchainement de celui-ci avec le 
UP. Nous n^gligerons, poiu* les raisons que nous 
avons e^pojs^es , Tanaiyse du XP en nous contentant 
d'en relever, soit dans le texte^ soit en note, mais 
sans prejudice de nos conclusions, quelques passages 
remarquables. Quant aux premiers chapitres du 
X® livre, Bien qu'ils se rattachent mal i la Metapby- 
sique, nous avpns dit qu'on ne pent les en exclure, 
puisquils dev3ient sans doute y etre fondus en tout 
ou en partie. Nous les laisserons au lieu qu'ils occu- 
pent, faute de pouvoif en assigner un plus conve- 
nabie ; mais nous renverrons en note im court extrait 
des quatre dernier s chapitres. Nous placer ons les XIIP 
el XlVlivres avant le XIP. Enfin, il y a dansle P' livre 

^ Aristot., Metaphjs. \. XII. 



Digitized by 



Googk 



LIVRfi II, CHAPITRE III. 107 

un long passage sur la tWorie des id^es, qui est re- 
produit au XIIP en des termes presque constamment 
identi<jues^ Nousn'en ferons Tanalyse qu'auXIII'iivre, 
ou rhistoire et la critique de la m^taphysique plato- 
nicienne forment comme un traits k part, complet et 
approfondi. 

Dans notre exposition en g^n^rai , nous nous effor- 
cerons de reproduire non pas seulement la substance 
et le fond des id^es, mais le mouvement m^me de la 
pens^e, la m^thode, en un mot, la mani^re de Tau- 
teur autant que sa doctrine. II nous faudra done en- 
trer quelquefois dans des d^veloppements qui feront 
de notre analyse une veritable traduction ^. 

1 L. I, vii, 28, L 9; 3o, L 29; XIII, 166, L i4;p. 269,1. 25. 
' Principdement dans le I* et dans le XIP livre. 



Digitized by 



Googk 



Digitized by 



Googk 



DEUXIEME PARTIE. 

ANALYSE DE LA H^TAPHYSIQUE. 



Digitized by 



Googk 



Digitized by 



Googk 



DEUXIEME PARTIE. 

ANALYSE DE LA M^TAPHTSIQUE. 



Utp} rm mroffa^Si htyoju^ivav (V livre) \ 

Le riipi Twy TOtf«;t«< Xtpfjiivm est un trait^ , en trente 
chapitres distincts, surles dilKrentes acceptions des 
termes philosophiques. Mais ce serait une erreur que 
de n y voir qu'une sine de distinctions verbales , ou 
meme qu'une sorte de nomenclature . scientifique ; 
c est plutot une enumeration des difF(£rents modes , 
des faces [tfomt) que pr^sente chaque chose dans 
Vmiit^ du mot qui i'exprime. Les significations de ce 
mot y sont classics avec plus ou moins de nettet^ et 
de rigueur , mais toujours sous le point de vue meta- 
physique , et enfin expliqu^es par le sens primitif et 
fondamental auquel elles se ram^nent. 

« On appelle principe le point de depart, ce par quoi 
il faut commencer pom* arriver au but, ce dont les 
choses sont faites, ce qui en commence le mouve- 
ment et le changement , ce k quoi Ton tend de pr^fiS- 
rence, ce qui fait le mieux connaitre. Ainsi, un ca- 
ractfere commun des principes, c'est quils sont le 

^ De Us (fua mMfariam dicantar. 



Digitized by 



Googk 



112 PARTIE II. — ANALYSE 

primitif, selon I'etre, le devenir ou la connaissance. lis 
se divisent en principes externes {ip^) cifAf) et prin- 
cipes internes {ip;fii bnjTrif^vw). La nature, r6l6- 
meqt , la pens6e , la preference, I'essence, la fin sont 
done des principes. 

« On appelle ctrnse la mati^re dont une chose se fait , 
ou la forme et le module, c*est-i-dire la raison de I'es- 
sence (o Xo;pc 70S Tt nw ufttfjf ou le principe du change- 
ment et du repos , pu la fin , le but. — La cause pent 
etre negative , agir par son absence meme ; c*est alors 
la privation. EJie peutaussi etre accidenteUe; ainsi, 
dans cette proposition : « Polycl^te a fait cette statue », 
Polyclete n'est cause que par accident; la cause essen- 
tielle, c'est le statuaire. — On pent distinguer dans les 
causes six modes opposes deux k deux : i'^ la cause 
proprement dite peut etre singuiifere ou genirale ; 2° la 
cause accidentelle peut etre aussi singulifere ou g6ne- 
rale ; 3® Les causes proprement dites et les causes 
accidentelles peuvent etre simples ou combin^es. En- 
fin toutes ces divisions sont dominies par celle de la 
cause en acte et en puissance : la cause en acte com- 
mence et finit avec son eflFet; la cause en puissance 
peut le precider et lui survivre. » 

L'analyse de YdUment n offre rien de remarquable. 

((Cinq sens du mot nature : 1° la g^n^ration, la 
naissance, et dans cette acception, Yv de ^vaig est 
long ; 2° ce dont naissent les choses ; 3° la cause du 
mouvement primitif de chaque etre de la nature; 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 115 

4^ la mati^re prochaine, qui itait d6ji un corps avant 
de recevoir sa dernifere forme , tandis que la matifere 
premifere n'est rien qu'en puissance. Cest dans la ma- 
ti^re prochaine, dans les ^l^ments, que les anciens 
philosophes ont cherch6 ia nature des choses ; 5^ la 
forme et Tessence, c'est-i-dire aussi ia fin du devenir 
(to nXog lig -^viawq)^ et le principe du mouvement. On 
ne paiie pas de la nature des choses avant qu'elles aienl 
revetu leur forme. La nature, dans le sens primitif et 
fondamental, est done Tessence des choses qui ont en 
elles-memes le principe de leur mouvement^; la ma- 
tifere ne prend le nom de nature qu'en tant quelle 
peut recevoir la forme. 

((On appelle n^cessaire : i° ce sans quoi on ne peut 
vivre ; a** ce sans quoi un bien ou un mal ne pourrait 
se faire; 3° la violence, ou ce qui contraint la volonte 
et resiste i la persuasion ; tC ce qui ne peut etre autre- 
ment qu'il n est : ainsi les choses 6terneHes sont d une 
necessity absolue; toute autre n^cessit^ est diriv^e 
de celle-la ; 5° la demonstration , qui tire ^galement 
sa n^cessite de la n^cessiti absolue des premisses. 
11 ny a done de n^cessaire en soi que le simple, 
parce que le simple ne peut etre que d une maniire^. 
Ce qui est ^ternel et immuable n est soumis k rien qui 

^ P. 92, 1. 27 : fi ^ptbrm ^ffts xtti xvplae XeyofA^yy? iaih ij ovoia i^ 
T6W ij(6vT0)v dp^iiv xtpi^ffeas iv a^oXs ^ avrd, 

* P. 94, 1. 3 : ii(/Je jd '&p6nov xal xvplas dvayxatov to ditXqvi; ialr 
rovTO yAp ovx ivSi^STOt ^"Xeoyax^as Sj(eiv. 

8 



Digitized by 



Googk 



114 PARTIE II. — ANALYSE 

le contraigne et qui aille ^ Tencontre de sa nature. » 

Nous omettons Tanalyse dei'un, de Vetre et de I'es- 
sence, que nous retrouverons aux X*,VI* et VIP livres. 

(( Deux choses identiques par accident ne sont iden- 
tiques qu en tant qu*elles sont les accidents du meme 
sujet. Aussi une identity de ce genre ne pent etre g^- 
n^ralisee ( de ce que homme et musicien sont iden- 
tiques dans Socrate, on ne peut conciure qu*ils soient 
universeliement identiques) ; car l>*iniversel est par 
soi et en soi dans les choses, tandis que Taccident ny 
est pas en soi, et ne peut quetre affirm^ simpiement 
des individus^ — Les choses identiques en soi sont 
celles dont la malifere est identique en espece ou en 
nombre , et qui ont meme essence ; ainsi Tidentite est 
Tunit^ d une plurality. » 

Suivent les definitions de iautre, du different et du 
semblable, que nous retrouverons plus approfondies 
dans le X* livre ; nous pouvons done les omettre ici, 
ainsi que celles des quatre espices d'oppos^s et surtout 
des contraires, pour lesquelles nous renvoyons encore 
au X* livre. 

« Une chose est ant^rieure k une autre , quand elle 
est plus prfes dun commencement, d'un principe de- 
termine , soit dans Tordre de Texistence et de la na- 
ture, soit dans le temps, dans Tespace ou dans le 
mouvement, soit enfin dans Tordre de la connais- 

^ P. lOO, i. 20 : Toiyap xaOokov xaB' aura Cvdp^ety rSi 3k trvfilSeSri' 
x6rh ov xa6* avT(i dkW M t&v xad* Hxaala awXaJs Xiycxaw. 



Digitized by 



Googk 



DE LA M^TAPHYSIQUE. 115 

sance. Ainsi le g^n^ral pr^c^de dans Tordre iogique, 
et le particulier dans la sensation ^ La meme oppo* 
sition d'antxiriorit^ et de posteriority se retrouve entre 
la puissance et i'acte. Par exempie, en puissance, la 
partie pr^c^de le tout; mais en acte, le tout pr^- 
c^de la partie : or c*est aussi dans f ordre Iogique que 
la partie est ant^rieure au tout^.w 

Nous omettons la puissance, qui sera le sujet dun 
long exanien au IX* livre. Disons seuiement qu'Aris- 
tote Famine ici toutes les deceptions de la puissance 
k rid^e du principe (actif ou passif) du mouvement 
ou du chamgement d'une chose en une autre en tant 
qu'aulre. 

Suiventdes analyses rapides des trois categories de 
quantity, quality et relation ; nous nous contenterons 
encore de renvoyer au trait^ des Categories. li faut 
remarquer cependant qu'Aristote r^duit la quality k 
deux modes principaux : i® la difference de Tessence; 
2* la difiFerence des mouvements ou Taffection [TriBoc) 
des etres mobiles (physiques) en tant que mobiles. 
De ces deux sens meme, le premier est le sens primi- 
tif et radical. 

ft Le parfait, I'accompli (•nXt/of) est ce en dehors de 

* P. io3, 1. i3 : Kara ^v yAp tbv XSyov tSt xa06Xov ^pdrepa^ xaxSi 
Sk riiv ai^trtv 7^ xaBixat/la. 

* P. io3, 1. 28 : KaTfli ^va\uv \ikv ii ri(ti(Teta riis Sh\s kolI jb (nSptov 
TOW Aw Hoi il At? Tif* oCcias' xar* ivsekix'^tav S* Mepov ^takoBiytos 
ySip Kon^ ivreXi^etav iaiau, 

8. 



Digitized by 



Googk 



1 16 PARTIE II. — ANALYSE 

(juoi Ton ne peut plus rien prendre, i quoi il ne 

manque rien et qui n a rien de trop. 

((La fin, la limite (wie^^) est Textr^mit^ des choses, 
la forme de la grandeur et de tout ce qui a de la gran- 
deur , ie but de toute action et de tout mouvement. 
Lorsque la fin coincide avec le principe, elle coincide 
aussi avec Tessence ; c est ie dernier terme de ia con- 
naissance et par consequent de la r^alit^ ^. 

(( Ce en quoi et par quoi est une chose (jtafiff o) a autant 
d*acceptions que la cause. Le en soi en est une forme, 
qui exprime Tessence de Tetre auquei on Tapplique. » 

Nous ne donnerons pas Tanalyse des termes sui- 
vants, qui ont moins d'importance , et sur la plupart 
desquels Aristote reviendra avec detail dans la M^ta- 
physique : c/>oe6eai<, efi^, 9m6of, s'^fnoic^ ^i t^^iVy tv Ik uvIq, 

((Le genre [ycvoi) est constitu^ par la g^n^ration 
continue d^etres de meme forme, ou par le pre- 
mier moteur de m^me forme , ou enfin c est le sujet 
des diffiSrences qualificatives qui d^terminent les es- 
peces. 

((Le faux, cest dabord une chose fausse, cest-i- 
dire ce qui ne peut etre uni , ce qui se refuse k la syn- 
thase, comme cette proposition : le diamitre est com- 
mensurable avec la circonfiSrence ; secondement, 

* P. 1 1 1, 1. 27 : 6x8 ik dfi^eo xai a^* oS Ha} i^ 6, xal t6 o^ ivexa, 
xai ^ oMa 17 kxdalov, xai 76 rl Ijv ehat kxdafltf -tUs yvd^etas ydp touto 
tsipas' ei Si rffs yvcifaeeas, xai tov ^pdyfiaros. 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 117 

cest ce qui est, mais qui parait autre quil nest, 
comme les Elusions des songes. Une chose est 
done fausse ou parce qu'elie n'est pas, ou parce 
que Timagination qu*elie produit est Timagination 
d*une chose qui n^est pas. La pens^e fausse est la 
pens^e du non-etre en tant que fausse. La pens^e 
vraie dune chose pent Stre multiple et complexe, 
mais celle de Tess^nce est une ; la pens^e fausse , au 
contraire, nest jamais simplement la pens^e d'une 
chose ^ Cest done une simplicity k Antisth^ne de 
croire qu'on ne fait jamais qu'affirmer le meme du 
meme; d'oii il suivrait qu'on ne pourrait jamais rien 
contredire , et jamais se tromper. — L'homme faux 
est celui qui aime le faux et le pr^f&re pour sa fausset^ 
meme. » 

Nous ne paiierons pas de I'accident, dont Texamen 
termine le riepi tSv 'jroaa^ac m^ijuvov^ on en retrou- 
vera au VP livre une analyse plus ^tendue. 

LIVRE I (A). 

« Tons les hommes ont un d^sir nature! de con- 
naitre ; nous aimons , meme int^ret k part , les percep- 
tions de nos sens , surtout celles de la vue , parce que 
c'est le sens par lequel nous apprenons davantage, et qui 
nousmontre le plus de differences. Tons les animaux 

* P. 1 19, L 18 : Kdyos Si ^ev9i\s 6 t&v \ii\ ivtaav ^ ^evHi-..* o Sk 
^evSits Xoyos ovdev6s it/Jtv dtt'X&s 'k6yos. 



Digitized by 



Googk 



118 PARTIE IL — ANALYSE 

sont dou^s de sensation , et plusieurs de m^moire ; 
ceux qui de plus ont I'ouie peuvent apprendre ; mais 
ceuxKii m^me ne sont gufere capables d'expirience. 
L'homme seul a Tart et le raisonnement : la m^moire 
Jui donne rexp^rience ; Texp^rience , fart et la science. 
L'art commence, lorsque de plusieurs notions exp^- 
rimentales se forme une m^me conception g^nerale 
surtoutes les choses analogues. L'exp^rience est done 
la connaissance du particulier, et Tart celie du g^n^- 
ral^. L'art n'a point d'avantage sine Texp^rience pour 
Taction, la pratique, car Taction a pour objetle par- 
ticulier ; mais il est sup^rieur dans Tordre scienti- 
fique : Thomme d'exp^rience ne saitque le fait, le 
que (t© 07?) ; Thomme d'art sait le pourquoi {to cftow). 
Aussi il pent enseigner , ce qui est le caract^re de la 
science, de la sagesse {ov^Ia). La sensation ne pent 
jamais Stre science, parce quelle ne dit jamais le 
pourquoi d'aucune chose. Ainsi la sagesse est ind^- 
pendante de Tutilit^ ; elle est meme d'autant plus haute 
qu'elle est moins utile , et elle a pour objet des prin- 
cipes , des causes. 

«Voyons done de quelles causes s'occupe la sa- 
gesse. 

« Si nous nous en rapportons k Topinion g^^rale, 

/ 1^. 4t i. i3 : A lUv ifivetplct T&v x(tBixaa16v Mi yv&<ns, ii ii Ti}(vyi 
TOW xaddXov. — L'art se rapporte au devenir et h. Inaction, {a science 

\ l*£tre. Anal. post, ftub fin. : £flbr iih ttepl yivemv, ti^tnir ikv ii 

mepl TO 6v, imalT^iivs* 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 119 

le sage est celui qui salt tout, sans savoir les choses 
particuli^res ; c est celui qui sait les choses les plus 
difficiles, et qui peut d^montrer avec rigueur; enfin 
la science la plus haute est ceile qui n'a d' autre but 
iju'elle-meme et la connaissance pure. Or les choses 
les plus diificiles k connaitre pour les hommes, ce 
sont les plus eloign^es des sens , c est-^-dire , les plus 
g^n^rales; les sciences les plus rigoiu*euses sont celles 
qui remontent aux principes ; les plus demonstratives, 
celles qui consid^rent les causes ; la science qui se 
donne pour fin k soi-meme , c est celle du connaissable 
par excellence (70S fM^tTJct fsuflHToS), c'est-i-dire , du 
primitif et de la cause ; enfiu , la science souveraine , 
c est celle du but et de la fin des etres , qui est le bien 
dans chaque chose , et dans toute la nature le bien 
absolu. Cette science est la seule libre , puisque seule 
elle n'est qu'i cause delle-meme ; elle est done la 
moins utile, et, par cela meme, la plus excellente 
de toutes les sciences ^ Cest k la fois la science 
la plus divine, comme dit Simonide, et celle qui 
considere les choses les plus divines et Dieu lui- 
meme. 

« L'ignorant s ^tonne que les choses soient comme 
elles sont, et cet ^tonnement est le commence- 
ment de la science; le sage s^tonnerait au con- 

^ p. 8, 1. i4 : A-uriiv (<pd(Aev) a>t (i6v'nv iXevOipav oZoetv wv itnalit' 
H&p. Cf. Ill (B) , 44» 1. 3. — P. 9, 1. 1 : kvayxeuoTepoit fiiv oZv mSiacti 



Digitized by 



Googk 



120 PARTIE II. — ANALYSE 

traire que ies choses ^ssent autres qu'il ne ies sait ^. 

« La sagesse est done la science des causes ; or ies 
causes sont de quatre sortes : 1° i essence, ce que 
chaque chose est selon ietre; 2"* la matifere, le su- 
jet ; 3** la cause du mouvement; 4° la fin, le bien , qui 
est Toppos^ de la cause du mouvement. — Bien que 
cmsujet ait ^t6 suffisamment trait^ dans la Physique, 
il faut y revenir en examinant Ies opinions des philo- 
sophes qui nous ont pr^c^d^s, afin de verifier par ce 
controle Inexactitude de lenimi^ration que nous ve- 
nous de reproduire. ' 

« La plupart des premiers philosophes ont consi- 
d^r^ comme Ies seules causes des etres celles qui 
rentrent sous la raison de matifere, c* est- Ji -dire ce 
dont tout vient et en quoi toutse r^sout, la substance 
qui dure sous la vari^t^ des formes. Thalfes , qui com- 
mence cette philosophic, prit Teau pour principe 
universel, comme Ies anciens thiologiens, qui don- 
nent k TOcean et k Tethys le nom de p^res de toute 
chose, et font jurer Ies Dieux par le Styx. Hippon ne 
m^rite pasde mention. Anaxim^ne etDiogfene prirent 
pour principe Tair; Hippasus et HeracUte, le feu. 
Empedocle compte quatre ^l^ments, en ajoutant la 
terre aux trois autres dont nous venons de parler. 

^ Platon avail dit (in Theeetet p. i55 d.) : MrfXiff7a yAp ^tXoa6^ou 
TOUT© j6 tsdSos, rd Q-aviidletv, oC ySip ^"hf ipyii ^ikotro^ias ij atfrn. 
Platon montre comment la philosophic se commence elle-meme, 
Aristote, comment elle s'achive. 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 121 

Anaxagore, quivient avant Emp^docle selonle temps, 
mais dont la pens^e semble appartenir k un lige pos- 
t^iieur^ admit un nombre infini de principes, de 
parties similaires, dont Tagr^gation ou la separation 
constituent sQules pour chaque chose homog^ne la 
generation et la corruption. 

«Mais la route s'ouvrait d'elle-meme devant eux, 
et il leur fallut bientot chercher plus loin. Quelle est 
la raison de la naissance et de la mort ? le sujet ne se 
change pas lui-meme ; il &ut done admettre une se- 
conde cause, celle que nous avons appel^e le prin- 
cipe du mouvement. Les premiers , qui avaient dit 
qu'il n'y a qu*un element, ne s'etaient pas fait cette 
difficulte. Dun autre cote, quelques-uns de ceux qui 
proclamerentTunite, succombant pour ainsidire sous 
la question qu'ils avaient soulevee, dirent que Tan 
est immobile , et par consequent aussi toute la nature. 
Ceux au contraire qui admettaient la pluradite et 1' op- 
position des principes purent trouver dans Tun d'eux, 
par exemple dans le feu , un principe de mouvement ; 
mais une pareille cause ne pouvait sufEre, et pourtant 
il n etait pas possible d'attribuer au hasard une si 
grande et si belle chose que lunivers. Aussi quand un 
homme vint k dire qu'il y a dans la nature comme 
chez les animaux une intelligence cause de Tordre du 
monde, il sembla qu*il fut seid en son bon sens, et 

^ P. n, 1. i8 : Tyjf fA^v iiXtKi^ TSpSiepos fi5j> ro6tov, rots S' Spyots 
iidepos* 



Digitized by 



Googk 



122 PARTIE 11. — ANALYSE 

que les autres n'eussent fait que divaguer^ Ce iut 
Anaxagore, on ie sait, qui toucha cetordre de consi- 
derations ; mais on dit qu'Hermotime de Glazom^ne 
en avait parl^ avant lui. D^ji Hesiode et Parm^nide 
avaient fait de Tamour un principe actif ; Emp^docle , 
frapp^ de fopposition du bien et du mal, avait voulu 
en trouver les piincipes dans i amitie et la discorde 

« Ainsi jusque-1^ la philosophie a reconnu deux 
causes, la matiere et le principe moteur; mais elle 
nen a parl6 que d'une mani^re vague et obscure, 
conune des gens mal exerc^s peuvent dans un combat 
&apper parfois de beaux coups, mais sans avoir la 
science de ce qu'ils font. Anaxagore se sert de Tintelli- 
gence comme d une machine pour former son univers ; 
il la met en avant quand il ne sait h quelle autre cause 
recourir. Emp^docle fait plus d'usage de ses prin- 
cipes, mais non sans tomber dans de fr^quentes con- 
tradictions ; on voit souvent chez lui la discorde unir 
et Tamitie d^sunir. Leucippe et D^mocrite prirent 
pour Elements le plein et le vide, quils appelaient 
letre et le non-etre ; de meme que d'autres avaient 
tir^ les etres d*une matiere unique et de ses modifica- 
tions , ils firent tout resulter des propri^tes du plein 
et du vide, savoir de la figure, de Tordre et de la po- 
sition. Mais d'oii et comment les etres ont-ils Je mou- 

* P. 1 3 , 1. 1 : OJov vi/i^oiv i^dvn map* eix^ Myoviaf jotis vporepov. 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 125 

vem^it, c'est line question qu'ils n^gligdrent comme 
Tavaient n^lig^e leurs devanciers. 

« Dans le meme temps que tous ces philosophes , 
et avant eux , les Py thagoriciens , nourris dans les ma- 
th^matiques, pensirent que les principes de cette 
science devaient etre aussi les principes de toutes les 
autres choses, ils virent dans les nombres les causes 
universelies. Les r^it^s n'ont-eiles pas plus, de res- 
semblance avec les nombres qu*avec la terre ou le 
feu? Les nombres ne contiennent-ils pas les raisons 
de rharmonie ? enfin ne pr^cident-ils pas toutes choses ? 
— Les jNrincipes des nombres sont le pair et Timpair, 
le premier fini, et le second infini; k eux deux ils 
forment Tunit^, et de I'unit^ provient le nombre. 
D'autres ^num^rent dix principes dont chacun a son 
contraire. Alcm^on de Crotone se contente de parta- 
ger toutes choses en une double s^rie de contraires , 
sans en assigner un nombre d6termin6. Mais , en g^- 
n^ral, les Py thagoriciens sont de ceux qui pensent 
que les principes sont des contraires. 

Quant k ceux qui ont dit que letout est un (les 
El^ates) , ce n est pas ici le lieu de discuter leurs opi- 
nions avec detail, car ils parlent & peine de prin- 
cipes et de causes; d*ailleurs, Xinophane et Melis- 
sus sont par trop simples. Le premier, promenant 
ses regards sur Tensemble du monde , se contenta de 
dire que Dieu est Tun, sans determiner la nature de 
cette imit^ ; Melissus ^tablit une unit^ de mati^re et 



Digitized by 



Googk 



124 PARTIE II. — ANALYSE 

d'infini. Parmenide vit plus loin ; c est de ce qu il ne 
peut rien y avoir hors de Tetre , qu'il conclut que 1 etre 
est un. Mais outre cette unit6 rationneile, forc^ d'ad- 
mettre la plurality sensible, il y reconnut comme 
principes le chaud et le froid , qu'il rapporta , dans 
leur opposition, k Tetre et au non-etre. 

« Ainsi, encore une fois, jusqu'i T^cole italique, la 
philosOphie avaitreconnu deux principes, la matifere 
et le principe du mouvement, Les Pylhagoriciens les 
reconnurent ^galement, en faisant de Tinfini, du fini 
et de I'unit^ le fond meme des choses ; en outre ils 
song^rent i Tessence , k la forme, principe de la defi- 
nition; mais ils ne consid^r^rent la definition et Tes- 
sence que dune maniire bien superficielle, prenant 
pour Tessence le premier caractfere que pr^sente 
lobjet. 

« Apr^s ces theories vint celle de Platon , qui suivit 
souvent la philosophic italique, et cut aussi ses doctrines 
propres. Ami de Cratyle et familier avec les opinions 
d'H^raclite , il admit avec eux que les choses sensibles 
sont dans un flux perp^tuel, et qu'il ne peut y en avoir 
de science. De plus, Socrate avait neglige T^tude de 
la nature pour s'occuperde morale et y chercher iu- 
niversel par la definition. Platon le suivit dans cette 
recherche du g^n^ral , et pensa que la definition ne 
porte pas sur les choses sensibles, qui changent per- 
petuellement et echappent k toute determination 
commune , mais sur les idees des etres , auxquelles 



Digitized by 



Googk 



DE LA M^TAPHYSIQUE. 125 

sent relatives les choses sensibles ; ainsi ce serait par 
participation que la multitude des objets synonymes 
deviendrait homonyme avec les id^es ^ Ce que Platon 
appelle participation, les Pythagoriciens Tavaient 
nomm^ imitation (fjufjuiai^) ; il n y eut que le nom de 
chang^. — En outre , les principes des id^es sont le 
grand et le petit, qui en sont la matifere, et Tun, qui en 
est la forme, et par cette participation k Tuniti , les 
id^es s'identifient avec les nombres. D'oii il suit que 
les nombres sont les principes des choses , comme 
dans la th^orie pythagoricienne. 

((En r^sum^, Platon ne sest servi que de deux 
causes , la matifere et Tessence ; il n a pas su trouver 
la cause du mouvement : car, de I'aveu des Platoni- 
ciens, les idies sont plutot une cause de repos et 
tfimmobilite. 

((Tous les philosophes ont reconnu le principe 
materiel, quelques-uns , le principe du mouvement: 
par exemple, Emp^docle, Anaxagore, Parmteide dans 
sa Physique; pour Tessence, c'est le platonisme qui 
en a traits le plus nettement ; mais quant k la cause 
finale , on n'en a paii^ que d'une mani^re accessoire 
et accidentelle 2. On a fait de Tintelligence et de 

^ P. 20, L 18 : Kaxfll fiiSe^tv yap ehou jSl tgoTO^Si iQv (Tvvcevijficov 
6(uaw(M rots etieai, Brandis et Bekker relranchent oyi^vviia, le^on 
donn^e cependant par la plupart des manuscrits et par Alexandre 
d'Aphrodis^e. Cf. Trendelenburg, Plaion. de Id, et mm. doctr. ex Aris- 
tot. illustr. (Lipsiae, 1826, in-8'), p. 32 et seqq. 

* P. 23, 1. i5 : Ou ydp airXwf, aXXa xatSi aviiSeSiixds "kiyoumv. 



Digitized by 



Googk 



126 PARTIE II. — ANALYSE 

I'amiti^ des principes bons par nature ; mais nul n'a 
pos^ le bien en soi, comme but et fin de toute exis- 
tence et de tout devenir. — Du reste, personne n'a 
parl^ d'autres causes que de ceiles dont nous avons 
fait r^num^ration. 

(cll nous reste k discuter la valeur des systfemes. 
Ceux qui regardent Tunivers comme un , et form^ 
dune mfeme mati^re corporeUe et ^tendue, ne nous 
paiient point des choses incorporelles ; ensuite, ils 
omettent et le principe du mouvement et ceiui de 
Tessence. Enfin, quelle raison donnent-ils pour que 
tel Element pr^c^de tel autre , i'eau la terre , ou lair le 
feu? Le syst^me d'Emp^docle est sujet k des objections 
semblables ; de plus , ii supprime v^ritablement le 
changement dans la nature : outre ses quatre Hi- 
ments contraires, il faudrait un sujet qui changeat 
.d'^tats en passant d'un contraire k Tautre. Quant k 
Anaxagore , s'il est absurde de dire que toutes choses 
^taient primitivement melees , puisque ies essences 
diffi^rentes ne se melent pas ainsi au hasard^ cepen- 
dant, en posant d un cot^ funit^ et la simplicity de 
rintelligence , et de Tautre la multitude infmie , dans 
le meme rapport que nous apercevons entre la forme 

^ P. 25, 1. 21 : Kai 5iA to fii^ tore^vxiyai raS Tvj(6vrt [dyvMoBta to tu- 
•'^6v, Gette objection, 6nonc^e bri^vement, a pour base Tid^e fonda- 
mentide de la propri^6, de la specificity de toute nature. Gf. XII , 
24 1, 1. i4. deAnim. II, ii, S i4-i5 (ed. Trendelenburg, i832,in-8**). 
Voyez plus bas, partie III. 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 127 

et rind^fini qui n*a pas encore re^u la forme , il a 
voulu du moins ce qu'on a. dit et fait voir depuis. 

(( Mais ce qui nous importe surtout , ce sont les opi- 
nions de ceux qui ont distingu^ entre les objets sen- 
sibles et les etres supra-sensibles. Tels sont les Py- 
thagoriciens. Quoique leurs principes ne soient pas 
pris dan$ la nature , ils veulent s en servir poiu* Tex- 
pliquer. Mais du fini et de Tinfini , du pair et de Tim- 
pair , comment passer au mouvement, k la g^n^ration 
et k la corruption, ou meme k la pesanteur et k la l^g^ 
ret^ ? En outre , comment se fait-il que les nombres 
qui sont les causes des choses , ne soient autres que 
ceux dont le monde est form^ ? Platon ^vite cette 
difficult^ en distinguant du nombre sensible (*iVflff7iff), 
mel^ au monde r^el, le nombre intelligible ou id^al 
[vornii, tithiTtm), qui est seul dou6 de causality. » 

Ici Aristote passe k I'examen critique de la th^orie 
de Platon, etcherche id^montrer, i** qu'on ne pent 
admettre Texistence des idees; 2** que cette hypo- 
th^se n*explique point le monde r^el; 3° que I'hy- 
pothfese de Tidentit^ des id^es avec les nombres 
entraine encore de nouvelles absurdit^s. Nous ren- 
voyons, ainsi que nous en avons pr^venu , k Tanalyse 
du XIIP livre. • 

uLe Platonisme, nous favons deji dit, ne touche 
ni la cause du mouvement , ni la cause finale. Pour la 
matiire , il la voyait dans le grand et le petit respec- 
tivement ind^termin^s, ou dyade indifinie; mais cette 



Digitized by 



Googk 



128 PARTIE II. — ANALYSE 

dyade est un attribut, une difference math^matique 
de la matifere plutot que la matifere elle-meme. Elnfin 
on n'explique pas meme Tessence. On pose , il est vrai, 
par rhypothfese des id^es, des essences autres queles 
choses sensibies , mais on ne prouve pas que ce soient 
les essences memes de ces choses. On pretend rame- 
ner k Funit^ tout ce qui est, mais on ne fait qu'^tablir 
une certaine unit^ en dehors des objets particuliers ; 
il reste k d^montrer qu'eile est Tunit^ meme de ces 
objets : or c est ce qu'on ne pourrait faire qu'en iden- 
tifiant funiversel avec le genre proprement dit, la 
race (>«vof), ce qui n'est pas toujours possible^ 

((Avant de rechercher les Aliments des etres, il 
aurait fallu reconnaitre et classer toutes les acceptions 
de ce terme d'^l^ment. D'ailleurs, on ne pent recher- 
cher les elements de toute chose ; car d'abord la 
science descendrait k Tinfini d'^l^ment en ^l^ment, 

' C'est le sens que je donne k toute cette phrase (p. 33, 1. i5) : 6 
TS SoxsTptfStov eTvttj, t^ Se7^ou Sxi iv ditavxa, oC yiyverai' jij yAp ixditret 
01J ylyve-vai isfdvja iv, aXW avvd t< ip, itv StS^ tk isfdvTa' xal ovSi tovro, 
ei fiil yivos Selxret rd xa^dXou elvcu- rovxo i* iv iviots dSvvaTov. Ainsi 
on pose I'animal en soi , aCroi(&ov, ou id6e de Tanimal , oii 1 on fait r6- 
sider Tunit^ de tous les animaux r^els; mais on ne prouve pas que ces 
animaux lui doivent et en tiennent v^ritablement leur unit6. La ve- 
ritable unite des dtres naturals vivants ^t, selon Aristote, dans letre 
r6el qui est le principe de la race, qui se perp^tue par la perp^tuit^ 
de la generation, et qui devient pour la pensee le principe de la gene- 
ralisation (yipeadat, yivos), Mais il n en est pas de meme pour toute 
esp^ce d'etre; yivos et xad6Xov ne sont done pas necessairement 
identiques (voy. le VII* livre). Cf. XIV, 297, 1. i4. 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 129 

et ii faut pourtant que toute science ait un commen- 
cement, imprincipe; en second lieu, on suppose ce 
qui est en question en consid^rant ies choses comme 
des composes*; enfin, si tout se reduisait k des 616- 
ments inteiligibles , teis que ies id6es , il suivrait de ii 
que Ton pourrait connaitre ies clioses sensibies par 
rintelligence seule et sans la sensation ^. 

a II r^sidte des reclierclies qui pr6c6dent que nos 
devanciers ont parl6 des quatre principes, mais d'une 
manifere obscure et en quelque sorte enfantine; de 
sorte que Ton pent dire en un sens qu'iis n en ont 
paspari6. — Revenons maintenant aux questions qui 
peuvent s'elever sur ies principes en eux-memes; 
peut-etre y trouverons-nous ies dements de ia solu- 
tion des problfemes uitirieurs ^. 

^ Ainsi on suppose que Ies parties pr^c^dent le tout et le consti- 
tuent par composition, tandis que dans Ies dtres r^els le tout pr^cMe 
Ies parties, qui ne sont que le r6suitat de la division du tout. Cette 
id6e est ici envelopp^e sous forme d'exemple (p. 34, 1. 16) : kfi^ta^rf- 
T^aete ydp dv ti$, S<mep xoi 'ozpl ivias (TvXketSdf oi fiiv yap rd ^a ex 
Tov a Kol S Koi a ^alv ehat, oi Si rtves £rspov <pQ6yyov ^aaip ehat 
x(d ovdiva xQv yvtaplyMv, Cf. VIII (H) , 168, 1. 26. 

* On ne pent s emp6clier de se rappeler ici le reproclie que Kant 
adresse avec raison a Leibnitz, d avoir r6duit le sensible k Fintelli- 
^le , et intellectualis6 la sensation. 

' Livre II («). — I. La contemplation de la v6rit6 est facile en 
un sens, et difficile en un autre. Ainsi tons ies pbiiosophes ont dit 
quelque cbose de vrai sur ia nature, et on pourrait, en le recueillant, 
former une certaine quantity ; mais la part de chacun serait petite. La 
cause de la difficult^ de la science nest pourtant pas dans ies objets, 
elle est en nous-m6mes. La lumi^re de la v^rit6 absolue fait sur Tin- 



Digitized by 



Googk 



130 PARTIE IL — ANALYSE 

LIVRE III (B). 

« Avant d'entrer dans une recherche scientifique , 
il faut discuter tous ies proW^mes qu'eile pourra pre- 
senter ; on voit mieux ainsi le but oil Ton doit tendre , 
et apr^s avoir entendu Ies deux parties , on est mieux 
prepare k porter un jugement. » 

teliigence humaine I'eifet du jour sur Ies yeux de Toiseau de nuit (voy. 
plus bas, partie III). — On a appel^ avec raison la philosophie la 
science de la v^rit6: car la v6rit6 est la fin de la science th6or6tique, 
comme Taction celle de la science pratique. Mais nous ne savons pas 
le vrai sans la cause; la chose la plus vraie c'est celle qui cause la 
v^rit6 des autres choses. Ainsi autant chaque chose a d*etre, autant 
elle a de v^rit^ [Sad* ^naolov &s i/^et tov ehai, otfxw xai rris aXrideias). 

— (Platon, Themt : 0J6v xe oZv aXrfdeiaf tvyjiiiv, St firfi* oMas.) 

II. «La s6rie des causes a un commencement, et n'est pas infinie. 
Elle n'est infinie ni selon la mati^re, ni selon la forme, ni selon la 
cause motrice, ni selon la cause finale. Gar s'il n'y avait pas de com- 
mencement* il n y anrait pas de cause, puisque oest le premier terme 
d une s^rie de causes qui est toujours la cause de tootes Ies suivantes. 

— Geux qui consid^rent Ies causes comme infinies ne s'aper^ivent 
pas qu'ils suppriment le bien, la fin; or toute action tend k une fi»; 
c'est done saj^rimer toute action. Cest aussi supprhner toute science, 
puisque la science n'a pour objet que le constant et le d^fini, et qu^il 
est impossible de parcourir 1 infini dans un temps fini. 

III. • La m6thode scientifique depend de Thabitude. Tel pr^f^re que 
Ton parie par exempies; tel veut qu on cite Ies poetes; Tun ne connait 
que la demonstration rigoureuse; Tautre naime pas la rigueur k 
cause de cette t^nuit^ d'analyse qui ne permet pas Ies Vues d*en- 
jemble: car il y a 1^ quelque chose qui enchaine comme un contrat, 
et 01^ plusienrs regrettent leur liberty. — H faut done se demander 
d*abord comment cbaque science doit se d^montrer. La m^thode ma- 
th^roatique ne pent oonvenir k la science de la nature, o{i ii y a 



Digitized by 



Googk 



DE LA Ml&TAPHYSIQUE. 131 

Aristote pose alors rapidement un certain nombre 
de questions quil d^veloppe ensuite sous dix-sept 
chefs principaux. 

i"* Est-ce k una seule science ou k plusieurs qu'ap- 

partient la consideration de toutes les causes P Toutes 

les sciences n'ont pas affaire aux memes causes , et 

quelle sera aiors, entre toutes, la science que nous 

cherchons ? H semble que la plus haute est celie de la 

fin, du bien, de ce pour quoi se font toutes choses. 

Mais celle qui touche aux premiers principes et au 

fond mSme des elres, n'est-ce pas celle de Tessence? 

En eflGfet on sait mieux une chose par ce qu'elle est que 

par ce qu'efie n'est pas; on la sait mieux par ce qu'elle 

est em elitf-meme (w w Ifl/) , que par sa quantity ou 

sa qoaAiti* La science de la forme serait done plus que 

toute autre la sagesse. D'un autre c6t6 c est par la 

cause du motiTement que Ton sait le mieux tout de- 

venir et tout changement. Or elle difffere de la fin et 

lui est meme oppos^e. La consideration de cfaacune 

de ces causes appartiendrait done a une science dif- 

fferente. — Ensuite , la science de Tessence est-eiie 

aussi celle des principes de la demonstration ou 

axiomes? Si ce sont deux sciences differentes, la- 

quelle dcs deux est la premiere et la plus haute ? — 

Et si ce nest pas au philosophe quappartient la 

science de ces principes, a qui appartiendra-t-elle ? 

toujours de la^mati^re. (Test done en examinant ce que c est qufe la 
nature, que Ton apprendra sur qnoi roale ia science pbysique.* 

9- 



Digitized by 



Googk 



152 PARTIE II. — ANALYSE 

« 2* Est-ce une meme science qui consiueie toutes 
ies essences ? 

« 3® La science des essences est-elle aussi celle des 

. accidents? Si la science qui d^montre ies accidents 

^tait aussi celle de Tessence, il y aurait done aussi 

une science demonstrative de I'essence; et cependant 

Tessence, k ce quil semble, ne se d^montre pas^. 

« 4** Existe-t-il, outre ies etres qui tombent sous Ies 
sens, d'autres etres encore, et ces etres sont-ils de 
plusieurs genres, comme ce qu*on appelle ies idSes 
et ies clioses interm^diaires {lifUTo^v), objets des 
sciences math^matiques ? 

((5° Pent- on admettre des choses interm^diaires 
entre Ies objets sensibies et ies id^es de ces objets? 
Cela ne s'entend ni en astronomic , ni en optique , ni 
en musique. Queiques-uns identifient ces nombres et 
figures interm^diaires avec ies nombres et figures sen- 
sibies ; mais cette hypothfese n entraine pas moins 
d'absurdit^s. 

(( 6® Faut-ii considerer ies genres comme des ele- 
ments et des principes ? Les elements et ies principes 
dun mot sont plutot, i ce qu'il semble, ies lettres 
dont il se compose ^ que le mot en general. Mais , 
dit-on, nous ne coAnaissons rien que par la defini- 
« tion; or le principe de la definition, c'est le genre; 
les genres sont done aussi les principes des definis. 

((7** Mais maintenant les principes seront-iis les 

' P. i6, 1. 6 : Ot; ioxetSi roO riialtv dit6Setiis ehou. 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 155 

premiers genres ou les plus rapproch^s des individus? 
11 semble r^sulter de Thypothfese que les genres seront 
dautant plus des principes qu'ils seront plus imiver- 
sels. Ainsi, les premiers principes seraient Tun et 
^i'etre, quon peut affirmer de tout. Mais il ne peut en 
etre ainsi : car il est impossible daffirmer des difffe- 
rences propres les espfeces , ou le genre sans ses es- 
p^ces; Tetre et ru»-ne sont done pas des genres 
ni par consequent des principes. Dun autre coti, 
le principe est plutotdans la difflSrence que dans le 
genre : car si Timit^ est le caractfere du principe, et 
que rindivisible soit un , les espfeces ^tant moins di- 
visibles que les genres, seront plutot des principes. — 
Mais alors il y aura des principes en nombre infmi. 
Remarquons en outre que pour toutes les choses ou 
il y a un premier et un second, un avant et un aprfes, 
ii ny a pas de genre distinct des espfeces^ Ainsi, point 
de genre different des nombres (deux, trois, etc.) non 
plus que des figures; il en est de meme pour les choses 
ou il y a du meilleur et du pire : tout cela n a done 
pas des genres pour principes. 

« 8° Cependant le principe est essentiellement in- 
d^pendant et s^pare, et les genres sont plus ind^pen- 
dants des individus que les espfeces, puisqu'ils s'af- 
firment d un plus grand nombre. Ainsi nous revenons 
encore une fois k cette proposition que nous avions 

* P. 5o, i. 12 : iiU iv ols t6 'aporepov kcu Mepov ialtv, ow;^ oJov 
re TO inl to^ftav ehai rt 'Uapa TavTS. 



Digitized by 



Googk 



13a PARTIE II. — ANALYSE 

d^montr^e impossible : les genres sont des principes 
plus que les espfeces. 

« g° La question ia plus difEcile, la plu$ n^cessaire, 
et dont toutes celles-la dependent, aest celle de savoir 
« il existe, outre les individus, des esp^ces et des genres ? 
By a des raisons pour et contre. D'un cot^, sil n'y a 
que des individus, comme le nombre en est infini , la 
science est impossible , ou du moins eile se reduit k la 
sensation. En outre, puisque tons les objets sensibles 
sont sujets au mouvement et k la destruction, ii n'y 
aurait rien d'immobile et d'aemei; mais alors il rfy au- 
rait pas non plus de deyenir : car il faut un sujet 6ter- 
nel au changement, k tout mouvement ii feut une fin. 

« I o® S'il faut une mati^re non engendr^e (ajwyjnpf), 
k plus forte raison ia forme, f essence est-€lle nices- 
saire : sans Tune comme sans Tautre, rien ne serait. 
Faut-ii done reconnaitre ime essence ^epar^e des ob- 
jets? et en faut-ii faire autant pour tous ies Stres, et si- 
non, pour lescjuels? En outre, n'y am^t-il qu'une seule 
essence pour plusieurs? Cela parait absurde : car tous 
les objets dont Tessenoe est la meme ne font qu'im ^ 

((11** Les principes sont-iis seulement semblables, 
ou bien cbacun d'eux est-il un en nombre ? Dans le 
premier cas, il n'y a plus rien au monde qui soitun, 
pas meme TStre et Tun en soi ; dans le second , ii ne 
pent rien y avoir qui soit different des dements memes 
des choses : car Tun en nombre , c est I'individu. 

^ P. 52 , 1. 8 : Ev ySip Avavra S>v ^ ouaia fi/«. ^ ^. 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 155 

a 1 2** Un probifeme non moins grave , et qu'aujour- 
d'hui comme autrefois Ton a toujours n^glig^ , c*est 
cdui-ci : les principes des choses p^rissables et des 
choses imp^rissables sont-iis les memes ? Si on Tad- 
met, il faut ie prouver. De tous les phiiosophes ce- 
lui qui est peut-etre le plus d accord avec iui-m^me, 
Empedocle, n*a pas distingu^ non plus deux sortes 
de principes : selon lui, tout est sujet k ^ dissolu- 
tion, except^ ies ^l^ments. 

my Si Ton reconnait la difi!^rence des principes , 
assignera-t-on aux choses p^ris'sables des principes p^- 
rissables eux-memes ? En ce cas il faudra toujours re- 
monter k des premiers principes imperissables. 

a 1 4^ Mais voici la plus ardue de toutes ies ques- 
tions , et la plus necessaire pour la ccmnaissance de 
la v^rite : Tetre et Tun sont-ils les essences des ^tres, 
et flont-ils identiques » ou ne sont-ce que des accidents ? 
Platon et ies Pythagoriciens soutenaient la premiere 
opinion. Empedocle et les autres physiciens (oi ^tnfi 
pinui) ^taient pour la seconde; Empedocle place 
Tunit^ dans Tamiti^ ; les autres voyaient dans le feu, 
4ans Fair , etc., i'etre ctlunit^ dont toutes choses pro- 
viennent-^Mais si Ton exclut du nombre des essences 
Tun en soi et Tetre en soi, ii faudra en exdure toute 
generality : car c'est ce qu*il y a de plus general. 11 en 
re&ulterait aussi que le nombre ne serai t pas une nature 
s^paree des objets reek, puisque cVst Tunite qui 
constitue le nombre. • 



Digitized by 



Googk 



136 P ARTIE II. — ANALYSE 

« 1 5* Si Tun et i'etre sont identiques , il n*y aura 
rien autre chose ; il faudra dire avec Parmenide : tout 
est un, et Tun est i'etre : car ce qui est hors de Tetre 
n'est pas ; or Tetre est un , done il n y a au monde que 
Tun. — Au reste , dans aucun cas , ie nombre ne peut 
etre une essence. En efFet, i° siTunn'est pasime es- 
sence, le nombre, compost d'unit^s, doit etre aussi 
im accidejft : car un compost d accidents ne peut etre 
une essence ; 2* si Tun est ime essence , Tun et Tetre 
sont identiques ; done il ne petit y avoir que Tunit^ , et 
pas de nombres. — Mais lors meme que Ton accorde- 
rait que ie nombre provient de la combinaison de Tun 
avec quelque chose qui ne serait pas un, il resterait k 
savoir comment on peut faire venir encore les gran- 
deiu*s de ces memes principes. 

<( 16** Les nombres, les soiides, les surfaces et les 
points sont-ils ou ne sont-ils pas des essences ? Les 
. corps, que tout le monde reconnait pour des etres v^- 
ritabies , semblent cependant avoir moins d*etre que 
les surfaces et les lignes qui les d^terminent. Ainsi , 
si ces surfaces et ces lignes ne sont pas des essences, 
les corps , k plus forte raison , n'en seroiit pas ; et que 
restera-t-il alors ? D un autre c6t6 , si les surfiices , les 
lignes et les points sont des essences , il n y a plus de 
g^n^ration lii de destruction : car tout cela ne nait ni 
ne p^rit. Ge sont plutot des limites, comme le pr^ 
sent est la limite du temps. 

« 1 7** Enfin pourquoi suppose-t-on , outre les rea 



Digitized by 



Googk 



DE LA M^TAPHYSIQUE. 137 

lit6s sensibles et les choses mathematiqxies, des es- 
sences teiles que ies id^es? N'est-ce pas parce que 
dans les choses sensibles et math^matiques il n y a 
qu'unit^ de forme , d'esp^ce , mais plurality ind^finie 
en nombre , et que ies principes doivent etre d^ter- 
min^s, finis en nombre comme en forme? Et pour- 
tant si imut^ des principes n*est pas une imite g^- 
n^rique, mais une unit6 num^rique, nous avons vu 
quelle absurdity il en risulte (voy . if question). A cette 
question se rattache celie de savoir si ies 6i^ments 
sont en puissance seuiement, ou bien de queique 
autre manifere ; s'ils n etaient qu en puissance, il en 
r^sulterait qu'il se pourrait que rien ne fut ni ne de- 
vint. 

(( Toutes ces questions sur les principes ne seront 
pas inutiies; il failait nous demander si ies prin- 
cipes sont des universaux (^floXow), ou s*iis sont de 
ia nature des choses individueiles et particidiferes ^. 
Dans ia premiere hypothfese, on a poiu* chaque etre 
une multitude infinie de principes ; dans la seconde , 
il sembie que la science n est plus possible. » 

Ainsi le probifeme fondamental auquei toute cette 
discussion vient aboutir , et dont f 6nonc^ termine le 
livre, cest celui de ia nature de i'essence. Est-ce 
dans rindividuaiit^ ou dans ia g^n^raiit^ qu*ii faut 
chercher le principe de Tetre ? 

P. 60, 1. 1 a : Ta'irois re olv .t^s dvopias dvayxcuov dvoprjaat «epi rwv 
dp^Sv, xed 'morepov xad^Xov ff ^s "kiyo^tev td xoQixe^&la, 



Digitized by 



Googk 



158 PARTIE II. — ANALYSE 

LIVRE IV (r). 

((li y a une science qui considfere i'etre en tant 
qu'etre et ses propriit^s essentielies. Aucune des 
autres sciences ne consid^re T^tre en tant qu'etre, 
mais seulement une esp^ce de i'^tre et de ses acci- 
dents; ia science que nous cherchons ay ant pour ob- 
jet les premieres et les plus hautes causes, est ia 
science des causes de Tetre en tant qu'fitre. 

« KStre , il est vrai , se dit de plusieurs choses ; 
mais c est toujours reiativement k un m^me principe : 
ce sont toujours ou essences , ou attributs de Tessence, 
ou acheminement k Tessence [oJif th ovaidij , ou enfin 
negation de Vessence, et tout cela, rentrant dans un 
meme genre, est toujours Tobjet d une seule et meme 
science. De plus, i'etre est identique avec Tun : car 
i'etre et Tun sont ins^arabies dans la r^alit^, et nc 
se distinguent que par une di£P<irence logique^. II y a 
done autant d*esp^ces de Tun que de Tetre, et toutes 
sont Tobjet dWe m^me science. 

a Gomme c'est k la meme science qu'il appartient 
de consid^rer les opposes , et cfvUk Tun s^opposeia mul- 
titude, ia science qui fait Tobjet de notre recherche 
traitera de la multitude, et aussi par consequent de 
tout ce qui se rain^ne k Topposition de la multitude 

' P, 6^, I. 9 : E/ ^ T^ df ly Koi T^ TauTdt> Koi fiia ^ms, t^ dxoXov- 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 159 

et de Tunit^, comme le semblabie et le dissembiabie, 
r^gal et rin^gal , etc. Les contraires se partagent en 
deux series, dont Tune exprime ia privation ^ ; le cot^ 
negatif appartient done comme le positif k la philo* 
sophie. Ajoutons que tous les philosophes ont pris 
des contraires pour principes : le pair et Timpair, le 
chaud et le froid , Tamiti^ et la haine ; toutes opposi- 
tions qui 96 ram^nent k Topposition g^n^rale de Tu- 
nit^ et de la plurality. 

(( La science de Tetre et de ses propri^t^s e$sen- 
tielles est aussi la science de ce que les math^maticiens 
nomment axiomes : car les axiomes se rapportent k 
fetre meme; iis en dominent toutes les espies, et 
chaque science en fait usage dans les limites de sa 
sphere propre et seion ses besoins : aucune n en re- 
cherche la nature etla valeur absolue. Les physiciens 
seuls en ontdit quelque chose, mais enMiani^re dm- 
duction et de conjecture {tlxirnc). Or il est use science 
plus haute que la science naturelle , k savoir la philo- 
sbphie premiere ; et puisqu'elle a pour objet ce qu'il 
y a de plus g^n^rai et qui touche de plus pr^ k Tes- 
sence premifere, c'est k elle qu'il appartient de traiter 
des axiomes en eux-memes. 

aLe philosophe connaitra done les plus fermes 
principes des etres et de la science. Or le plus ferme 
principe, c*est celui qui ne pent jamais tromper ; cest 
done le principe le plus Evident, un principe qui nait 

^ P. 65, 1. 1 : irt Td)v ivapxidMf ^ Mpm mfi/1oij(ia alipvats. 



Digitized by 



Googk 



UO PARTIE II. — ANALYSE 

rien d'hypoth^tique ; c est celui-ci : Une chose ne peat 
pas d, lafois Stre et ne pas Mre en un mSme sajet et sous 
le mSme rapport; toute demonstration s y ramfene , car 
cest le principe des autres axiomes *. 

«Mais voidoir demontrer aussi ce principe, cest 
pure ignorance. Si Ton voidait tout demontrer, on irait 
k Tinfini de preuves en preuves, et il n y aurait plus de 
demonstration. On ne peut ^tablir cet axiome que 
par voie de r^fiitation; toute preuve directe serait ime 
petition de principe ^. II ne faut done pas ici de- 
mander k son adversaire s'il y a ou s*il n y a pas 
queique chose , ce serait supposer ce qui est en ques- 
tion, mais seuiement, s'ii attache un sens k ses paroles. 
S'il dit que non, il ne m^rite plus de r^ponse; ce 
n*est pas un homme, mais une plante^. S*il ditoui, 
il avoue done qu'il y a queique chose de d^termin^ : 
car si les mcA signifient que queique chose est ou n*est 
pas, il n«st pas.vrai que Tafiirmation et la negation 
soient ^gaiement legitimes. Autrement il n y aurait ni 



^ P. 67, 1. 3 : 'Be^atordrv ^ dp^^il "ntafruv, fsspl i)y Sta^evaOiipau dS^va- 

rov yvuptfioiytdrrjv re ydp dvayxajlov elvcu rifv Tototurnv Hal dwTs6Be- 

Tov\ ^v ydp dvayxaTov iyeiv xhv ottovv ^vtivra t&v Smtov, tout© ov^ 

Cic6de<rt^ t6 ydp avtb dfia vvdp^etv re xoH ^lii visdpystv d^^vaxov r^ 

okJt^ xei xard r6 avT6',,„ (p^cret ydp dp^il xot} wv SXkosv dStaiuhow aUrrt 
'advTa)v. 

* P. 68, 1. i5 : Td ^ ikeyxtixQi dicoSsT^at Xiyec Sia^ipetv xai to 
dvoSeT^at, 6ft 6 dTsoSetxv^uv fiiv itv Sd^etev ahetadat rd iv dp)(9j, iKkou 
8k Tou toto{noM cutIov Svtos iXey^os &v etti xal oCx dvoSet^ts. 

' P. 68, 1. i4 : (jfiotos ydp <Pvr^ 6 totovros ^ rotovTOS ilirj. 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 141 

pensee ni langage. En efFet il faut que ie mot signifie 
une chose et non une autre , ou du moins un nombre 
d^termin^ de choses : car avoir une signification in- 
definie, c'est n'en pas avoir; de meme, ne pas pen- 
ser une chose d^termin^e, cest ne rien penser. 

« Soutenir que la meme chose est et n est pas k la 
fois, cest aussi supprimer toute essence, toute exis- 
tence substantieUe : car 1' essence dune chose, cest 
ce qui la fait etre ce qu'elle est, k Tex/^lusion de ce 
qu elle n'est pas. H n'y aurait done plus que des acci- 
dents, plus d*essences ni de genres, et on irait tou- 
jours affirmant k Imfini Taccident de T accident ; mais 
cela est impossible , car Taccident ne pent etre acci- 
dent d'un accident ^ 

((Si les propositions contradictoires sont vraies 
d*une meme chose , toutes les autres propositions en 
seront vraies k plus forte raison ; ainsi tout sera un. 
Cest aussi une consequence de la doctrine de Prota- 
goras : si la sensation individuelie est la mesure de 
toutes choses, les choses sont ou ne sont pas, siiivant 
la sensation. II faudra done dire avec Anaxagore, que 
tout est ensemble, et il n'y aura plus rien de vrai. 
Une semblable doctrine ne tient compte que de Im- 
d^fini; ils croient parler de Tetre et ils parlent du non- 
etre : car ce qui est en puissance et qui n*est pas en- 
core en acte , c est rind^fini^. 

^ P. 7 2 , 1. 3 : Td ySip <nyi.€e€rfx6s ov (nyi.SeSrix6Ti avfiSeS'iifx6s, 
* P. 72,1. 29 : Td d6pt</Jov nZv ioUact 'kiyetv, xai ol6^evoi "Xiyt 



^etv 



Digitized by 



Googk 



1^2 PARTIE II. — ANALYSE 

((D'ailieurs c'est une opinion qui se d^tmit die- 
meme : car dire que ies deux propositions contradic- 
toires , qui s'exduent mutueUement , sont vraies en 
meme temps , c'est dire qu'elles ne sont vraies nil' une 
ni i'autre. Or void ia consequence : si Taffirmation ni 
la n^ation ne sont vraies d*aucune chose , c est qu'il 
n y a rien ; et le sophiste meme qui soutient Ies deux 
contradictoires n'existe pas. Dans toiites ses actions, 
il se donne &.lui-meme un dementi continuel. Pour* 
quoi marche-t-ii plutot que de se tenir en repos; 
il croit done que Tun est pr^ftrabie k Tautre ? Tons 
Ies hommes font ainsi pteuve par leur conduite de leur 
croyance k la simplicity, au moins pour le bien et le 
mal ^. — Que si , chez ces sophistes , il n y a point con- 
viction scientifique , mais pure opinion, quils cher- 
chent k acqa^rir la science , comme le mdade cherche 
le remade. — Mais on ne pent refiiscr d'admettre des 
degr^s de v^rit^ et d'erreur ; il y a done un terme fixe 
de comparaison. Ainsi nous voil^ ddivr^s de cette 
doctrine de confusion, qui ne permettait pas k la 
pens^e un objet d^ermin^^. 

Ici Aristote reprend la discussion sous le point de 



rd 6p 'aepl t&v fiii Smog Xiyavm- to yip 9uvdiui 6v kai fiii imeXexeia 
rd a6pta16p Mtv. 

* P. 76, 1. 19 : (kt/le &s ioixe ^dvies vvokaitSdvoumv fyjstv d'lsk&s, ei 
yi.if «epi AwavTa , oXXfil ^epl t6 dfieivov Koi ^etpov, 

^ P. 76, 1. 3 : ¥iairov'k6yov dmiik'XayiUvoi &» e/iffiev rov dxpdrov xal 



Digitized by 



Googk 



DE LA M^TAPHYSIQUE. 143 

vue historique, afin d'attaquer dans ses racines To- 
pinion qu'il combat. 

(( Toute rerreur est venue de la consideration du 
monde sensible. Voyant que d*une meme chose r^ 
sidtent des produits opposes , et ayant ^tabli en prin- 
cipe que rien ne sort du non-etre, on en a conclu que 
toute chose est k la fois ies deux opposes : ainsi 
Anaxagore, qui disait Tout est m£16 k tout; ainsi 
Democrite , qui mettait partout le plein et le vide, 
Mais leur principe n'^tait vrai qu'en un sens ; il est 
vrai de Tetre en puissance, mais non de Tetre en acte; 
or ce n'est que dans la puissance que s'identifient les 
contraires. — G'est aussi le monde sensible ^qui a 
sugg^ri k Protagoras sa doctrine, que toute appa- 
rence est vraie. II la d^duisit de la vari6t6 des sensa« 
tions chez les hommes , et chez un meme homme k 
diffl^rentes ^poques. Gar d'un c6t6, il faisait r^sider 
dans la sensation toute la connaissance , et par con^ 
sequent il consid^rait toute sensation comme vraie ; 
de I'autre , il regardait la sensation comme un chan- 
gement. Ainsi pensferent Emp^docle, Democrite, 
Parmenide, Anaxagore m^me. 

((Leur faute a et^ de ne reconnaitre que des objets 
sensibles oil est pour beaucoup la mati^re, Tindefini, 
letre en puissance. H^raclite et surtout . Cratyie ne 
virent dans le monde quune itemelle et universelle 
mobility. Cependant si tout change , il faut bien au 
changement une mati^re et une cause qui subsistcnt. 



Digitized by 



Googk 



144 PARTIE II. — ANALYSE 

D'aSleurs il suffit de remarquer que ce n'est pas 
meme chose de changer en qxialit^ ou en quantity. 
La quantity varie sans cesse , mais c*est par la qua- 
lit6, par la forme, que nous connaissons tout^ 

« On pourrait ajouter qu il y a aussi une nature im- 
mobile ; mais ces philosophes ne doivent-iis pas aller 
eux-memes bien plus loin, et croire k Timmobilit^ 
universelle? Si tout est dans tout, comment y au- 
rait-il du changement ? 

(( Mais c est k tort qu'ils attaquent la sensation. Le 
sens dit toujours vrai sur son objetpropre; Timagi- 
nation n'est pas la sensation^. — Si cest la sensation 
qui constitue uniquement la v^rit6 des choses, il 
s'ensuit que si les etres qui sentent n'existaient pas, 
il n'y aurait rien ; mais cela est absurde : le sens ne 
se sent pas lui-mfeme, mais bien un objet ext^rieur 
diiSirent de la sensation : car ce qui meut est anti- 
rieur k ce qui est mu. 

(( On demande encore ce qui dicidera entre la sa- 
gesse et la folic. Cest demander ce qui decide entre 
le sommeii et la veille ; c est demander la raison de ce 
qui a sa raison en soi : on ne peut d^montrer les prin- 
cipes memes de la demonstration. 

« 

^ P. 79, 1. 20 : Ov TsMv iolt rd ftera€(£^etv Kar^ t6 iBoabv xai 
xax^ r6 'ooi6v* Kork fi^v oZv t6 ^oaov i</l<a (lil (tivov dXXd xonSi rd er- 
3os dicavra ytyvdxrxo^uv. Cf. XI (K) , 223, 1. 8. 

> P. 80, 1. 8 : Oi?^ 1^ aiaBrfms ^evSijs joO iSiov i&liv, £kV ii ^avra- 



Digitized by 



Googk 



DE LA M^TAPHYSIQUE. U5 

<* Les arguments que nous venons d'exposer peuvent 
ramener ceux qui se seraient laiss^ siduire par des 
sophismes. Quant k ceux qui ne veulent que dispute et 
violence, poussons-ies jusquaux extr^mitis de ieur 
doctrine : ils doivent dire non pas seulement que 
toute apparence est vraie, mais qu'eUe est vraie pour 
celui-i^ seulement k qui elle apparait, et dans le mo- 
ment et de la manifere qu'elle lui apparait. Ainsi, il n*y 
aura plus rien que de reiatif. Or ce qui est relatif se 
rapporte k une chose d^termin^e. Mais si rien n est 
que relativement k ce qui pense, ITiomme n'est autre 
chose que ce qui est pens^ ; done ce qui pense n'est 
pas rhomme ; et la pens^e n 6tant jamais que par son 
rapport au pensant, on remontera ainsi vainement k 
Imfini^ * 

« Ainsi le principe, que les propositions contra- 
dictoires ne peuvent etre vraies en meme temps, est 
viritahlement le plus ferme principe. li en derive 
deux consequences : i** les contraires ne peuvent co- 
exister en un meme sujet: car lun des deux contraires 
est la privation , et la privation est la negation dans 

^ P. 83 , 1. 5 : Upbs 3ij tb 3o^ciiov ei Taivrd dvOpoiitos xai t^ Soial6- 
ftevoy, ovx Sal at dvdpotjTtos i6 So^diov, aXXa t6 Soia^6iievov, Et 3* ^xot- 
&1ov ealcu 'Opbs tb So^d^ov, dveipa idou r^ eiSet rb So^diov, Aristote 
tire ici da scepticisme des sopMstes la consequence que Hume a pro- 
fess^e liardiment; c'est quHl n y a que des pb^nom^nes sans substances, 
des rapports sans termes, enfin des id^es sans sujet; et puisque rien 
n'est qu'en tant qu'il apparait k un sujet, Tapparence m^me s'^- 
vanouit. 

10 



Digitized by 



Googk 



146 PARTIE II. — ANALYSE 

un genre d^tennin^ ^ ; 2° il n y a point de milieu entre 
ies deux contradictoires^. Cela est Evident par ia na- 
ture meme du vrai et du faux : car dire vrai, c est dire 
que ce qui est est, et que ce qui n'est pas n'est pas ; 
et de meme qu un milieu entre I'etre et ie non-etre 
ne serait ni etre ni non-etre , de meme une proposi» 
tion interm^diaii'e entre une affirmation et une nega- 
tion contradictoires ne serait ni vraie ni fausse, ce qui 
est impossible. De plus, il y aurait encore un milieu 
entre le milieu et chacim des deux extremes , et ainsi 
de suite, k Tinfini. Ainsi nier Tun des deux termes 
contradictoires , c est affirmer lautre. 

On peut tirer encore du principe une troisi^me 
consequence , c'est qu il est egalement faux de dire que 
tout soit en repos et que tout soit en mouvement. Si 
tout ^tait en repos , tout serait k la fois vrai et faux ; 
si tout etait en mouvement, il ny aurait rien de vrai. 
Mais il y a un moteur qui meut ce qui est sujet au mou- 
vement , et ce premier moteur est lui-meme immo- 
bile ^ 

* P. 83, 1. 12 : fiwci ^ dS6varov Hiv dvri^amv dfia dXnd&ieadat xtttA 
Tov avrov, ^avephv Srt ovSi rdvavria dfta vvdp)(etv Mi^erseu t^ at^r^* 
t&v [ikv ydp ivawitav ^tepov alipv^is idtv ot;^ ^t7oi>* ovaias 3^ 
aliprffftf a Sk o1ipv(rts oiic6^0L(Tis iaitv ditd Ttp6s d>pi<rfiivov yivovs, 

* P. 83 , 1. 31 : kXkd fiilv otlt}^ fierotfO dvtt^d<re(as ivSd^eTOU eJpau ov- 
6h, a>X dvdyxrj ij ^dvau ij dvo^dvat xa$* Ms otwvp, 

' P. 86 , 1. 1 1 : El lUv ydp i^psfieT 'odvxa, del ravTd dXtfOH xal ^ei/^rf 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 147 

LIVRE VI (E). 

((Ge que nous cherchons, ce sont le$ principes et 
les causes des etres en tant qu'etres. Les autres sciences 
aussi consid^rent des principes et des causes, mais 
non pas T^tre en tant qu'etre ; eUes ne disent rien de 
Tessence pure. Aprfes avoir pris ieiu* point de depart 
les unes dans des sensations, les autres dans des hypo- 
theses, ellesd^montrent les attributs du genre qu elles 
consid^rent. Mais Tessence ne se demontre pas. Aussi 
ne d^montrent-elles pas meme Texistence r^eUe du 
genre qu'eiies consid^rent : car ia question de lessence 
et celle de Texistence appartiennent k la meme sphire 
de la pens^e ^ — La science de la natiu-e , la physique , 
a pour objet les choses qui ont en elles-memes le prin- 
cipe de leur mouvement et de leur repos ; elle ne 
consid^re done Tessence que dans unsujet, que dans 
le mouvement et la matifere. Les objets des math^- 
matiques sont au contraire immobiles; mais ils ne sont 
pas s^par^s de la matifere , quoiqueUes en fassent abs- 
traction. Si done ily a quelque chose d'^temel, d*immo- 

yjat ei H edvra xiveTreu, oiSdiv Mat iki\Bis' ^dpra dpa ^ev^-... 

^^ ftijv (fCSi 'udvTa ifpefieT f} xtpenew 'more H , del ^ ovOiv i</Jt ydp 
ft 6 del xtvet rd xtvo^fupa' xot} r6 'opohov xivovv dxlvvrov aM, 

^ P. lai, 1. 24 : ()iioleos S^ oCS* ei idltv ^ f*)f Mt r6 yivos 'Wepl 6^ 
vpayyLtt,re6ovrat oCd^v "X^ovcrt, Sid rd tUs ctvriis elvou Stapolas t6 re t/ 
Ml iriXov 'oateTv xai ei iaitv, 

10. 



Digitized by 



Googk 



148 PARTIE II. — ANALYSE 

bile et des^par^, ce sera Tobjet dune autre science. 
Ainsi ii y a trois sciences th6or6tiques : Physique, 
Math^matiques, Th^ologie. Celle-ci est ia plus haute 
et la plus noble; et comme Tessence immobile, 
s il y en a une , doit etre la premifere , la th^ologie 
sera par consequent la philosophic premifere et, par 
consequent encore , la philosophic universelle ^ 

c( Mais Tetre a plus d'un sens. II est necessaire de 
distinguer : i® Tetre en soi et Tetre par accident; 2** le 
vrai, auquel le faux s'oppose comme non-etre; 
S^Tetre selon les categories : essence, quality, quan- 
tity, lieu, temps, etc.; 4° Ffitre en acte et letre en 
puissance. 

« 11 faut ecarter d'abord laccident et le vrai. 

« Aucune science ne s'occupe de laccident ; c'est 
presque le non-etre , et les sophistes seuls fondent 
tous leurs raisonnements sur Taccidentel. Aussi Platon 
fait-fl avec raison du non-etre Tobjet propre de la so- 
phistique. La cause de Taccident est toujours acci- 
dentelle; or la science ne s'occupe que de ce qui 
arrive toujours ou le plus sou vent. 

« Quant au vrai et au faux , ils ne se trouvent que 
dans les propositions. Le vrai et le faux ne sont done 
pas dans les choses, mais dans la pensee. — Ainsi 
Taccident ay ant son principe dans Tindefini, et le 

' P. 1 23, 1. 20 : E/ ^ ioli fis oCffla dxivrfros^ a^m 'Opotipa nai ^i- 
"Xoffo^ia 'apdmi* xai xad6Xov oihois Sst 'apc&rri' xai ^epi twi Svtos ^ Sv, 
rwkns &v eiv Q-eG^pHacu , xai t/ Mi xai tA ^dp^ovra ^ 6v. 



Digitized by 



Googk 



DE LA M^TAPHYSIQUE. 149 

vrai (comme ie faux) dans la pens^e, ni Tun niTautre 
ne nous montrent la veritable nature de Tetre. 

LIVRE VII (2). 

« L*etre se dit de toutes les categories ; mais avant 
tout , c'est Tessence. Tout le reste n est quk titre de 
cpiantit^, de quality, d'attribut de Tessence. Uessence, 
cest ce qui constitue Tindividu (to Kg.d' tn^^oy) dont 
s'affirment les attributs : ce n'est plus une espfece 
detre, mais i'etre dune manifere absolue [ov a^rASf), 
qui seui subsiste par soi-meme. Enfin Tessence est le 
primitif dans Tordre logique, dans la connaissance et 
dans le temps. Cest done Tessence que nous consid^- 
rerons surtout et d'abord , et pour ainsi dire exclu- 
sivement. 

((On donne au terme d'essence au moins les 
quatre sens suivants : i** la quiddity ^ (to 77 ^y uvtif); 
2° luniversel (70 x^BoXov)\ 3° le genre, le principe 
de la generation, du devenir [ib yivog) ; 4** le sujet (to 

VTntUlfJUiVOv). 



^ On nous pardonnera d'avoir eu recours k ce terme scolastiqae , 
le seul qui rende assez bien Texpression greccpie. II a 6t6 imaging pour 
servir d'^uivalent h. rd ri ^v ehcu en exprimant ce qu'une chose est 
selon le quid, selon Fetre, et non pas selon le quale, le quantum, ou 
toute autre cat6gorie. — Sur le r6 W 7iv eheu, voy. les Eclaircisse- 
ments. 



Digitized by 



Googk 



150 PARTIE II. — ANALYSE 

« 1* Le 5ujet est ce dont on a£Brme tout, et que 
Ton n'affirme de rien ; c'est la forme , la matiere et le 
tout concret; mais il semble que ce soit surtout la 
matiire, puisque de la matiere s'affirme Tessence elle- 
meme. Le sujet est done proprement la matiere, et 
je parle de la matiere en soi , sans quantity , ni qua- 
lit^ , ni rien de ce qui determine Tetre. 

a 2*" Passons k la quiddite, et parions-en d*abord 
d'une maniire g^n^rale et logique. La quiddity , c est 
tout ce qui est par soi-meme. Ainsi la quiddity n'est 
pas proprement exprim^e dans ces mots : surface 
blanche , mais bien dans le seul mot de surface : car 
dans la definition de la surface blanche , il faudra faire 
entref la surface. La quiddite est done Tobjet propre 
de la definition. La quiddity et la definition appar- 
tiennent d*abord k Tessence pure, puis, d'une ma- 
ni^re secondaire, aux choses consider^es sous les 
points de vue de la quantity , de la quality et de toutes 
les autres categories. — La quiddite est-eUe iden- 
tique avec la chose meme? Oui, pour les choses qui 
sont par elles-memes , car chaque chose est identique 
avec son essence ; non , pour les choses accidentelles , 
car elles n'ont pas d'essence propre. 

« 3" Tout ce qui devient devient par la nature , par 
Tart ou par le hasard. Le devenir suppose trois eie> 
ments; une matifere en laqueUe se fondela possibilite 
du produit , une forme k iaquelle il arrive , et un prin- 
cipe moteur. Le principe moteur, dans la nature, 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 151 

c est un etre riel qui engendre son semblable. Dans 
Tart, cest Tartiste; mais ce n'estplus dans son corps, 
cest en son ame seule que reside la forme. Ainsi, 
dans Tart comme dans la nature, cest le semblable 
qui resuite du semblable, mais ici du r^el et \k de 
la pens^e. Aussi, dans Top^ration de Tart, ii y a deux 
moments : le premier est celui de la pens^e, qui part 
du principe, de la forme; le second est celui de Tex^- 
cution, qui commence oil s*est arret^e la pensee^ — 
Le principe actif, dans la nature comme dans Tart, 
ne produit ni la matifere, ni la forme, car on remqn- 
terait k Tinfini, sans pouvoir s'arreter, de forme en 
forme et de matifere en matifere : ce qui devient, c'est 
le concours de Tune avecf autre [avvoJhc). 

a Mais faut-il encore qu'il y ait des formes en de- 
hors des objets particuliers , qu'il y ait des essences 
separ^es? S'il en etait ainsi, jamais un etre veritable 
n arriverait ^ Texistence , mais seulement ^ la quality ; 
car ces essences, teUes qu'on imagine les iddes, ne 
signifient rien que quality. Au contraire, dans la g6- 
n^ration r6eile , c est un etre qui , sans etre lui-meme 
d^termin^ de quality, fait passer I'ind^termin^ k une 
determination qualitative^. » 

^ P. i4o, 1. 12 : fi fikv ditd rifs dp^Hs xcU tov eiSovs vorjms, if i* 

* P. 1 43, 1. 6 : U6Tepov oZv iail its a^aipa 'Wapd rdsSe ij oixlet ^apd 
rds 'oklvBovs, ^ ov^' dv ^aote iyiyvsxo, ei o^tcds ^v, rSSe it\ dKkd t6 
xot6vSe aviJMivet , t63e Sk xal oapiayiivov ovh i&ltv, oKkd tsoiei xai yzvvd 
ix Tot/de totov^t' x« 6tav yevvrfd^, Salt r63e rot6vSe. 



Digitized by 



Googk 



152 PARTIE IL — ANALYSE 

Aprfes avoir ainsi conslitu6 Tetre par le devenir, 
Aristote pose deux questions ^troitement ii^es entre 
elies sur ie rapport des ^l^ments de Tessence dans 
Tetre concret ou r^el. 

«Faut-il que la definition du tout (concret, auvoXoy) 
tienne compte des parties? 

«La partie pr6cide-t-elle le tout, ou le tout la 
partie ? » 

Aristote r^pond k la premiere « qu'il faut distin- 
guer entre les parties materielles et les parties de la 
forme. La definition ne portant, k proprement parler, 
que sur la forme, il est Evident qu'elle ne doit tenir 
compte que des parties formelles (la forme d'un 
cercle est ind^pendante du bois ou du marbre dont il 
est fait). 

((Quant k la seconde question, ilfaut r^pondre en 
s*appuyant sur la meme distinction : les parties de ia 
forme sont post^rieures i la forme totale , mais ant^- 
rieures au tout , au concret; le tout est k son tour an- 
t^rieur aux parties mat^rieUes. Par exemple, Tame 
etant Tessence et la forme du corps , ses parties , 
qu'on ne pent d^finir sans se r^ferer k son action 
totale (la sensation), sont ant^rieures, dans la defi- 
nition, aux parties de Tanimal concret. Ainsi, Tame 
consider^e k part de I'animal , ]a forme bors du con- 
cret, etant le general, tandis que le concret est le 
particulier et le r^el, qui ne tombe pas sous ia defi- 
nition mais sous la sensation ou fiiituition, ce sont 



Digitized by 



Googk 



DE LA M^TAPHYSIQUE. 155 

les parties du g^n^rai seidement qui sont ant^rieures 
au tout reel ^. 

« M aintenant il s agit de completer ce qui a 6t^ dit 
dans les Analytiques sur la definition : car ceia est ei} 
premiere ligne dans la question de Tessence. 

((Comment i'objet de la definition est-il un, puis- 
qu on y distingue ie genre et la difiKrence? Pour r^- 
soudre ce problfeme, ilfaut analyser la definition. — 
La definition se compose essentiellement du genre et 
de la difference; on obtient celie-ci en descendant 
de difference en difference jusqu i la dernifere qu'on 
puisse apercevoir. Toutes les autres se joignent au 
pius haut genre d'oii Ton. etait parti; la derniere 
seule reste difierence, et exprime I'essence de Tob- 
jet^. Soit done que le genre ne soit pas distinct de 
ses espfeces, soit qu*il joue ici, comme nous ie ver- 
rons, le role de matiire, c'est sur la derniere diffe- 
rence que porte la definition, puisquelle cherche i 
saisir Tessence de Tobjet. » Aristote abandonne ici la 
question; il y reviendra au chapitre troisifeme du 
iivre suivant, et n en donnera la solution qu'au cha- 
pitre sixieme de ce meme Iivre. II passe k Texamen de 
i'etre dans la demiere des significations enumerees au 
commencement du VII* Iivre. 

(( 4" n est impossible qu'aucun universel soit veri- 

^ P. 148-9. 

I *P. 154,1.^7: ^vepbv 6xt ^ xeXevtaia ita^opSL i| oM<t xov 'apdy- 

lunos i&lcu xai 6 6ptfffi6s. 



Digitized by 



Googk 



154 PARTIE II. — ANALYSE 

tablement une essence : car i'essence premifere de 
chaque chose lui est propre, et par consequent ne 
se trouve en aucune autre; au contraire, Tuniversel 
«c'est ce qui est commun k plusieurs choses. Aussi, si 
Tuniversel i^tait Tessence, tous ies individus ne fe- 
raient qu un : car tout ce qui a meme essence est un. 
En outre, si ITiomme, en g^n^rai, etait Tessence de 
Socrate, i'animal ^tant plus g^n^ral encore, serait 
Tessence de Thomme , et on aurait Tessence de Tes- 
sence. Les universauxne peuvent done avoir d'exis- 
tence hors des choses particuliferes; rien de ce qu'on 
aflirme de plusieurs choses n'exprime f eidstence es- 
sentielle d^termin^e, mais seuiement la quality. 
Ajoutons qu'il est impossible qu'une essence soit 
compos^e de plusieurs : car deux essences en acte 
ne peuvent jamais s'unir en une seule; lacte divise ^ 
De tout cela r^sulte clairement la n^cessit^ de rejeter 
la th^orie des id^es. 

((Nous avons dit qu*on entend par essence et ia 
forme et Tobjet sensible qui a forme et matifere. L'ob- 
jet sensible ,ne se d^finit pas : car, puisqu'il a de ia 
matiire , il pent etre autre qu'il n est, et echappe k la 
science par sa variability. En g^n^ral , il n y a point 
de definition de Tindividu en tant qu'individu; I'i- 
d^e ne pent pas non plus etre d^finie , puisqu on la 
donne pour individuelle et separ^e. D'un autre cot^ , 

* P. 157, 1. a : ft yap ivieXiy^eta xfiipitet. 



Digitized by 



Googk 



DE LA MlfeTAPHYSIQUE. 155 

cependant, on compose d'id^es les id6es elies-m^mes, 
de mani^requ'elies tombent sous la definition comme 
les formes du monde sensible. On n a pas vu qu*il n'y 
a point de composition dans les choses individuelles 
et ^temelles , et que la definition ne pent les atteindre. 
— De plus, on a souvent pris pour des etres beau- 
coup de choses qui ne sont que des puissances. 

« Ainsi, ni Tan, ni Y^tre ne sont les essences des 
etres, pas plus que VdUment en g^n^rsd ou le prin- 
cipe en general ^. L'essence n'est pas ce qui est com- 
mun k plusieurs choses. Ge n'est done point dans le 
g^n^ral que nous pouvons trouver cette essence qui 
est s^par^e des etres sensibles. 

« Voici le point d oil il faut partir : c est que Tes- 
sence est piincipe et cause. Mais dans la recherche 
du pourquoi d'une chose, il ne faut pas oublier quil 
ne s'agit point de savoir pourquoi elle est ce qu'elle 
est en soi : ce serait une question vaine : car ici le 
pourquoi ne difi^re pas du que (ow); on demande la 
raison de ce qu'elle a de relatif et par consequent de 
dependant : pourquoi elle a telle forme ou telle ma- 
tifere ; par quelle cause ou pour quelle fin elle a 6te 
faite. n n'y a done pas lieu k cette recherche pour 
les essences simples, et il faut quil y ait quelqu'autre 
mani^re d'arriver k les connaitre. Quant aux Stres qui 
tombent sous les sens , leur essence n est pas dans les 

^ P. 161, 1. 11 : ^avepdv Sn oite th iv oiin j6 6v Mi)(jnm ovaiav 



Digitized by 



Googk 



156 PARTIE 11. — ANALYSE 

Elements, car les Aliments ne sont que mati^re , mais 
dans la cause de leur unit^. 



LIVRE VIII (H). 

((R^capitulons, pour en finir avec ce sujet. Nous 
avons dit que nous cherchions les causes et les ^16- 
ments des etres ; qu il y a des essences reconnues par 
tout le monde ^ et d*autres que quelques philosophes 
seulement pr^tendent ^tablir, c'est-i-dire les id6es et 
les nombres et figures math^matiques. L'essence veri- 
table ^tant la quiddity , et la quiddity ^tant ce que la 
definition exprime , nous avons du parler de la defi- 
nition , puis des parties de la forme et de la defini- 
tion; nous avons prouve que luniversel et le genre 
ne sont pas Tessence; nous considererons plus has les 
idees et les objets des mathematiques. Parlous main- 
tenant des etres reconnus de tons, cest-i-dire des 
objets sensibles. 

((Tous les objets sensibles ont de la matiire, sujet 
immuable de toutes les qualites et de tous les chan- 
gements. Or la matifere, c est ce qui n est rien de reel 
eii acte , mais seulement en puissance ^ 

((Passons done k Tessence actuelle des objets sen- 
sibles, cest-i-dire k la forme. Democrite reconnut 

* P. i65, I. i8 : fy^rfv ik Xiy» ^ y^v t6Ss rt d^aa iwpytitf, iuvd^i 
Ml %6ii rt. 



Digitized by 



Googk 



DE LA M^TAPHYSIQUE. 157 

trois diEESrences de la matifere : ia figure, ia position 
et Tordre; il y en a beaucoup dautres. Ce sont ces 
differences qui, en determinant la mati^re, font les 
choses ce qu'elles sont, et qui, par consequent, en 
constituent ressence. D^finir une chose par sa ma- 
tifere , c est dire ce qu elle est en puissance ; ia definir 
par sa forme, ou par ses differences, cest dire ce 
qu*elle est en acte; la d6finir par Tune et par Tautre , 
c est definir le concret. U y a done dans le monde sen- 
sible la matifere , la forme et leur produit. 

« Mais ce produit n'est pas le r^sultat de la compo- 
sition des elements materiels; il nest pas la matifere, 
plus mi certain assemblage; la syilabe ne consiste pas 
dans les lettres et leur reunion; Thomme n'est pas fait 
de Tanimal et du bipide : car c'est plutot le tout qui 
procfede de la forme, que la forme du tout. Ce ne 
sont done pas les elements qui font les etres ce qu*ils 
sont, ce n est pas le simple resultat des elements, c'est 
quelque chose de plus, qui est Tessence, la forme. 

« La forme est quelque chose d analogue au nombre : 
le nonoibre contient des unites , comme la forme, dans 
ia definition, contient le genre et les differences; 
qu'on retranche ou qu'on ajoute une unite, une 
difference , le nombre et la forme perissent : car leur 
unite n'est pas une unite de collection, ni une unite 
semblable k celle du point ; c'est une unite d acte et 
de nature. Voili pourquoi ni le nombre ni la forme 
ne sont susceptibles de plus et de moins. 



Digitized by 



Googk 



158 PARTIE 11. — ANALYSE 

« Quant k la matifere, outre la mati^re universeile, 
chaque chose a sa mati^re propre , ou meme en a plu> 
sieurs; et iorsqu*on demande quelle est la cause d'une 
chose, cest toujours par la cause la plus prochaine 
qu'il faut repondre ; c'est done la mati^re la plus pro- 
chaine qui est v^ritablement la mati^re de chaque 
chose. Ainsi le devenir ne consiste pas dans le pas- 
sage d*un contraire k un contraire en g^n^ral, mais 
dans les alternatives de telle ou telle opposition 
d^termin^e, relative k la nature de la matiere pro- 
chaine. Pour les choses physiques ^temelles (corps 
celestes) , eiles n'ont peut-etre point de matiere , ou 
du moins la matiere en est inalterable, et seulement 
mobile. 

<(Ici revient encore cette question : pourquoi la 
definition est-eile une et le nombre est d un ? C'est 
que la definition n est pas une par reunion, comme TI- 
liade, mais comme expression d'une chose une ^ Qu'est- 
ce done qui fait I'unite du d^fini , de Thomme , par 
exemple, en qui il y a Tanimal et le bipMe ? Cette ques- 
tion est insoluble si Ton admet qu'il y a un animal en 
soi et un bipide en soi (throne des id^es) : car I'homme 
etant par la participation k deux choses , ne serait pas 
un , mais plusieurs. Mais si Ton distingue avec nous la 
matiere et la forme , la puissance et I'acte , la solution 
est facile : car il y a une matiere intelligible comme 

^ P. 173, 1. 7 : 6 ^ optffftds \6yos iailv eJs oC awSiaft^ xaddnep ij 
thots, oXXc^ T^ Ms ehat. Gf. Andyt. post. II, xi. Poet xx, sub fin. 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 159 

une mati^re sensible; dans la definition, le genre est la 
mati^re, la diflGSrence est la forme ^. Or c'est la forme 
qui est cause que ce qui n 6tait qu*en puissance est 
pass^ k Tacte. La forme est done le principe de Tunit^, 
et ce qui n a pas de mati^re ni intelligible ni sensible , 
est un par le fait meme [tuBuij, Ainsi la cause de Tu- 
nit6 n est autre chose que la cause de 1 etre. 

aLes uns ont vu le principe de lunit^ dans une 
participation qu'ils ne peuvent expliquer; les autres , 
conmie Lycophron, dans une copule qui n'est qu*un 
mot vide de sens ; comme si la vie ^tait la copule ou 
le lien du corps et de Vime. lis cherchaient tons con- 
fus^ment ia raison de Tunit^ de la puissance et de 
Tacte, et la nature de leur difference. Nous lavons dit, 
la mati^re demi^re et la forme sont meme chose, mais 
Tune en puissance, Tautre en acte. La raison de Tunit^, 
c'est done le principe qui produit le mouvement de 
la puissance k Facte , et tout ce qui n a pas de mati^re 
est et est un par soi-m^me, et d*une mani^re ab- 
solue ^. » 

' P. 174, 1. I : fi^' ^^ f^f ^vs 1^ f*^» ponrfi a ^ oJaBnn^' xcU del tow 
'X<^ou rd fUv ifXn, t6 3* ivipyetd ia^tv, oJov 6 x^hXos cxflfui iicheSov, 

* P. 174,1. 28 : Hare etUtov oiBkv dfXXo mkhv et xt c^s xitnjaav in Sv- 
piyLeas els ivipyeiav 6<ra ii (lil fyet ifkrfv, 'utima dvXe^ ihsep Svra t/. 



Digitized by 



Gopgk 



160 PARTIE II. — ANALYSE 

LIVRE IX (0), 

Ce livre est consacr^ au d^veloppement des idies 
de puissance et d'acte. 

((On peut distinguer la puissance en active et en 
passive ; mais dans Kdee de I'une comme de Tautre 
est contenue Tid^e de ia puissance primitive, qui est 
le principe du changement dans iautre en tant 
qu'autre. Puisquon retrouve partout ia puissance, 
dans les choses inanim^es comme dans les animaux, 
et jusque dans la partie rationnelle de Tame, il y a 
des puissances raisonnables et des puissances irrai- 
sonnables : celles-ci ne peuvent qu'un effet d^termin^; 
celles-1^, comme les sciences et les arts, peuvent leur 
efFet naturel et de plus TefFet oppos^, ou privation: 
car les contraires rentrent sous la meme id^e (Ao^^, 
raison, definition etc.)^ quoicjue dun point de vue op- 
pose. Cette id^e enveloppe un seid et meme prin- 
cipe , qui produit les opposes par les puissances ir- 
raisonnables^. 

(( Les Megari(jues pr^tendaient (jue I'on ne peut que 
lorscjue Ton agit. Cette opinion est absurde. i** On ne 
serait done pas architecte tant qu'on ne construirait 
pas, et on cesserait deTetre en cessant de construire; 
2* le chaud, le fi:oid, ne seraient pas chaud et froid 

^ P. 177, 1. 2 o : Aid tSl xarSt 'K6yov ivvata rots dveu "kdyov SwaToU 
•KotBt rdvavria- yJa yStp dpj(ii 'OepUyera* t^ \oy(p. 



Digitized by 



Googk 



DE LA M^TAPHYSIQUE. 161 

tant qu*on ne ies sentirait pas : on retombe ici dans 
la doctrine de Protagoras; 3" on n aurait pas de sens 
tant qu'on ne sentirait pas ; 4" enfin ce qui n est pas 
ne serait jamais; ainsi cette doctrine entraine pour 
consequence rimmobilit^ universelle. 

L'acte n'est done pas la meme chose que la puis- 
sance, line chose est possible si , au cas ou eUe pas- 
serait k Tacte dont elle avaitla puissance, il nen doit 
r^sulter aucune impossibility. — Quant k lacte, c'est 
la realisation (cm^<;tfia) ; c est la fin du mouvement 
et aussi le mouvement lui-m6me. L acte ne se d^finit 
pas; on ne pent tout d^finir, mais on pent le conce- 
voir par induction , en recueillant des analogies ^. Ainsi 
la facuUe de voir differe de la vision ; la moiti^ diflfere 
du tout oil elle est contenue en puissance; Tinfini 
rfest pas, et nous le concevons comme possible quoi- 
qu*il ne doive jamais se r^aliser, par exemple dans la 
divisibility infinie. 

« Lacte pr6cfede la puissance, i^'dans Tordre lo- 
gique : car on ne pent concevoirla mati^re que comme 
ce qui pent devenir actuel; on ne la connait que par 
Tacte; 2^ dans le temps, d'une mani^re absolue : car 
si dans le meme individu la puissance est ant^rieure 
k I'acte, il faut toujours remonter k un autre individu 
de meme espfece, autre par consequent selon le 

* P. 18a, 1. 3 : AiyXoi; S* iisl x6h Had* Sxaalu xif i-Kttytayyj 6 jSowXd- 
[leda "Xiyetv, xoti oC ^e? ^aavThs Spov Kv^etv eSXX^ xai xh dvikoytv ayv- 

Of>fv, 

1 1 



Digitized by 



Googk 



162 PARTIE 11. — ANALYSE 

nombre et'identique selon la forme , qui pr^existe en 
acte et am^ne par le mouvement la puissance k Tacte; 
3° selon Tessence : car les choses ont dans le devenir 
1 ordre inverse de celui qu elles ont selon Tetre ^. Or 
tout ce qui devient tend k une fin, et la fin c est I'acte 
auquel va la puissance ; la puissance n'est qu i cause 
de Tacte, de la forme od elle a son essence. La fin est 
done le principe; et Tacte, qui est la fin, est le pri- 
mitif selon Tetre. Or la forme , TesBence , c'est facte. 

« Mais il y a une raison plu3 haute encore pour i an- 
teriority de Tacte : les choses ^temelles sont ant^- 
rieures par essence k celles qui conimencent et finis- 
sent; or rien de ce qui admet de la puissance n'est 
6temei, parce que le possible contient les opposes, 
et par consequent de I'etre et du non-etre. — En 
outre , par cela seul que le possible contient les con- 
traires et par consequent le bien et le mal, il estinfe- 
rieur il'acte, Tirons en passant cette consequence, 
qu'il n y a point de mai en soi et hprs des choses , 
puisque le mal vient de la puissance ; il n y a done 
point de mal dans tout ce qui est eternel. 

« Enfin c estTacte qui est la cause de la science: car 
on ne connait ce qui est en puissance qu'en le faisant 
passer k Tacte : c'est en quoi consiste le procede ana- 
lytique de la geometric. La cause en est que i'acte 

^ P. i86, i. 1 4 : Upohov lUv Srt t^ t^ yevivet Half pa t^ eiht xat if 
oM(f. ttp6repa. Gf. p. 262, 1. 6. 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 185 

cest la pensee; et voiii pourquoi c est en faisant que 
ion conhait ^ 

«I1 nous reste k parler de Tetre et du non-etre 
reiativement au vrai et au faux.. 

« Dire vrai, c est affirmer dune chose ce qu'dle est 
reellement , et dire faux , c^est en af&rmer ce qu eHe 
n est pas. Done il n y a ni vrai ni faux pour les choses 
simples : on les connait ou on ieis ignore , mais on 
ne peut s'y tromper. En eflfet il ne peut y avoir d'er- 
reur sur fetre que par rapport A ses accidents. Or 
fessence simple, qui est toute en acte, est Tetre mSme, 
ffetre en soi. » 

LIVRE X (i). 

« On a vu dans le Uiei wv mattxSf M^pfdivm que ¥un 
se dit de plusieurs choses ; mais ses significations es- 
sentiellespeuventser^duire k quatre : i®le continu (to 
^vt^g), et surtout ce qui est continu de sa nature, et 
non par contact ou par un lien ext^rieur; 2° le tout 
( TV o}iov ) , ce qui a une forme, ce qui a en soi-mfeme le 

^ P. 189, 1. 24 : Evp/ffxerai 3k xai 7^ Staypdfiftara iv&pyel<f StaipoGv- 
res y^p ^^phxovmv el 3* -^p Smjptfiiivei, <pavep^ &v ^jv vvv S* ivvvdpy^si 

SvpdfUr A(/le ^avepbv Sri tA Svvdfiei Sviot eU ivipystav dva'y6fisva 

e^ffxerai. A/rioy S' du v^ms 4 Mpyeiti' &&1* iS ivepyelas if S^pafur 
xeU 3sSi ToSro 'moiovpTes yiyp(i>mtou&tp, Cannaitre c'est faire; nous re- 
viendrons plus has sur le sens et la valeur de cette proposition et sur 
le r6le qu'elle a jou^ dans Thistoire de ia philosophie, et qu'elle doit y 
jouer encore. 

1 I. 



Digitized by 



Googk 



164 PARTIE II. — ANALYSE 

principe de sa continuity : dans cette premiere ciasse 
se place ce dont le mouvement est indivisible dansle 
temps et I'espace. En second lieu, on appelle un ce 
dont la raison est une , Tobjet d'une seule et meme 
pens^e, c est-i-dire 3" Tindivisible en nombre ou Tin- 
dividu (aatfl* Wr©*'), et 4" f indivisible en forme ou lu- 
niversel (ngtfloAou). 

(( Passons maintenant du nom de Tunit^ k son es- 
sence et k sa natiu:e. 

a Qu'est-ce que Tun ? D abord , comme nous venons 
de le voir, c estTindivisible ; mais le caractfere propre 
de Tun, c est d'etre la premiere mesure dans chaque 
genre, et, avant tout, la mesure de la quantity. Car 
on ne mesure la quantity qpie par ie nombre , et le 
nombre que par Tunit^; Tunit^* est la mesure du 
nombre en tant qpie nombre. C'est meme parce quil 
est la mesure, que Vun est indivisible : en toute chose 
le primitif ne se divise point. Ainsi en gteiral ce 
qui nous fait connaitre une chose est pour nous une 
mesure. Aussi n est-ce pas la science , comme fa dit 
Protagoras, qui est la mesure des choses; ce sont 
plutot les choses qui mesurent la science. 

« Quant k la nature meme de Tun, on pent deman- 
der si cest une essence rielle, cdmme Tont dit les 
Pythagoriciens , et aprfes eux Platon, ou bien si ce 
n'est qu'un categorfeme. Mais nous avons d^montr^ 
qu'aucun universe! n est une essence ; Tun ne pent 
done etre qu'en un sujet. 



Digitized by 



Googk 



DE LA MlfeTAPHYSIQUE. 165 

a L*un s*oppose sous plusieurs rapports k la multi- 
tude 9 mais principalement comme rindivisible s'op- 
pose au divisible. A cette opposition se ram^ne celle 
du meme et de Tautre, du semblable et du dissem- 
blable, de Tigal et de Tin^al. 

(( Le mSme a plusieurs sens ; il y a Tidentit^ en 
nombre, c'est-i-dire en forme et en matifere, etc'est 
ainsi queje suis le meme que moi; Tidentit^ de ma- 
tifere; Tidentit^ de forme ou d*essence, comme celle 
de toutes lesUgnes droites ^gales. 

« Le semblable est ce qui est autre par le sujet et 
de forme identique. L' autre et le meme sont contra- 
dictoires et n admettent pas de milieu ; aussi sont-ce 
des universaux entre lesquels se partage tout ce qui est 
et qui est un : il n en est pas de meme de la difF<Srence. 

«Les choses diflGSrentes different par quelque 
chose, qui est ou le genre ou Tespeoe. D'un genre k 
un autre il n y a point de passage ni de g^n^ration 
commune ; mais leplus haut degr6 de la difFi^rence dans 
un meme genre est la contrariety , qui est I'opposition 
des especes extremes^. Les contraires sont done ce 
qui difflfere le plus en im meme sujet : car le genre r^- 
pond k la mati^re ; c est done une ineme matifere qui 
contient en puissance les contraires , et ils tombent 

^ P. 1 99, 1. 3o : To^ ith ySip yivei Sta(pipovTa oCx i)(ei oSbv els ^tXkrika, 
aXX' dvixsi ^\iov xa2 aotSft^T^Ta* xoU S' etSst Sta^ipcfvatv al yepiasts 
ix T&v ipavrioiv eialp ^ ioytiftQiv. T6 9^ ro^v ia^dtav Siti&lnnoi {t-iyt- 



Digitized by 



Googk 



166 PARXIE II. — ANALYSE 

sous la in^me puissance : c'est pour cela que la con- 
sideration des contraires appartient toujours k une 
meme science ^ 

(( La premiere contrariety est la possession et la pri- 
vation (6|i^5 sriptiPis) . Mais la premifere des quatre esp^ces 
d* oppositions est la contradiction : car la privation est 
une sorte de contradiction^. Ensuite, puisque tout 
devenir est le passage d*un contraire k Tautre , c est-i- 
dire de la forme k la privation ou de la privation 4 
la forme, il est Evident quetoute contrariety est une 
privation, mais la r^ciproque n*est pas vraie'. II en 
est done de meme pour Tun et la mxdtitude , si c est Ik 
la contrariete k laquelle toute autre se ramfene. 

« Mais Tun est-il en effet le contraire du multiple, 
et regal le contraire du grand et du petit? Examinons 
d*abord cette demifere opposition. Uegal n*est le con- 
traire ni du grand ni du petit pris separement , et il 
lie pent Tetre de tous deux : car il est impossible 
quune meme chose ait deux contraires. De plus, 



* P. 200, 1. 28 : ft yAp iJXn if avrfj tots ivavrlots xal j^ Cv6 rffv autifv 
Sikfa^p ^'kstalov Sta^ipopra' »ai y^ if im^i^fAff vtepl iv yipos if fih, 
iv eh IV T^eia ha^pA ^isyi^fi. 

* P. 201, 1. 10 : ft 5^ dipricns dvri^oLffis ris iaiiv. 

^ P. 201, 1. 22 : MfXov Srt if fikv ivapriaxTts dUpufms iv us etn ^Saot, 
1^ Sk olipnms 1(T(ds ov igStra ipapjtSnfis, EIn effet il y a des o{^sitions de 
j>ossession et de privation qui n^admettent pas de milieu, cotnme le 
pair ^tTittipair; dautres en admetteht, et celles-ci seules sont des 
contrariety, cottim^ le bien et le thai; ofl pent n'^re ili bon ni m^- 
chant (p. 202, 1. 1-3). 



Digitized by 



Googk 



DE LA M^TAPHYSIQUE. 167 

Fegai parait etre un milieu entre le grand et le petit ; 
or le contraire n*est pas un milieu, mais un extreme, 
une limite. Vigdi n*est done que la negation priva- 
tive du grand et du petit k la fois ; il est done inter- 
mediaire entre ces deux extremes. 

((On pent Clever des diflicult^s semblables sur Fun 
et la multitude. N*oppose-t-on pas la multitude au 
peu, et deux nest-il pas d6]k une multitude ? L*un et 
le peu seraient done identiques , et le peu 6tant ind6- 
tennine , Tuniti serait aussi ind^termin^e , c'est-i-dire 
qu elle serait multitude. Mais il n en est pas ainsi : ce 
motde multitude a deux sens, celui de plusiears (<vXii- 
6of), et celui de beaucoup (mXv), a quoi s oppose ie 
peu, et le peu , d'une manifere absolue, c'est deux; le 
peu est la multitude en d^faut, et le beaucoup la multi- 
tude en exc^s (1^^114^, vm^x^)* ^^ multitude, d*une 
mani&re absolue, le plusieurs, le nombre , s'oppose k 
Tun comme des unites k Vunitd ; c est Topposition de la 
mesure et du mesurable , opposition de pure relation , 
comme celle de la science et de son objet^ Ainsi il 
ny a opposition de contradiction entre Tun et le 
multiple que par Topposition du divisible et de Tin- 
divisible, mais lunit^ cest la mesure^. 

* P. 3o5, L l3 : £o7< yap dpidftds vfXridos kvl (iSTpnTbp, kcU dvjiiui' 
rai^Kus rb ip xai dpidfiy6s ou^ ^ ivapriov, aXX' &aisep etpij7u tQv ^p6fi 

Ti ivta' ^ 7^p {Uip09, xh ^k iierpriTdv, Tat^Trr ivrixetrou 0(ao/vs 3k Xe- 

yofUmn ^ ivt&1iifi9i, «.t.X. Cf. p. i.gS, I 17. 

* Pla^ons ici une analyse rapide des trois chapitres, vii, vui, u et x 



Digitized by 



Googk 



168 PARTIE 11. — ANALYSE 

LIVRE XI (K). 

Nous avons dit que nous ne recommencerions pas 
i'anaiyse de ce que Ton a d^ji vu dans ies III", IV' 
et VP iivres , et qui est reproduit dans ie XI* avec 
quelques diflfiSrences de detail. Recueillons seuiement 
une proposition dont le developpement va occuper 
ies trois demiers iivres : 

« li sembie Evident que ia piiiiosopliie premiere est 

(Uepiiifavria>v)\ qui, ainsi que nous r«vons dit, ne tiennent pas r6ei- 
lement k ce qui pr^c^de. 

GG. Yii, Yiii. « II y a un milieu entre Ies contraires, parce qu'ils sont 
compris dans un m^me genre; un des termes extremes pent devenir 
I'autre extreme, tandis quil ny a point de passage d'l^n genre k un 
autre. Les contraires sont ies esp^ces form^es du genre et de ia difference ; 
Ies milieux sont composes des contraires, etc.» — G. ix: «Pourquoi ia 
difference des sexes ou celie des couieurs ne constituent-eiies pas des 
esp^ces diff6rentes? G'est que ies oppositions qui resident dans le 
principe, dans la raison g6neratrice (iv t^ "^^v) ^tablissent seules 
des differences formelles et sp^cifiques. Gelies qui ne se fondentque 
dans la mati^re n'en peuvent pas constituer de sembiabies ; la matiire 
ne pent pas produire de la difference. Or ies sexes sont des affections 
{'mddn) propres k Tanimal il est vrai, mais qui viennent d'une modi- 
fication exterieure de ia semence, de la mati^re, du corps, et non pas 
de {'essence. »— G. x : « Quant k Topposition du perissable et de Timpe- 
rissabie (<^apTdv, d^apTov)y ce n'est pas seuiement une contrariete 
essentidle et par consequent specifique, c'est une difference generique. 
Ainsi non-seulement les idees imperissabies ne jpeuvent pas etre, 
comme on le pretend , de ia meme esp^ce que ies individus perissables 
auxquels elles correspondent, maiseiies ne peuvent pas etre du meme 
genre. » 



Digitized by 



Gdogk 



DE LA METAPHYSIQUE. 169 

la science de i*universel , et par consequent de TStre 
et de Tunite. Mais i'Stre veritable n'est pas runiversei, 
c est quelque chose d*actuel et qui existe en soi. S'il 
ny avait pas un etre ^temei, s^par^, immuable, com- 
ment y aurait-ii de Tordre dans I'univers ^ ? 

^ P. ai3, i. i4 : MaXXoif ^ kv Sd^ete rSv xaO^Xov ieiu etvou rilv ^ri- 

oC tSv ia)^dtta9* &</l* eirf Stv oihos t&v mpdinav ytv&v raSra H yiyvon^ 
kv t6 re 6v xai rd i», — P. 2i4> i. 29 : Has yAp i</l«u rd^s fAif ripos 

6vTos aiSlov xal ^odpialov xai ^Uvovtos; — P. 2 16, i. 6 : Ti^i^ ^ oC- 

aiav fii^ r&v xaBoXov elvm, ftaXkov Si rSSe t< xed y<api</l6v. 

Nous tiroDS aussi de la seconde partie du XI* livre, qui pr^sente 
une redaction un peu abr^g^e d'une partie de la Physique, un passage 
o^ se irouvent des id6es importantes pour rintelligence de la th^orie 
m^taphysique ; 

cB y a autant d^esp^es de roouvement quil y a de categories; ies 
^tres changent en quantity, en quality, dans Tespace, dans le temps, etc. 
Le changement s'op^re d'un contraire k Tautre, du positif au privatif. 
De plus, r^tre se divise en possible et actuel, et le mouvement est la 
realisation du possible en tant que possible. Ainsi le mouvement par 
lequel Tairain devient statue n'est pas la realisation de Tairain en 
tant qu airain, mab en tant que mati^re de la statue. — Les philosophes 
avaient defini le mouvement par la diversity ou Tinegalite, parce qu'il 
leur semblait ^tre quelque chose d^indefini. Or les principes dont on 
composait la s6rie negative paraissent indefinis par leur caract^re pri- 
vatif (p. 23i, 1. 8 : Tn$ ^ Mpas awrtov)(las ai oip/ai Si^ 76 aleptiri- 
xaU ehau d6pta1ot), D'un autre cdt6 le mouvement est indefini puisquHl 
n'est ni pure puissance ni acte. Mais il fallait dire : le mouvement 
est un acte imparfait, indefini, parce que le possible, dont il est la 
realisation, est indefini. Cest done un acte et ce n'en est pas un; 
chose difficile k comprendre, mais uon pas impossible (p. 2S1, 1. ao : 
&&1e Xeiftereu t6 \ej(Okv eheu xai ivipyetop xai fti^ ivipyetav rifv 
eipnfiiwv, iSetp fih ^akeiti^v, ipSexfli'^vriP S* elpou), — L'infini n'a point 
d'existence actuelle, et aucun etre actuel n'est iniini (p. 232, i. 16 : 



Digitized by 



Googk 



170 PARTIE 11. — ANALYSE 

LIVRE XIII (m) K 

c(Nous avons paii6 de Tetre qui tombe sous ies 
sens ; mais il s*agit pour nous de determiner s'il y a 
hors des choses sensibles une essence ^terneiie et 
immobile , et, au cas oil il y en aurait une , d'en deter- 
miner la nature. Examinons d'abord Ies opinions des 
autres ; nous verrons si Ton doit reconnaitre comme 
une essence de ce genre Tid^e et la grandeur mathe- 
matique. — Quelques-uns ontidentifi^ Tid^e avec le 
nombre ; mais consid^rons d'abord ies grandeurs ma- 
th^matiques (tu (jMBtifjuLTfxi) en elles-memes et ind^- 
pendamment de leur rapport aux id^es ; nous pas- 
serons ensuite aux id^es en elles-memes. Mais nous 



varoy rd ivxtkex^UjL 6p inetpov). En effet si rinfini ^Udt divisible, ses 
parties seraient infinies , ce qui est impossibie; et d'un autre c6t^, il 
ne peut ^tre indiTisibie : car il &ut bien quil ait de la quantity 
(Wooy ySip <7imu ivdyxyfj. 

' On tire peu de fruit pour Tintelligence des livres XIII et XIV du 
commeutaire de Syrianus, qui n'est encore public que dans la tra- 
duction latine de Bagoiini , tr^incorrecte d'ailleurs et obscurcie par 
de nombreuses fautes d'impression (i558, in-i"*). Ce commentaire, 
prdcieux du reste pour Tbistoire de la pbilosopbie, est une refutation 
qui, presque toujours, porte k faux. Syrianus mMe, sans aucune cri- 
tique, Ies id^es n^[datoaicienne8 et n^pytbagoriciennes k celles des 
Pytbagoriciens et de Platon. — Micbel d'£pb^, dans son comrnen- 
taire sur ces deux livres, conunentaire dont Brandis d^igne Tauteur 
parie nom de Pseudo-Alexandre, co^ue souvent Syrianus. 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 171 

nous ^endxons surtout sur la question de savoir si les 
nombres et les id^es sont les principes et les essences 
des etres. 

K Les grandeurs math^matiques sont dans les choses 
sensibles , ou en sont s^par^es , ou sont de quelque 
autre mani^re; ie doute ne porte pas sur la question 
de Tetre, mais de la maniire d'etre. 

uDans la premiere hypothfese\ les corps seraient 
indivisibles: car si le solide matb^matique est dans 
ie corps sensible il se divisera avec ce corps comme 
s'il itait ce corps m^me. Ainsi le solide se diviserait 
par la surface, la surface par la ligne et la ligne par le 
point; en sorte que, si ie point est indivisible, la ligne 
le sera ^galement, puis la surface , puis le corps. — 
Si au contraire le solide math^matique existait s^par^ 
des corps r^els , il y aurait non-seulement des solides , 
mais des surfaces existant s^par^ment ; de plus ces 
solides s^par^s ayant aussi des surfaces , et le simple 
pr^c^dant le compost , on aura trois surfaces s^pai'^es 
pour une surface sensible : i*^ surface s^par^e ant^- 
rieure k la surface sensible ; a"" surface du solide s^- 
par6 ; 3** surface ant^rieure aux surfaces du solide 
s^par^, et ainsi de suite. Cest un entassement ab- 
surde. Et lesquels de ces ^l^ments considferera la 
science math^matique, qui doit s'attacher au pri- 

* Dans lliypoth^se oil ies ftaOriftartx^f fiadvfteirix^ itsyiOn (p. 262 , 
1. 8) seraient dans les corps, non pas seulement en puissance ,, ce 
qui est 1 opinion d'Aristote , mais en acte. 



Digitized by 



Googk 



172 PARTIE 11. — ANALYSE 

mitif? II en sera de meme pour rarithm^tique, de 
meme aussi pourrastronomie, pour i'optique, pour 
la musique. Les grandeurs math^matiques n ont done 
pas une existence s^par^e. Et en eflfet ,• qu'est-ce qui 
en ferait I'unit^ ? Si cette unit6 ne reside pas dans 
rSme, dans un principe intelligent, eiies sont multi- 
ples et vont se diviser k Tinfini ^ 

<(Les grandeurs math^matiques ne sont done ni 
dans ies objets ni hors des objets; ii faut qu'eiles 
soient de quelque autre manifere. En effet, tpute 
science pent eonsid^rer une chose sous un point de 
vue special , sans qu'ii y ait autant de sortes d'exis- 
tences s^par^es de cette chose qu'il y a de points de 
vue difF(4rents. La physique spicule sur ies etres en 
tant que mobiles, ind^pendamment de leur nature 
et de leurs accidents, sans qu'il soit besoin de sup- 
poser des mobiles s^pares des objets r^els; de meme 
Toptique neglige la vue en elle-meme, pour ne traiter 
que des lignes, etc. : et plus Tobjet dela science est 
primitifselonlordre logique, cest-i-dire, plus il est 
simple, plus aussi la science est exacte et rigoureuse^. 
Ainsi la science nest pas pour cela dana le faux, car 
ce n'est pas dans le choix du point de depart que 

* P. 262, 1. 7 : fin t/ui xai Wtc it/lot iv rSi ftefdniumxSi fte/^; xA 

* P. 364, 1. 1 4 : Ka^ dV^ Sii 4v ^epi tsporipav t^ \6y(p xott ditkov- 
friipav, totjovttfi fxaXXov i^ei x6 dxpi€is. 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 175 

reside jamais Terreur^ Le math^maticien est mSme 
fond^ k pritendre qu'il consid^re des etres, car il y 
a f etre en puissance comme i'fitre en acte ^. 

<( On ne peut pas dire non plus que les math^ma- 
tiques ne touchent ni au bon ni au beau ; il n y a de 
bien , il est vrai, que pour Taction et le mouvement; 
mais Tordre, la sym^trie, la limitation, ne sont-ce pas 
les plus grandes formes du beau ( 70S xgj^oZ (jutyifla 

<xPassons 4 la th^orie des id^es, et consid^rons-la 
d'abord sans toucher 4 celle des nombres , mais telle 
que la C0n5urent ceux qui en parlor ent les premiers. 

* P. a64, 1. 27 : OtJ yd,p iv jals 'Opoxdasm t6 >|/evdo$. 

* P. 365, 1. 8 : fio7e h^ lovro SpOSs oi •yeoDpLerpou "kiyouai, xai'mepi 
6vxta» iioLkiyopteu , xai Svra i&ll' iti16v yap rd 6v, xd it^v ivreX^x^eiqi 
j6 ^ iSXixa>f. — Syrianus (r 55 a) nous apprend qu Alexandre d'Aphro- 
dis^e et un autre commentateur, nomm^ Aristote le Jeune , donnaient 
deux interpretations contraires de ce passage. Le premier pensait que 
la figure math^matique est en acte dans ie corps r6ei, et n'est que 
puissance d^ qu*on Tabstrait ; le second, que la figure n'est qu^en 
puissance dans le corps r6el, et ne vient k Tacte que par Tabstraction. 
Syrianus pr6(%re la premiere de ces deux explications. L'une et Tautre 
nous semblent k la fois vraies mais incompletes. La figure , ainsi que 
lavait dit Alexandre, n a de r6alit6 , n est en acte que dans un corps 
r6el , et la figure abstraite n'est que Texpression d'une possibility ; mais 
d^un autre c6te, comme le disait Aristote le Jeune, elle n'est dans 
le c6rp8 m6me que potentiellement , puisqu^dle n'y est quimparfaite 
et envelopp^e : on Ta vu au livre IX (voy. plus baut, p. 162). Ainsi la 
figure math^matique n^est qu en puissance dans le corps, et elle n'est, 
dans la pens^e qui la realise, qu'une possibility. Elle n'est done, de 
toute mani^e, quen puissance. 



Digitized by 



Googk 



174 PARTIE 11. ~ ANALYSE 

((Gette doctrine naquit de celle d'Heracilte. On 
admit avec lui que toutes les choses sensibles 
sont dans un flux coniinuel; si done il y a de ia 
science , il fallait chercher hors du monde sensible 
des natures immuables. Socrate se renfermant dans 
la morale, avait le premier cherch6 runiversel par la 
definition; mais il ne separait pas les universaux 
Geux qui vinrent ensuite les s^par^rent, et les appe 
Iferent formes ou id^es des etres ; ajoutant ainsi aux 
r^alit^s qu'il fallait expliquer des entit^s nouvelles , 
comme si pour compter des objets on en doublait le 
nombre. — Les raisons sur lesquels on veut ^tablir 
la croyance aux id^es ne sont pas demonstratives ; les 
unes ne m^ritent pas Texamen, les autres conduisent 
h admettre plus d'idtes que ne le veut cette th^orie 
meme. i" Si la preuve de Texistence des id^es est 
tir^e de la nature de la science, il y aura des id^es 
de tout ce qu'on pent savoir. 2° Si on argue de ce que 
les cboses onttoujours quelque chose de commun, il 
il y aura des id^es des negations memes. II y aurait 
encore, k y regarder de pr^s, des id^es des relations 
dont il n'y a cependant pas de genre en soi ; on arrive 
meme k poser le troisi^me homme ^ — Enfin fl faudrait 

* Cest^-dire qu'il y aura un troisi^Be homme outre iliomme individa 
et Thomme g^n^riqne ou id6e de i^homme : car i'homme et i*id6e de 
l*homme ne peovent se ressembier que reiaiivement k un troisi^me 
terme qui leur aoit commun, etc. Sur les diverses formes donn^es k 
cet argument par ie sophiste Polyx6ne, par Aristote dans le IV'iivre 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 175 

admettre des formes et id^es des accidents : car il n y 
a pas que les essences que Tintelligence convolve d*une 
meme pens^e; et pourtant, puisque dans cette doc- 
trine ia participation aux id^es n*est pas accidentelle 
mais essentielle , ii ne devrait y avoir d'id^es que des 
essences. 

« Que servent ies id^es aux choses sensibles? EUes 
ne sont pas ia cause de leur mouvement et de ieur 
changement. Eiies n en constituent pas non plus Yes- 
sence, puisqu'elies ne sont pas en elles. Les consti- 
tueraient-eiles par mdange? cette opinion, qui rap- 
pelle les doctrines d'Anaxagore et d'Eudoxe, entraine 
trop d'absurditis. Dire que ce sont les modeles des 
choses, ou ce k quoi elles participent, c'est se servir 
de phrases vides et de m^tapbores po^tiques.De plus, 
ii y aurait plusieurs niod^les dune seule chose : ainsi, 
pour rhomme, Tid^e de Tanimal, celle du bip^de et 
celle de Thonune. Enfin les id^es elles-memes au- 
raient ieurs modMes et seraient k la fois ty pes et images. 

<(Mais Tessence ne se s^pare pas de ce dont elle 
est Tessence. Si done les id^es sont les essences des 
choses, il est impossible qu elles en soient s^par^es^. 



do li€pi Hew, et par Eud^e dans son Uepi X^leat^, voy. Alexandre 
d^Aphrodis^e, in Metapkys* I, yii. •^- Brandis a donn^ le texte de ce 
passage d' Alexandre dans sa dissertation De perdiiit AristoUlU lihris, 
p. 18-30. 

^ P. 169, 1. i5 : £ti i6^etep Stv Mvarov /ofph ehm tiiv &umav xoi 



Digitized by 



Googk 



176 PARTIE IL — ANALYSE 

— II est dit dans le Ph^don que ies id^es sont les 
causes de f Stre et du devenir ; mais il ne suffit pas 
de la forme, il faudrait encore une cause motrice. 

« Arrivons aux nombres, i la doctrine qui les con- 
sidfere comme des essences s^par^es et comme les 
premieres causes des ctres. 

Dans cette hypothise, il y a trois cas possibles : 
ou chaque nombre est diffl^rent des autres par sa 
forme (t$ uJit), et ses unites ne peuvent absolument 
se combiner [Aov/jiO^irni) avec les unites des autres; 
ou bien iis se combinent entre eux et les unites 
entre elles, conune dans les nombres math^ma- 
tiques, ou enfin les unites peuvent se combiner dans 
un meme nombre, mais non d*un nombre k Tautre. 
De plus , ii y a des philosophes ( Platon ) qui ont admis 
deux sortes de nombre, ies nombres idees, ou il y a 
de la priority et de la posteriority, et les nombres 
math^matiques ^. D'autres ne reconnaissent que le 



^ P. 371, i. 6 : Oi (Uv cZv dfi^oripovs ^aaip elvat ro^s dptOftoi^s, rdv 
fikv fyovra rd trp^Tepov xal ^e/Jepov jots lS£a$, xhv Sk fiaBnfJMrtxdv 'SfotpA 
rkslHas xal rd tdoBnid, M. Trendelenburg [Plaion. de id. et nam. 
doctr, p. 8a ] trouve ceci en contradiction avec ce passage de TEthique 
Nicom. I, lY : Ovx ivoiovv iSias iv oJt r6 ^mporepov xai t6 if<rrepov 
ikeyov ^16'Ktp oiSi t&v dpiB\imf liiav xa7e<nte6aaap. En cons^uence 
ii propose d'ajouter une negation dans le passage de la M^taphy- 
sique, et de lire : t6v fi^p fti^ ixfipra. Brandis ( Ueher die Zahlen- 
lehre, etc, Bhein, Mns, 1828, p. 563) defend Tancienne leQon 
avec raison ce nous semble. Mais nous ne pouvons admettre la so- 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 177 

que le nombre math^matique , quils considferent 
comme le premier des etres , et ie s^parent des objets 

lution qa'il donne de la contradiction que M. Trendelenburg avait 
cru trouver entre Ics deux passages cit6s plus haut. Selon Brandis 
dans le premier, Aristote attribue aux nombres id^es la priority et la 
posteriority, en ce sens quails ont entre eux un ordre de derivation 
iogique et essentielle * ; et dans le second , au contraire , il en ex- 
clut la priority et la posteriority, en ce sens qu'ils ne se constituent 
pas mutuellement et ne sont pas facteurs les uns des autres. On 
pourrait r^pondre que cette explication ne rend pas compte de Top- 
position etablie formellement dans la phrase du XIII* livre entre le 
jdombre id^e et le nombre mathematique; car les nombres mathe- 
matiques ont aussi entre eux un ordre de derivation logiqxie et es- 
sentielle. — La suite du XIII* livre nous foumit une explication plus 
simple : dans les differents nombres idees les unites sont essen- 
tiellement differentes ; elles sont d'un nombre k un autre, dans le 
m^me rapport que ces deux nombres; ainsi les unites de la dyade 
sont anterieures par essence k celles de la triade, et il en est de m^me 
des nombres qui en sont respectivement composes; la dyade ideale 
en soi a done une anteriorite d essence et de nature (r6 xax^ ^mp 
Hal oCjfflav 'zitp6Tepov) sur la dyade contenue dans la triade ideale, dans 
la tetrade ideale, etc. Cest ce qui nous parait resulter surtout avec 
evidence de la phrase suivante, p. 276, 1. 22 : Kai ififiels fUv vito>.au' 
Sdvoiiev S><6is iv xcd ip, ko} i^p i^ ha i\ ivtaa, ^^o eJpou, oTop rd dyaddp 
xai TO xax6p, xed dpdpojicop xa2 ftncov ol S* o€ra)s \iyopres or}3i rots fio- 
pdia$' eirs ii fxi) iafli 'Gskeioav dptdfids 6 Tijs rptdSos avrris fj 6 tris SvdSos, 
Q^vitaa16p' eire Mi 'oXeieop, Sfj'kop 6xt xai tacos Spec/It riji 3vd3t (si la 
triade est plus grande que la dyade, elle contient un nombre egal k 
la dyade). Ht/Je oZxos ditd^opos avr^ r^ SvdSi, AXX' ovx ipSi^erai, 
el 'wp&76$ lis iaitp dptdfids Kal Se^repos, oCik iaopxai at iSiai 
dptdyioLCt. p. 273, 1. 1-2; 1. 22. — Les nombres mathematiques au 

* Ccttc explication parait se rapprocher de celle que donne en passant Sy- 
rianns (ap. Brand. De perd, AristoL lihr. p. ^5) : Elvat yap xai ei^ifrtHdv 
dpt$ii6v vvsridero, rd^tp i^6preov ip avr^ r6h tliQp. 

12 



Digitized by 



Googk 



178 PARTIE II. — ANALYSE 

sensibles ^ . Les Py thagoriciens en font i'^l^ment meoxe 
des choses sensibles et ne Ten separent point : seuls , 
ils ont attribu^ de la grandeur aux unites des nombres , 
en sorte que ce ne sont plus des unites ^. Un autre 

contraire ne difi^rent pas les uns des autres en quality, mais en 
quantity seulenient, et par Taddition successive d'unit^s nouvelles 
(XIII, 273, 1. 3o). D'oii il suit qu'ils ne sont pas singidiers comme 
les nombres idees (I, 20, 1. 26; XIII, 272,!. i4et suiv.), et qu'ils 
n ont pas de formes dififi^rentes d'eux-m^mes : car la forme c'est la 
quality. De \k la phrase cit6e plus haut de TEthique Nicom. lElle s'ex- 
plique parfaitement par les deux suivantes qui termineront cetle 
longue note : £ti iv Saots vitdp^et to 'Bp6tepov xai Mepov, oCx i</1i 
xotv6v T< tarapa Tavra xai rovro ^(apial6v. [Eth, Eudem, I, viii.) Et« iv 
ols rd 'ap6repov xal Mep6v iaitv, ov^ oJ6v re 76 ivi roiurav elvai rt 
'Odpk ravTa, x.t.X. [Metaph. Ill, 11, 5o, 1. 12.) 

^ P. 271, 1. 10 : 01 d^ x6v ftoLOniiuirixov fi6vov dptdfLdv elvau xbv tspoj- 
Tov Tc5v Svrwv xe^a>pt(j\Uvov x&v ai<jBi\t&v' et p. 286, 1. 26 : 0/ p^v ydp 
xSl iiadnyMTixSt p/ivov isotoxivtes tsapSi td (tiaQr^xd, Spcovres riiv tsrepi rd 
etSrj Sv<T)(ipetav xai 'okdaiv , disMinaav died rov elSijrixov dpiOpov xai 
t6v padriparixdv i-nottiaav, Cest.^ X6nocrate qu Alexandre d^Aphrodis. 
rapportait cette opinion, ainsi que Syrianus par qui nous Tapprenons ; 
Micliel d'Eph^se qui copie Syrianus et Philopon qui copie Michel 
d'l^ph^se. Brandis ( De perd. lihr. p. 46 ) et Ritter ( Gesch. der Philos. 
p. 483) les ont suivis. Cependant, et quelque grave que soit Taulorit^ 
d' Alexandre, nous croyons que Topinion qu il attribue ici k X^nocrate 
est celle de Speusippe, tandis que la vraie doctrine de Xenocrate 
est celle de Tidentit^ du nomhre id^al et du nombre math^matique ; 
mais nous ne pouvons d^velopper'ici les preuves sur lesquelles nous 
^tablissons cette opinion. Nous le ferons plus tard dans un Essai sur 
Thistoire et les doctrines de Tancienne Academic. 

* P. 271,1. ik'-T6v ydp 6X0V ovpapdv xara(Txevdiovmv iZ dpi- 
BpjQv, 'Btkiiv ou fiovaStx65v, dikXd jds fLovdSas vvoXapSdvovmv i/etv p£yt- 
6ot. Syrianus (f* 97*8) commet une erreur grave en ideotifiant ces 
dptBp.o\ ov [tova^ixoi avec les daip.^it'tou Trendelenb. loc. cit. p. 75-77. 



Digitized by 



Googk 



DE LA M^TAPHYSIQUE. 179 

ne reconnait que le nombre primitif id^al ^ Quel- 
ques-uns identifient cememe nombre avec le nombre 
math^matique^, etc. Aucune de ces hypotheses ne pent 
etre admise. 

I. « 1** Si les unites des nombres id^aux ne dif- 
ftrent pas les unes des autres et peuvent se combiner , 
ces nombres se r^duisent aux nombres math^mati- 
ques. Alorsles id^esneseront pas des nombres : carcom- 
ment un pur nombre serait-il Thomme en soi et Tani- 
mal en soi? Et si elles ne sont pas des nombres, elles 
ne sont rien du tout, puisque le nombre comme Tid^e 
est form^ de Tun et de la dyade ind^finie. — 2** Si au 
contraire les unites sont absolument differentes et ne 
peuvent se combiner entre elles, le nombre qui en est 
form^ n'est pas le nombre math^matique et n est pas 
non plus le nombre id^al : car la premiere duality ne 
pourra plus fetre form^e de Tun et de la dyade ind^- 
finie. — Et pourtant, que les unites soient difFi^rentes 
ou indiflF^rentes entre elles, les nombres ne se fer- 
ment pas moins par addition successive. Mais si toutes 
les unites sont toutes diffi^rentes et ont par consequent 
un ordre entre elles et de rant^riorit^ les unes rela- 



' P. 371, 1. 18. Nous ne savons k qui appartenait cette opinion 
singuli^re. Syrianus en donne une explication tout alexandrine et 6vi- 
demment arbitraire (ap. Brand. De peri. Uhr. p. 47). Michel d'Epb^se 
(ibid.), sans citer aucune autorit6, la rapporte k un pytbagoricien qu il 
ne nomine pas. 

* X6nocrate. Voyez ci-dessus, p. 178, note 1. 

12. 



Digitized by 



Googk 



180 PARTIE II. — ANALYSE 

tivement aux autres, comment tous les nombres 
id^aux sortent-fls du meme principe , i'un et la dyade 
ind^finie? — 3* Si les unites ne sont difTerentes que 
d'mi nombre i I'autre^, on arrive encore k des^con- 
tradictions : ainsi, si les unites du nombre cinq sont 
difKrentes de celles du nombre dix, la dizaine ne 
sera pas formee du nombre deux fois cinq. 

« Les unites ne diffi^rent done pas les unes des au- 
tres, ni en quantity , ni en quality ; tous les nombres 
sont entre eux egaux ou in^gaux. H est Strange de 
soutenir qu'une triade nest pas plus qu'une dyade; 
or, dun autre cot^, si la triade est plus grande que la 
dyade, c'est qu'elle contient un nombre ^gal k la 
dyade, et qui, par consequent, ne diffifere pas de la 
dyade meme , ce qui est contre Thypoibfese des id^es 
nombres :• car alors les id^es seraient contenues les 
unes dans les autres, et ne seraient que des parties 
d'une id^e totale. 

n. « Quelques-uns , sans adnaettre Texistence des 
id^eSy ni comme id^es, ni comme nombres, consi- 
dferent Jes nombres math^matiques comme les prin- 
cipes des cboses et Tun en soi comme le principe des 
nombres^. Mais si Ton suppose Texistence de cet un 
primordial, difKrent des unites numiriques, ne faudra- 
t-il pas reconnaitre aussi avec Platon une premifere 
dyade, une premifere triade, etc.? 

* Cette hypoth^se est ceHe de Platon. Cf. Metaph, p. 278, 1. 24. 

* Speusippe. Voyez plus haut, p. 178, note 1. 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 181 

III. « Mais rhypothfese la plus absurde , c est la troi- 
si^me, celie de TidentM du nombre idie avec le 
nombre mathematique ; caries objections qui tombent 
sur les deux autres , toinbent k la fois sur celle-ci. 

c< La doctrine py thagoricienne ^chappe k quelques- 
unes de ces dif&cult^s ; mais U y en a d autres aux- 
quelles elle est seule sujette. EUe ne s^pare pas le 
nombre des choses sensibies ; mais comment les gran* 
deurs pourraient-elles etre form^es d'atomes ? » 

Aristote ^Ifeve ensuite une foule d* objections sur la 
constitution du nombre dans tous ces systfemes. « Si 
toute unit^ est le r^sultat de T^galisation du grand et du 
petit, comment la dyade du grand et du petit sera-t- 
elle une , et si elle est une , en quoi diffl&re-t-eUe d'une 
unit^? De plus, Tunit^ lui est antirieure : car, si on 
supprime Tunit^, il ny a plus de duality. — Le nombre 
idial est-il ind^fini ou fini? S'fl est ind^fini, U n'est 
ni pair ni impair, ce qui est absurde; s'il est fini, 
jusqu ^ quel nombre ? et il ne suflBt pas d'affirmer, il 
faut donner une raison. On s arrete k la decade ^; mais 
pourquoi ne pas aller plus loin ? Les dix premiers 
nombres ne peuvent suffire pour tous les etres. Les 
id^es vont done manquer bien vite ^. 

aEnfin, est-ce Tunit^ qui est ant^rieure au nombre 

' P. 280, 1. 23 : E/ fi^xp' '"^^ SsKdSos 6 dptSftos, Scncep rtvis ^atti. 
Cest ^ la doctrine de Platon que ceci fait allusion. Phys, III, 206 b 
Bekk. : VLi'xjpi yap StKdioe ^otetr6v dptdii6p, Gf. Met. XII, 260, 1. 18, 
XIII, 281,1. i5. 

' P. 280, 1. 24. : TLpmov (Uv ta^v iwtXei'^et rd etSrf. 



Digitized by 



Googk 



182 PARTIE II. — ANALYSE 

ou le nombre i Tunite ? L'unit^ est la partie , i'^i^- 
ment, la mati^re ; le nombre est la forme du tout; or, 
la partie et lamatifere pr^cfedent dans le temps; le tout, 
la forme pr^c^dent dans Tordre logique (tp (jlkv ^t* Ao^py, 
79 Ji H^Toi^vov), Mais les Platoniciens font k la fois 
de f unit^ la matifere et la forme. Cette confusion est 
venue de ce qu'on a pris les choses par funiversel et 
par les math^matiques k la fois ; on a done compost 
les etres d unites, d*atomes math^matiques, et en meme 
temps on leur a donn^ Tunite pour forme g^n^rale. 
Tout cela ne re^oit un sens vrai que par la distinc- 
tion de iunit^ en acte et de funit^ en puissance ^ 

« On pent faire des objections analogues sur les d^- 
riv^s des nombres, la ligne, la surface et le solide. 
On les forme de Tun ou du point et d une matiere, di- 
sent quelques-uns , telle que la multitude, dune es- 
pfece du grand et du petit , etc. Mais alors quelle dif- 
ference y a-t-il entre une ligne, une surface et un 
corps ? D'ailleurs , de ce que les nombres sont des 
qualites de ces grandeurs et s'en ailirment, on ne de- 
vait pas conclure qu'elles sont constitutes paries nom- 
bres. Ici, comme poiu* les id^es, on a s^par^ Tuni- 
versel du particulier, et ici encore on pent Clever cette 
question : s'il y a un universe! tel que lanimal en soi, 

^ P. 382 ,1. i5 : Aittov Si fijs (JvyL€Mvoij(njf dftaprias 6x1 dffia in rSar 
fiadvftdr(a» iBi^perjov xal ix t&v 'k6yav rSv KaB6'kov, &<jT e| ixsivoiv flip 

us altyfirfv t6 iv xal riiv dp)(iiv ^dY?xap ^tSt Si r6 xad6'Xov ZrireTv 16 

xarnyopovyievov iv xat oitrus us fiipos iXeyov, x. t. X. 



Digitized by 



Googk 



DE LA M^TAPHYSIQUE. 185 

est-ce Tanimal en soi qui est dans ranimai particulier, 
ou un animal di£E6rent? Et quand on pense Tunite 
dans un nombre, est-ce Tunite en soi ou une unit^ 
diff(6rente ; si au contraire on ne s^pare pas Tuniver- 
sel, il ny a plus de difficult^ ^ 

u Toutes ces theories sont done fausses, et on con- 
9oit ais^ment la divei^ence d'opinions de ceux qui 
»'y sont engages. 

((Quant k la th^orie des id^es, il fallait se borner, 
conune Socrate, k reconnaitre Texistence des univer- 
saux, sans lesquds il ny a point de science; mais 
il ne fallait pas les s^parer du particuUer. Si on ies 
s^pare, et cpi'on les compose d' elements, ces ^l^ments, 
ces precipes des id^es seront particuliers ou g^n^- 
raux; particuliers, ils seront limit^s en nombre; il ny 
en aura cpi'un de chaque nom , et par consequent ii 
n'y aura pas non plus de plurality dans leurs produits. 
Bien plus, il ny aura rien autre chose cpie les ele- 
ments memes. Si au contraire ces principes sont des 
universaux, il en resultera que le non-etre sera an- 
t^rieur h l'^||e : car les principes sont ant^rieurs aux 
produits : ofrluniversel n'est pas le veritable etre ^. 

(( Telles sont les objections encourues par ceux qui 

^ P. 283, 1. 3o : drav rts Q-^ t<x hoBoXov, igdrepop rd 'i&ov of^Ord iv r^ 
(d^ ^ irepop at/Tov ic&ou' touto y^ ftil xj^^^pK/lov fi^v 6vjos ov^s\iiav 
moti^ffet aitepituf' ... ^ay y^ voif tts iv rif i^aii x6 iv xai SkoH iv dpi- 
$^t&, ^mortpov (lM vosT ti ^ irepov; 

* P. 288, 1. 16 : kXXSi firiv efyt xmStlikov ai dp^tii ^ xai ix. roimv ou- 



Digitized by 



Googk 



184 PARTIE 11. — ANALYSE 

font de rid^e une unit^ separ^e des choses sensibles , 
etqui la composent d'^lements. — Mais, dit-on, puisque 
la science est de sa nature g^n^ralit^, universsdit^, 
ne faut-il pas que les principes des etres soient 
des universaux? La pr^misse de ce raisonnement est 
vraie en un sens et fausse en un autre : car il y a la 
science en puissance et la science en acte ; la puis- 
sance, c est la matifere ind^terminie , qui se rapporte 
i Tuniversel, k Tind^termin^; Tacte, au contraire, 
c'est Tessence r^elle d'un etre r^el. Ainsi, ce que 
nous voyons , c'est teUe couleur d^tennin^e et parti- 
cuiiere, qui n*est une couleur en g^n^ral que par 
accident ^ » 

LIVRE XIV (N). 

((Eng^n^ral, les philosophes dont nous venons de 
discuter les hypotheses, posent comme premiers 
principes des contraires , Tun et le grand«et petit, ou 
la multitude, ou T^gal et Tin^gal, en famnt du pre- 
mier des deux contraires la forme, et ou second la 

•' 

aiat xaddiXov, Mm {iij oMa vtp6^tpov ovaias. T6 fUv yStp xaO^kov oijx 
oCoia, rd Sk c/Jot^eTov xai if apx^ HoBokow mp6%tpov ik rd ^ot^eTov xai 
a apxil &p dp^ii xai a1otxjBit6v iaiiv, 

^ P. 389, 1. a : ft yitp imt/li^^n, &<nsep xai %6 Mt/laaBat, if^^, 
&» r6 iiiv iwdftet tb ii ivepyeiqr H (Up aZv i^vafjus &s IfXv roS xaB6kov 
cZna. xal d6pi</7oS' tou xaOoXov xai aopidov iaiip, H i' ivipyeia &pi- 
(Tfiivv xai oi)pt(Titivov T63e t< cZaa rovSi rtvos, x.t.X. 



Digitized by 



Googk 



DE LA MlfeTAPHYSIQUE. 185 

matiere. D*autres, g^neralisant davantage, opposent 
h Tun l*autre et le difii^rent , ou Texc^s et ie d^faut 

« Mais Tun n est pas le contraire de la midtitude ; 
car la multitude est le contraire du peu. Le vrai ca- 
ractfere de Tun, c'est que c'est la mesure des choses : 
c est done la mesure de la multitude , et le nombre 
est k la fois une multitude mesur^e et une multi- 
tude mesurante^. — Quant i T^gal et k Tin^gal, au 
grand et petit , au pair et k Timpair, ce sont plutot les 
accidents que le sujet des nombres; ce sont de pures 
relations; or la relation n'a d essence ni en puissance 
ni en acte ^, et il est absurde de donner k Tessence des 
616ments qui ne sont pas des essences. — Mais il suf- 
fit de faire voir, sans entrer dans la discussion, qu'il 
est impossible que les choses ^ternelles soient form^es 
d* Elements; en efFet,.efles auraient de la matiere : or 
tout ce qui a de la matifere, cest-i-dire du possible, 
peut etre ou ne pas 6tre, et par consequent n'est 
point 6temel. — Quant &ceux qui prennent pour prin- 
cipe contraire ilunite une dyade ind^finie, sans en 
faire une relation comme Tin^gal , le grand et petit, etc., 
ils n'^chappent pas par ik a toutes les objections. 

^ P. 291, L 16: SiTfMt/tfei yitp t6 h Srt \Utpov 'oki^dovs rtvds, xai 6 
dptBu^s Srt vtky\9o9 fiefiexpni'^vov xai ^"Xifdos fiitpwv, 

* P. 293, 1. 8 : To di ^p6s ri rndpruv ifxtf/Ia (pirns ris if oMa t&v 
xarriyoptSv i(/7t,xai ^alipa rov motoxi xal «0(70v*... Td ih ^p6s ri odre 
ivvdftei ovaia oUre ivepyeiqL. 



Digitized by 



Googk 



186 PARTIE II. — ANALYSE 

« La cause principale qui produisit ces theories, c est 
quon posala question k la mani^re des anciens (td im- 
fUmi if^Kag) ; on crut que tout se r^duirait k Tunite 
absolue, si on nallait pas au-devant de Targumenta- 
tion de Parmenide; il fallait done montrer qu'il y a du 
non-etre *: on expiiquerait aiors la plurality des etres 
en les tirant de Tetre et de queique autre chose. Mais 
il y a autant de sortes d*etres qu*fl y a de cat^ories , 
et il est absurde de poser un prineipe unique pour 
Tessence, la quantity, la quality, etc. II en est de 
meme du non-etre, qui a autant de sens que i'etre; 
et de plus, on distingue Tetre en acte et Tetre en 
puissance , qui constituent tout devenir dans le pas- 
sage de la puissance k I'acte. Ce n^tait done pas as- 
sez de chercher les principes de Tetre ; il fallait cher- 
cher ceux de la quality, de la quantity , etc.; il fallait 
chercher pourquoi les relations dont on pose en 
principle la plurality, et dont on ^numfere les espfeces, 
in^gal, grand et petit, peu et beaucoup, large, pro- 
fond, etc., pourquoi ces relations sont plusieiUjS et 
»e se riduisent pas k une absolue uniti ; en un mot , il 
fallait poser la question non pour une setde cate- 
goric, mais pour toutes les autres; et la solution g^- 
n^rale c est que la plurality entre dans toutes les ca- 
tegories par le sujet, la mati^re dont elles sont 
inseparables ^ Mais, i vrai dire, on n*a nuUement 

^ p. 396, 1. i4 : Aid^ yap 16 fii) y(api(/l^ elvat t^ td vieoKeifi€Vov 
wo}^ -yiyveoBat xai elvou, 'moid re ^dXk^ elvtu nai tgoad. 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 187 

approfondi le probi^me pour la premifere et ia plus 
haute categoric; on n'a pas dit comment il peut y 
avoir plusieurs etres, c'est-i-dire plusieurs essences 
en acte. On na pari^ que de la plurality des quan- 
tit^s : car le nombre, Tunit^, etc., tout cela se rap- 
porte i la quantity. Si done I'essence est difiE^rente 
de la quantity, on n'a rien fait pour expliquer Tes- 
sence ^ 

« Comment done poiurions-nous croire que le 
nombre, identique k Tid^e, est la cause de Tetre? 
Comment accorder au nombre une pareille vertuPLes 
pythagoriciens y fiirent conduits par T observation du 
grand nombre de rapports num^riques qu on trouve 
dans les corps , et dans la musique , et dans le ciel , et 
enbeaucoup d'autres choses. Mais former de nombres, 
d'^l^ments qui n ont ni l^gferet^ ni pesanteur, des choses 
pesantes et litres , ce n est pas parier de ce monde , 
maisde qu'elque ciel inconnu^. — Quelques-uns con- 
cluent de ce que la ligne a n^cessairement pom* limite 
le point, et la smface la ligne , etc., que la ligne et le 
point ont une existence s^par^e. Cela est absurde ; il 
y a aussi une limite k tout mouvement, et il ne s'ensuit 
pas que cette limite soit un etre k part. 

« Pour ceux qui ne reconnaissent que les quantites 
math^matiques , quelque critique peu facile pourrait 
leur objecter encore que ces pr^tendus 61^ments ne 

* P. 296, 1. 17 et sqq. 
» P. 298,1.4. 



Digitized by 



Googk 



188 PARTIE II. — ANALYSE 

se servent de rien les uns aux autres : car supprimez 
le nombre, les grandeurs n*en subsistent pas moins ; 
supprimez les grandeurs , T^me et le corps subsistent. 
Cependant la nature ne nous apparait pas ainsi di- 
cousue comme une mauvaise tragedies 

« La throne des id^es echappe k cette objection : car 
eile forme les grandeurs du nombre et de la matifere ; 
elle n'est pas obligee d'attribuer, par une pure hypo- 
th^se , le mouvement au nombre math^matique. 
Mais que devient-il ce nombre matb^matique qu elle 
appelle moyen entre le nombre ideal et le nombre sen- 
sible? Compose des memes Aliments que le nombre 
id^al, de Tun et de la dyade, du grand et petit, com- 
ment s*en distinguera-t4i?, etc. 

« Tout cela est deraisonnable ; ce ne sont que lon- 
gues paroles , selon le mot de Simonide , longs dis- 
coiu'S comme ceux des esclaves qui n'ont rien de bon 
k dire. Et ces 61^ments , le grand et le petit , fl semJ)le 
les entendre crier comme des blesses, parcequ'ils ne 
peuvent engendrer de nombres au deli de la dyade ^. 

« Les Py thagoriciens voulaient expliquer le monde 

' P. 298, 1. 24 : £71 Si iTnlnri^aeisv iv rts fAi) "kiav eiyfepi^s Oi;ic 

ioix6 ^ ii ^ms ivetffoitd^s o6aa ix roSv ^auvofiivonf Aaicep iioxfiiipSL 

* P. 299, 1. 3o : Tlyverau yStp 6 ftaxpds Xdyos Aaitep 6 xQv ^otJ- 

"ktiiv, 6rav (iifOkv vyUs Xiywm * ^aiverou Si nai otCtdL rot efloiy^eia to fAS^a 
xflti TO fiixp^v ^o^v a>f iXxSfUva. OtJ Siivareu ySip wSafiSs yeppilmu top 
dpidftdv d><y fl rdv d^ kvos diirXaenaJeJfieyov. Sur ce dernier point, cf. 
p. 288, i. 9. 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 189 

et paiier de physique; il ne fallait done pas se tenir 
dans les nombres et le fini et Tinfini. 

« L'hypothise d'une gin^ration des nombres est con- 
tradictoire : on ne pent parler de giniration et de 
devenir pour T^ternel. Ainsi , on veut faire venir le 
pair de T^galisation du grand et du petit; mais si le 
grand et le petit ont toujours ^t^ ^gaux dans le pair, 
ils ny ont jamais ^ti inigaux, et le pair rfest pas en- 
gendr^, n'est pas devenu. 

(( Considerons maintenant la relation du bien et du 
beau aux ^l^ments et aux principes des nombres. Le 
bien en soi est-il identique avec ces ^l^ments, ou 
nest-ce quunr^sultat ult6rieur?Car,suivantqueiques 
th^ologiens de notre temps , le bien ne se manifeste 
que dans le d^veloppement des etres^. Ils vetdent 
^viterles objections encourues par ceux qui font de 
Fun le bien et le principe ^. Mais Terreur n'est pas de 
consid^rer le bien comme apparlenant essentiellement 
au principe , c'est de prendre Tun pour un principe k 
titre d^i^ment et Jen faire T^iiment des nombres. 
D'ou il r^sulterait que toutes les unites seraient 

* P. 3oo, 1. 27 : kvopiav fikv (^X^') taC^Vv 'o6tep6v ioli rt ixeivuv 
oJov jBovXdfAeda "Xiyetv avr6 rd dyaObv Koi rd dpt(/Joy, fl ot, dXk* t5tf7epo- 
yevTJ' "oapA fji^v yoLp t&v Q-soXoycav iotxtv o^w'koyeic^at tSv vvv rtatv, 
oi oii ^atp,' oXXfl^ mpoe'kQo^ains Tf}$ xShf Svtwv ^aeas xai Td dyaB6v xai 
t6 xoiXdv ifi^aivecrBeu, 

' P. 3oi, 1. 2 : Tots "kiyovmv ^aitep ivtoi , to iv dp^i^v, L'enchaine- 
in«nt des id^es semble demander dyaSbv au lieu de ap;^iiv. Cf. Philop. 
ad loc. laud. 



Digitized by 



Googk 



190 PARTIE II. — ANALYSE 

quelque chose de bon, et que si les id^es sont des nom- 
bres , et que ie nombre ait Vun pour principe , toute 
id^e aussi serait quelque chose de bon. Aiors le mal 
se trouve identifi^ avec le conti'aire de Tun, avee 
rin^gai , ou le grand et petit , et tous les Stres par- 
ticipent au mal en tant qu ils sont en dehors, de 
Tun. Ainsi le mal devient le lieu du bien, et par- 
ticipe et aspire k ce qui le d^truit. Pour nous qui 
avons fait voir Tidentit^ de la mati^re et du possible , 
nous dirons que le mal est le bien lui-meme en 
puissance ^ 

«I1 est done Evident qu'on s'est tromp^ sur le rap- 
port du bien avec les premiers principes. On alligue 
que dans la nature le produit est touj ours plus d^ter- 
min^ que ce qui le produit; mais en cela on se trompe 
encore : c'est Tanimal qui pr^cfede et non pas la se- 
mence. — Ilestabsurde de parler ^galement d'espace 
et pour les solides et pour les choses purement ma- 
th^matiques^. — Enfiii si les nombres sont les ^l^ments 
des choses , il failait expliquer de quelle maniire les 
choses enr^stdtent. Est-ce par melange? Mais alors 
Tun n existera plus k part. Est-ce par composition , 
comme une syllabe ? Mais la pens^e devrait aperce- 

* P. 3o2 , 1. 17 : Kfltl ei, &(mep ikiyo^tev, Srt ly Aij it/Ii rd Swd^iet 
ixar/lov, oJov iifvp6s tov ivcpyei(f. td Svvd^t 'mvp, r6 xaxov ialai autd 
TO Swd^ei ayaB6v. 

• P. 3o3 , 1. 2 : Arovov 3k xai to r6vov dfjxa Tori? (/lepeoU xal xdis fta- 
BifftarixoTs 'Wotrjocu' 6 fiiv yStp r6icos tOv xaB* ixao^ov tStos, Si6 ^capta'JSt 
Tov^y tSi Si fiotO-nitartxSt ov -wot?. 



Digitized by 



yGoogk 



DE LA M^TAPHYSIQUE. 191 

voir s^par^ment i un etla multitude. Est-ce par le pas- 
sage d*un coDtraire a Tautre ? Mais ce passage ne peut 
avoir lieu que dans un suj et qui ne passe pas. D'aiUeurs, 
si tout ce qui est form6 de contraires est p^rissabie, 
pourquoi ie nombre ne le serait-il pas ? C*est ce qu on 
n'a pas dit. Les nombres seraient-ils des principes k 
titre de limites ou k cause des rapports num^riques 
qui constituent dans cbaque etre la proportion des 
616ments? Mais outre quon ne peut pas expliquer 
ainsiles differences des qualit^s primitives, les nom- 
bres ne peuvent etre la cause formelle, c'est-i-dire 
Tessence. Car ce ne sont pas les nombres qui forment 
les proportions mais les rapports des nombres. Le 
nombre n est done que la matifere , et la forme est le 
rapport, — Ainsi les nombres ne sont pas des causes, 
ni comme mati^re, ni comme forme, ni comme 
principe moteur, ni comme fin. 

« Ajoutons que comme les nombres sont commuDs 
itout, il arrivera souvent que plusieurs choses diflGS- 
rentes tombent sous le meme nombre; o^ sera done, 
dans ces theories des nombi^s , le principe de la dis- 
tinction^? — Mais ce nest pas le nombre sept, par 
exemple, qui est la cause des sept voyelles, des sept 
notes, des sept cordes, des sept Chefs, etc. II en est 
de meme pour les autres vertus des nombres. On a 
d^couvert que dans la classe du bien et du beau se 
placentTimpair, le droit, fegal; mais ce ne sontv^ri- 

^ P. 3o5 , 1. 4 et sqq. 



Digitized by 



Googk 



192 PARTIE IL — ANALYSE 

tablement que coincidences, qu'accidents, qui sera- 
m^nent, ii est vrai, sous une unite d'analogie : car dans 
chaque categoric de i'etre se retrouve Tanaiogue ^. 

(( On pourrait pousser Fai^mentation plus loin que 
nous ne f avons fait ; mais en voil^ assez pour faire 
voir que les grandeurs math^matiques ne soht pas 
s^par^es des choses sensibies, et qu'elies ne sont pas 
les principes. » 

LIVRE XII (A). . 

« Uobjet de notre sp^ctdation est TEssence, puisque 
nous cherchons les principes et les causes des es- 
sences. Gar toutes les autres categories ne sont des 
etres que reiativement, et ne peuvent avoir d'eids- 
tence hors d'un sujet. — • II s agit de savoir si Tessence 
est le particulier, comme Tentrevoyaient les anciens 
philosophes, ou si elle est, comme on le ditaujour- 
d'hui , runiversei ^ . 

« H y a trois sortes d'etres : i'etre sensible et corrup- 
tible, letre sensible 6temel, Tetre ^temel immobfle. 
Les etres sensibies sont fobjet de la Physique; Tetre 

^ P. 3o6, 1. 26 : Aid Kai iotxe avfi7f1(i>fM(np' Mi yap aviiSeSufxdra 
liiv, ikV olxeia aXXifXoi; 'ssdpra, iv Sk rd dv^koyov, £y ixdt/li^ yStp rov 
Svros xatntyopitf. i&ll to dvdiXoyov. 

* P. 34o , 1. 3 : 01 fiiv oJ» vvv tA xad6kov oMas (xoXXov xiBiaat' tSl 
ydp yivri xaS6'Xov, d 0amv dp^ds xal oCaias elvtu fMtXXotr iid tb "koytxQs 
S^iyreTv. Oi di WXou tc^ xaff ixaalov, olov tsvp xcti yrjv, akW oC r6 xoivov 
a&fta. 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE, 195 

immobile est l*objet d une science difiG^rente , s'il n y 
a pas entre ces etres de principe commun. 

« L'etre sensible est sujet au changement ; le chan- 
gement a lieu par le passage d*un contraire k Tautre. 
Or il y a quelque chose qui dure et persiste sous les 
contraires , et cette troisieme chose , c est la mati^re ^ 
La mati^re a done en puissance les contraires ; chan- 
ger, devenir, c'est passer de Tetre en puissance i Tetre 
en acte, et, en ce sens, du non-etre i Tetre^. C'est ik 
ce que veulent dire Tunit^ d'Anaxagore , le melange 
d'Emp^docle et d'Anaximandre. Ainsi trois causes, 
trois principes, savoir : deux contraires, dont Tun est 
la forme et I'autre la privation, puis la tierce chose , 
la matiire. 

«Mais, de plus, pour que le changement se fasse, 
il faut une cause de mouvement, et cette cause est 
ant^rieure aux choses ; la forme , au contraire , en est ' 
contemporaine. Pour quelques ^tres cependant, il 
n est pas impossible que quelque chose survive au tout, 
par exemple lame, non pas peut-etre Ykme tout en- 
tiire, mais Tintelligence'. Quant aux id^es, il n'en est 
pas besoin ici; c'est i'individu qui engendre i'individu. 

^ P. 34o, ]. 31 : Eti j6 lUv ^Tfofiivet, t6 ^ ivatnlov ot/;^ Hicofiiver 
Mtp dpa Ti TptTov ^apSi ra ivcofrla, ij <fXrf. 

* P. 24o, 1. 3o : fiwei Si Sttldv 76 6v, f*eT«Sa£XXeii» dvdyxif ^S» ix 
twiivvdfiet Sptos eh jd ivepyel^ ov,; &g1s ov fi6vov xatd <TVftJSe6yix6e 
Mi^eteu yiyvzoQtu ex iiif Svros, aXXci xal e| Svjos yiypsrat ^dpra, A*- 
vdfui fUvTot 6vios, ix fti^ 6v1os ik ivepyei^. 

' P. 242, 1. 19 : £/ ^i xal ^</1ep6v ti vvoiiivei, axeitliov' ii^ ivkap 

i3 



Digitized by 



Googk 



194 PARTIE II. — ANALYSE 

a Sans doute on pent consid^rer le& prmcipeft^ sous 
un point de vue commu£i et general ; msis ce ne sont 
pas pour ceia des imiversaux, et toutes choses n'ont 
pas pour cek les memes principes, Les principes sont 
perticuliess, les principes internes et integrants comme 
les primsipes; extemes, {iti cwTrAfx^Pvii ta citiig) ; car 
ilne fautpasuon plu&confondre les di£Gerentes espices 
de principes , ea les reduisant toutes k calies de T^l^- 
ment. Ghaipie esp^e a done un prinoipe special dans 
chaque classe de principe , chaque individu a ses prin- 
cipes. individuds. 

« Parlous mMntenantde Tetre immobilB. — II eid&te 
n^essairement un etre immobile. En effet , le mou- 
vement est 6ternel comme le temps , puisque le temps 
est identique avecle mouvement, ou n'en est du moins 
qu'un mode^. Or pour le mouvement, il ne sufBt 
pas d'tm mobile, ii faut un principe moteur. Ce ne 
serait pas assez dune essence ^ternelle, telle qu*on 
rjepc^sente Tidie, il faut un principe moteur qui soit 
tout en acte ; car ce qui est en puissance peut ne pas 
^e, etle mouvement ne serait pas ^temd. L*essence 
de ce principe sera done Tacte meme , et par conse- 
quent il sera sans matifere^. 

'y^ o^Sev xa)X^ei^ oJov el ii "i^v/it totovtovy jxi) ^Siaa, iXX* 6 vovs* 'oSaav 
y^ Mvaaov i<ms, 

^ P. 246, 1. 4 : Kai i} xiwims dpa oUxca auve)(j^9 Stnsep xait 6 ^6vos' 
ij yd^ t6 caSr^ {j xtvi^aet&s rt zidBos* 

* P. a 46 f 1. lo sqq. : CHBkv ipa 6^\os, ovS' iStp oMas taroirfoo^fAev 
eUikwSy Savep oirA ethf. ... eiySip ^ij ivepyi^ffei, ovx i&lcu x/vvovr... 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQBE. 195 

a Si ans contraire le possible ^tait anft^rieur k Tacte, 
tout poijorait etre et rien tte serart. Attssi Lencippe et 
PlatoB font Facte, le mouvement, ^temels. Mais par 
quoi se fail! oe mouvement et quelle en est ia cause , 
c'est ce qu'ils ne disent point. Platon ne pent en rap- 
porter le principe k cette acne' du monde dont U parle 
queli^efeis\ puisque, selon lui-, le mouvement et 
ia matifere seraient plutot ant^rieurS' k cette Stale. 
AjiaoDagDre, 9^ec son intelligence, donne aussi la prio- 
rite k Facte ,. comhne Emp^docle avec son amour et 
sa diseorde. 

(( Ce' n'est done pas la nuit, le chaos, la con&sion 
primiftrve , le non-6tre, qui est lie premier principe. H 
faut que Facte soit ^terneL Or il y a quelque chose 
quip se meut d*im mouvement Sterne! et continu, 
c'ert-i-dire circidaire : c'est le premier ciel , qui est 
par consequent ^temel. 11 y a done aussi un ^temel 
moteur, essence et actuality pure : il meut ie monde 
san» s« mouvoir comme meut Fobjet du d^sir et de 
la pens^e , ce qui> est la meme chose dans le primitif 
etle sttpri^me. Car Fobjet du d^ar et de la volonti, 
c'estce que Fon croitbon et beau; la pensp^e est done 
le principe de ce mouvement : c'est Fintelligible qui 
meut Finteliigence; tout Fordre du desirable est Fin- 

iei Apa tlpot apx^ roueirifv fs if oialtt ivipy*^* ^'^^ toivw rot^ras Se7 
r^s oCtrias elvcu dvev ifXrrs, 

^ P. 347* 1- 5 : AXXe^ fiifv oCH Ukdrwfi yt oI6v te Xiyetv Hv oierai ivi' 
ore dpx'^v elpcii, t6 ailrd lavrd kipovv. 

i3. 



Digitized by 



Googk 



196 PARTIE II. — ANALYSE 

telligible en soi, oix se place au premier rang Tes- 
sence, et avant toute autre encore , Tessence simple 
et actuelle^. — Le mobile pourrait etre autrement 
qu'il nest , sinon selon Tessence , au moins selon le 
lieu. Mais le moteur immobile ,' cause du premier de 
tous les mouvements et de tons les cbangements , ne 
pent, puisqu'il est tout en acte, 6tre autre qu'il nest; 
il est n^cessaire. 

« Tel est le principe d'oii depend le monde et la na- 
ture ^. C est un Stre qui a la ftlicit^ parfaite ; car le 
plaisir supreme est dans Tacte , par exemple dans la 
veille, la sensation, la pens^e ; cest du plaisir de ces 
actes que derive celui de I'esp^rance et du souvenir. 
Or la pens^e absolue, c est la pens^e du bien absolu ; 
Ik rintelligence , en saisissant f intell%ible , se saisit 
elle-meme; car au contact de Tintelligible , elle- 
meme sintellectualise, en sorte que Tintelligence et 
f intelligible sont identiques. L*iiltelligence vit; car 
Tacte de Tintelligence est de la vie; or f intelligence 
meme est Tacte , et lacte absolu de Tintelligence est 
la vie parfaite et ^ternelle. Dieu est done un etre 
vivant, ^temel et parfait; car cela meme, c est Dieu*. 

^ P. 248, 1. 4 : KivetS^ &3e' t6 opsxrdv xal rd poiit6v xtve7 o^ xtvo^- 
Hepor ro&t6i» rSi nrpaJra ri aCtd. ivtdvfinT^v y^ %6 ^euv6\ievov xxCkov^ 
fiovXtitdv ii 'Op&Tov rd 6v xak6v, 

* P. a 48, 1. 39 : £x toutinis dpa dp/iif ^prnToi 6 ovpavos xal 1^ 

• P. 249 , 1. 6 : ft ^^ v6rims ^ xaff aCn^y tov xaB* avrth dphlov, xal i| 
ftdh^a TOV fx«(Xio7a. Avrbv 3i voeX 6 pms xard fiertO^rr^w toO vonirou- 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 197 

«Cet etre na pas de grandeur, il est simple et in- 
divisible. En eflFet, puisqu'il meut dans un temps in- 
fini, et qu'une puissance infinie ne peut appartenir ji 
un etre fini, il ne pourrait avoir une grandeur finie ; 
et dun autre cot^, une grandeur infinie est impos- 
sible ^ 

« Mais cet etre est-il unique, ou.bien y en a-t-il plu- 
sieurs semblables? Le mouvement 6ternel et unique 
(du ciel) suppose un 6temel moteur. Mais outre le 
mouvement simple du tout, nous voyons les mouve- 
ments ^galement 6ternels des plan^tes ; cbacun de ces 
mouvements n aurait-il pas pour cause un etre immor 
bile, etemel et sans grandeur ? Ce serait done k I'as- 
tronomie qu'il faudrait demander le nombre de ces 

etres^ — Mais il ny a quun ciel; s'il y en avait 

plusieurs, il y aurait plusieurs premiers moteurs, et 
on n obtiendrait qu une unit^ g^n^rique : or les choses 
qui sont plusieurs ont n^cessairement de ia matifere', 
tandis que Tessence pure n en a point , puisqu elle est 
tout€ en acte. 

<( Ces v6rites nous ont ^t^ transmises par les an- 
ciens, mais sous Tenveloppe du my the et de Tan- 

vovirdg 7otp yfyvereu dtyydvow xatvoQp,il(/Je'taCT6vvovsxatpoiiir6v'.„ 
xal Zoail Si ye Cicdp^er ij ydf vov ivipyeia ?a>y|'... ^<j7e fwi^ xal ouci>v avv- 
e)^s xaj Mios Citdp^si t^ 3-e^* rovro yAp 6 ^z6s, 

* P. 25o. 1. 1, cf. PKy$, VIII, sub fin.,p. 267 b. Bekk. 

' P. 25o-3. Sur le sens g6n6rai de ce passage, voyez plushaut, 
page io3. 

• P. 253, 1. 29 : AXX' d'<T« dpiBfifi 'BtoX'XStf (fXifv iyet. 



Digitized by 



Googk 



198 PARTIE II. — ANALYSE 

thropoDOorphisjgae. B faut rejeter ies fables, ^t garder 
seulement oette parole : opie Ies Dieun sont teb pre- 
mises easemoes et qu4^ h divin embrasae toute la na- 
ture; il lauit lagapder comw^ iw dShrls sauv^ Ae h 
rmne de quelqne antique pl^osopbije ^. 

a II nous reste k r^soudre plusieurs questions sur 
Tint^igence. Si TinteUi^Oice iie pensait pas, die se- 
r9^ QQOi^ie daiaus le^omiasueil; o^ais $1 ^e pense, et 
cpie aa peas6e ait un autre principe €pi0 aoi-m6nue , en 
sorte que son essence ne soit pas la pens^e meme, 
mais la faculty , la puissanpe <le penser , dUe ne sera 
pa^ J'es^ence prj^miSe : car c est la peas^de qui fait aa 
dignity 2. En outre, soit qim son essence floit Tintel- 
ligenjce ou la pens^e, quel est Tobjet de sa peoB^? 
EUe ne doit contempler que ^e quiil y a de plus di- 
vin; elle ne doitpoii^t cbsyiiger, mf elle ne pourrait 
changer que du jtnieux au pis, et elle n'admet pas le 
mouvement'. EUe ne pent done penser que h pen- 
Sj6e, cest-^-dire soi-meme; elle est toute pensi&e, et 
sa pens^e est ia pens^e de la pens^e^. — En gi^ni^rai 

^ p. 2^4, If 5-21 : ..< oJfkv X8/^4y« pp^$9eiJmaG(u f^^Xf ^^ '^* 

* P. 254, 1. a6 : E/tc voet, To6rov ^ diXXo xtjpiov [ov ydp if/Jt rovjo 

^i4 y^ Totf po^v jh rffUQv ^tkjjS ^d^x^' Qooique la parei|tlu^ ii*ait 
pas ici la forme conditiomielle mou iadijsatiyQ* ellfi n'eflt «aeore qqe 
ie d^veioppemjKiit de Thypoth^fte. 3ur ^^ptgv, cf, I]^, i3i, 1. €. 

' P. 255, 1. 5. — Cf. Plat, JR<rp II, Uo : kvth^Hri , S(hl ^ ^^^ ^^ 
X^ipov, eiitep dXXotovrat. 

^ P. 255, 1. 6 9qq. £0^11; i| v^tfatf voT^ffsofs v6ii<f(S. 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQDB. 199 

la pens^e ^stdistincte de son objet; mais elie lui est 
ideniique toules les fois que folDJet est une essence 
pure , une forme sans mati^re , dans Tart cbmme 
dans ia science. Tout ce qui n a pas de mati^re est 
done ulentique, et ii n'y a qu'une pen»6e du pur in- 
teU^lible^ Enfin Tintelligible est-ii compost (iet alo^s 
la pens^ changerait dam les parties du tout), ou biei^ 
tout ce qui est sans mati^re serait-il indivisible, ou 
enfin, en est-il de la pens^ de la pens^e pendant 
r^termt^ comme de la pens^e dans Thumabite (oAi 
elie a en gi^niral des composes pour objets) pen- 
dant des instants fiigitife? Pour Tune et Tautre, au 
lieu que le bien [tn •») se trouve en telle ou telle 
partie, ne s«uit-ce pas le bien supreme (td Aftrj^v) 
qui semt dans le tout et en metne temps ext^rieur 
autout^? 

^ !P. 255 , 1. 3 2 : Ov;^ kripov otv 6vtos rov voovfiivov xai toU voVj Sao. » 
fi^ ikniv i-^tt x6 aSr^ Sal at, xed if v6ii<ns to0 voovfiivov fiia, 

* P. 265, 1. si : Itti Hi Xe/ireYou flhrof»ia> ei irMtwv 76 voo^fov [\Lt 
To(6sXXoi ykp Slv iv tots ftipeat rov 6^ov ) fl dStaiperov mv rd fiii S^ov 
ifXriv ii Saxep 6 avBpdsmvos vovs, 6 ye roSv avvSireov, iyti iv rwl XP^^V 
[oC yAp ^e< rb e^ iv ^Sl fj iv r^i, dXX* iv ^SX^ nvl t^ dpiolov, 6v 
dIXXo Tf )^ olirofs i/ei a'Mi oM\s 1^ v6ii\ms rdv AicaviaL ai&va, Le texte de 
Brandis et de Bekker porte : *.« 4| Utaipetaft *, t. ft. i. ilXitv, ekntep 6 
a. voSf ii S y, t, a. L i. t. Xf^^' ^ 7' ^* '^* ^- ^* ^* 4 ^* ^ • ^ d. i, S. 
T. T. d^y S, dfXXo tr 6(t\(as i* L tt. a., ifc. t.X» Lh phrasis ainsi 6orite et d&si 
ponctis6e tie parait pas intelligible. Les corrections l^g^res qoe noas y 
faisoas, en reporUnt une lettre (le second ^] de quatre mots en aTant, 
en saj^rimant i* apr^ oHxei^^ et en modifiant la ponctuation, don- 
nent \ la pens6e un sens qui se lie parfaitement \ ce qui suit, et un 
tour analogue }i cdui d^une phrase du tti* chapitre (p. 249, 1. 1-2), 



Digitized by VjOOQIC 



200 PARTIE II. — ANALYSE 

<( L'univers n a pas son souverain bien et sa fin en 
lui ni hors de Ini simplement, mais de i'une et de 
i'autre mani^re k ia fois. Car tons les etres ne sont 
pas seuiement ordonnes reiativement k une unit^ 
supreme , mais aussi reiativement les uns aux autres ; 
et leur rapport au tout est d*autant plus determine 
qu'ils sont places plus haut dans T^chelle de la nature. 

«Les autres systfemes mfenent k toutes sortes de 
consequences absurdes et impossibles. Tons les phi- 
losophes font toutes choses de contraires. Toutes 
cJioses, cela est mal dit; de contraires , cela est maidit 
encore^ : car les contraires n'ont pas d*action Tun sur 
Tautre^. Nous avons donn6 la solution, en posant, 
comme troisifeme terme , le sujet des contraires. On 
faisait du mal Tun des deux Elements ; il en resulte en- 
core qak Texception de Tunit^ , toute chose partici- 
perait au mal. D autres excluent des principes le bien 
et le mal ; et cependant toutes choses ont leur principe 
dans leur bien. Ceux qui ont reconnu le bien pour 
un principe n'ont pas expliqu6 s*il en est un k titre de 

oil I'^tat de la divinity pendant l'6ternit^ est pareiliement compart 
celui de rhumanit^ pendant de courts instants. Dans la phrase sui 
vante de cemSme vii* chapitre (p. 2 49 » 1. 6), on retrouve aussi ce 
passage rapide de Fidee de Fintelligible en tant que pur intelligible 9 
celle de Tintelligible en tant que bien. Voyez ci-dessus, p. 196. 

^ P. 256, 1 i. 20 : Udvtes yap e| ivavriaw "stoioveri igdvra' oiire Si 
'aavra oiite to ej ivavtioiv opO&s. f 

* P. 256, 1. 23 : knetBa ySip rSt ivavtia W aK'k^'kddv . 



Digitized by 



Googk 



DE LA METAPHYSIQUE. 201 

fin, de cause motrice, ou de forme. — Du reste, 
nui ne peut rendre raison de la difference du peris- 
sable et de rimp^rissable, puisque Ton fait tout des 
memes principes. Nul ne peut rendre raison du de- 
venir; car tous ceux qui veulent J'expliquer par Top- 
position de deux principes sont obliges de recourir k 
untroisifeme principe sup^rieur, qui determine le 
changement. Et cependant si Ton ne reconnait pas 
d'autres etres que I'etre physique perceptible par les 
sens, on remontera k Tinfini sans jamais atteindre k un 
premier principe. Ce n est pas dans les id6es qu on 
trouvera ie principe du mouvement, ni dans les 
nombres , ce n est pas non plus dans les contraires ; 
car les contraires, cest le possible, ,et comment le 
possible passera-t-il k Tacte? comment rendra-t-on 
raison de Tunite du nombre , de Tunion de la forme 
et de la matifere, de celle de lame et du corps? II faut 
done remonter avec nous au premier moteiu*. Que si 
Ton pose comme primitif le nombre math^matique, 
on n obtient encore que des principes ind^pendants 
les ims des autres. Or la cit^ du monde ne veut pas 
d'anarcbie; il n'est pas bon, comme dit Homfere, qu il 
y ait plus d'un chef : 

OvK oiyaiov ^o?\vKotpcivivi' iic Kotpctvof, » 



Digitized by 



Googk 



Digitized by VjOOQIC 



TROISIEME PARTIE. 

DE LA METAPHYSIQUE D'ARISTOTE. 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Googk 



TROISIfiME PARTIE. 

DE LA M^TAPHYSIQUE D'ARISTOTE. 



LIVRE PREMIER. 

DU RANG DE LA METAPHTSIQUE DANS L ENSEMBLE DE LA 
PHILOSOPHIB d'aRISTOTE. 



CHAPITRE I. 

De la division ddm^uvrages d'Aristote par rapport k la forme. 
Livres exot6riques et acroamatiques. 

Dans Tanalyse quon vient de lire, nous nous 
sommes asservis , de crainte de d^naturer la pens^e 
d'Aristote, k la suivre dans sa marche avee une fid^- 
lit^ scrupuleuse. Mais cette pens^e, au contraire, ne 
nous a-t-elle pas sans cesse 6chapp^? Soit d^sordre 
dune composition inachev^e, soit obscurity ordi- 
naire du profond et subtil auteur de la M^taphy- 
sique, le fd se rompt k chaque pas; k chaque instant 
renchainement des id^es et Tunit^ de la doctrine se 



Digitized by 



Googk 



206 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
d^robent aux regards. Ce nest point, comme dans 
les dialogues de Platon, une allure n^g^ig^e en ap- 
parence, mais que rfeglent toujours, k travers les de- 
tours de la conversation, une unite secrfete et une 
progression soutenue; ce sont des interruptions su- 
bites , des Episodes dialectiques ou historiques qui se 
melent et s'entrelacent les uns les autres, des ar- 
gumentations epineuses oJi Ton reste engag^; les 
id6es se pressent et se succ^dent avec une rapidity 
qui ne laisse plus le temps de les saisir, ou elles 
restent suspenduyes tout i coup pour ne s achever 
que plus tard, i un long intervalle et quand on les 
a perdues de vue. Souvent meme elles ne s'achfevent 
et ne se compl^tent que par d*autres ouvrages oil il 
en faudrait recueillir les parties dispers^es. Les prin- 
cipes les plus Clevis, les formules les plus difficiles, 
Aristote les suppose coiinus, les a|»]^que avant de 
les teoncer; il se sert par avance des conclusions 
qu'il tirera plus tard et que Ton n'attend qui la fin, 
se di^mele avec leur aide des" analyse? p^ni^^ies oix 
on le croi^ arrfitft , revient brusqaement wff ses pas, 
ou fraiiehit, sans^ qu'on pirisse Ife suivire, fo'ufet' les 
intatn^diaires. 

Jt en* r^isulte que ttiut ce qu'il^ sfeifee top sa^ rou«e 
de nouveau', d'ing^nieux ou* de puissant, ne semble, 
difetacM des^ principes qui en font la force et la vie, 
que vaiiie et crcuse subtilit^, et toute la iichesse de 
sa science et de son ginie qu*iilulile feconditi de 



Digitized by 



Googk 



LWRE I, CHAPITRE I. 207 

classifications logiquies et de distinctions granpiati- 
eales. L'unit^ speculative disparait dans une confiise 
vanity. H s'en fant bien pourtant que Tunit^ y 
laanque; tout y vient d'une meme source et va vers 
Hn meme but; tout y respire un meme esprit, et y 
depend, on pent le dire sans exag^ration, d'un seul 
et meme principe. Le detail n'y est rien que par i'en- 
semble , et la partie rien que pour le tout. Mais cet 
ensemble il faut maintenant , autant qu il nous sera 
possible, le reconstruire par un nouveau travail, li faut 
retrouver cette umt^jritablirrun etTautre au point de 
vue le plus eiev6 de Taristot^lisme , et dans toute ia 
iumi^re. du systime. Dans ime analyse , d'ailleurs , si 
Ton ^claiocit en supprimant ce qui ne semble qu'ac- 
eessoire pour ne laisser en relief que les principes', 
on retranche aussi n^cessdirement ce qui expUque 
les principes, les details et les repetitions meme oil 
ils se developpent et se determinent ; le iivre se 
comprend mieux, et la doctrine moins bien i cer- 
tains egards. B nous faut done reprendre dans^un 
autre but et d'une autre maniire, ce que nous avons 
fait. Aprfes avoir expose , pour ainsi dire , en abrege 
la lettre de la: Metapbysique , il nous faut oheroher 
a en saisir Tesprit, et en epuiser le sens plus^ profon- 
dement. Ce n'est qu*apr6s Tavoir eonsideree sous sa 
forme essentielie que nou» pourrons* coitreprendre 
d-em suivre Tinfluence dans^ Thistoire , et enfin^ dten 
apprecier la valeur. 



Digitized by 



Googk 



208 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 

Mais de plus, cette doctrine que nous en voulons 
eKtraire n est pas n^e au hasard de la fantaisie de son 
auteur. La philosophie d'Aristote est sortie d*une con- 
naissance et June critique profonde des philosophies 
qui Tavaient pr^c^d^e; et la M^taphysique surtout en 
contient Thistoire et Tappr^ciation : c est par ce c6t6 
que nous la prendrons d'abord. Non-seulement c est 
une des gloires d'Aristote d avoir fond6 Thistoire de 
la philosophie , et ^ ce titre seul la partie historique 
de sa M^taphysique exigerait de notre part un exa- 
men special, mais sans cet examen on ne peut Ja 
comprendre. La Mitaphysique, pour etre jugie, veut 
etre prise dans Je temps, consid^r^e dans le progr^s 
qu'elle marque surle pass^, dans ce qu'elle en re^oit 
et qu'elle diveloppe, dans ce qu'elle corrige avec 
raison, comme dans ce qu'elle a tort de rejeter, et 
que Tavenir saura relever un jour et lui opposer de 
nouveau. En ^tablissant ainsi prealablement les ante- 
cedents de Taristoteiisme d'apr^s Aristote lui-meme , 
nous en rattacherons par avance Thistoire k son pre- 
mier anneau , nous en pr^parerons Tintelligence et le 
jugement. 

Mais avant rfarriver k la M^taphysique en elle- 
mSme, ne faut-il pa^ encore savoir ce que cest 
que cet ouvrage dans Tensemble des ouvrages d' Aris- 
tote, ce qu'il a de commun avec tous les autres, 
et quel est le caract^re special qui le distingue ? Les 
plus hautes questions y sont trait^es, dans Thistoire 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE I. 209 

de la philosophic , comm'e dans la philosophic elle- 
mSme; fl importe de savoir, pour cet ouvrage encore 
plus que pour aucun autre , puisqu il est seul de sa 
classe, et, kce qu'il semble , de la classe la plus im- 
portante , quels rapports il soutient avec le reste de 
Tceuvre d'Aristote, pour le sujet comme pour la ma- 
ni^re dont le sujet est traits , pour la mati^re comme 
pour la forme. De ces rapports depend en partie le 
plus ou le moins de rigucur et de precision que lau- 
teur y a du mettre, scion la m^thode dont il a voulu se 
scrvir et le but qu'il se proposait , et par consequent 
la yaleur des t^moignages historiques et des doctrines 
qu'il y a depQs^s. Nous commenccrons done par ^tu- 
dier les divisions difip^rcntes sous lesquelles se classcnt 
les Merits d'Aristotc. La premiere classification k la- 
quelle nous nous attacherons sera meme la plus ex- 
t^rieure , et par suite la plus incertaine . et la plus 
contest^e. Nous tdcherons de la ramener peu k peu 
k ses prinfcipes, qui touchent k quelque chose de 
plus essentiel et de plus certain, et oil nous cher- 
cherons la justification des details , purement histo- 
riques en apparence , par lesquels nous sommes con- 
traints de d^buter. C'est alors seulement que nous 
pourrons passer a une classification sup^rieure, fon- 
dle sur la consideration de la nature et des rapports 
des sciences philosophiques. 

Les anciens partagent les ouvrages d*Aristote en 
» ill 



Digitized by 



Googk 



210 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
deux classes principales , en exotdriqaes et en acroa- 
matufues. Les premiers , pour ne consid^rer d'abord 
quelecaractferele plus externe , le caract^re litl^raire, 
auraient 6t6 ridigis sous une forme plus populaire 
et plus oratoire ; les autres auraient it6 Merits dun 
style s^vfere , avec toute la rigueur iscientifique ^ Cest 
a ceux-1^ sans aucun doute que s'appliquent les ^Ic^es 
que Cic^ron donne au style d'Aristote , quand il op- 
pose (( les flots d*or de son Eloquence » au « langa^e 
(( monosyllabique » des Stoiciens^, ou qu'il va meme 
jusqu*^ parler de <(ses graces un peu fard^es^. » Ces 
traits conviennent k un fragment, que Cic^ron nqus 
a conserve \ d'unlivre aujourd'hui perdu d'Aristote, 
et qui contient un beau developpement de la de- 
monstration d'une providence divine. Mais ils ne 
s'appliquent en aucune fa9on k aucun des ouvrages 
qui nous restent^, et k la M^taphysique moins qu'i 
tout autre. La plupart, au contraire, portent k un 
haut degr6 ces caract^res qui auraient distingu^ les 
ouvrages acroamatiques : c est meme ce syllahatim 

^ Cicer. de Fin, hon. et mal. V, ?. 

' Acadd. II, XXXVIII, S 119. 

' Ad An, II, I, S 1 : Totum Isocratis ftvpodi^Ktov ac nonnihil 

etiam Aristotelia pigmenta consumpsit. Gf. de Fin. I, v, S ii;de Inv. 
II, II, S 7. — Stahr, Amtot^, II, i46. Add. Quintil. InsHiat. orat. 
X,i. 

* De Nat. deor, II, xxxvii, S gS. 

^ Nous ne parlons pas du traite du Monde, que nous tenons pour 
apocryphe. Voyez L. Ideler, in Meteor, Anst. passimi 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I. CHAPITRE I. 211 

Unfui que Gic^on met en contraste avec Fabon- 
dance <fAnstote dans ses morceaux oratoires; le 
philosophe, pour nous serrir des expressions de Ga- 
lien> ne semble parier que par abr^viations , el pcmr 
ceux-li seids qm Tont di]k entendu et le com- 
prennent k demi-inot^ Tous les commentateiurs re- 
marquent que dans les Categories, dans la Physique, 
dans les Ansdytiques, dans la M^taphysique surtout, 
<f la pens^e est serree, la phrase ramass^e et concen- 
« tnte k Texcis ^. » Mais ces caract^res ne semhient 
pas foumir une mesure assez exacte pour determiner 
avec precision quels sont parmi les ouvrages d'Aris- 

* Galen, de Sophism, ii: 2vt»ifde; Sk 76 totowso t6.y>p^ r^ ^tXo<T6^epy 
xai xaddnep M aniieiow ivt^petv t& afoXkot xau StA t6 ^pds rovs axif- 

* Ammon. in Categ. procsm. £ 9 a. Simplic. in Caieg. procsm. : A t65v 
ivvoUm "OvxvSnfjs, xai r6 anvt</l pap.\Uvov tr^s ^pdaecas SriXot, xarSt Tijv 
vospip Tov A.pt</loTiXovs ispoiowos SiSvafuv, Themist. Paraphr, Analjt 
pmagm, T 1 a. MichdEphes. ia Metapk. XII, u. — Nous dterons ici 
UA jugemeat mt^iessant sur le style d'Aiistote, que M. Kopp tire» dit-il, 
d'un critique ancien [Rhein. Mas. Ill, 100) : 1^ ILadapos iali rifv ip- 
(jLi^veiav "Btdpv, xoti xavo^v rris yke&mis, rris xar' ixeTvov ^p6vov im^oh- 
ptaio6<rris. 2* AevT^pa dpen^ i&lw ^ 8tdi t&v xttpUov le xai xotvSh xai iw 
fti^ xtt^vt» o»9^uhcDv ix^pavaa ra vQo6(ieva' ijxu/Ja zpovtx^ ^pdoet 
Xpn^ou, xed 'ateptrrA xa* trefivot xai y^eydiXa ^aivetadau rot 'stpdyfiaTa 
'OoteT tots xotvordrots yjpd)p.evos 6v6p.am xat ^otiirtxiis ov^ dmofievos 
xaraaxevils, Tp/rrr dperfl ij crapi^vetot, ov pi6vp9 1^ iv tots Sv6fjMmy, aX>^ 
nal i^ ivToU 'mpd^pamv Mt ydp i9s xai 'mpa^paettxit ^a^i^ta, — Suv^ 
ialpai^tu Ji eif tis xoi dtXXos xai 'aeis^xvanat tots vori^m. 4° Terapn; 
dpsrii <tv<t1 pi^ovffa rd voiffiara xad ffrpoyy^'Xeos ix^ipovtra "^i^ts, x.t.X. 
Plusieurs phrases paraisAent imit^es dii passage de Simplicius que 
aoua venons de citer. 

i4. 



Digitized by 



Googk 



212 PARTIE III— DE LA M^TAPIJYSIQUE. 
tote qui nous restent ou dont les auteurs anciens 
font mention , ceux qui doivent recevoir la deno- 
mination d'exotdriques ou celle d'acroamatiqaes. En 
croirons-noiis Cic^ron ou les commentaiteurs ? Ceux- 
ci opposent k Tobscurite de ia Physique ou des Ana- 
lytiques, ia clart^ de la M^teoroiogique et des To- 
piques. Or Cic^ron taxe ces memes Topiques d une 
obscurity telle, qu'elle rebutait, dit-il, jusquaux 
philosophes ^ Cherchons done une rh^e de jugement 
plus sure; car celle qui se tire du caract^re du style 
est trop arbitraire ; le commentateur trouve parfai- 
tement clair ce que Torateur et Megant ^crivain, et 
meime les philosophes ses amis,, considirent comme 
rempli de difficult^s imp^n^trables. 

Presque tous les auteurs anciens qui ont abord^ 
. cette question , donnent pour raison de la diSi- 
rence du style dans les deux classes des Merits d'Aris- 
tote , celle des lecteurs auxquels il les avait destines. 
Les ouvrages exot^riques se seraient adress^s au pu- 
blic , les autres aux disciples , aux auditeurs du phi- 
losophe. Voili pourquoi il se serait envelopp^ dans 
ses ouvrages acroamatiques d'une obscurity qui put 
^carter le vulgaire, et cacher ses doctrines k tous ceux 
qui ne les lui auraient pas oui d^velopper *de vive 
voix. Ainsi en pensent Plutarque, Galien, Themis- 
tius, Ammonius, Simplicius, Michel d'Ephfese^, etc. 

* Simplic. in Categ. f. 2. Cicer. Topic. I, init. 

' Plutarch. Vit. Alex. Tii. Galen, de FacuU. natar, ap. Buhle, de 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE I. 215 

Ce n estlii que Tapplication d'un pr^jug^ que Ton voit 
prendre toujours plus de faveur, k mesure qu'on des- 
cend dans les derniers si^cles de la philosophie an- 
cienne, la croyance k une double doctrine, Tune se- 
crete , oil les philosophes anciens auraient d^pos^ le 
tr^sor de ieur sagesse , Tautre ext^rieure et publique, 
qui n'aurait h^ que la forme la plus superficielle , Ti- 
mage la plus imparfaite de la premiere, ou plutot le 
voile qui devait servir k la mieux d^guiser. Dans la 
science comme dans la religion, chez les philosophes 
comme chez les divins auteurs des oracles et des 
mystferes , partout on voulait retrouver nn profond 
^poptisme, un soin superstitleux de cacher le sanc- 
tuaire aux profanes. Les adorateurs un peu cr^dules 
de Tantiquit^, les Plutarque, les Jamblique et les 
Proclus ^ accueillaient ces id^es avec ferveur. Les 
sceptiques et les partisans de la religion nouvelle qui 
^tait venue r^v^ler les choses divines dans le langage 
le plus simple et le plus populaire, sempressaient 
^galement de les ripandre , pour en faire retomber 
le ridicule sur Tantiquit^. Ainsi Lucien, dans ses 
Philosophes k Tencan, fait « crier par Mercure deux 

Libr. Arist, exot et acroam, p. 119. — Themist. Parapkr. Analyt. procem, 
f. 1 a* Orai. xxvi, Sig, ed. Hard. Ammon. in Categ. procem. f. 9 a. 
Simpiic. in Categ, procsm,: in Pfys. f. 2 b. Mich. Ephes. inMeUiph. 
XII, V. 

* Plutarch, de Isid. et Osir. : Aio xai IHdreav xal kpt(/loii'kr\s ivonli- 
xov rovTO TO (t£pos riis (pikoao^ias kolKovoiv, ProcL in Parmenid. V. Gf. 
Galea, de Sophism, ap. Patric. Discass. peripai. p. 67. 



Digitized by 



Googk 



214 PARTIE III.— DE LA MfiTAPHYSIQUE. 
Aristote ea un seul , Tun exot^rique , et 1 autre ^sote- 
riope ^. S. Clement d'Alexandrie ne se cofntente pas 
d'attiibuer ia double doctrine k Pytibagore , Platon et 
Aristote; fl la trouve jusque ches les Stoicieas et 'chez 
les Epicuriens enx-memes^. Ici 1 absurdity deviexil 
manifefite. Mais s'ii feut reconnaitre, du moms avec 
Lucien, un double Aristote, serait-ce dans rm dessein 
exprfes de dissimulaticm de la part du philosopbe 
cfail faudrait cherdier le principe d'une pareille dis- 
tinction? Remontcms k des sources plus andennes j^ 
plus pures. Nous allons reconnaitre que s'iiy eat dans 
ie Lyoie deux doctrines ou deux enseignements , ce 
ne bit sans doute ni myst^e, ai measonge, mais 
simple r^sultat dune ditiG^rence fondle dansia nature 
de k science ou de ses objets. 

Nous avons d6j& em occasion de voir que la distinc- 
tion d*un double enseignement remonte, sinon aux 
pr^niers temps de la philosophie greoque, (du moons 
an maitre d' Aristote; quind^endamment des pro- 
menades de TAcad^ie, o£l il exposait la doctrine 
qvHil nous attransmise dans ses ecrits , il avaitnn autre 
ensei^ement qu'il ne r^digea pas , et que recueiMorentf; 
seulement les plus distingu^s de ses disciples. Ce n'e- 
taient point des dogmes secrets et une sagesse myst<^- 
rieuse : c^tait Texplication de la doctrine mSme qit'il 
proposait publiquement, F analyse dialectique des der- 

^ Lucian. VU, aaet I, 566, Reita. gt«far,if , s'Bi. 

* Clem. Alex. Stram. V. ^'5, Syitmrg. • 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I. CHAPITRE I. 215 

niers elements des id^es , la recherche de leur plus 
haul principe. II n y avait pas eiitre ces deux ensei-^ 
gnements d'opposition , k proprement paiier, de con- 
tradiction ; il y avait une diflfiference de degri. Cette 
distinction acquit plus de precision dans T^cole d'A- 
ristote ; elle acquit en meme temps une expression 
plus d^termin^e , et se traduisit en des termes tech- 
niques : 

Aristote avait partag^ son enseignement et ses ouvrage« 
ep deux classes , dent il nommait Tune exoterique et Tautre 
acroatiqne. La premiere comprenait la rh^torique, Tart de 
Targumentation , la politique ; la seconde avait pour objet 
les parties les plus ardues et les plus difHcilks de la philoso- 
phie, telles que la physique et la dialectique. II consacrait 
la matinee aux legons acroatiques , et il n'y admettait' per- 
Sonne dont il n*eut pr^alablement ^prouve le talent, les con- 
naissances et le zele. Les le9ons exot^riques avaient lieu le 
soir; elles etaient ouvertes a la jeunesse sans aucune distinc- 
tion. Aristote appelait les premieres la promenade du matin , 
et les secondes la promenade du soir ; car toujours il ensei- 
gnait en se promenant. Et il divisa semblablement ses livres , 
qui traitaient de toutes ces matieres diiFi^rentes , en exot^- 
riques et acroatiques *. 

Nous trouvons une confirmation de ce r^cit d' Auiu- 

^ Gell. Noct att. XX , v : Of^Tspixot dicebantur, quae ad rhetoricas 
tneditationes, facultatemque argutianim, civiliumque renim notitiain 
Gonducebant. kxpoajt^iA autem vocabantur, in quibus pbilosophia re- 
motior subtiiiorque agitabatur, quaeque ad naturae contempiationes 
disceptationesve dialecticas perlinebant. Huic disciplinae, quam dixi 



Digitized by 



Googk 



216 PARTIEIIL— DELAMfeTAPHYSIQUE. 
Geile daiis un passage de Quintflien, oil il nous dit 
qu'Aristote enseigniiit la rh^torique dans la le^on 
du soir^ Enfin avec le t^moignage d'Aulu-Gelle s'ao- 
corde parfaitement celui de Plutarque, quand il op- 
pose k la morale et k la politique, dans Tensei- 
gnement qu' Alexandre re^ut de son precepteur « ces 
sciences plus abstruses que Ton appelait acroaina- 
tiques ou epoptiques , et dont on ne faisait point 
part au vulgaire ^. » VoUi done une tradition bien 
^tablie, ce semble, dans toutes ses parses. Mais 
cherchons i en retrouver Torigine. Le recit d'Auiu- 

dxpoaTtxijv, tempus exercendae dabat in Lycio matutinum : nee ad earn 
quemquam temere admittebat, nisi qaorum ante ingenium et eruditio- 
nis elementa, atque in discendo studium laboremque explorasset. Illas 
vero exotericas auditiones exercitiumque dicendi eodem in loco vesperi 
faciebat, easque vulgo juvenibus sine deiectu praebebat, atque eum 
SetXtv6» tgepharoy appellabat, ilium alterum supra iei)dtv6v} utroque 
enim tempore ambulans disserebat , wpiitaT&v, Libros quoque sues , 
earum omnium rerum commentarios^ seorsum divisit, ut alii exote- 
rici dicerentur, partim acroatici. 

^ Quintiiian. Institat oral. III, i : Pomeridianis scbolis Aristoteles 
praecipere artem oratoriam ccepit. — En g6n6ral les pbilosopbes so- 
phistes ou rb^teurs faisaient deux lemons par jour. Aristod^me de 
Nysa, maitre de Strabon, enseignait le matin la rb6torique et le soir 
la grammaire. Eunape enseignait, comme il le raconte lui-m^me (in 
Chrjsanth,) , le matin la rb^torique et le soir la pbilosopbie. Cest le 
contraire de ce que faisait Aristole. Gresollius, Theatnim rhetorum (Pa- 
ris. 1620, in-8"), IV, 392. 

' Plutarch. Vtt. Alex, vii : £o<xe i* kXi^avSpos ov yAvov tbp i^Bixov 
xat "tsaiXmxdv larapaXa^eiv "kdyoy, dXkat, Koi t&v dvoppT^roDV xai ^advripocv 
iiiaaxakitavf Sis ol dvipss iSiots dxpoafioLTtxSis xai ivoi^ixSis 'epocayo- 
oefjovres oCx i^i^Bpov eh "OoXXoO;^ fieraa^etv. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE I. 217 

Gelle est vraisemblablement emprunt^ k Andronicus 
de Rhodes'; car ce r^cit compose un chapitre des 
Nuits attiques avec cette fameuse correspondance 
dArislote et d'Alexandre, qu'Aulu-Gelle declare tirer 
duiivre d' Andronicus. D*un autre cot^, nous avons 
d^k fait voir que Plutarque, dans ie passage de ia vie 
d'Aiexandre , que nous venons de rappeier, ne s'6tait 
servi ^gsdement, selon tbute apparence, que de Tou-^ 
vrage d*^Andronicus de Rhodes. Quintilien, ant^rieur 
k Plutarque comme k Auiu-^eUe , ne parie probahle- 
ment pas dapr^s une autre autorit^. C'estdonc k An- 
dronicus que nous croyons pouvoir rapporter sans 
trop de t^m^rit^, les trois t^moignages de plus en plus 
complets et precis de Quintilien, de Plutarque et 
d'Aulu-Gelle. Ces t^imoignages perdraient, si notre 
conjecture ^tait juste, Tautorit^ qu'ils paraissent tirer 
de leur accord. II leur resterait encore ceUe dune 
tradition vraisemblable en elie-meme , qu^ T^diteur 
lahorieux des ceuvres d'Aristote n a pas du inventer, 
mais recueiiiir k quelque source plus ancienne. Mais 
nous sommes en droit de soupconner qu'eile ne nous 
a pas ^t^ transmise sans alteration , soit par Plu- 
tarque et Aulu-Gelle, soit meme par Andronicus, 
dont nous savons que Tantiquite ne reconnaissait 
nullement Imfailiibilit^ en mati^re de critique. La 
tradition que nous venons de rapporter ^tablit clai- 
rement deux points importants, savoir, que la dis- 
tinction des iivres exot^riques et acroamatiques r^- 



Digitized by 



Googk 



218 PARTIE III.— DE LAM^TAPHYSIQUE. 
pondait k celle de deux enseignements , et que celle- 
ci k son tour r^pondait k une classification des 
sciences philosophiques ; voili la part de la v^rit^. 
Mais il y a aussi celle de 1 erreur : c est d'abord de 
presenter cette distinction de deux sortes de iivres 
et de lemons comme ayant son principe et sa rfegie 
unique et constante dans une division des sciences 
par leurs objets; et ensuite de d^river la denomi- 
nation meme de ces deux classes d'ouvrages de la 
difference des auditeurs auxquels Tenseignement se 
serait adress^. 

Essayons d'appliquer k la division des Merits d'A- 
ristote les indications foumies par Andronicus ; 
nous rangerions tout d'abord parmi les exoteriques 
ceux qui traitent de la politique et de la morale. 
Or un timoignage que les profondes connaissances 
de son auteur dans Thistoire de la philosophie mo- 
rale rend tout k fait digne de confiance, et qui 
porte dans sa precision le caract^re de Texactitude , 
nous le defend formellement, et conduit k un tout 
autre r^sultat; nous youlons parler de ce passage 
connu de Cic^ron ^ : 

Aristote et Theophraste ne semblent pas toujours d'accord 
avee eux-m^mes sur la question du souverain bien , et cela , 

* Cicer. ie jFin, V, v, S 1 2 : De sammo autem boao, quia duo ge- 
nera librorum sunt^ unum populariter scriptum, quod iSaneptKdv 
appellabant, alterum limatius, quod in commentariis reliquerunt, 
non semper idem dicere videntur. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE I. 219 

paroe qu'ils root traitte dans deux sortes de livres, les uns 
Merits d*une manii^re populaire, et quils appelaient exot6- 
riques ; les autres r^dig^s d'un style plus s^^re , et qu'ils ont 
laiss^s sous forme de m^moires. 

U y avak done sur un meme 8i:yet, sur la morale, 
des Merits exoiirkfoes etd'autres c[ui ne T^taient point. 
Par coos^quent, la diffi^rence de ces deux esp^ces de 
livres ne r6sidait pas essentiellement dans la difi!^* 
rence dii sujet, mais bien, outre quelques dissem* 
Uaoces au moinsapparentes de doctrine, dans ladifi!^- 
rence de forme et de maniere. Mais oe caract^ que 
nous avKMis trouY^ d'abord si vague et si insuffisant, 
ne re^oU'il pas maintenant du r^cit d'Andronicus de 
Rhodes^ lin jour qui T^claire et le determine davan- 
t^e? L'expressum de style populaire {populariter) 
semble s'expliquer facilement par la destination des 
livres exotiiriques , qui se seraient adress^s au public 
plutot (pt'aim: philosophes. Mais en outre , les ouYrages 
v^ritablement scientifiques re§oivent par opposition 
la denomination de mf&moires {commeidarii), qui 
semhle aroir id une valeur presque technique. Les 
livres exot^riques avaient done aussi une forme sp^- 
ciale et bien d^termin^e, qui les distinguait claire- 
ment de tout livre acroamatique. Et en effet, Ciceron 
le dit ailleurs, les livnss exot^riques etaient des dia- 
logues^. Noufilisons ^galement dans Plutarque , qui 

^ Gicer. Epist ad Famil. I, ix : Scripsi eiiam Anfttoielis more. 



Digitized by 



Googk 



220 PARTIEIIL—DELAMlfeTAPHYSIQUE. 
oublie en cet endroit ce qu'fl avait r^p^t^ sans re- 
flexion d*apr^s Andronicus, qu'Aristote traita.un 
meme sujet, la critique de la th^orie des id^es, non- 
seulement dans ses m^moires de morale et de phy- 
sique , mais encore dans ses dialogues exot^riques ^. 
Ge t^moignage s'accorde parfaitement avec celui 
de Gc^ron, en faisant des livres exot^riques des 
dialogues, et en les opposant aux m^moires scienti- 
fiques. 

Mais quel lien pouvait-il y avoir entre ces deux 
formes et les deux espfeces d'ouvrages et de legons 
auxquelles eUes r^pondaient? Etait-ce un rapport tout 
k fait arbitraire et artificiel, ou n^tah-ce pas plutot 
Texpression d'une connexion inb&rieure et profbnde? 
Si nous nous adressons aux commentateurs d'Aris- 
tote, nous y trouverons des traces de cette demiire 
hypoth^se, mais ind^cises et obscures, et enveloppies 
d'erreurs qui accusent le d^faut d'un principe sur de 
critique. 

Ammonius a consacr^ tout un chapitre de I'intro- 
duction de son commentaire sur les Categories , k la 

quemadmodum quidem volui, tres libros in disputatione ac dialogo 
de Qratore. Ad ilftic.IV, xvi (en paiiant de son dialogue de la R6pu- 
blique) : Quoniam in singulis libris utor procemiis, ut Aristoteles in iis 
quos i^aneptxo^s vocat, etc. Cf. ibid, XIII, xix. 

^ Plutarch, advers. Colot. X, 586-7, Reisk. : Tdg ye ftiiv iiias, ^aepl 
&v iyxoLkeT t^ TSXdruwt, 'otavTa^ov xtv&v 6 kptoloriXiis, xal mtrav 
iwdyoav dwopiav aCrats, iv rots i^dixots ihofivi^iiaatv^ iv ^ots ^mxolSj 
Sid t6Sv i^eptxSv itak6y(av. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE L 221 

classification des Merits d*Aristote ^ II les partage d a- 
bord en deux series, dont Tune comprend les recueils 
d*extraits et de notes ( wniMvi^fjuvn}^ ) , et Tautre les ou- 
vrages ou trait^s proprement dits [wmyfjuvnKi). Ceux- 
ci se divisent en deux classes, les acroamaticiues ^ oh. 
Aristote parte ea son propre nom ( awTw^wwra), et 
les exoUrujttes ou dialogues. Les livres exot^riques 
iurent ainsi nomm^s, continue Ammonius, parce 
qu'ils avaient ^t^ Merits pour Tusage de la multitude 
( d'if^M , dehors , i^emfiiui , choses du dehors ), taiidis 
que dans les autres , Aristote s'adresse k ses v^ritables 
disciples. Ainsi Animonius est d' accord avec Andro- 
nicus , sur Torigine du mot exot^rique , et il se trompe 
comme lui , ainsi que nous le verrons tout k Theure. 
Mais, dans ce qu'il ajoute imm^diatement, le commen- 
tateur ouvre un point de vue tout nouveau, en nous 
faisant soup^onner dans les deux classes d'ouvrages 
ime diflKrence de mithode , et non plus seidement 
de forme ext^rieure et litt^raire : 

Dans les livres acroamatiqaes*, Aristote paiiant k ses ^l^ves » 
d^montre ce qui lui semble vrai par les arguments les plus 

^ Ammon. in CaJteg, f. 6 b. v 

* Id. ibid. : itv {Uv yelp toT« aitovpoad^ois, dfxe m^ds yw^iovs patpotb- 
r^ rdv "ktiyov moio6\tjsvcs , T<i Soxovvrd re a^f "kiyet, xai St* iTctxeipn- 
^uv oMpi^et/ldtonv^ Koi oh ov/^ M ti slaw ol ^oWoi ^apaKoXovdHaat. 
tp ik toU itakoytKoii Axe ^p6f xotvijp xal rriv t&v ^oiXkQv coOiXetav 
ytypamUvots ra Soxowna aur^ "kiyst, aXW ov St* avoSetxTtxSv imxtt- 
pr^itdrmf, xai oh oJoi ri ehtv ol 'OoXkol ^opaHoXovdetv. 



Digitized by 



Googk 



222 PARTIE IIL— DE LAMJ^TAPHYSIQUE. 

rigoureux , et que la mohitude n eut pas ^t^ capaMe de 
suivre ; dans les dialogues , au contraire , qui sont ^its pour 
le public, s'il ne dit encore que ce qui lui parait ^tre le vrai, 
il ne se sert, au lieu d'arguments d^monstratifs, que de preuves 
plus simples , et que tout le monde pent comprendre. 

Simpiicms, ilh\e d'Ammonius, reproduit ji peu 
prfes et en abr^g^, dans son commentairesurles Cat^ 
gories ^ la meme classification ; il s en ^carte , tonte- 
fois, en un point de grande importance : il ne dit 
rien de Tidentit^ des livres oii Aristote parlait en son 
nom avec les livres acroamatiques, et de ceUe des 
dialogues avec les exot^riques. II est vrai quS ne fait 
ici aucune mention de la division en exot^iques et 
acroamatiques, et que par consequent on ne peut tirer 
de son silence aucune conclusion certaine sur son 
opinion k ce sujet. Mais aiUeurs il parle des livres 
exot^riques , et range dans cette classe ncNE^-seulemenl 
les didogues, mais (ties ouvrages d'bistoire ou de 
pure description, et tons ceux en g^n^ral qui ne 
portent pas sur les hautes difficult^s ^. » II n'approuve 
done pas le sens trop ^troit qu attribuait Ammonius 
k cette qtisdification, et s'il n'en faisait pas mention 
dans son conmientaire sur les Categories , c'est sans 
doute qu'il a mieux aim^ se taire que de relever 
la faute de son maitre. II est probable, d'aflleura, 

^ Simplic. in Categ, f. i b. 

^ Simplic. in Pfys, f. a b : Tc^ i^oneptxot, oJa ra l</lopiK^ xai ra 
3ia\tyytxot, xai ^Xws rSt ftij dxpas dxpt^eias (ppovrl^ovra. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE I. 225 

qu*il ne fonde son opinion que sur une autorit^ plus 
ancienne et plus grave » celle d' Alexandre d'Aphro- 
disee, qu il invoque sur un autre point, dans Tendroit 
meme oii il suit pas k pas Ammonius. Mais en quoi il 
saccorde avec Ammonius, cest k reconnaitre que 
Texoterique ne d^passe point les preuves de proba- 
bility , tandis que la demonstration appartient a la- 
croamatique. Philopon, 61^ve comme lui d^Ammo- 
nius, s^exprime de meme sur ce dernier point; et de 
meme aussi, tout en rangeant les dialogues dans la 
classe exot^rique, il donne k entendre que les dialogues 
ne la constituent pas tout enti^re ^ Enfin Alexandre 
d'Aphrodis^e , dont nous n^avons plus les commen- 
taires sur les Categories ni sur la Physique, mais dont 
ces t^moignages nous repr^sentent sans doute plus 
ou moins exactement Topinion, en confirme une 
partie avec une precision sup^rieure, lorsqu'il dit, 
dans le commentaire sur les Topiques ^ : 

Ce traits m^e , avec la Rh^torique , rentre dans la classe 
exot^rique; dans cette classe se placent en outre beaiicoup 
d*ouvrages de physique et de morale , mais qui ne d^passent 
pas Targumentation par le probable , c est-a-dire cette m^- 
thode logiqua ou didectique qu*Aristote oppose toujours k la 
methode analytique et apodictique. 

^ Philop. in lihr, deAnim. f. i38 : TA i^anepixSi trvyypdiiiiara, ^p eht 
xa} ol itdkoyot. 

* Alex. Aphrodia. in Top. p. 5 a. 



Digitized by 



Googk 



224 PARTIE III.— DE LA MlfeTAPH YSIQUK 

Ainsi , en r^sumant tous ces t^moignages , la dis- 
tinction des livres exot^riques et acroamatiques se 
serait fondle imm^diatement sur une difference de 
forme qui avait du correspondre en g^n^ral a une 
classification des objets de Tenseignement, mais qui 
constanunent enveloppait une diflPi^rence essentielle 
de m^thode. Maintenant oil est le nceud de tout cela? 
Quel est le lien qui rattache tous ces caractferes k leur 
principe conunun? Sans cette connaissance, nous 
demeurons dans le vague , nous ne pouvons obtenir 
avec precision cette mesure que nous voulions ap- 
pliquer au plus grand ouvrage d'Aristote, pour en 
determiner au moins la valeur relative. II ne nous 
reste done que de nous adresser k Aristote lui- 
meme, et de chercher dans ses indications braves 
mais sures ce criterium rigoureux que des traditions 
incertaines nous cachent autant qu'elles nous le 
montrent.' 

Le mot d'exot^rique, qui se pr^sente souvent dans 
les ouvrages d'Aristote , n y est pas born6 k cette si- 
gnification technique oil nous venous de le voir 
prendre par des ^crivains plus r^cents. D^riv^ di- 
rectement d'lf « (dehors) , ce mot signifie , d'une ma- 
nifere g6n6rale , ext^rieur ou meme Stranger. H s ap- 
plique aux membres des animaux par opposition au 
tronc, aux biens du corps par opposition aux biens 
int^rieurs de Tame, a la domination de T^tranger 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE I. 225 

par opposition au gouvernement national, etc. ^ 
Lors done cpie ce mot est joint k Xo^pg ou k tout 
autre terme du meme genre, et semble designer 
un ordre particuUer d'ouvrages ou de recherches 
scientifiques , il ne doit pas prendre d'acception 
nouveile et myst^rieuse , mais conserver le sens 
^tymologique. Dans la s^vfere correction de son Ian- 
gage, Aristote ne d^tourne jamais un mot de sa si- 
gnification originelle; il pr^f!^re cr^er des tonnes k 
en ait^rer. Mais par Tind^termination meme de 1'^- 
pithfete, Texpression d'i^mr%pntai ?io^t reste obscure et 
prete k T^quivoque. Par ces adiscours du dehors)) 
faut-il entendre, avec les commentateurs anciens, 
des ouvrages faits pour le public? Ne faut-il voir, 
au contraire, dans cette denomination qu'un renvoi 
k des ouvrages Strangers par leur sujet k ceux oh 
le renvoi se rencontre. Saint Thomas Ta pr^tendu 
le premier, et son opinion ne manque pas de par- 
tisans^. Elle pent sappuyer de plusieurs passages d'A- 
ristote, oil ii d^signe par les termes d'oi efwflef Ao^i, 
f^«Ttpixji (nci-^ic, etc. ((des discours, des recherches 
itrangferes k la question'. » Enfin les i^»rtpncoi xi^i ne 

» De Gen. anim. V, vi. PoUt VII, i, iii; II, vn. Cf. Buhle, De Br. 
Arist. exoi. etacroam.^ Arist Opp, I, 127-9. 

* D. Thorn, in Etk Nicom, VI, iv. Weisae, Anmerk. zur Phjs. des 
Jrist (Leipz. 1829, iii-8*), p. 517. Stahr, Aristotelia, II, 272. 

' PoUt. II, ni : TA S* iX'ka tots S^atOev 'k6yois ^eiskifipoixe t6v 'X6yov. 
Ibid. I, lY : AXXdl rauTa fUv iotas i^arepixonipas call (rxUfeas, Soph, el, 
XI : Aiov iia> Xiyetv, Rhet. I, i : Td^ df|a> tou ^pdyfUiTOs, 

i5 



Digitized by 



Googk 



226 PARTIE III— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
sont'ils pas, au moins dans le plus grand nombre 
de cas, des recherches ext^rieures au sujet propre 
de chaque science \ la partie superficielle et acces- 
soire, par opposition aux profondeurs et i T essence 
de ia discussion. Cette interpretation aurait sur ia 
premiere Tavantage d'etre plus naturelle, plus con- 
foiine k Tacception ordinaire du mot exot^rique; 
elle aurait sur la seconde celui de s*accorder avec les 
traditions historiques : elle remplacerait ainsi Tinter- 
pr^tation des commentateurs sans attaquer leur t^- 
moignage. Mais est-elle justifi^e par Texamen des 
passages d'Aristote ou se trouvent les mots d'tftfTipi- 
m Xo)pi ? Nous le pensons , et nous allons chercher k 
le prouver. 

Dans les passages oil Aristote renvoie k ses ef «7i- 
pix6/ ho)Pi , il n y renvoie jamais comme k des recher- 
ches fixtures oil les questions devront etre appro- 
fondies, mais comme k des ouvrages d^j^ connus, 
oik elies ont re^u des d^veloppements suffisants. 
((Nous avons assez parl^ de ce point, dit-il souvent, 
dans les ffwTipiwi Ao;pi, et nous nous en servirons 
ici ^. » Et ceia ne veut pas dire que la question y a ^t^ 

' ^^eptK^v oppose k olxziov, Polk. VII, vt : 6 Q-e^..» xai ttas 6 
Koafioi, o7s oCk ehiv i^cneptxai epd^ets 'oapd tSls olxeias avte?». Dieu 
ne doit pas sa fi^licit^ k des biens ext^rieurs, mais k soi seal; Polit 
VII , I : Ai' ovBhf ik rSv i^eptxoh dyadSv, aXXA 3i^ uMp avttfe. 

* PoUt VII , I : Noft/tfatfTss cZv Ixav&s ^oXX^ "k^yeoGeu xai ta>» ev 
rots i^foreptxots X6yots tstpl tiytf dpMvt ffl^*, xai vw j^jpfftrliov avroff. 
Elk. Nic, I , XIII : Xiyerat Sk ^efA eajtifs [irff ^x^^) **^ ^* "^^ #6»rep<- 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I. CHAPITRE I. 227 

discutie k fond , mais qu'elle y a ^t^ trait^e longue- 
ment, et n'exige pas d'etre reprise en sous-oeuvre. 
Car ce n'est jamais pour un point difficile qu'Aristote 
y renvoie son lecteur, ce n est jamais pour une de- 
monstration rigoureuse; cest presque toujours pour 
des divisions ^l^mentaires, communes k toutes les 
philosophies, et que personne, ajoute-t-il quelque 
part, ne voudrait contester*; c'est pour la division 
de iame en ses deux parties, raisonnable et irraison- 
nable^; pour ceile de iautorit^ en ses trois espfeces, 
^onomique, politique et despotique^; pour celle 
des biens en extirieurs et inl^rieurs, ou en biens du 
dehors, du corps et de i'dme*; enfin pour la dis- 
tinction de faire et d'agir ^. Ce sont Ik des matiferes 
sur lesquelles on pent sen fier, seion ses propres 
termes®, aux ao;^i i^t^itpiKoi, Les d^veioppements 
qu'elles y ont re9us semblent meme provoquer de sa 

xois "kifyots d^KO/&imH ipta, xa} j(jpii</J6ov aedtoU, Gf. ibid. YI, ly. Sur \k 
seas d^iKav&s et ^apxo^vstas dans ces passages, dP. EtK. Nic. I, xi : Tt^w^ 
ixav&s, X, X : txav&s rots r^isoit, Phjrs. VIII, vili : Atfnj i^ X^ms 'Opbs 
fihf t^v ip<atS«na ixavQs fyjst*,. tfpds S^ r6 'apSyfta xai tiiv ^i^Betav 

^ Polk, VII ,1:1^^ dXnd&s y^p tspdi ye (liap iia(pt<rtv o^els dfi^ta- 
^rrnfersicv Sbif, »* r. X. 

* JBtfc. Nic. I, xni. 

* PoliL III, IV. 

* M.£iuf. II, I. Pofet.Vn,i. 

^ Eih. Nic. VI, IV; Etk. End. V, iv. 

* Locc. taudd. : firepov S* i&li ^oinms xai 'OpS^ts, Ut<r1evoiiev Se 
tsepl avTcSv utd toU iionepixoU 'X6yoti, La foi est plus ind^termin^e 

i5. 



Digitized by 



Googk 



228 P ARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
part une sorte de d^dain philosophique. aNous ne 
nous ^tendrons pas, dit-il, sur la refutation de la 
th^orie des id^es,)) chose plus difficile cependant 
que de simples divisions : a cela a ^t^ assez rebattu 
((dans les livres exot^riques *. » Enfin la seule forme 
grammaticale de ces renvois nous r^vele le caractfere 
et le role des livres exotiriques. Aristote y renvoie 
presque toujours par la forme du present : « Nous 
((disons dans ces livres (A8}«7w^),)) et presque tou- 
jours il ajoute le mot (( aussi (<^). » Ces circonstances 
en apparence indifil^rentes nous indiquent assez clai- 
rement : d'abord que les memes mati^res sont com' 
munes i la fois au livre'exot^rique et i ceiui oh il est 
mentionni; et en second lieu, que, destines sans doute 
k des usages diff^rents, ils s accompagnent en quelque 
sorte dans le temps, ils sont contemporains I'uri 



que la science; Rket. I, yiii : Ot; luivov td violets yivovreu St* anroSet- 
xriKw'k6you, eeXX^xoi St* ijdtxov' t^ y^p ^ot6v Ttva ^aiveadcu t6v Xi- 
yoma, ^ta1e6ofiev. 

^ Metaph. XIII, I, p. 269, 1. 19 : TedpAXirroi ySip rA 'zsdXkSi xai ^iro 
rSv i^epixch \6ya>v, Polit III, ly : UdXXdxts, Eih, End. I, yiii : IIoX- 
"XoTs Tp6ifots. 

* flependant cette forme nVst pas sans exception ni ezclasivement 
affe<^6e, comme Stahr (Aristotelian II, 264) parait le croire, aux ren- 
vois li des livres exot^riques. 1" Aristote renvoie deux fois h ces ou- 
vrages par la forme du parfait. Eik. Eud. I, viii : fiir^(rxs«7ai... xai iv 
Totf i^69reptxots XSyots, xai iv rots xata^ ^tXotro^iav. Metaph. loc. laud. : 
TedpiSXkn'rai, 2" U renvoie quelquefois k d'autres ouvrages par la 
forme du present; Polit, VII, xii : Oaftdv Sk xai iv Tots AOtxoh. Etk. 
Nic. YI, III : 6<ya dtXXa ^poaSiopti6(u0a iv toU kvahrnxois. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE I. 229 

de Tautre dans le double enseignement de leur au- 
teur commun. 

A tous les grands ouvrages philosophiques sem- 
blent correspondre des livres exot^riques, qui en 
sont conune des preludes ou des esquisses impar- 
faites. Dans les uns et dans les autres, le sujet est 
le meme ; mais le point de vue et f execution dif- 
ferent : li c'est la science, ici une sagesse facile et 
vulgaire. 

Quelquefois meme, par Tind^tcrmination de sa na- 
ture, un livre exot^rique tient k la fois k deux sciences 
difif^entes, qui lui empruntent des notions com- 
munes. Aprfes avoir transport^ dans le ViP Hvre de 
sa Politique quelques id^es tiroes d'ouvrages exot^- 
riques qui traitaient du souverain bien, Aristote se hdte 
d*aj outer : « En voili assez pour nous servir de pr^am- 
bule; ne rien toucher de cette question, cela netait 
pas possible, et nous ne pouvons pas non plus 1*6- 
puiser dans ce qu'elie a de propre; car c'est Taffaire 
d'une autre partie de Tenseignement ^)) C'est k la 

* Polit. Vn , I : Nof*/ffai»Ta* cZv txavSs tiroXXe^ Xiyeijdai xoei wv iv 
xoU i^anepixvTs "kdyots isepl tiis dplalris K^s, *ai vvv )(jpi\</liov aCvoJs, 
— AXXfi^ yAp T«t?TO fikv ivl 70(TOV7ov ia1a> /as^potfuatr^iva r^ XSyq) 
(oire ySip (lil Q-i^ydveiv dtvTfiDv, iwottdv, oire 'odvras to^s oUeiovs ive^- 
ekBsiv ivSix^evou "k^yovf' ktiptts ydp iaiiv ipyov axp\9\s Tavra). Stabr 
(ii, 273] explique mal ce passage; il en conclut au contraire que la 
Morale y est d^sign^e comme un livre exot^rique, et que par conse- 
quent un livre cxot^rique n est autre ehose, en g^^neral, qu'un ouvrage 
Stranger, par son sujpt, h. cclui ou il est cit6. 



Digitized by 



Googk 



250 PARTIEIIL— DELAMETAPHYSIQUE. 
morale de donner, sur la question du souverain bien, 
des demonstrations directes et sp^cifiques, que Ion 
ne pourrait transporter daua la politique sans con- 
fondre deux spheres distinctesde la science; mais les 
gin^ralitea trouvent leur place dans les livres exot^ 
riques, ou des sciences distinctes, mais parentes, 
peuvent aller les puiser ^. La spiciaiit^ les sipare , la 
g^n^rajit^ les r^unit. 

Toute consideration qui ne va pas au fond du su- 
jet, qui se tient aux g^n^ralit^s, est par cela m^me 
ext^rieure, exot^rique. Par exemple, pour ^tablir la 
l^gitimite d'une distinction dans TEtat entre une par- 
tie qui commande et une partie qui ob^it, on pour- 
rait, k toute force, remonter jusqui la nature inani- 
m^e, ob. Ton reconnait d^j^ la distinction dii sup6rieur 
et de Imferieur. Mais peut-etre serait-ce prendre ies 
choses de trop loin; ((peut-etre, dit Aristote, se- 
raient-ce des considerations trop exot^riques; il vaut 
. mieux partir du rapport, plus rapproch^ de nous, du 
corps et de lame qui lui commande ^. » 

Ainsi, que lepithite d'exot^rique ne s applique pas 
exclusivement dans Aristote k une classe particuliire 
de livres ou de lecons sur certains sujets, mais quo- 
riginairement, au contraire, elle s'appiique k une 

^ De m^me la morale emprunte aux livres exot^iques des consi- 
derations g^n^rales sur Tame. Eth. Nic. I. xiu. 

* Polit I, V : AXX(i ravra ^Uv tfreos i^anspixaTipas iait aK^e(os- to 
i^ K^ov tsparov (Tvvialmev ex 4^x,^s xal ath^Mios, x. t. X. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE I. 251 

certaine manifere gen^rale de proc^er dan3 les re- 
cherches et dans rexposition, cest ce qui ressort 
manifestement du t^moignage d^Aristote lui-meme. 
A peine est-ii necessaire , pour porter T^vidence au 
comble, de signaler deux passages relatifs aux ^o)ft$ 
i^«7ie"wi, ou le seul tour de la phrase ne permet 
d'entendre par la qu'un proc^d^ , un moyen {J>ct, vm 
TWF 4|. Ao>.) ^. Mais quel est ie caractfere propre, es- 
sentiel, de cette m^thode, et de la m^thode supi- 
rieiure k laquelle eile senible ne faire que prduder? 
Sans s etre ^tendu nulle part sur cette question avec 
ces termes techniques dont nous recherchons le sens 
obscurci, Aristote nen abonde pas moins en indi- 
cations , qui nous permettront de retrouver sa pen- 
s^e tout entiere. II suffit de la suivre avec quelque 
attention dans de l^gferes transformations qui la d^- 
veloppent sans Talt^rer. 

Dabord, au trait^ exotirique il oppose le traite 
philosophique ^. Et cette dernifere expression ne d^- 
signe pas exclusivement , comme on la pretendu, 
un ouvrage particulier, tel que le trait^ de la Phi- 
losophic ^ elle a une signification plus ginerale, 
puisqne ailleurs Aristote fait mention de wtrait^s 

* Phys, IV, * ; Upmov H Koikm ix^i StaKoprffrai -vfepl avjou nai ^iot. 
Tfl5» iiaytsptKoSv 'k6yv>v. Metaph. XIII, i : TefipTiXXiyrw yap ta tjro^di 
vvd TfiSv i^onepiK&v 'k6y(av. 

* EQi, Eud. I , VIII : HeU iv toTs i^arepixoU \6yots xai iv t<hs xard 
^ikoao^iav. 

' Voyez plus haul, p. 57. 



Digitized by 



Googk 




232 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
philosophiques sur ia morale ^. mi uEn efFet, dit-il en- 
core ailleurs, il n y a pas de sujet qui ne se puisse trai- 
ter de deux maniferes, i*une philosophique, Tautre non 
philosophique ^. » II s'agit done bien de deux m6- 
thodes oppos6es, applicables k toute espfece de sujet. 
Or ces deux m^thodes, dont Tune est, comme nous 
venons de le voir, la nii^thode exot^rique , Aristote 
les a d^crites souvent avec detail et de la mani^re la 
plus precise. 

La m^thode oppos^e k la m^thode philosophique 
est celle qui prend son point de depart dans I'appa- 
rence, dans Topinion^ et qui par consequent ne 
pent produire une certitude absolue. L'apparence, 
ce sont les formes contraires sous lesquelles se ma- 
nifestent les objets de la connaissance , qui peuvent 
etre au meme titre , et entre lesquelles lopinion com- 
mune est Tunique ou le meilleur juge *. Le proc6de 
naturel d*une pareille methode doit done etre fin- 
terrogation, qui met successivement en question sur 

^ Polit. Ill, xii : ()[Lokoyov<Tt roJs narSi ^ikotro^iav 'k6yots,^iv oh 

* Eth. End. I, vi : ^la^ipovm <3' ol^dyot tafcpi indfrtriv fiidoSov otje 
^Ckoad^tas 'key6[i.evoi xcd fiii ^ikoa6^(a9. . 

' Top. 1,1: tktdkeKJixbs 8i (niKkoyKiyLos 6 i^ ivSd^eov avXkoyt^ofie- 
voi^f etc- et pasimi. MdapL III, p. 4 1, 1. 26 : Uepl SfTcav ol StaXeKTixoi 
'SreipATiTTaf axoTrsfvj in i^v iv26^ei)v yu6vov 'tsotoviiivot tiiv trxi^f'tv, Cf. 
ir. II, WTii; AnaL post. I, xxv. 

t I, II ; Aia},sK.iiKo$ S* oi ("Xoyot) ix j6Sv ivSo^oJv avXXoyi- 
ipantevi. Top. 1 . Till : ()^ola}s Si xai ra roTs ivS6^ots ivavria, 
im* wpfiT^ipn^AEvi. , ivSo^a ^a/verai. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE 1. 255 

chaque sujet les deux hypotheses contradictoires ^ 
Sa forme propre est le dialogue oii se provoquent 
et s*enchainent sans interruption la demande et la 
r^ponse. Mais quelque forme qu'elle revete, son nom 
est celui de dialectique ^. 

Tout au contraire de la dialectique, la methode 
phiiosophique a poiyr point de depart et pour fin le 
vrai, le certain, le n^cessaire. Elle ne prend pas son 
point d'appui dans Topinion des hommes, mais dans 
des principes qui se justifient par eux-mdmes '. Elle 
ne procMe done pas par interrogations, mais par d^ 
monstrations. Or, d^montrer c'est enseigner*. Le phi- 



^ Anal. pr. I, 1 : AioXexTixi^ S^ ['0p6Ta<ns) ntvvBapofUvtp fidv ipdmt- 
ens dpTt(pd<Teo)s , avyXoyiiofiivtp H "Xif^ts rov ^atpofiivov xai ip36^ou, xa- 
ddvep iv roU ToiuxoU e/pnrai. Top. VIII, i: £p6mffMtT/Jeip ihov toO 
3iaXexTtxov, Soph, el. xiitlSi SiakexTtxif ipamiTixi^ i&ltv, x. t. X. 

* Anal, post. I, xu : T«i> iv to7s 3ici^6yots pour tcUv StakexTix&p 
\6yo9v. 

» Top. VIII, I : <S>tk6co(pos oppose k SiaXexTix6s. Cf. Met. IV, p. 64, 

1. 3o. Top. I, XIV : llp6s yhf oZp (piXoao^iav xar* aki^Beiav 'epayfia- 

revrioPf StoLkexrixus Si fspbs S6^ap, Anal. pr. II, x?i : i,a1t 3i to ip 
^PX9 flf^''^^^ ^^ y^v TttTi? dvo3ei^e(n td xaei a>^T^Betap oUtojs iy(opta' ip 
3i ToTs itakex'siKoU id xatd S6^ap, Gf. Top. VIII, xiii, init. Anal, post 
I, n : kisSSeibv ii "kiyeo truXXoyiayidv iirio1riftovix6p'„. dpdyxri xai rijp 
dicoSetxTixifp ivt<rr^fivp iZ dXifOup t* eJpeu xa* 'tapdnoip xtii dfUaoDv xai 
yvaptfunipoip. Gf. Rhet. I, iv. 

* Anal, pr, I, i : dvoSetxpiicav oppos6 k 6 ipdn&p. Top. VIII, Hi : 
£panrfi?vTi oppos6 k SiSdaxopri. Soph, el. x : On hepov Td Siid(ntsiv rov 
StdkiytaBcUy xai Srt 3s7 t6p fUp SMaxovta fiii ipanSv, aXX' auVdy ^Xa 
igotetp, T^p ^' ipoijq.p. Anal. pr. I, i : Ov ydp ipanf, aXXa Xaft^cfvei 6 
ditoSetxpiiwv . 



Digitized by 



Googk 



254 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
losophe est un maitre \ d^positaire de principes dans 
lesquels le disciple a foi ^, et qui lui en d^veloppe 
avec Evidence ies consequences n6cessaires. La me- 
thode philosopbique ou scientifique n est done autre 
chose que la m^thode demonstrative et didactique^. 
Sa forme ne pent etre que la forme de Tenseignement 
oral, de la lecon (iKpittatf)^^ etjie nom qui lui con- 
vient le mieux celui d'acroanuitique. Si ce mot m^me 
ne se rencontre pas dans Aristote comme chez Ies 
auteurs plu&r^cents, on en trouve du moins chez lui 
tous Ies Equivalents; dans plusieurs de ses ouvrages, 

^ Met. 1 , 1 : 6Xci7$ 3t <rni»stov rov elSdros rd ivvaadeu SiSdaxetv voyii' 
iq^ev. Ibid. ii. 

^ Soph, el, I ; ikzi y^ 'mtvleieip top ftavOdvotna. 

^ Rhet, 1,1: ^iamiakias ydp ipltp 6 kotA n^r iict&HiiiiP "kayos. 
Eth. Nic. VI, ui : litSoLXTil maa ^mo7iffAij ioxeT fUpcu, xcd to ivtalifTov 
fiotdntov',... 17 {Up dpa iviali^ftri it/lip ^6s dico^eixriKi^, Ibid, vi : To 
fUp ydp ivtolriTdp difo3etKt6p, Anal, post I, n : kicdSet^tp ik X^« (jwX- 
'koyi<T\jijbp ivi(/li\\ioptx6p. Soph,, el. ii : ^icuyxoLhxol Xiyoi oppos^ aux 
itetkextiKol, 'Bittpa^iHoi et ipsalixoL Top. VIII, xi i Tvy^POffias xoi mel- 
pas xap'J' «XX' ou hSamia^as oi Totovjot tOp 'k6y(t)p (^loXexTixo/). Anal, 
post init. : Udiaa StSaaxaXia Ka$ «raa« fM(9i|ai«, x, t, X. 

^ Nou3 avons vu Ies lemons de Platon »ur le Bien appel6e» dxpoaujts 
par Aristox^ne, disciple d'Aristotet Voyex pliuhaut, p. 71. Galen. De fa- 
cult not. ap. Kopp. Bhein. Mas. Ill, 102 : kpK/loriXovf xal Seo^p<Mov 
Tci ftip ToTs ^qXX.qTs yeypti^6'S(aPf rSis ii djcpoiqsK voTs eoXkots, kxpoa- 
ats est le mot propre pour designer Ies lemons des pbilosophes et des 
rh^teurs. Caaaub. ad Soetoo. Be iUtastr, gramm. 11 ; Cresoli. TheaJtr. 
rhet. Ill, 176 (Paris, 1630, in-S"). Les ructions des ^l^ves sappe- 
laient aussi dxpodasis, Diog. Laert. VI, xcv; VII, xxTiu, XI.1, Stabr, 
II, 295. Sx'^^^ ^ 6galement ies deux sens, celui de le^on (Poiit. VII, 
1) et celui de redaction (Diog. Laert. VII, xviii, ap. Stahr, loc. laud.). 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE I. 255 

il donne & entendre qu*il s adresse k des auditeurs ^ 
et le mot de leqon est pom* iui synonyme de celui 
d'^tude ou de science ^. Maintenant si la dialectique se 
traduit d'ordinaire dans la forme de la conversation, 
la forme de la m^thode pbilosophique doit etre au 
contraire celle du discours direct {etiT^Treiomnv). Bien 
plus, r^criture ne doit servir ici qui garder le sou- 
venir de f enseignement, Le iivre exot^rique doit etre 
en g^n^ral un dialogue , et le Iivre acroamatique une 
collection de m^moires^. A Toppositton des deux m^- 
thodes correspond f opposition encore plus trancb^e 
des deux formes. 

De tous les dialogues qu*Aristote avail composes 
suivant la m^thode dialectique, aucun ne nous est 
parvenu. Nous ne pouvons plus montrer aucun 
exemple de ce que c^tait qu'un Iivre exot^rique 
dans r^cole p^ripat^ticienne. Mais nous en avons le 
type originel dans les dialogues de Platon, G'etait le 
meme proc^de dmduction et de discussion, et le 
meme caractfere de style, sauf toutefois, on peut en 

^ Eth. Nic. I, I : Trjs 'rndXtrtxHt o^k Mtv oUetos dxpoofriis 6 p6os',., 
funaie^ ix(i^<r9rm xai avoa^fikSh, Cf. ibid, X, x. Soph, el, sub fin. : 
Aoivdy 6i» ehf ^dvreor vfwv ^ rah i^xpooftivcinf ipyov, h»tX Met IV, 
p. 66, 1. 24 : ^t yip "oepi JO^TWf Unstv ^ntpoeiftalaftivQUf, oXXa y,if 
oKo^oprag 2^nTe79. 

^ Met II, III : Al ^ axpodtrets naji li iBn <JVft€aivovmv. 

' 1r«ofi»iff*aTa; en latin commentarii. Voy. plus hant, p. 2ig.-^4)iog. 
Laert. V, xlviii : fffoitwiuiTanf kpurloreXixuv ^ Seo^pcu/Jeieov s-'. 
Athen. XIV, 654 : kpialorikns Si ^ Se6<^pa^os iv rots uvofivi^fiaat. 



Digitized by 



Googk 



256 PARTIEIIL— DELAM^TAPHYSIQUE. 
croire saint Ba&iie, les graces inimitables du modeled 
En outre Aristote, consid^rant le dialogue comme 
une expression inferieure de la philosophie , s'y ^tait 
peut-etre envelopp^ de plus de voiles et de diguise- 
ments oratoires que n'avait fait son maitre. Sans y 
cacher sa pens^e, il n*en montrait pas le fond, et les 
dogmes de la providence divine et de la vie future, 
si sombres dans ses ouvrages s^rieux, brillaient dans 
ses dialogues d'assez vives couleurs ^. 

Ainsi s'expliquent les traditions diverses que nous 
avons d'abord r^unies, qui semblaient souvent se 
contredire , et qui maintenant, plac^es dans leurvrai 
jour, s'^claireront les unes par les autres. 

Mais puisque la distinction des deux m^thodes 
nest pas tout entifere dans la forme ext^rieure, et 
qu elle repose sur une difiC^rence fondamentale , sus- 
ceptible de plus ou de moins , elle doit se retrouver 
encore entre les ouvrages, tous acroamatiques en 
apparence, qui sont arrives jusqu'i nous. Tous sont 
dans la forme du discours direct; mais ils diflferent 



\ Basil. Diod. epist cxxxv, 0pp. Ill (Paris, 1780, in-P), p. 226 : 
Kai iQv i^cadev ^iXo^6^a)v ol zoxis StttXSyovs av/ypd^^eufres, Apitf7oT^- 
Xijtf ft^i> xoi Sed^paalos^ evd^s a^rSv If^ctvTo tOv TSpayftdraif, it^ r6 
(nveiSivou iavroTs rav UXaravtxoJv )(aph(ov fi\v ivSetav. 

* Voyez 8ur la Providence le fragment rapport^ par Gic6ron, de Nat. 
deor. II, XXXVII : sur rrmmortalit6 de Tame, les renseignements que 
plusieurs auteurs nous ont transmis touchant le dialogue intitule : 
Eudkme ou de VAnie, Cicer. de Divin. I, xxv; Plut. Consol. ad Apollon. 
xx¥ii; Themist. Philop. Simplic. in lihr. de An. I, in, etc. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I. CHAPITRE I. 237 

par le sujet, et cette diff<6rence doit en commander 
une dans la m^thode. Les livres qui roulent sur ia 
dialectique n'exigent pas des demonstrations de la 
demi^re rigueur : il y suffit d'une haute vraisem- 
blance. Les Topiques et le traits des Sophismes peu- 
vent done, du moins par opposition aux Analytiques, 
prendre place dans la classe exot^rique ^ A cot^ des 
Topiques viendra se ranger ia Rh^torique, le pendant 
et le complement de la Dialectique ^. Dans la meme 
classe rentrera encore cette partie de la Physique qui 
ne d^passe gufere Tobservation des phenom^nes, et 
d^crit plus qu'elle ne d^montre : la Met^oroJogique 
et I'Histoire des animaux. 

Au contraire, la Physique proprement dite, ia Mo- 
rale, les Analytiques prisentent tous les caracteres 
acroamatiques. La Physique nous a meme ^t^ trans- 
mise sous le titre significatif de le^on, ipyoctaif . La Poli- 
tique porte la meme designation dans le catalogue de 
Diog^ne de Laerte. Nous avons d^ji vu TEthique cit^e 



' Top. 1,1, sab fin. : lLaB6\ov ^ etvew taepi tstdinav t&v etfrtiifiiveav 
Koi jav fiST^ ravra ftadrfffOfidvosv, ivi roaovjov iJiiTv Sieoplado) , S1671 'ssepl 
oC^spds ott/T^Sy rdv d»pi€ri 'k6'yov dvoSovvai 'Gtpooupo^fuQa , dXk* Saov 
v^Top tfepl aCr&v ^vXSfteda Stekdetv, ^avtek&s ixavov 'fiyo6pAvoi Karat 
rifv ^potutpivnv iUBoSov rd i^veurdou yveopiietv ovwaovv ixar/Jov au- 
xap, TtJwy, &s v&Ts<fi oppos6 h. dxpi€es, Bith. Mc. I, i, 11 ; II, vii. 

* Rket I, init. : fi ^irropixif i^iv dvtialpo^os rff Stakexjixri' dp,^6- 
repM ydp 'oepi TOto6rav ttvSv ehtv Sl xotvd xpSisov rivd dtcdvTcav Mi 
yvtdpHetVy %td Meptas imalT^pns d^ptapipns. Ibid, iv : Ofto/a ^' iaii 
id (Up vy itakexTtx^ td ik rots <ro(pt</Jtxo7s \6yots. 



Digitized by 



Googk 



238 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
par Aristot^ comme un livre philosophique. Enfin le 
sujet des Analytiques, la science de la demonstra- 
tion, est le sujet propre de Tenseignement scienti- 
fique , pnisque Vanaly tique s oppose k la dialectique 
comme la v^rit^ k ropinion. Mais il y a une science 
plus profonde que ces sciences, et dont elles ne 
forment que Tintroduction. La science de la nature, 
c'est-^-dire du domaine de la contingence , ne pent 
franchir toujours les limites de la vraisemblance et 
de ropinion\ et elle ne sait pas le secret de ses 
propres principes. La morale , dont la politique est 
Texpression la plus haute, ne d^passe pas la sage^se 
humaine, qui depend de Topinion plutot que de la 
science'-^, et qui n'a son dernier fondement que dans 
la sagesse et ia raison absolues* L'analytique suppose 
des principes dont elle n'a pas la clef, et qui veulent 
une explication superieure ^, Le dernier enseigne- 
ment qui appelle enfin le disciple dans le sanctuaire 
de la philosophie, cest la philosophic premiere, ou 
la m^taphysique. La metaphysique est la seule science 
qui m^rite , k proprement parler, le nom d'acroama- 
tique *. 

» Anal post I, xxxm. 

« Eth. Nic. VI, y. 

^ Anal post. I, n. Met, III, 44-45. 

^ Le passage suivant parait designer la M6tapbysique comme acroa- 
matiqne relativement h TAnalytique. Met. IV, iii, p. 66, 1. ^2 1 : (i<m ^* 
iyxeip(^m rGv 'keyi^oop -nvis 'mtpl riff HkuB^Utiy 6p tp6icov Set dico- 
Si^eaSat, iC dvatiewriav tow kvakimxoh towto Spwn* ^t ydp «epi 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE-I. .239 

Enfin, si Topposition des deux m^thodes est essen- 
tiellement relative, si d^ji, sous la forme scientifique 
et acroamatique , nous avons retrouv^ envelopp^e la 
dialeotique, la dialectique ne peut-elle pas p^n^trer 
quelquefois jusque dans les sciences les plus ^lev^es? 
Ne faut-ii pas que le maitre prenne ses auditeurs au 
point oi il les trouve, pour les conduire pas k pas, 
par la discussion des hypotheses contradictoires, de 
I'ignorance k la connaissance et de Topinion k la cer- 
titude? Or n est-ce pas Ik la plus haute fonction de 
la dialectique? 

La dialectique ne sert pas seulement a Texercice et a la con- 
versation; elle sert aux sciences philosophiques ; car lorsque 
nous pouvons agiter chaque question dans les deux sens con- 
traires , nous discernons plus facilement la v^rit^ et I'erreur. 
Ce n*est pas une chose d'une mediocre utility pour la philoso- 
phic que de pouvoir consid^rer a la fois et d*une m^me vue 
les consequences des deux hypotheses opposees \ Cest a la 
dialectique dVssayer ce que la philosophic doit ensuite faire 
connaitre '. 

TditwpHxeip 'tspoeitt&laiiivfws , dXka fiij axoiovta^ KvreTv.'^BibUoth. 
philos. ap. Casiri, Biblioth. Arab. Escur. I, Soy : Metaphysicorum li- 
bri XIII, acToantaiici 

* Top. I, n : Updf ^MfUHKriav xpif«fM)f ...... 'Upds ^i r^s imeC^s,... 

vpds Si tStt xara <p{ko9o^iav iin&lifi^s, Sit ittpdfJLepW ^p6s dfi^ikepti 
5i*iropff<WM p^P iv iwMoit xar&^fiBBa tdhfiii re xal rd ^evSoi. VIII, 
XIT : Up69 re yp&tnp xal tiip nctrSi ^iXocro^kp ppAp^mp x6 S6pttaBat 
(Tvpopfp xai (wvetipoaiipM rd 4^ iKonipas ervfA^yovTa tfjf^ 0«o^^e«; oC 
yitxpdp Spyapop. 

* Met. IV, p. 66, 1. 3o ; ftcrri H ^ Stakexnxii ^etpafrrtxi wepi &p ^ 
^ikoao^ia ypG^pttrtixi^. 



Digitized by 



Googk 



240 PARTIE HI.— DE LA METAPHYSIQUE. 

L'office de la dialectique est de poser et de discu- 
ter tous les probl^mes que la science devra r^soudre. 
« Le probi^me est rinterrogation dialectique qui met 
en question Time apr^s f autre les deux propositions 
contradictoires; » la philosophic r^pond k la demande 
et donne la solution ^ Or un double champ s'ouvre 
ici aux recherches de la dialectique; celui de This- 
toire et celui de la pure vraisemblance. L'histoire 
est le d^pot des opinions des sages, dont Vautorit^ 
m^rite qu*on les interroge dabord^. Mais le philo- 
sophe ne se renferme pas dans le cercle de la tra- 
dition; il Tabandonne dfes qu'il Ta ^puis^e, et se 
pose de lui-meme les probl^mes c[ui ont ^chapp^ k 
ses devanciers. Sur toute question il veut entendre, 
comme un juge Equitable avant de porter sa sen- 
tence , les parties oppos^es *. 

Telle est la double experience qui constitue dans la 

* Top, I, VIII : Itart S^ ^p6ra(Tts fiiv Sta^exrtxii ipdntfats, — VIII, 
IX : Aff^pTTfAoe i^ avXXoyicFfAds 3iotkeKTiK6s dvti^dae^s. La solution est 
9^9opia, X'&mt. Met. Ill, init..: ToU euicop9i(Ttu ^Xofiivots ^poUpyou 
r6 iuLKOp^tJot KOik&s. 

' Met, I, p. 4i, 1. 1-, XIII, p. aSg, 1. i. de An. I, ii. 

' Met, in, p. 4o, 1. 17 : (><Ta re 'oepl a'ij&v vireiXif^aer/ ttves, xkv 
e/ Ti X^P^^ ro^wf iMy^dvuf ^ape^pafiivov.,, £71 3k ^iktiov dvdyxri 
iXtiP 'nfp6f x6 xptvcu t6p ^awep dintSixow xeU r&v dii^te€nTo6vTow X6- 
ytav dxyixo^ra ^dvrav. Gicer. de Fin. V, ly : Ab Aristotele de singulis 
rebus in utramque partem dicendi exercitatio est instituta , ut non 
contra omnia semper, sicut Arcesiias, diceret, et tamen ut in omni- 
bus rebus quicquid ex utraque parte dici posset expromeret. Cf. de 
Orat. III. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE I. 241 

philosophic i'^i^ment exot^rique. C'est cet ^i^ment 
qui forme dans les grands ouvrages d'Aristote ces 
longues introductions dont il remplit des livres en- 
tiers^ Mais cest encore dans la M^taphysique que 
nous en trouvons le type le plus complet. La philo- 
sophic dans la m^taphysique atteint son apogee; c est 
1^ que la dialectique doit expirer, mais apr^s s'etre 
61evee aussi k sa plus haute puissance. L'histoire , la 
tradition, I'opinion, ce sont ici les doctrines fonda- 
mentales des plus grands philosophes; les questions 
sont les plus ardues que Tesprit puisse concevoir. Ce 
n'^tait pas trop d'un livre pour Thistoire (P livre) , 
et d'un autre livre pour le doute et la discussion di- 
recte des problfcmes (III* livre). La dialectique r^u- 
nit ses forces et concentre tons ses moyens. Ailleurs 
Aristote diss^mine souvent les questions pour les 
r^soudre k mesure et s^par^ment ; ici il les rassemhle 
et en forme un corps ^; il fait le tour de la science 
tout entifere, et avant dy p^n^trer I'investit et la 



^ kvopieu, ditopi^tiaTaL^ Siavopiou, ^atcopi^^tana. Met. p. 64, 1. 3; 
p. 211, 1. 2a; p. 261, 1. i4; p. 196, L 4; p. aSg, L 82; p. 287, 
1. 23. De iln. I, II. Anal, post, II, viii, sub fin. Eudem. ap. Simplic. in 
Phys. f* 1 9 a : £x®' ^^ ^^''^ toQjo dvoplav iSoDreptxi^v, Simplic. ibid, 
f* 1 8 b : i<TOOS Si Srt 1) i^ kxetrepa dvopla toy XAyw i^aneptfti^ rts ^», 
ats iMhifids ^m, iiakeKTtxij fuik'kov o^aa. On sait qu'Eud^me fut, de 
tons les disciples d'Aristote, le plus fidMe au langage comme k la doc- 
trine de son maitre. — Poet, xviii : T(i Hcadev, Texposition de la tra- 
g6die, rintroduction , par opposition h ra iaaOev. 

' Voyez plushaut, p. 92. 

16 



Digitized by 



Googk 



242 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
presse d'une argumentation en r^gle. — Mais s'il y a 
entrela phUosophie et la dialectique une opposition 
qui se prononce davantage a mesure qu elles se rap- 
prochent, iiy en a une autre bien plus profonde en- 
core entre la sophistique et la philosophic. La dia- 
lectique se distingue de celle-ci, mais lui sert 
dauxiliaire; elle marche en avant et prepare les 
voies : la sophistique est im ennemi k combattre, un 
adversaire k r^futer. Or la refutation ne depend d au- 
cune science en particulier; elle constitue un art 
special qui relive de la dialecticpie. Cest done i la 
dialectique que la philosophic coinmettra le soin de 
repousser Tattaque des sophistes contre le premier 
principe de la certitude scientifique et la rfegle de la 
v^riti^ Ce combat remplit le IV" livre de la M^ta- 
physique , qui achfeve Tintroduction comme le-trait6 
des Sophismes achive les Topiques. Le champ de- 
meure libre alors a Tenseignement, h la doctrine, 
k la philosophic positive. 

Gependant r^l^ment exot^rique ne s'arrete pas en- 
core ik. Dans chaque recherche particulifere, le phi- 

^ Met. IV, p. 6d, 1- 22 sqq. Soph, el. xi : Tpdvot (dv o^v slatv oSroi 

To^Touv Koi S^vaaSeu jaiha tsotetp, ou ;i^aXeir^y Ueiv if y^ ^epi tSLs 
'Ufpordaeis (lidoSos dvatrav i)(et javrfiv rfiv ^etapiav, Etk. End. I, viii : 
£<rri fUv oZv t6 Siourxoveiv tstepl rat^Ti?; Tfjg S6Snf Mpas is Starpt^s 
xai tSl taroXXo^ 'Xoytxonipas i^ dvdyxns' ol ydp dfxa dvatpejtKoi re xcii 
Kotvol Xdyof xar* oCSeydav ehiv ^Xkriv iviaTi^p.mv, On verra plus bas 
que "Xaytxanipas 6quivaut k itaXexuxiis,. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I. CHAPITRE I. 245 

losophe commence par des g6n6ralit6s qui servent de 
prelude; ces g^n^ralit^s sont encore au point de 
vue du dehors et de i'apparence; eiies ne touchent 
pas k Tint^rieur des choses. La question m^me de 
i'existence relive de la seule dialectique; car c'est une 
interrogation qui ne veut d'autre n^ponse que oui ou 
non. Tun des deux termes de la contradiction ^ Ainsi 
« avant de rechercher, dit Aristote dans sa Physique, 
quelle est la nature du temps, U convient d'examiner 
par les considerations exot^riques si le temps est ou 
n est pas ^. » Retranchons de la phUosophie piu»e toute 
discussion, sinon toute assertion , sur Texistence r^elle 
de son objet (to 077); retranchons-en toute partie ne- 
gative et critique ; retranchons-en toute g^n^ralit^ qui 
ne va pas au fond; il ne reste que la question de la 
cause ou de Tessence (to «ftoTi, to ti). Or ^essence 
pure, Tobjet propre de la metaphysique, n'est acces- 
sible , dans la m^taphysique elle-m6me , qu'i Imtui- 
tion immediate de I'esprit ^. 

Ainsi vient se terminer, dans le livre acroamatique 
par excellence , Tantagonisme des deux m^thodes. La 
dialectique s'est ^lev^e graduellement , de science en 
science et de livre en livre, en se dipouillant de sa 

* Top, Vin, ti : iffxt ykp '&p6rciung iiakexTixii fsp6s ijv iaxtv dito- 
xpivaoBat poiij oii. 

* Phys, IV, X : TLpokov ii xe^Sf fyet Staisopri<rou ^epl at/rot/ xai' iiSt 
Tciv iZorsepixSh \6yw>^ tsdrepov t&v Sptuv iarh if iSh ftif 6vj(av, eh a 

' Mel. XII, IX. De An. Ill, vi. Voyez plus has. 

16. 



Digitized by 



Googk 



244 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
forme propre, jusquau seuil de la philosophie pre- 
miere; elle le franchit encorfe, et ne vient expirer 
qu'i cette limite extreme qui s^pare Tid^e de Tetre, 
la science de Tobjet » et sur les demiers confins de 
rintuition intellectuelie. 



CHAPITRE II. 

Division des ouvrages d'Aristote relativement k ia mati^re. 
Classification des sciences pbilosophiques. 



La division calibre que nous venons d'examiner 
et d*appliquer aux ouvrages d'Aristote , est fondle sur 
une consideration de forme; car la m^thode, sur la- 
quelie elle repose en derni^re analyse , et dont la forme 
littiraire est Texpression , n'est elle-meme autre chose 
que la forme de la science. Nous nous transportons 
maintenant k un point de vue different : de ]a forme 
nous passons k la matifere. Comment Aristote classe- 
t-il ses ouvrages par rapport aux choses dont il y 
traite? en d'autres termes, comment classe-t-U les 
sciences? Quel est, par consequent , ie rang de la m^- 
tapliysique et le role qu'elle doit jouer dans la philo- 
sophie ? Tel est le sujet de notre pr^sente recherche. 

L*ecole de Platon partageait gen^ralement la philo- 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE II. 245 

sophie en trois membres : diaiectique, physique et 
morale. On a cm trouver dans deux passages d*Aris- 
tote la preuve qu*il adoptait cette division, en substi- 
tuant avec X^nocrate, au nom de diaiectique, celui 
de logique. Dans les Topiques, en effet, ildiviseles 
propositions en trois esp^ces : propositions morales , 
logiques et physiques ^ ; dans ies secondes Analy tiques , 
il oppose aux recherches qui dependent de Tanaly- 
tique sur la nature et les diffi&rents degr^s de la science , 
celles qui appartiennent k la physique et k la morale^. 
Dans le second de ces deux passages , il ne s'agit , 
comme on voit, que du partage d'une question parti- 
culifere entre plusieurs sciences auxquelles elle se rap- 
porte en mSme temps. Le premier membre de la di- 
vision quil exprime ne r^pond pas exactement, au 
moins dans les termes , au premier membre de ia di- 
vision donn^e dans les Topiques. Mais si celle-ci est 
complete, elle doit le contenir, et I'andytique doit 
etre identique avec la logicpie d'Aristote ou du moins 
en faire partie. Est-fl done vrai que la division ^non- 
c^e dans le passage des Topiques doive etre consi- 
dir^e comme une division compile de la philo- 
sophic? 

^ Top, I, XIV : Al fUv y^ ^BikoH tspordcets ship, al Si (pvmxal, al 
^ Xoytxai, 

' Anal, post, I, xxxiii : TSt ii XoticA ^Ss Set SiaveTfiou ivi te havoiaf 
xtU voS xai im&lT^ftns xat rix^vs xoi ^povifiatws xoi frofias, r^ lUv ^- 
mxiif, T^ ii i^dtxHs Q^apias ftaX'X6v i&liv. 



Digitized by 



Googk 



246 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 

Sans parler des math^matiques, qu'ailleurs ArUtote 
met express^ment au nombre des sciences phiioso- 
phiques, que deviendrait, dans cette hypoth^se, la 
m^taphysique? n faudrait done la &ire rentrer dans la 
logique, comme dans une classe plus g^n^rale, c est- 
k-dxre dans un genre plus 61ev6. Cette consequence, 
que Ton a du tirer\ se concilierait mad avec ies r^sul- 
tats de notre pr^cWent chapitre, ou la philosophie 
premiere nous est apparue comme une science su- 
p^rieure, au moins par sa m^thode, k toute ee^^e 
de logique. Ce serait une contradiction difficile k 
comprendre. Mais une critique attentive du passage 
en question nous conduira peut*etre k une interpre- 
tation qui mettra Aristote mieux d'accord avec lui- 
meme. 

Dans ce passage, il ne s'agit, de Taveu d' Aristote, 
que d'une division superficiejle des propositions 2. 
Les Topiques ne comportent pas, nous Tavons dijk 
vu, I'exactitude et la profondeur philosophiques; U 
ne s'agit que dune division convenable k la nature 
et aux besoins de la dialectique. Aristote ne pretend 
pas y comprendre toutes les propositions possibles ; 
il a exclu prialablement « toutes celles dont la 
preuve serait trop pris ou trop loin, et qui se trou- 
veraient par consequent au-dessus ou au-dessous de 

^ Par exemple Ritter, Hist, de la Philosophie, trad. fir. t. Ill, p. 54* 
* Top. loc. laud. : £<r7i S* ths rimp 'eepiXaSetv x&v 'mpQvdtreoip nai r&v 
'mpo^Xrffid'rojv ^ipri rpia. Al fUp yd,p i\Owai, k.t. X. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE 11. 247 

la sphere propre de f ai^umentation ^ » A ce double 
titre, il fallait exdure et les math^matiques et la m^- 
taphysique; en elFet les Topiques n'o&ent pas un 
seul probl^me emprunt^ k la premiere ni k la seconde 
de ces deux sciences. H est done impossible de les 
envelopper Tune et Tautre dans le premier membre 
dWe division dont Aristote les a exclues k dessein. 
Bien plus, les propositions Ic^ques dont il parle 
n'embrassent pas, k beaucoup prfes, tout ce que Ton 
entend en g^n^ral par Logique dans la philosophie 
modeme. Le mot de logitfue n est jamais pris subs- 
tantivement par Aristote, comme le nomd'une science 
ou d*un art; c'est toujours une epitbite quil applique 
k im certain point de vue, k un certain degr^ de la 
science. Ce point de vue, ce degr6, c'est celui de la 
g^n^ralit^ ind^terminee, qui ne va pas au coeur du 
sujet, mais y conduit sans y p^n^trer. La preuve lo- 
gique est la preuve de vraisemblance; les considera- 
tions hgiqnes sont ceUes que Ton emprunte aux de- 
hors de la question, et qui ne doivent servir que 
de pr^minaires; en un mot le terme de logique est 
presque partout un synonyme de celui de dialectique^ 

> Ibid. I, XI : (Mk H &v tr^veyyvs H dvSSet^ts, M* &p X/ay ^ssSppta* 
Tfli \Uv yS^p o4x Sxjst duopiap, rSi ik nekeioo ^ xarSi yvfiva&ltxi^v. 

* Anal, post, II, viii : A.(yytx6s miXkoyt^fids , le syHogisme qui d6- 
monfare {'essence d^ane chose d^une mani^re ext^rieure et superficielle, 
et non pas ix t&v iiia>v, ce qui serait impossible, puisque Tessence 
n'est pas susceptible d^une veritable demonstration. De Gen. anim. II, 
Yiii : l<Teos Si ftaXkop &v S6Seiev dvdSeiSn elvai 'taidavi^ loh eiptiftivcav 



Digitized by VjOOQIC 



248 PARTIE IIL— DE LA Ml^TAPHYSIQUE. 
et par consequent d'exotSrujue ^. Ainsi la partie logique 
de la philosophie ne contient pas Tanalytique, comme 
on Ta suppose ; elle ne lui est pas mSme identique; 
elle sy oppose comme Topinion i la v^rite, la proba- 
bility k la science ^; elle sy oppose comme Tinftrieur 
au sup^rieur : comment pourrait-elle contenir la m^- 
taphysiqueP 

Elle la contiendrait sans doute dans le syst^me de 
Platon, oil la dialectique est la science la plus eiev^e 
comme la plus g^nerale. Mais le langage du disciple 
n'est plus celui du maitre. £st-ce entre les deux phi- 

Xoyixif . Aiyo^ ik 'koytniiv SiSt rovro, 6rt 6a(ip KtSSkov ftoXXov^ ^oppofripat 
roSv oUelonf i&liv ap'/Sv, Koyinhv comme itakexlixbif s^oppose k oIksJop 
et est synonyme de xaBSXov futXXov. Pfys. VIII, viii : Oh (dv oUp dp 
w c^ olxelotg 'Sftal&iffete 'k&yois, oSrot xad rotourol jipig eimp' "koytx&s 
^' ivtffxoTtoiJm'.,., hi 3i xai ix.tSvSe ^anepop xa$<SXov fxaXXov. Ibid. Ill, 
▼ : Ka66\ov il fifmOTS (ioXXw... \oyixok. Etk, Nic. VI, II, V : T^ Xoyi- 
oTtxdp synonyme de t6 ioSoi&7ix6p, PoUt, III, ix : Aoyou x^P<v oppos^ k 
ikifdis. Met. XIII, y : Aoytx^epoi 'k6yoi opposes k dxpt€ia1epot, comme 
xoipdp, qui s'emploie pour \oyixdp (Eih. Entd, I, viii) , s'oppose k ixpt- 
€i</larop [Polit.Wl.vi). 

* Voyez le chapitre pr6c6dent. — Les considerations logiques 
6baochent les questions-lMet. VII, IV, p. iSa, 1. 1 1 : Kai ^pohop ehcih 
fup Spta 'oepl «t?Totf "koytxSk, Comme ibid. Ill, p. i3o, i. ii : I'voru- 
icuaemipots 'opShop, et 1. 26 : Ti;7r^ elpjiircu. Remarquons en outre Ta- 
nalogie de ce touriixp^ot^ eho^fup ipta avec celui de plusieurs passages 
rdatifs aux i^ooreptxol X6yot. Voyez plnshaut, p. 326, a3i. De Gen. 
anim. II, yiii : \6yos xaQSkov "khv xai xsp6s; Eih, End, I. vi : AXXo- 
rpiovs "kf^ovs T7f$ 'Opayfieneias xcU xtpfy&s, kXk^rptop, qui s^oppose k 
oixeTov, r^pond tr^bien k iSfimeptx6p. 

* JnaL post. I, xxi, xxu : A.oytxSk oppos^ k dpaXtnixSs, comme ail- 
leurs StaXexuxSk. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE II. 249 

losophes une simple question de mots, etpom: diQI&<- 
rer dans Textension qu'ils donnent k tm mSme terme, 
s'accordent-ils sm* le fond? toujours est-il qu'ils dif- 
ferent dans leur classification. Mais d^j^ on pent en- 
trevoir une raison plus s6rieuse de diff(6rence qu*un 
changement arbitraire de terminologie. Le point de 
vue dialectique est le point de vue logique, et celui-ci 
le point de vue de la g^n^ralite. Dans une doctrine 
oil les principes universels sont les id^es, la dialec* 
tique devait etre une science, et la premiere des 
sciences. Elle devait descendre de ce haut rang dans 
r^cole p^ripat^ticienne, qui regarde les g^n^rdit^s 
comme le premier degre de la philosophic , et pre- 
tend entrer plus avant dans la r^aiit^. La dialectique 
s'est ^lev^e avec Tid^alisme ; elle s'abaisse avec lui. 
Gependant il faut avouer que la division donn^e 
dans les Topiques conserve quelque apparence d une 
division complete. Par cela meme que T^l^ment lo- 
gique ne constitue pas une science k part, il reprend 
Tuniversalit^, il embrasse tout le dotiaine de la phi- 
losophic ^. Mais il Tembrasse sans y p^n^trer; il a 

^ La dialecti({ue a toate Textensioii et runiversalit^ de la philoso- 
phie premiere. Met. IV, p. 64, 1. aa; cf. ibid. Ill, p. Ait 1> 35; Anal, 
post. I, zi. Voy. plus bas. — En outre, dans la Rhdtorique, les mots 
de lo^ne et dialectupie ont encore quelquefois un sens un pen plus 
large que leur sens propre : la connaissance du syllogisme en g^n6ral 
y est rapporUe k la dialectique, et le syllogisme en g^n^ral y est ap- 
pel6, par opposition auz formes de la rh^torique, 'koytx^s ovXXo^Krfu}^. 
Bhet.l,i. 



Digitized by 



Googk 



250 PARTIE III.— DJE LA METAPHYSIQUE. 
toute r^tendue, ii a aussi tout ie vide de la dialec- 
tique ^ 

Nous amvons maintenant k la veritable division 
p^ripat^ticienne des sciences phHosophiques , k celle 
qu'Aristote reproduit partout et jusque dans les To- 
piques , toutes les fois qu'il s'agit dWe classification 
s^rieuse. — H y * ^^^^ modes possibles du d^velop- 
pement dun etre intelligent : savoir, agir et faire ; la 
science , la pratique et Tart. Sciences de la produc- 
tion, de Taction et de la speculation, sciences pod- 
tUjues, pratiques et spicnhtives , telle sera done aussi 
la triple division de la philosophic 2. 

Les sciences po^tiques et pratiques ont pour ob- 
jet ce qui peiit etre autrenient qu'il n'est, ct qui, par 
cons6c[uent, depend plus ou moins de la volenti. Les 
sciences spiculatives ont pour objet ce qui est n^es- 
saire, au moins dans ses principes, et que la volont^ 
ne pent pas changer. — Mais Tart ne se confond pas 
non plus avec la pratique; car il a sa fin dans une 
chose plac^e en dehors de Tagent, et ou celui-ci doit 
r^aliser sa volont^ : la fin de la pratique est dans 

^ Ket^^ etc. Sur la force de cette expression appliqa6e au point de 
vue logique et dialectiqne, voy. le livre suivant. 

* Top. Vm, I. JBtfc. mc. VI, V. Met. VI, p. 12a, L 2; XI, p. 226, 
i. 23. Souvent Aristote ne divise qu'en 'orpaxTixi) et ^«a»pnTlXTf (ibid. II, 
p. 36, 1. 16); c^est cette division quindicpent, dans la Consolation de 
Boece (M. i54o, p. 892) , le H et le O brod6s sur la robe de la pbilo- 
sophie. TitEe [de Ami. 0pp. ser. et dist. p. 1 4) se trompe en interpr6tant 
le n par isoiriiifti^ : cf. Boetb. in Porphyr. p. 2 , 3. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE 11. 251 

le vouloir mdme et Taction int^rieure de Tagent^ 
Maintenant ces trois parties de la philosophie sont- 
eiles ind^pendantes les unes des autres, ou s*enchai- 
nent-elles au contraire d*une mani&re d^termin^e par 
leur nature mdme? II est ^dent d'abord qu*il y a un 
ordre entre ces trois parties dans le d^veloppement 
historique de ia connaissance et de i'enseignement. 
Ge que Ton connait le mieux, c*est ce que fon a fait : 
la science po^tique doit Mre le premier sujet de notre 
^de. La science pratique exige une maturity et une 
reflexion sup^rieures; mais elle est plus facile encore 
et plus daire que la speculation, oji f obscurity aug- 
mente en raison de ia profondeur. Po^tique, pratique, 
speculation, voil^ done Tordre chronologique ^. Mais 
d'un autre cot^, la science po^tique a son principe 
dans la science pratique; car Tart se propose un but, 
une &i, et la science pratique est la sdence des fins'. 
A son tour, la pratique n'a son principe que dans la 
sp^cidation; car si la raison pratique determine le 
but , c'est d'abord la pens^e qui le con^oit *. De la 
sorte, la science speculative est ia prenufere dans 
Tordre scientifique; la pratique vient cnsuite, et au 
dernier rang la poitique. L'ordre logique et I'ordre 

» E(fc.JVu?. VI,ii,V;Afa^n.JJfor.I,xxxiv. 
« Eik. Nic. I, i;n, li; Eih. End. I, i; iMet. I, p. 5,1. ai. 
' Eik. Nie. VI, II : Atfnr yAp (i^ -erpoxTiiM^) xd rif^ tsotvuxiff ^px,et' 
ipexa yAp tou 'sroiei «& 6 tsoiMv, xai tri rSkos dwkSf, ikJA ^pds rl xtd 

* £<fc.iWc.VI.i,im. 



Digitized by 



Googk 



252 PARTIE III.— DE LA M^TAPHigSIQUE. 
histdrique sont done ici en sens contraires Tun de 
Tautre. 

Des grandes divisions descendons avec Aristote 
aux divisions subordonn^es; nous devrons y voir de 
plus prfes ies relations intimes des diflEirents degr^s de 
ia science, et leur rapport commun avec ie point 
le plus 6ie\6 vers iequel tendent toutes nos re- 
cherches. 

Dans ia sdence poStique , nous distinguons d*abord 
ia po^tique proprement dite ou throne de ia po^sie; 
ensuite la rli^torique, en troisifeme lieu la dialec- 
tique. La po6sie , qui tient de si pr^s k la musique , 
rentre k peine dans la sphere de la philosophic ^ ; la 
rh^torique est encore un art {lix^*^ p»7oecKji); la dia- 
lectique est im art et une m6thode ^; elle est Imstru- 
ment, Torgane de la philosophic^. Quant k Tanaly- 
tique , ce n'est plus un art de trouver et de construire 
Ies raisonnements, c est une science, la science du syl- 
logisme et de la demonstration; ce n'est pas une m^- 
thode, un instrument, et, k proprement paiier, le 

» Polit Vin, VII. 

, * Les ^edoStx^ d'Aristote traitaient probablement de la dialectique 
(Bhet. I, ii). Gependant le mot (lidoSos a an sens plus large que celui 
de methode; Aristote Tapplique aux arts, aux Sciences po^tiques en g6- 
n^ral. Bhet. I , i , ii ; 'Eth. Nw. I , i. 

' Top, Vni, xrv : TLp6s re yvwtiv xa} rifv xarA ^iXotro^iav ^pStnjcnv 
rd S^vaaOjou avvop^p xo^ OMv&apaniveu tA d<f^ ixaripas avfi€aivopra rrif 
^oBiiJSM9 oC iuxp6v Spyapov, Ibid. I, xin : Tel ^ Spyava h* &v eCvopt^- 
aofiev r&v (TvXXoyt(Tfi6h xalr&v ivayfj^yQv^ Ml Tirrapa, x. t. >. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE II. 255 

nom d*op)«ror ne lui convient plus ^ ; c'est la forme plu- 
tot que le moyen de la science. Quelle est maintenant, 
des trois sciences po^tiques , celle qui vient la pre- 
miere dans le temps? La po^tique proprement dite, 
qui s*associe k la musique dans T^ducation de la jeur 
nesse. Apr^s la po^tique, la rh^torique qui Temporte 
sur la dialectique en clart^ populaire, comme Tenthy- 
m^me sur le syllc^sme et I'exemple sur Tinduction ^. 
Mais pour avoir Tordre de la science, il faut renver- 
ser I'ordre du temps. La dialectique est logiquement 
ant^rieure k la rh^torique : renthym^me ri'est qu'une 
lintiitation du syllogisme dialectique, et Texemple une 
limitation de Tinduction. La dialectique est le tout 
dont la rWtorique n est quune partie '. La rh^to- 
rique, k son tour, a le pas sur la po^tique, puisque 
c est de la rh^torique que d^coulent la connaissance 
du vraisemblable , objet de Timitation po^tique, et 
les principes g^n^raux de la persuasion. 

^ Bhet. I, II : Uepl oC3ev6s yAp &pt<j{iivo\t oCieripa at/TtSi; (sc. viff 
StOLkexTtxffs xai rrif priToptxifs) i</ltv imali^ftrf, ak'XSt iwdfiets ttvks rov 
'vophtu "XAyouf, La dialectique et la rb^orique sont plusieurs fois ap- 
pel^es des iwdftetf. Gf. Top, init Soph, el. xxxiii. Je ne m^anrdte ni k la 
division vulgaire qui compose YOrganum des Categories, du traits de 
llnterpr^tation* des Analytiques, desTopiques et du traits des So- 
phismes, ni k celle d'Ammonius et de Simplicius qui placent dans les 
dpyaptxd ( 3* membre de leur classification en Q^afprfrtx^', ^paxrtxA et 
opyavtx^) ces diffi^rents ouvrages joints k la Po^tique et ^ la Rb^to- 
rique. 

* Rhet. 1, 1. 

' Ibid. II : Itt/lt ySip ft6pt6v rt Jijs hakexTtxfff xai dftoUfiui, 



Digitized by 



Googk 



254 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 

Entre la philosophie de Tart et la philosophie des 
choses hiunaines, il ny a pas seulement le rapport 
general qui subordonne la premiere k la seconde : 
celle-ci a des relations sp^ciales avec chacune des 
parties de celle-1^; la poeticpie se rattache k la prar 
tique non moins imm^diatement qak la rh^torique, 
et la rh^torique en depend tout aussi bien que de la 
dialectique ^ Mais la philosophie des choses hu- 
maines ^ a aussi des parties, et elle en a trois conune 
la philosophie de Tart : sciences du gouvemement de 
rindividu, de la familie et de I'^tat, morale, £cono- 
mique et politique. Dans Tordre du temps, la morale 
vient la premiere et la politique la demi^re; car si 
la science pratique en g^n^ral veut une experience 
dont Tart peut mieux se passer, T^conomique en de- 
mande plus que la morale, et davantage encore la poli- 
tique ^ ; r^tat est une plus grande chose que la &mille, 
la familie que Tindividu; or c est par la connaissance 
du plus petit qu*on arrive k celle du plus grand ^. Mais 

1 Poet, yi : ToCto ^ Ml (H 3td»oia) t6 Xi>eiy ^poaOeu rSi ip6pTa xai 
rSt dpiuirroma, &K€p M %Qp "kAywf tiM ^mokmn^s xed pnropixfis ipyoy 
i</llv. Bbet, I, u : Cli/le avftSaivei rifv (nrroptxiip cJop tarapa^u^ n riif 
SictXexTiKfjs efpcu xai trif isrepi r^ 4di| tarpayfcareiotf, Up iixau6p i</1i typoo<- 
ayvp$6etp taroXiTunfy. Gf. Etk. Nic. I, i. 

* Eth. Nic» X, X : fi wpl rii ivBpdnsipa ^tkoao^h. 

' Ibid. I, r^Ma^Mpr, I, i; Earn, I, i : AjfXov Srt ^p^pop yepiaa 
i( oinopo\uxii ^oTaxtmi Mtp> Polit. I, ni : kpayxeSop *espi oixopofdas 
eineiv vp6Tepop' taraaa yStp wSihs ii oixtSh a^xttreu. 

^ OEcon. I, I : TLp&rop iv tois ikayif/Jots if p&ois ixdalou Q-eo^petrcu, 
Polit. I, III. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE II. 255 

prenons la science en elie-meme; sa marche est toute 
contraire. Si i etat ne pent etre sans des families, et les 
families sans des individus, d'mi autre cot^ Thoname 
a*a sa perfection et par consequent son principe mo- 
ral que dans la famille, et en d^fmitive dans fi^tat dont 
ii est citoyen; en sorte que dans Tordre logique f^tat 
est ant^rieur k la &m01e, et la famille k Imdividu, la 
politique ^r^conomique et f^conomique k la morale ^ 
Bien plus, la politique nest pas seulement le vrai 
principe des deux autres sciences pratiques; elle en 
est le tout, et les enveloppe comme le tout ses par- 
ties. ttSelon moi, dit Aristote, le vrai nom de toute 
la science pratique n'est pas le nom de morale, mais 
de politique ^. » Ce point de vue ^tait aussi , comme 
on sait, celui de Platon ; e'est le point de vue de toute 
Tantiquit^ grecque. 

La politique embrasse done toute la philosophie 
de la vie humaine; mais, non plus que Tart, elle ne 
se suffit pas k elle-meme, et il faut qu'elle tire son 
principe d'un ordre supirieur de sciences, Le bieu le 
plus eiev6 auquel lliomme puisse atteindre, la £61i- 
cite , la fin derni^re de la vie morale , est Fexercice 
de la pens^e pure; toutes les vertus r^unies ne sont 

* Eih. Nic, VI, IX ; tero^^ oCk iaii rd a^oO eS dveu olxovoidas oC3^ dpeu 
'Wfiki'^ehi. PoUi. I, ii.: Ufukepop ^ if ^dvc tsrJXt^ i) oinh iiai ^xaaxas 
ii^tSv i<rrtv, 

^ Magn. Mor. 1 , i : Td d' ^ov xal riiv ivoivvfjJav Stxaioin 3oKeT iv (lot 
ij(etv "fi 'Opayfiareia ovx i^Otxiiv oXXa aaroXtrtxifv. Rhet. I , ii. Polit. I, ii : 
Td yStp ^ov fgp6xepov elvou tou ftipovs. 



Digitized by 



Googk 



256 PARTIE III.— DE LA MJfeTAPHYSIQUE. 
que des moyens pour preparer k la pens^e le loisir 
dont elle a besoin ^. Ainsi la pratique aboutit et se 
termine k la speculation; rhumanit^ n'arrive k sa per- 
fection que dans cette vie sublime de la pens^e , qui 
n est plus humaine ; c'est ie complement et tout en- 
semble la limite de sa sagesse. Or c'est \k qaon entre 
dans la sphere de la veritable science; la po^tique 
et la pratique m^ritent k peine ce nom : car il n'y 
suffit pas de la connaissance et de la demonstration. 
L action ne pent pas rester dans la generality des 
formules; elle va au particulier, qui est la realite, et 
des lors elle rencontre k chaque pas I'accident, que 
la theorie n'a pu prevoir, et oil Tagent viendrait 
echouer, si Thabitude, en lui faisant de Tart et de la 
vertu une seconde nature , n'avait fait venir Tinstinct 
au secours de la science^. En ces matieres, od la 
connaissance n'est pas le but et n est que le moyen 
d*une action, la theorie n est jamais qu'une approxi- 
mation , dont il ne faut pas attendre une rigueur et 
une certitude parfaites '. II n y a de veritable science 
que la theorie non pas de ce que Ton doit faire, 
mais de ce qui est, que la science dont le but n*est 
pas une action dependante k la fois de Tarbitraire du 
sujet et du hasard des circonstances exterieures, mais 
la seide verite, qui trouve dans la conniaissance sa fin 

* Magn, Mot. I , xxxiv ; Eih, Nic. X» vii. y 

* Eih. iVic.I, ii;II, II. 

* Magn. Mor, I, xxxnr; Elk. Nic. II, i. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE II. 257 

comme son principe, et qui se renferme dans la par- 
tie theor^tique de f dme et dans la speculation ^ 

Gependant la science speculative ne fonne pas 
non plus un tout indivisible; eUe se partage comme 
les sciences pratique et po^tique en trois regions dis- 
tinctes : physique, math^matiques et philosophic pre* 
mi^re ou th^ologie ^. 

La physique est la science de la nature , oji il y a 
de la mati^re, et par consequent du mouvement. 
Les mathematiques sont la science des nombres et 
des figures, independamment du mouvement et de 
la matifere. La philosophic premifere est la science 
de la cause immobile du mouvement, du principe 
immateriel du monde ^. La philosophic premiere 
vient la dernifere dans Tenseignement philosophique : 
ce n*est qu'aprfes avoir traverse les apparences et les 
relations auxquelles s'arretent lesir sciences inferieures 
que Ton pent s eiever jusqu'i letre absolu, source 
invisible des phenomenes*. Qu eHe soit, en revanche, 
au premier rang dans Tordre de la deduction scienti- 
fique, son nom Tindique assez; et comment la science 
du premier principe ne serait-elle pas la premifere ? 
Mais dans quel ordre se succedent les deux auttes par- 

VJ»fet.I,ii;E<fc.i«c. VI,V. 
> Jllet.VI,p. 123,1. i; XI, p. 226,1. 19. 

» Met,\l, p. 123, 1. 2; XI, p. 218. i. 10; p. 219, 1. 5; p. 226, 
I. 3o. 

* Met. XII, p. 25o, 1. 1 ; XIII, inil.; p. 286, i. 20. 

'7 



Digitized by 



Googk 



258 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
ties de la speculation? lei la question nest pas aussi 
simple que pour les sciences pratique et po6tique; 
il y a deux points de vue d'oii Aristote semble la r^- 
soudre tour k tour dans deux sens opposes. II &ut I'y 
suivre et s'y placer successivement avec lui. 

Au premier abord, les math^matiques semblent 
avoir sur la physique une ^vidente superiority. La 
physique ne considfere que des phenom&nes dont 
elle est forc^e de demander les lois aux mathema- 
tiques; elle ne voit que le fait : les math^matiques 
donnent la raison du fait; la musique ne s explique 
que par farithmetique, Toptique par la g^om^trie, 
Fastronomie par la ster^ometrie ^ Tandis que les 
sdences physiques chancellent dans un monde de 
mouvement, oii Taccident intervient sans cesse et 
trouble rexp^rience, le^ mathematiques sont assises 
dans rimmobile et rimmuable. Le monde physique 
est un monde de corps perceptibles aux seuls sens, 
sujets k la corruption et k la mort ou du moins au 
changement; le monde mathematique est un monde 
incorporel, inteUigible, eterneP. La physique fidt 
son etude de natures complexes dont les elements 
echappent k Tanaiyse logique. Les objets des mathe- 

^ Anal, post. I, xiii : fiyrauOa y&p id lUv &tt 1&9 aiaBnnxch eMvm, 
t6 Sk 3i6rt TOP ftadviurnxOv ,,. t6 (ih ydtp (kt fuatxou eHipcU', th Si St6it 
omixwy H. T.X. Gf. ibid. xnr. 

* Anal. post. I, xxtii; de CceL II, t, thi, xii; Met. II, iii; XI, vii; 
XIII, III. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I, CHAPITRE IL 259 

matiques sont simples, et d*autant plus simples que 
les math^matiques sont plus pures. Or Inexactitude 
et la rigueur d une science sont en raison directe de 
la simplicity de son objet. Les math^matiques sont 
done les sciences exactes par excellence ^ elles n eoi- 
pruntent rien a Topinion, elles ne sortent pas de la 
demonstration; elles pr^sentent le type le plus parfait 
de la methode scientifique ^. Mais ces avantages de- 
pendent d*une condition qui les compense tous, et qui 
suffit pour rendre k la physique la superiority ; c*est 
que les objets des math^matiques sont des abstrac- 
tion£^ sans existence r^elle. Les objets de la physique 
sont des etres meles de mati^re, H est vrai, chan- 
geants et perissables, mais ce sont des etres; ceux 
des mathematiques ne sont que des accidents : ce ne 
sont pas des substances dun ordre superieur aux 
substances qui toonbent sous nos sens; ce sont des 
attributs de celles-ci. Le mathen^aticien abstrait de 
la r^alite les qualit^s sensibles, objets de la physique, 
et se reserve seulement Teiement intelligible de la 
quantity discrete et continue ^. Mais , pour conside- 
rer k part la quantity, il ne peut pas faire qu'elie 

^ Met, XIII, p. a 6 4, 1. i5 : 6<r^ ^ itv wspi «poTipa)t» rf y^cp mI 
dic\(MariptJP, to<w}t^ imXXov fyet i^ iitpi^i§, I, p. 7, i. 5 : XxptSifna- 

dxpt^iarepou Toiv ix isfpoadiaeoos "kaitSavofiivcav, olov dptQfiriTaiif yeofic- 
. Tp/«. Cf. VI, p. 121,1. i4;II,ni. 
^ And. post I, I, XIV. 
^ Met. XI, p. 217, 1. 26 : 6 fiadvfiaTtxds ^epl taI e| d^aipiae^s r^iv 

'7- 



Digitized by 



Googk 



260 PARTIE III— DE LA METAPHYSIQUE. 
subsiste k part; il ne peut pas convertir une distinc- 
tion logique en une separation r^elle, et son abstrac- 
tion demeure toujours abstraction ^. 

n n est done pas vrai que, d*une mani^re absolue, 
la physique ait sa raison dans les math^matiques , et 
que, oil elle ne trouve que le fait, celies-ci donnent 
la cause. Les math^matiques ne connaissent que des 
formes , et c'est de 1^ que viennent leur universality 
et leur necessity ^. Elies ne peuvent done foumir que 
des raisons formelles, exterieures, qui ne vont pas 
au fond et au principe; elles donnent la mesure des 
ph^nom^nes, mais non pas leur cause efficiente : la 
cause reside dans la nature intime , dans la quality 
essentielle que la gi^om^trie ni Tarithmi^tique ne sau- 
raient atteindre. La physique a done plus de r^a- 
lit^, plus d'fetre que les math^matiques *. Or le point 
de vue de Tfitre est le point de vue le plus ^ev6, 
auquel doit etre subordonn^e toute autre consid^ra- 

Qtoifpiw laroierroi* wepteX^v ydtp vdvra rSi atadfirSi Q-eoipel, olov ^dpos 
xai xou(p6rnra xtd o-xXnp<JTT?Ta xal ToCpavriov, ht Si xai O'epiidrnra xad 
yff%tj(ip6viiTa xai rSis oXX^; aladnr^ ivavriAffeiSy {udvov 3i xarakeivet t6 
«off^ xai avvexj^s. 

^ Phys, II, II : JUpl Tourap phf o^v vpaypaTeCercu xai 6 (tadifiunt- 
x6f, dXX' oux, $ pttmxoG trt&ftaxof vtipai huunov o^ik rd. avii€e€jix6Ta 
3«fl0pc7 f roto&rotg cZm av\k€iSiixtr did xai x^p/{et* x^pitfTc^ yeip r^ 
Mijfftt xiyifore^ ioTi. Met. XI, p. 21 3, 1. i : l^ptardv ySip a^wv ov- 
dip. De An. 1,1. 

* Anal. post. I, xiii : Ta ySip ftadifjutara ^tepl et3n icnip' oC ydip xaO' 
^oxuiUpov Ttp6s. 

» J|fetXII,p. 25i,l. i5. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I. CHAPITRE II. 261 

tion. Le caractire Eminent de la philosophie premiere 
n'est point qu'elle est la science des axiomes g^n^- 
raux auxquels toute connaissance est soumise, mais 
qu*elie est la science de Tetre absolu ^ La physique 
viendra done imm^diatement aprfes elle dans Tordre 
de dignity, puisqiie la physique roule encore sur 
letre : elle sera la seconde philosophie ^. Dans le 
temps, eUe est I'ant^c^dent de la philosophie pre- 
miere, et celle-ci en recoit le nom de mdtapkysi(iue , 
c*est-^-dire science qui suit la physique. Les mathd- 
matiques viennent au troisi^me rang , mais par con- 
sequent au premier Echelon du d^veloppement histo- 
rique de i'intelligence humaine.La jeunesse, Tenfance 
meme est propre k ces Etudes; pour la physique, 
science d' experience, il faut de la maturity ^; la m^- 
taphysique veut des esprits achev^s, des intelligences 
parvenues au terme de leur deveioppemeiit. 

Gependant les mathematiques et la physique ne 
demeurent pas dans une opposition qui les tienne 
toujours ^alement eioign^es; elles se rapprochent 
dans I'astronomie. Ici Tei^ment materiel n*a plus son 

^ Met. XI, p. 226, 1. ai : Bikxtarov fUv oZv to t«9v Q'eotpnrtxaw 
ivtaniyMV yivos, rotJrwv ik evixSp ij reXevTo/a 'ke^d$7<ra' tarepi rd rtfu^ 
mov ydp iart t&p Svrav, VI, p. i23, 1. 1 1. 

* Aewripa (piXo<To(pia. Met. VII, p. 1 52, L 6. Cf. IV, p. 66, i. 21; 
VI, p. 123,1. 20. 

' Eih. Nic, VI, IX : Tout' dv rts axi^^cuxo, itSi t/ ^1^ luxBmiiaTtxds \dp 
mui yivott* kv, a6<poi 3' ^ ^<nx6s od* ^ Srt tSl ^p St* a^pice6s 
itntv, rSv S* at dpj(al ii i^itetpias. 



Digitized by 



Googk 



262 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
insaisissable variability; fl n*est plus sujet k la mort 
ni k Tait^ration, nii la d^croissance, le mouvement 
simple dans f espace, est le seul qui lui reste ; c'est 
une r6alit6 presque madi^matique. Aussi la science 
du ciel ou du monde est-eUe, aux yeux d'Aristote, 
la plus voisine de la science de Dieu \ et pourtant 
il est impossible qu*elle ait jamais la patfaite ligueur 
des math^maticpies pures. 

Platen, en essayant de d^terminef la hi^rarchie 
des sciences, n'avait pas h^it^ k donner le milieu aux 
math6matiques, entre la physique et la dialectique ^. 
A ses yeux , la reflexion et le raisonnement Tempor- 
tent de beaucoup sur ies sens, la logique sur f expe- 
rience, les relations ^temelles et n^cessaires des 
figures et des nombres sur les apparences et les 
vaines ombres des choses contingentes. Aristote ne 
fait pas si bon march^ de la r^lit^; il connait le prix 
de la science, mais k la science fl pr^ftre encore 
I'etre. La nature n'est plus pour lui un fantome et 
une illusion, mais une tendance, un mouvement 
continu vers une existence de plus en plus parfaite. 
L'apparence, cest la forme ditach^e de soo sujet, la 
quantity abstraite, la mesure sans la chose mesur^e, 

* Met XII, p. 25i, I. 12 : £x Tff; olxetmdrns <piko<To(plas toh (taBn- 
fiartx&v imarnfuh Set <txovsTv, ix tiis wrrpoXoylas. Cf. de Pari. an. I , 
v; de CcbI. II, iii,'xii. 

* Rep. VI, p. 509 sqq.; VII, p. 533 sqq. 11 appelait les objets des 
math6matiques mojens (to^ fiera^) entre les choses sensibles et les 
id^es; voy. plus has. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE I. CHAPITRE II. 265 

la notion sans Tobjet. Gette forme abstraite , qu'exai- 
tait le platonisme, nest point Tetre, n*est pas mSme 
le passs^e & T^tre, mais ibien un id^ai qui n*est rien 
s'il n'est pas rempli, une pure possibility. De la pos- 
sibility k Texistence il y a encore 1,'intenn^aire du 
mouvement. Tels sont les trois moments auxquels 
doivent r^pondre dans le meme ordre, selon les prin- 
cipes les plus ^l^mentaires de la doctrine p^ripat^ti- 
cienne, les math^matiqiies, la physique et la th^o- 
logic. 

En arrivant k la thiologie , on sort encore une fois 
du mouvement et de la matiire , mais pour entrer 
dans Texistence absolue. L'^l^ment de la difE^rence 
et du changement s'6vanouit, non plus dans la sim- 
plicity factice d*une abstraction , mais dans la simpli- 
city de f ^tre qui est ^tre tout entier, et tout entier 
par soi-meme. Ge n*est plus une espice de I'etre, mais 
bien I'etre d'une mani^re absolue \ qui ^chappe k 
toute relation et ne depend de rien. Aussi, tandis que 
les autres sciences sp^culatives sont entre elles dans 
une d^pendance r^ciproque, la m^taphysique seule, 
n*ayant besoin ni d*une mati&re ni dune forme i^tran- 
g^re , est d*une ind^pendance absolue. 

Toutes les sciences, au contraire, dependent de 
cette science sup^rieure. Par quelque c6t6 qu'on 
prenne la physique , soit par le mouvement , soit par 

* Met. IV, I; VI, I, VII, 1; IX, in. : Uepl iih tor! TSpfSncas Svtos, k. 



Digitized by 



Googk 



264 PARTIE III.— DE LA MlfeXAPHYSIQUE. 
le principe intirieiir du mouvement, c'est^i-dire par 
I'dme, c'est k la m^taphysique qu'ii appartient de f ex- 
pliquer; car de la m^taphysique seule relive la con- 
naissance et de la cause immobile du mouvement ^, 
et de cette partie immortelle et divine de rUme qui 
donne Tintelligence et la vie ^. Les math^matiques 
ont besoin d*une donnee, d'une mati^re, dont eUes 
d^veloppent les propii^Us : les propri^t^s seules sont 
de leiu* domaine; la connaissance de la mati^re ma- 
th^matique relive de la m^taphysique ^. Si nous 
descendons aux sciences pratiques, c*est encore la 
m^taphysique que nous y retrouvons comme leur 
principe imm^diat. Gar la speculation qui constitue, 
comme nous favons vu, la f^licit^ supreme, fin de 
la vie morale ou politique, n'est point la connais- 
sance, Texereice de l^tellig^ice en g6n6ral, cest 
faction de la partie divine de Time dans Fintuition 
directe de Tessence ^. Enfin c'est sur la metaphysique 
seule que s'appuie la premiere des sciences po^tiques: 
la dialectique et la metaphysique se touchent de si 
pris, qu'elles semblent par fois, i une vue superfi- 
cielle, se confondre Time avec Fautre^. Quant k Ta- 
nalytique, que Ton pourrait ^tre tent^ de placer sur 

» Met. XII, I. 

* Met. VI, p. 122, L 32. 
» JMet.XI,p. 2i3,l. 4. 

* Elh. Nic. VI, vii; Met XII, p. 249, 1 1. 
^ Voy. plus baut. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE 1, CHAPITRE II. 265 

ia limite, ce n'est pas un art, nous Tavons d^j^ dit, 
ni mdme une sdence k part, cpioique Aristote pa- 
raisse, en certains endroits, ne pas lui refiiser ce 
titre^; c'est piutot la forme de la science; mais des 
qu'eUe est prise comme une science, & titre de th^o- 
rie abstraite du raisonnement et de la definition, cest 
encore dans la m^taphysique qu*il faut en chercher 
les principes et Texplication definitive ^. 

Ainsi la m^taphysique n'est pas seulement au faite 
de la plus eiev^e des trois parties de la science, eUe 
forme la limite oil aboutit et s^ach^ve chacune des 
deux autres. E31e leur est k toutes trois comme un 
axe commun autour duquel elles s*6chelonnent , 
comme une tige puissante qui produit et supporte 
toutes les branches de la connaissance , qui les ali- 
mente de sa substance, et qui porte encore au-des- 
sus d'elles la majesty de sa cime. Uetre qu*elle a pour 
objet nest pas seulement le premier des Stres, mais 
cet etre absolu qui contient tout le reste : la m^taphy- 
sique n est done pas non plus une science , une phi- 
losophic, mais la science, la philosophie ,elle-meme '; 
la physique, les math^matiques, la pratique. Tart, ne 
sont, on pent le dire, que ses parties*, et si elle est, 

^ Met XI, p. a 1 3, 1. 7 : Trfs (ivtan^iins) axoirouoi?^ tysp2 d'K63st' 
i,ti&9 re xai iictfm^iins, 
» Met, IV, p. 66, 1. 27; VII, p. i53 , 1. 6. 

* Met XI, p. 218, 1. 10, etc. 

* Met, XL p. 2 19, 1. 9 : Aid xoi rwirnv (riiv ^mtiiiv) xeti rilv fiadv 



Digitized by 



Googk 



266 PARTIE in.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
au sens propre, ]a premiere philosophic, elle est, en 
Tine deception plus large et non moins l^time, la 
philosophic tout entiire. 

(untxiiv imani^v fUfm rffs oto^ias eheu ^eriov, Gf. lY, p. 61, i. i^ 
^ p. 62,1. 27. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE 11, CHAPITRE I. 367 



UVRE II. 

HISTOIBB DB LA MBTAPBTSIQDK D'APHis ABISIOTB. 



CHAPITRE I. 

loniens, PyihagoricieDS, ^^tes, Sophistes, Socrate. 

La premiere philosophie, la premiere pour rim 
portance et pour la dignity, tel est Tid^al dont nous 
devoDs trouver la realisation dans la m^taphysique. 
Aristote en a tout determine par lui-meme , la ma- 
tifere comme la forme, sans recoiuir k fautorit^ de 
ses devanciers; il lui a imaging, comme k une science 
nouvelle, un titre nouveau, celui de philosophie 
premiere, et il semble qu'il pr^tende en constniire 
de ses seules mains le syst^me tout entier. 

Mais navait-on pas cherch6 aussi avant Aristote 
une science des premiers principes? n*avait-on pas 
cru d^oouvrir avant lui la vraie philosophie? n*y a-t-il 
done k ces pretentions aucun fondement, et tant d'ef- 
forts ont-ils &ti entiirement vains? Peut-etre la m^- 
taphysique existe-t-elle dans la science du pass^, 



Digitized by 



Googk 



268 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
sous d'autres formes et d'autres noms; peut-etre du 
moins y a-t-eile son germe et ses origines ? Ceia vaut la 
peine d'etre recherche. Et Aristote n'a-t-il pas lui-meme 
^rig^ en pr^cepte Texpirience historique, et fait de la 
critique Tant^c^dent n^cessaire de la doctrine et de 
Tehseignement? L'histoire, dans son livre, priScfede 
done toujours la th^orie, et c est dans cet ordre seul 
par consequent que nous pouvons faire connaitre et 
appr^cier la Metaphysique. Au lieu de nous placer 
d'abord et sans preparation au coeur de la philoso- 
phic p^ripateticienne , nous Taborderons par le de- 
hors, et nous y entrerons pas k pas par le chemin 
que son auteur nous trace. Nous aliens done suivre 
avec Aristote la marche de la phflosophie premiere 
jusqu'au point oii il Ta prise pour la porter plus 
loin. On pourra, si nous ne nous, trompons, appr^- 
cier di]k, sur ces preiiminaires, la surety de son ju- 
gement, la force de sa critique et la hauteur de ses 
vues. . 

Le premier regard de la philosophic se porta sur 
le mbnde sensible; elle fut d'abord une philosophie 
de la nature. La physique, nous favons vu tout A 
rheure, pr^cfede dans le temps la metaphysique, der- 
nier fruit de la pensee. Le premier principe oil Ton 
chercha la cause de toutes les choses de la nature fut 
le principe materiel, ce dont tout vient par la nais- 
sance, et ou tout retourne par la moii;, le sujet im- 
perissable des accidents et des modifications; c'est 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II. CHAPITRE I. 269 

danis la substance seule qu*on crut d'abord trouver la 
cause, et dans la substance corporelle^ Mais dans 
cette unit6 du point de vue g^n^ral, se manifeste 
tout d'abord une opposition profonde qui dominera , 
sous diff^rentes formes, lliistoire enti^re de la philo- 
sophic. Une partie des systfemes produits par les pre- 
miers efforts de la speculation ne reconnait pour 
principe qu'une seule mati^re, un seul ^l^ment; les 
autres comptent plusieurs principes, plusieurs ele- 
ments differents et contraires. Pour les uns, tons les 
phenom^nes sexpliquent par les transformations, la 
dilatation ou la condensation de I'eiement primordial; 
seulement cet element se raffine et se subtilise, avec 
le temps et le progr^s de fabstraction , de Thal^s k 
Anaximene et Diogtoe d'Apoilonie, d*Anaximene et 
Diog^ne k Heraclite; c'est dabord I'eau, puis Tair, 
puis le feu , le feu vivant et anim^. Dans les autres 
syst^mes, dans ceux d'Anaximandre, d*Anaxagore et 
d'Empedocle, le monde provient dun melange ou les 
principes opposes coexistaient de toute eternite^; il 
ny a point de transformation du contraire au con- 

^ Met. I. p. 10, 1. 4 sqq. 

* Pkjrs. Ij Vfi &§ 3* ol ^mxoi \iyottffi, ^tJo rp6itot ehlv ol ^Uv yStp 

h TOiiJooirreff xd 6v trSifia rd Hnoxeiyiepop, 4i r&v rpteSv rt ^ ik\o 

xtKka yemf&ai wxp^jt xai fiavtkiiTt moXXa moiovvres, Tavra S* iarlv 
ivaanla'.,. ol ^ ix roO &v6s ivoCaas rSts ivamlorinras ixxplveaSoi, Sa- 
Ttep k»a&pavip6s tpnm xai Saot d' iv xai 'aokkd ^amv eheu, 6i<raep £fft- 
veioxkag xai kvaiay6pas' ix rot? \dy\UL'tos ykp xai ovrot ixxptvovm 
TdOXa. Cf. ibid, vi; Met, I, p. 1 1, 1. 7 sqq.; XII, p. a4i, 1. 5. 



Digitized by 



Googk 



270 PARTIE III— DE LA Ml&TAPHYSIQUE. 
traire. de naissanoe ni de mort, de changement de 
quality et de nature; il n'y a que reunion et separa- 
tion, changement de figure et de distances r^cipro- 
ques, c*est-^-dire changement exterieur et m^canique 
de position et de relation mutuelle dans Tespace ^. 

Gependant dans la physique m^canique commence 
k se faire jour Tid^e de la cause ^, et du sein de la 
nature se d^gage tout k coup T^l^ent m^taphysique. 
Tandis que ses contemporains s'^garent dans lobs- 
curit^ de leurs cosmogonies mat^riali&tes, un seul 
honune a remarqu6 dans le monde Tordre et la 
beaut^ I et y a reconnu Tceuvre de f intelligence : 
Anaxagore pose enfin k Torigine des choses la pensee 
souveraine, Timmortelle et immat^rielle rsdson. Cest 
de ce moment aussi que la raison semble se faire 
entendre pour la. premiere fois, et la sagesse com- 
mencer'. Ches Emp^ode se prononce la distinction 
du bieii et du mal ^, et au-dessus du point de vue de 
Vordre s'^&ve le point de vue de la morality. Mais 
ee ne sont encore ]^ que des ^lans sans suite et sans 
hdeine ; Emp^docle et Anaxagore retombent bientot 
au monde des corps et du mouvement, et aux hypo- 
theses d^une physique st^rUe. 

^ Met I, p. 25, 1. ii; p. ii» 1. 21 ; p. i4, L i8. Phys, I, IT, 
Till; de Gen, et corr. I, i, ii. 

* Jlfei. I, p. 11-12. 

' Ibid. p. i3f 1. 1 : Olov v^^otp i^vm tvap' eixff 'kiyovroa rous v!p6- 

* Ibid. 1. i8. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE I. 271 

Avec EmpMocle, la physique a pouss^ jusqu'au 
bout rid^e de Topposition des ^l^ments mat^rieis. II 
ne lui reste plus, pour atteindre le dernier p^riode 
de la th^orie m^caniste, quun pas k faire, et ce pas 
la ramine k Tunit^ de principe ^ Les atomistes r^* 
solvent les ^l^ments en une infinite de parties homo- 
genes, dont les diff<£rences seules sont les causes de 
toutes choses; mais ces difi!irences ne sont plus des 
qusdit^s intrins^ques, oppos^es entre elles, c*est la 
forme, Tordre et la position, trois accidents purement 
e&t^rieurs et relatifs. A I'^l^ment primitif de Thal^s et 
de son ^cole , succ^de Tabstraction du corps ^ divis^ 
k rinfini dans le vide de Tespace. La mati^re k la- 
queUe les sens s'attachaient, recule devant eux dans 
la region des origines oil la pens^e seule pourrait at- 
teindre^, et s'enfonoe dans une nuit impenetrable, 

Gependant Tesprit speculatif s'^tait engag^ aiUeurs 
et depuis longtemps dans une recherche d un ordre 
plus eiev^. En Italie, chez les Pyfhagoriciens, ii pour- 
suivait Tessence des choses, et il essay ait Tinstrument 
legitime de la science , la definition ^. La m^taphy- 
sique avait done reconnu son vrai but, et trouv^ sa 
route? Mais f ^cole italique ne songe encore qu'i la 

^ lfat.I,p.i5,1.8;VIII,p. 166,1. i3. 

' Phjs. Ill, IV : A.M t6 xotv^» a&ita ^mwv iarip &pi)ck> fteyiBet 

' Met, IV, p. 77. Cf. Sext. Empir. adv. Mathem, VII, p. i63. Laert 

IX XLIT, XLV, 

* U€t I, p. 19, i. aa. 



Digitized by 



Googk 



272 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
nature, elle n'aspire gahre ette-meme, ayec ses prin- 
cipes incorporeb en apparence, qak expliquer le 
monde sensible. Dans ses essais imparfaits de defi- 
nition, elle prend pour Tessence le nombre; mais 
eile ne £iit du nombre qu*une mati&re, dont elle 
compose les r^alit^s ^. o Son principe semblait propre, 
dit Aristote, & porter k ce qu*il y a de plus haut parmi 
les ^es, et elle n'en fait usage que dans les limites 
de Tesostence visible. » EUe a de la m^physique 
une inspiration secrete; son intention, sa yolont^ ne 
dipassent pas la physique \ Bien plus, la th^orie py- 
thagorid^uie n'est qu*une forme mafli^matique d'a- 
tomisme. E31e r^sout les corps en nombres, les 
nombres en unites, derniers principes de T^ten- 
due, et elles-mSmes ^tendues^ Ne sont-ce pas ik 
les atomes de D^mocrite^? Remontons aux principes 

^ Ibid. p. 16, i. 33 : Tdtf api^fior poiiiiovres dpx^^ ^^^^ *^ ^ IfXnv 
toif cZai xa2 As ttiBn te xat ^ets, P. 17, 1 36 : ^xeun 9 &s iv ifXrts 
dlcf tA oTOfx^bt TdiTT€ir ix TO&retv yStp As ivvwa^6ino»» avpeardpeu 
nai rnnXdoBat faai n^ ouaiaaf. XIV<» p. 298, 1. 2 : T^ 'moish ^ dpiB- 
ItiStp tA (pvmx^t trAiuna, x. t. X. Gf. XIII, p. 379, 1. 1 1. 

* Ibid. I, p. 36, 1. 38 : AioX^orreu fidprot xai ^payitaredoprau tnivra 

mtpi ^6c90is &s oftoXoyoSpres rots ^l^Xots (pftmokAyms , S^ t6 yz dp 

ToCrr' iffttp 600P ala6nr6p iatt nai mtpidkn^ep 6 xako^ftepos oCpeipSff' 
xSts 9 alrias xai r^ ^X^> Aavep ditoitep, btetpSts Xiyownp iwe»alSlipcu 
xat M tSl dpvripa rSh 6pwp, xai fcoXXoy ^ rots «epi ^ocaw Xdyots 
ip\umoi6aas. Gf. XIY , p. 3oo« 1. 1 3 . 

* Ibid. Xin, p. 371, 1. 16 : T«^ (loptiias ihcokajiSdpoump i^up lUye- 
Bos. Ibid. 1. 5o; p. 279, 1. i3. 

* De An, I , nr : Ac^lcie ^ itp oiOip ita^ipetp fiopdSas Xfyei » 1^ atb- 
(lena fuxpd. De Ccd. Ill, it (en pariant des atonristes) : Tftdvop ydp 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE I. 275 

les plus ^n^raux de la philosophie italique; nous y 
retrouvons encore , cooime dans ies origines de Ta- 
tomisme ionien, Tid^e de Topposition des principes 
et de la combinaison m^canique des contraires : le 
monde partage entre la lumi^re et les t^n^bres, le 
bien et le mal , et jusque dans le sein de Tunit^ , 
source premiere de tout le reste, la contradiction du 
pair et de Timpair, de Tinfini et du fini ^ 

Les El^ates s'enferment dans lunit^. Ce n'est plus 
lunit^ de mati^re des premiers physiciens, la subs- 
tance d'ou se d^veloppent les ph^nom^nes , c'est Tu- 
niti de Tetre, hors duquel il ny a rien, et qui de- 
meure ^terneiiement immobile dans son identity. La 
nature , livr^e au combat de principes contraires qui 
se melent et se s^parent. «ans changer, nest plus 
qu'une'apparence, objet de l^opinion incertaine ; la 
raison ne reconnait que Tunit^ absolue^. La physique 
se trouve done enfin rabaiss^e au-dessous du pre- 
mier rang; la pens^e semble prendre son essor et 
s' Clever droit k Tessence ^temelie, objet de la m^ta- 
physique'. Mais Tetre des El^ates n est quune abs- 
traction dont la m^taphysique ne pent se contenter. 

ttva xai oSrot ^dvra ra 6vja ^otovatv dptdfioifs xa< ef dpidf/MV nal ydp 
ti fii) aa^m SriXovatp, 6\ims tovto ^oCkovjai "kiyetv, 

* Mrf. I, p. 17; p. 19,1. i3. 

« Ibid. p. 18. 

' De CcbL III, I : Ou ^aikSs ye Set vofiiaau "kiyetv rd ydp elvou dTtct 
j&v SvTtov dyivvta xai dXoas dxivrfra (idtk'X6v i&liv eripas nal 'mpoxipat 
if tffs (^otHifS ffx^e6>$. 

18 



Digitized by 



Googk 



274 PARTIEIIL— DELAM^TAPHYSIQUE. 
Fini ou infiai , que cet etre soit Tuiiit^ d'une forme 
rationnelle, comme dans Parm^nide, ou, comme 
chez Melissus, celle dune mati^re et d'un sujet ind^- 
termine \ ce n est toujours que le r^sultat illusoire 
d'une sterile analyse, quiabsorbe la r^alit^ dans une 
g^n^ralit^ logique ^. 

Tous ces systimes , k Texception peut-etre du py- 
thagorisme, viennent se rencbntrer au bord d'un 
abime commun, la negation de la science. Geux qui 
ont soup9onn^ quelque chose de sup^rieur k la ma- 
tiire et au mouvement, i'ont renvoy^ trop loin au 
del^ de ce monde , et hors de ia port^e de Tintelli- 
gence htimaine. 11 ne leur reste k tous que le monde 
des phenom^nes et le jugement douteux de Topi- 
nion ^. Dans la th^orie de lunit^ de principe, la subs- 
tance, en s'^purantet se subtilisant de plus en plus, 
s'est dissip^e en quelque sorte dans ses propres ma- 
nifestations : le feu vivant d'H^raclite n est plus qu*un 
mouvement sans repos, d*une rapidity insaisissable; 
tout change et passe , tout s'iconle; telle est la formule 
oji H^raclite depose , peut-etre k son insu , le germe 
du scepticisme ^. Dans les syst^mes qui reconnaissent 

* Met I, p. 18, 1. 11 : napfieW^i?; \ikv yAp iotxt tov uar^ t6v ^6- 
yov kvbi Mza^m, VL&Aoaos ^ roO xatd^ rilp HXriv ^t6 xai 6 ftiv we- 
vepatritivov, 6 ^ iistip6v ^atv elvou aCT6, 

* Ibid. XIV, p. 294, 1. 12. Pfys. I, I. 
' Jlf«t.IV,p. 78,1. 25, 

* Ibid. p. 67, 1. 16; p. 79, 1. 6; p. 85, 1. 2; XI, p. 220, \. 21; 
p. 223, 1. i5. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II. CHAPITRE I. 275 

plusieiirs principes, la certitude de la connaissance 
nest pas mieux assur^e, et on pent d^duire le 
scepticisme de Thypothfese qui leur sert de fonde- 
ment^ comme une consequence irresistible. Si les 
principes sont des contraires qui existent ensemble 
et mel^s les uns avec les autres, tout est k la fois 
blanc et noir, grand et petit, plein et vide; les con- 
tradictoires peuvent etre afiBrm^s k la fois d une meme 
chose; le vrai se confond avec le faux^. Par conse- 
quent, plus de rk^e de jugement , hormis une seule, 
Tapparence. La sensation individuelle est la seule 
science possible : Vhomme est la mesnre de tout Telle 
est la conclusion proclam^e par Protagoras. Jusqu'a- 
lors du moins la philosophic avait cherche la v^rite 
et esp^re Tatteindre : la sophistique y renonce for- 
mellement et ne slnquifete plus que de la renommee 
et du gain. La pens^e et la parole ne sont pour elle 
qu'un moyen de se procurer ie plaisir; ia volonte 
philosophique, la moralite a disparu^. 

La phflosophie p^rit dans le monde corporel oii 
elle s'est renfermee; dans cette region de mouve- 
ment et de contradiction, elle na pas pu trouver 
un point ferme et immiiable, un principe incon- 
testable ou se reposer. R^duite k la sensation, k la 

' Met. IV, p. 76,1. aS. 

* Ibid. p. 64, i. 39 : ^laipipet [H ^tkoao^ia),., trig ^^ (^Vf oo^Kni- 
K^s] ToCf jS/ow T^ wpoeupiffst, Cf. Rhet. I , i. Soph. el. i : 6 tro^ttrtiis ^pr}- 



8. 



Digitized by 



Googk 



276 PARTIE III.— DE LA MEITAPHYSIQUE. 
representation fugitive de ph^nom^nes sans reality, 
elie s'^tait abim^e, apris de longs et inutiles efforts, 
dans un scepticisme universel. Ce rf^tait plus desor- 
mais dans la nature que Ton pouvait esperer de trou- 
ver ce pjrincipe de Constance et d'uniformiti dont la 
science ne saurait se passer; ia physique semblait k 
bout. Mais la physique avait pens^ entrained la mo- 
rale daris sa mine; cest de la morale que vint ie 
salut. Socrate ^tablit son point de depart dans la con- 
sideration du juste et de Tinjuste, des vertus et des 
vices, du bien et du mal; abandonnant la recherche 
d'une explication gin^rale des phteom^nes naturels, 
il s'attacha k T^thique, et ii y d^couvrit ie veritable 
. objet de la science, ind^pendant de la sensation, c est- 
i-dire Tuniversel. fl Ie d^couvrit, en outre, par un 
procede g^niral et imiforme, par lemploi m^tho- 
dique de Tinduction et de la definition. Avant lui 
on avait compart les semblables et raisonn^ par ana- 
logic; avant lui, les Pythagoriciens et les Atomistes 
avaient essay^ de d^finir. Mais il fut Ie premier qui 
se servit d'une m^thode constante et r^flichie, et qui 
donna k la science la conscience d'elle-menae ^ 
Mais Socrate ne pretendait-il qu'i donner a la 

^ Met XIII, p. a 66, 1. 5 : YMKpdtws ik 'orepi t^s ifdtx^s dpetSts 
'Opa/fxaTevofiivov xcd ^epl loiiroov opiievBeu KaBSkov inrovtnos ^pc&rov 
[rcSv ftkv y^p ^aixSv ivl fuxpdv ^rffuinpnos if^aro (iSvov xal ^pharS 
^a>s TO Q-epfiov xal to ^^y^piv oi ^k 'lhjQay6petot ^p6repov tsepi T<vfi?t> 
oklytav, x.r^. I, p. 20, 1^ 8. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE I. 277 

science line forme scientifique, et ny cherchait-il 
pas en meme temps la verity des choses? U ne vou- 
iait pas seulement s Clever k des notions g^n^raies, 
ii vouiait les appliquer par le caisonnement et la de- 
monstration; or la demonstration a son principe dans 
i essence des choses. C^tait done Tessence qu'il pour- 
suivait, et s*il s attachait en toutes choses k Tuniver- 
sel, c'itait pour Tessence qu'ii y croyait contenue?. 
11 cherchait, comme avant lui les Pythagoriciens, le 
veritable objet de la m^taphysique; mais il le chercha 
aussi sans Tatteindre. L'^coie italique avait plac6 Tes- 
sence dans les nombres; ii la fit consister dans les 
gen^ralit^s , c'est-i-dire dans des genres ou dans des 
attributs contraires d^pourvus de r^alite. La dialec- 
tique ^tait jemie et encore faible; elle ne pouvait pas 
separer Tetre des formes oppos^es par lesquelles il se 
manifeste, eile ne pouvait pas meme avoir la raison 
de Tunit^ de la science qui considfere i la fois les con- 
traires 2. Incapable de dominer les oppositions ni d'en 

' Met. XIII, p. 366, 1. 12: "kxeivos &uik6y6JS ijiirei t6 t/ icnr SvXXo- 
yiietrBat yap iii^er dp^il 3i r&v avXkoytcrfi65v td ri i<nt. 

^ Ibid. 1. 1 4 : AiaXexTixi) ydip i<T^i^s o^iro) j6t* ^v, Stne Si^vaadau xoti 
X'^P^s rov t/ itrrt TcenavT/a ii»<rxove7v, xai wv ivatnioiv si i^ etCtii im- 
onfftTy. — Selon M. Rotscher, ce jugement ne porterait que sur ia m6- 
thode piatonicienne; Aristote donnerait k entendre que Socrate 5*6- 
tail arrets aux g^n^ralit^s de Tabstraction reflexive , oil les oppositions 
sent encore li6es k un sujet r6el, tandis que Platon les en rendit in- 
d^pendantes et les consid^ra en elles-memes (Aristophanes und sein 
Zeitalter; Berlin, 1827, in-8"). Cette interpretation est celle de Hegel 



Digitized by 



Googk 



278 PARTIE IlL— DE LA METAPHYSIQUE. 
d^couvrir le fondement et le iien int^rieur, elle s'y 
arrete comme k la substance m^me des choses. Dans la 
morale socratique, commence k se r^v^ler cet amour 
des abstractions, ce penchant excessif k tout reduire 
aux id^es. Les vertus, pour Socrate, sont tout enti^res 
dans leur notion, et les savoir, c'est les pratiquer^. II 
m^connait dans Tame humaine le principe naturel de 
Taction, de la passion et des affections^. II croit que 
rien nest en vain, il parait soupconner que le monde 
marche k una fin raisonnable; mais il lui manque le 
sentiment de la r^alit^ de ce mouvement, et de la 
r^aliti en g^n^ral '. 11 voit tout dans f immobility de 
fid^al et de la forme logique. 

II n y a gufere, en definitive, que deux choses dont 

(Werke, XIV] *, M. Brandis en a fait voir la fiiusset6 [GmndUmen der 
Lekre des Socrates, Rhein. Mns. 1827). Le t/ iart n'est point dans le 
langage d'Arlstote, comme M. Rotscher Ta pens6, la r6alit6 sensible 
SQJette anx contraires, mais i'essence qui leur est sup^rieare. Selon 
Aristote, la dialectique en g^^rd, chez Platon comme chez Socrate, 
a m^connu Tessence en la faisant consister dans les contraires, et 
ce n'est que chez Aristote lui-m^me qu elle a su se borner k la con- 
sideration des oppositions abstraites, pour laisser celle de Tessence 
k la m^taphysique. Gf. Syrian, in Met. XIII, BiU. reg. Paris, cod. reg. 
1893, rSi a. 

^ Magn. Mor. I, xxxv : ^dtntotp eheu vi]v dperifp "kdyovs, Eih. Ead. 
1,1: ^st' elvM rikos to yivt&<Txetp rifp apenfy... iift(fr4ftas yh^ ^et* 
ehcu tAs dperds, Cf. Magn. Mor. I, ix; Eth. Nic. VII, in. 

• Magn. Mor. I, i. 

' Ibid. : Oi7x opdSs Si o^ 6 Xoaxpdrrts imoHftas htoiu tat dperdf 
inelvos ydp ovSiv jkro Seiv fjuiritv ehou, iu Si 70S ids dpptks intoH- 
ftas ehat (TwiScuvev aOr^ tds dperds fmrifv ehar x.t.X. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 279 

la philosophie doive savouer redevable k Socrate, 
rinduction et la definition , deux choses relatives au 
commencement de la science ^ Une m^thode, telle 
est la meillem*e part de Th^ritage qu'il laisse apr^s 
lui; c'est celle que, de tous ses disciples, le seul 
Platon a su recueillir, et k laquelle il a donn^ une 
extension toute nouvelle. Nous pouvons done passer 
ai^iec Aristote du maitre a relive, pour consid^rer 
maintenant le mouvement g^n^ral et Tesprit de leur 
m^thode commune chez celui des deux qui Ta pous- 
sie le plus loin, et le vaste syst^me qu'elle a produit 
entre ses mains. 



CHAPITRE II. 

Platon : dialectique; th^orie des idees; th^oriedes nombres. R^sum6 
de lliistoire de la metaphysique avant Aristote. 



Tout ce que je sais, disait Socrate, c*est que je ne 
sais rien. Ce mot le peint tout entier et donne le 
secret de sa mithode. II ne nie plus, comme le so- 
phiste , que la science soit possible : il croit qu eile 
n'est pas encore; il ne le croit pas seulement, il le 

^ Met XIII, p. 266, 1. 17 :Avo yap i<mv d jis &p dvoSc^ '^KpdTet 
SiHaieos, roijs r* inoLxuxoiis \6yovs xal to opiietrBat xaBokov. 



Digitized by 



Googk 



280 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
sait; ii semble qu'il Fait entrevue dans un id^al loin- 
tain, et qu'il la compare k ia connaissance humaine 
comme une mesure qui la convainc de son n^ant. 
Avec cette ironie et ce demi-sourire qui le caract^- 
risent, il se rabaisse en apparence, dans un aveu 
h^roique, au-dessous des savants de son temps, et il 
se relfeve,.en efFet, par la conscience de sa propre 
ignorance. II ne pense meme pas que ses contem- 
porains en sachent plus que lui; tous les hommes 
sont ignorants, tous sont prfes de savoir, et celui*Ii 
seul a quelque avantage sur les autres qui s'entend 
k faire ^dore les germes caches dans leurs esprits, et 
qui se cohsacre sans orgueil k cette tache laborieuse 
et k la recherche d^sint^ress^e de la.virit^. H de- 
clare quil ne sait rien; et il interroge les autres ^ II 
slnforme aupris d'eux de ce qui lui est un sujet de 
doute, les force par ses demandes de r^veiller leurs 
souvenirs, de rappeler les id^es de Toubli et de Tobs- 
curit^ k la lumifere, den faire le d^nombrement et le 
discemement exacts, dy d^meler avec lui Tesseni^e 
des choses quelles repr^sentent. La definition, oil 
elle doit etre exprim^e, nest pas pour lui le com- 
mencement mais le r6sultat de la discussion; il en 
recueille avec son interlocuteur les dements disper 
s^s, les d^gage avec son aide dune multitude de res- 
semblances , et les r^unit par Tanalogie en une seule 

^ Soph. el. xxxiii : Aioi tovto ^^Kpdr-ns T^pAra, eSXX' ovx dissKpiveio- 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 281 

et meme notion ^ Cette notion n'est done pas ie pro- 
duit d'une reflexion personneile, Toeuvre d'un indi- 
vidu; cest I'oeuvre et ie produit des choses, le son ^ 
queiles rendent d'eiles-memes, frapp^es aii hasard 
dans la conversation , T^tincelle jaillissant du frotte- 
ment des analogies ^. 

Telle est la mithode que Socrate mettait en action , 
et dont Platon ^crivit la th^orie. Cest la m^thode dis- 
cursive ^bauch^e autrefois par Z6non, 4<mt la forme 
est le dialogue, et le nom la dialectique. Mainteriant 
si la dialectique est un moyen convenable pour con- 
fondre la vanity des sophistes, et pour rendre aux 
esprits la confiance modeste en leur force et Tamour 
de la philosophie, est-il vrai que sa puissance s'^- 
tende jusqu*i la dicouveite des premiers principes?* 
Au milieu de Topposition apparente de la nature avec 
elle-meme, et de cette contradiction d opinions qui 
en est la consequence et dont le scepticisme triomphe, 
le dialecticien interroge; mais la r^ponse peut-elle 
lui donner la v^rit^ qu'il cherche? EUe ne lui peut 
rendre qu une vraisemblance '. De quelque mani^re 
qu'ii varie et multiplie ses demandes, et quelque 

} Hat. Pheedr. p. 265 d : Eis {dav re liiav avvopStma dyetv ret 'aok- 

* Hat. Rep. FV, p. 435 a : Koi td^^a Ap iwtp' iXkrfXa axovovvres kcH 
Tp/^ovre; &<ntep ix «vpe/aw ixkiyi'^eu motifiao\iev ri^v SiKcuoa^vifv. 

'. Ancd. I, I : AiaX«xTixi| Sk (^p6Ta<7ig) tsuvdavofiivcp ftiv ipe^rrimf 
dpn^ciaecis' avWoytioiiiv^ ii Xn^i^ xov <pmvo[Uvov Koi ivS6^ov. Soph, 
el. II : £x xoiv tou aitoxptvofiivov io^av (Tv'X\oyti6(ievot. 



Digitized by 



Googk 



282 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
loin qu'il pousse Fanalyse des questions, il ne pent 
quaugmenter de plus en plus la probability, sans 
atteindre jamais la certitude absolue. II faut qu'il 
se contente, en definitive, d'une apparence et d'une 
opinion. Le but qu'il se propose est de re^rouver 
dans les existences particuliferes un Aliment de gi- 
n^ralit^, et de ramener la diversity sensible k lu- 
nite intelligible de luniversei. Mais saisit-ii bien, dans 
ses univer^nx, la nature et Tessence des" chosesP 
En s eievant de genre en genre, il s^loigne de plus 
en plus des r^alit^s, ii en perd de vue les limites 
sp^cifiques, et il en confond les differences dans une 
unite vaine. La dialectique a le droit et le pouvoir 
de ne pas se renfermer dans un genre partiel; mais 
elle n'est pas en droit et uien ne lui servirait de r^- 
duire tout i un meme genre, fl nest point de genre 
qui contienne k la fois tons les objets de la pens^e, 
toutes les categories de Texistence. La dialectique ne 
pent done pas atteindre ce supreme universe! auquel 
elle aspired Ce n'est pas k elle, mais k une toute 
autre metbode, qui! appartient de trbuver I'unite de 
Tetre et I'universaiite veritable ^. II reste, k son point 
de vue, qu'elle le sache ou non, des classes au deli 

^ Soph. el. XI : 'Nvv 3* oCx iaitv 6 3takexrtxds "tsepi yivos rt Aptcpi- 
vov, Mi ietxuKds oC3ev6s, ouSi rotoihos oTos 6 xa66\ov. O^e yap 
itntv Axeuna itf kvi rtvt yipet. Anal. post. I, xi : 6 Se dtakexxtxil ouk 
Sartv oihois ^pt&iUvwf rtv&v, tfvSi yivovs Ttv6t iwos. Chi ykp itp i^poka • 
insoSemwima ySip ovx itrnp iptnav. 

* Voyei le livre saivant. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 285 

desquelles elle ne peut remonter, qu'elle ne peut r^- 
duire, comme elle ie pretend, k un meme principe, 
et dont elle ne fait que parcourir et effleurer les som- 
mets. ¥31e discourt sur les oppositions g^n^rales qui 
soumettentles sciences les plus diif(^rentes aux memes 
formes logiques (lun et le multiple, le meme et 
I'autre, etc.); mais elle n'asseoit pas ces sciences sur 
une base communed Toute veritable science part 
d'un principe qui lui est propre , et qu*elle seule con- 
nait. Elle ne le cherche pas par interrogation, elle 
le possMe et le produit tout d'abord. Elle ne se fie 
pas, sur Tessence de son objet propre, k Topinion 
commune et k la vraisemblance , mais k une cons- 
cience certaine, k une intuition sp^ciale et directe, 
et elle en tire des demonstrations infaillibles ^. Loin 
de li, la dialectique se perd dans une vague et in- 
certaine speculation '; elle se paye de notions g^n^- 

^ Met. ni, p. 4i, 1. 33 : ILpds Si To6Tats 'Oepl ra^oH xaI Mpov nai 
Ofiolou xai dvofioiov xai ivavuSrjfros , Mil 'Bepi 'Oporipov nai 0<rt6poit 
xai tSh dfXXo^ir avdvtt^ t&v roto6xav, ^epl Sceov oi StaXtHXtxol 'mttpSv- 
rat (THOTeeTv ix rojv M6^ ft6vop ^wadfMepoi ri^w tnUr^tv, Cf. Soph. el. 
XI; Anal. post. I, xi. 

* Soph. el. XI : OiiSeyJct ri^vrt tSv Seixvw>v<TcSp nva ^mv ipoynriixij 
iartv o^ ydp Heariv dvorepovow rojv fAopiav ^Otfcu' avXkoyi<7(ids yAp 
oO yherou i^ dpJ^olv, fi ii itoLkzxTtxii ipoarrtxtxi^ iartv. E/ ^ iieixwev, 
e/ xoi ftif isiina, dXkdt xi ye ^p6ha xai xds oUeias dpx^ ^^ ^^ T^p^a- 
fn) ^tiovras ySip oCx Siv in elj(ep ef &v ht StaXi^erm 'ep6s tifp ivtrratrtv. 
Yoyez plus haul, p. 333, note 4. €f. Anafyt. post. I, ix; Soph. el. ii; 
Eik. End. I, vi, viii; Met. V, p. 89, 1. 36. ^ 

' Soph. el. XI : Hare ^dvepop Srt ouSev6f &pio\Upou ii ^etpatniMit 
iman^fin iarip. Rhet, I, i : O^Seyn&s imav^p.rfs d^eopitrfiipufs. 



Digitized by 



Googk 



284 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
raies qui ne representent jamais que ies dehors et ia 
surface des choses; elie se repait de formes qui ne 
contiemient rien et d' abstractions vides ^ 

II faut avoiier cependant que Platon ne s arrete 
point aux idies, qu'ii en consid^re ies plus hautes, 
ies plus ind^pendantes de toiit ^l^ment sensible, 
comme n^tant pour ia diaiectique que des hypo- 
theses qu eiie doit rapporter i queique principe su- 
p^rieur encore, c'est-i-dire i une id^e supreme qui 
ne suppose rien, qui suffise k tout et k soi-meme^. 
Mais ce terme ou tend ia diaiectique reste hors de 

^ De An. I, i : AioXexrixfiSs nai xev&s. Met. I, p. 3o, 1. 8; p. 33, 
1. 3o (en parlant de la th^orie platonicienne de la participation) : Ke- 
voXoyeTv, SiSt, xevrjs "kiyetv. Toule id6e trop g^n^rale et qui n'est pas 
propre au sujet est vide i^ de Gen. an. II, yiii : OStos fji^i; oZv 6 'Xdyos 
xad^Xov "Xiav xai xevof. 01 yap fiif ix tav olxsicov dp)(65v "^6^01 xevoi, 
dXXSt, SoxoHmv elveu rSv ^apayndjcov ovx 6v7ef'.., 76 Si xevdv Soxet fiiv 
elvai Ti, icrei 2* o^Biv. Etk. Eud. I, yi : AXXoTp/ov$ "XSyovs tUs tarpay- 
liareias xai xevo^s. Eth. Nic. II , yii : £y y^ roTf ^aepl rSts 'Opd^eis 'X6- 
yots ot yi^p xad6Xov xevdnepoi ehiv. — D^apr^s ccs passages et Ies r^- 
sultats obtenus dans le livre pr^c6dent, on pent mettre en Equation, 
d'une part Ies formules : i&areptx6v, d^drptov, fii^ iBpds rdv \6yov 
(Top. VIII, 6; Phys. I, 11 : cf. Simplic. in Phys. f 18 b), fl&^ i^ictp, 
xotv6v, xaddiXov fxaXXov, "Xoytxdv, StakexTtx6»y Mo^ov, xev6v; et de 
Tautre Ies formules contraires : oixeTop, tStov, ix tSv ivap)(6vT(av (Anal, 
post. I, xix): St* avTov rov 'apdyfiavos, dxptSh, ^mx6v, (Phys. Ill, 
y] dvoLhmxbv, xaro^ ^ikoao^iav, dXifOis. Ges rapports servent beaucoup 
k rintelligence d'Arlstote. 

* Plat. Phted, p. 101 e : Itug M rl lxav6v Skdots, Rep. VI, p. 5i 1 b : 
TAs ^oBiaeis ^oto6iievos ovx dp^i^s, dXkSt t^ 6vti Cifodi<nts, olov i%i- 
Sdaets re xai bpyAs, fva \iixjpi rov avvKoBirou ivi riiv rou vavrds dp/ifv 
liiv, x.T.X. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 285 

sa port^e. Au delk des generalitis et des oppositions 
logiques, elie ne connait plus rien. Elle demeure, 
en depit de ses efforts, dans un monde vague et 
sans limites, et flottant dans Imd^fmi. Bien plus, 
pour avoir voulu en sortir et arriver k Tetre n^ces- 
saire, elle sote k elle-meme jusqu'i cette rialit^ 
d'apparence, dont elle aurait du se contehter. Pour 
trouver le vrai, la dialectique platonicienne suppose 
le faux; sautorisant de Texemple de la giom^trie qui 
suppose afin de d^montrer, elle veut tirer Tetre du 
non-etre. Mais le giomfetre ne suppose pas la r^alit^ 
de son hypothfese; ce nest pour-lui quune defini- 
tion, une thfese dont il d^duit les consequences ^ II 
ne prend done pas le faux pour principe, mais bien le 

^ Met. XIV, p. sgA) !• 28 : hoiSXereu (Platon nest pas nomm6 dans 
ce qui prec^e, mais ^videmment d6sign6) fUv.Sii rd >//e0^o$ xoi rat^ 
Ttfv riiv ^(Tiv "kiyetv r6 oCx dv, H oZ xai tov Svrof uroXXd^ to^ Svva. Aid 
xtd ikiyexo Su Set ^ev36f tt Hitodiadat, 6hvep xai oi yeufiirpau rd ^o- 
itaiav elvou riiv ftii fsoiwdav, kS^va^ov Sk raSB' oHius e^eiv, Oiire ySip oi 
ytojfUrpeu ^evSosoOdip ^oridevrou (ov yap iv t^ miXXoytaft^ H 'tapS- 
raats) , oiirs ix tov oiho) fiif 6ptos rd Svra yiyverou orjSk ^eipsrai. Ibid. 
XIII, p. 264, i. 23 : £J^ Tif B-ifievos xey^japKr^Uva rSv (rv(i€e€vfx6rav 
vxoiteJrt 'm€pljo&s40v ^ ToiaCfra, &C6^v 5iA vovro ^eUSos yffpicrsrou , &a- 
itep oCS* ihav iv t^ y^ 7P^^ ^^ '^^ 'Ooiiaiav ^ fii^ ^oStaiav, OU ySip 
iv rats 'Opordtreat rd •i^eSios. Analyi. post. I, \ tOl fikv c^v Spot oCx ' 
elfflv CicoBi(Tets (oCSi yStp elvat If fiij Xiyovrat), oXX' iv ratf tspordaecrtv 
al ^oditress, ro^s S* Spovs (i6vov ^vietrOat 3e7\.. ov*d' 6 yeafiirprfs 
^eu^V vvoriderat, &avep rtvis H^aaav, "Xiyovres &s oij Se7 rQ ^Met 
XP^^f^y "^^9 ^^ yet/ffiifpffv ^etj^eo-dai Xiyovra tsoStaiav rifv ov tgoSiaiav 
{j eijBetdv rifv yeypap.p.ivi\v ovx evOetav oZaav. O Si yeeofiirprjs ovSiv 
(TVfiicepaiveral rS ri^vSe that ypafiyi.ifv, fjv avrds i^deyxrat , okM tSi Stot 



Digitized by 



Googk 



286 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
possible. Le dialecticien ne peut pas davantage faire 
sortir ce qui est de ce qui u*est point; sii part de 
rhypoth^se, ii y reste n^cessairement, et soit qu'il 
descende aux consequences, soit qu'ii remonte aux 
principes que suppose Thypoth^se elie-meme, il ne 
fait qu'avancer ou reculer ind^finiment dans ie champ 
d'une science ideale. 

De ce point de vue, nous voyons avec Aristote ia 
dialectjque se rapprocher peu k peu de la sophistique 
qu^elle avait vaincue. EUe s'en distinguait k peine par 
les formes et les mani^res ; elie s'en itait appropriee 
jusqu^aux ruses et aux artifices ^. A mesure qu elle 
prend dans le platonisme un vol plus ilev^, elle seii- 
fonce davantage dans les espaces vides oi se jouent 
les sophismes. Letre qu*elle croit saisir se d^robe 
sous ses propres accidents^, et ne lui laisse que le 

To6r(ap 3viXo6fupa, On pourrait voir dans ce dernier passage une alia- 
sion k Protagoras, qui reprochait aux g^om^tres de partir de suppo- 
sitions fausses, et pr6tendait les r^futer en montrant le disaccord de 
ces suppositions avec ia r6alit6 (Met, III, p. 47» 1. 34; cf. Alex. Aphro- 
dis. ad h. 1.) \ mais le pr^epte oC Set roSf ^8^^$; ;^pjfo^ai ne ser^it pas 
tr^s^bien plac6 dans ia bouche du sophiste. U me s^pible plus probable 
que ce passage se rapporte, comme celui du XTV* livre de la M6tepby- 
sique que nous avons cit6 en t^te de cette note , et avec lequei ii a beau- 
coup d'analogie, k la m^thode platonicienne, et que, par consequent, 
au lieu de c5^ oC ht, il faut lire &s ieT x^ ^e63et xpiftf^- 

^ Sur les stratag^mes que le dialecticien doit employer pour ca- 
cher son dessein et surprendre son adversaire, voy. Top. VIII, i; cf. 
Soph, eL XV, 

* Met^Xlf p. ai8, 1. 12 :& ye fiijy itakexxtxif juti H (To^i^rutil rSv 



Di'gitized by VjOOQIC 



LIVRE II, CHAPITRE II. 287 

n^ant dapparences contradictoires qui sentre-d^- 
truisent iterneilement. 

Ainsi loin detre, comme Platon Fappelait, ie faite 
de la sciences la diaiectique nest quWe m^thode 
trompeuse, qui ne pent suffire k la philosophie. Le 
vice en est reconnu et Timpuissance d^voil^e. La 
diaiectique ne peut pas produire une science cer- 
taine, une science r^elle des principes; elle n'obtient 
rien que par conjecture et par divination 2. Instruite 
par Texemple recent du scepticisme k se duller de la 
reflexion individuelle et des illusions de la personna- 
lit6 qui ramfene tout i soi-meme , elle cherche la v^- 
nt6 au dehors; elle la cherche dans les formes g^n^- 
n^rales , et ces formes elles-memes dans leurs mani- 
festations ext^rieures, dans leurs images sensibles. 
Wle procfede done par figures et par paraboles '. Elle 
s attache aux noms, dont elle esp^re faire ressortir les 
id^es ^. Enfin elle s'abandonne au hasard du dialogue, 
au vent de la conversation , au mouvement fatal du 
discourse. Elle se laisse entrainer k Taventure d'i- 



fnyi^eSnxthcnf fiiv eifrt to7s oZ<Ttp ov^ ^ i* iitna, oiSSi jsepi rd 6v aCrd 
naff Saop 6v iaxtv. 

^ Rep. VII, p. 534 e : BpifyHos toTs fia^i^fiamp, 

^ Phibh. p. 64 a : T/ voje iv re dvBpcins^ xetl r^ 'odtnt «r^xev ra- 
yoBov, xal rivcc liiap oMlP stpoi tsore fiaprewiop, 

' Rhet. II , XX : Uapo^oXi^ Si rSt ILtaxpattwk. 

* Voyez le Crutyle. 

' Rep. Ill, p. 394 d : Ow yap Sii iyaryi «&> olSo^' iXW Smi Ap 6 'k6yos 
&<nsep tsveSfia ^ipify rat^ryf hiop, Polit p. 292 d : Ae7 yStp ^1) ^oieTv 



Digitized by 



Googk 



288 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 

mages en images et de paroles en paroles, coname 
sur un courant qui Temporte ^ ; elle se livre elle-meme 
avec mie confiance aveugle. Cast Tage h^roique de 
la pensee; elle se fie encore aux symboles, et s' adore 
dans ses propres signes. — Aristote ne croira plus 
ainsi aux apparences. Les formes oppos^es sous les- 
quelles la nature se montre, ne sont k ses yeux que 
des enveloppes auxquelles le dialogue doit s'arreter, 
mais que pinetrera la m^taphysique. 11 d^daigne les 
images et les aU^gories. II ne croit plus i la puissance 
myst^rieuse des mots; le langage n'est k ses yeux 
qu*un produit de Tart humain ^, une forme impar- 
faite du langage interieur, un symbole ambigu comme 
tout symbole, source de T^quivoque et par conse- 
quent de Terreur. Ce n est done pas k des signes in- 
certains qu il faut desormais demander le secret de la 
nature. A la conjecture, k la cr^dulit^ enfantine, doit 
suec^der Tassurance refl^chie de la science; a'u dia- 
logue, la solitude et le silence de la speculation; aux 
paroles et aux longs discours, la pensee qui pense la 
chose avec la chose meme'; k la lettre, le sens; aux^ 

roCro, d}e 6 'X6yot ii(Mv tarpoe/pnxev. Tim, p. 34 c : kXkd «&>$ '^fiets 
'sroXO ^Ti^ovres tov tspoarvx/ivTOf re xd e/xfjf tai/t^ inj xai "Xiyoitev. 

* Parm. p. i36 e : Tn$ Siai icdvreov its^Sov re xai itkdviis, P. 187 a : 
Aiavetfaoi rotovrov re xai rotrovlop irXffda^ "Xaycav. Prolog, p. 338 a : T^ 
ifiXayos r&v X<iya)i». Leg. X, p. 892 e : 6 \t£Kk(av iarl 'k6yog <r<f)o3p6re- 
pos, xai ay^eibp iff as dSaros'.,, r6v 'X6'yov dfiravra o€ra> Ste^eX6e7v. 

' De Interpret ii. 

^ Soph. el. VII : MaXXov 17 iifdrrf ylverat pier* iKktav atioicovpJvots 4 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE 11. 289 

symboles, Tesprit int^rieur, principe, moyen et fin 
tout i la fois de la philosophic. 

Ainsi redescend la m^thode dialectique au rang in- 
ftrieur que nous lui avons vu prendre dans la philoso- 
phieperipat^ticienne. Elle n est plus une science, mais 
proprementun art qui reste en dehors de la science. 
E3ie n est en elle-meme quun jeu, un exercice ^ , un 
prelude a Toeuvre s^rieuse de la m^taphysique. 

Avec la m^thode platonicienne est condamn^ d'a- 
vance le syst^me qui en a du provenir. N6 de la 
consideration des formes logiques^, il est ais6 de pre- 
voir quil ne sortira pas des formes, et qu'il naura de 
la vdrit^ que le semblant et les dehors. 

La doctrine de Platon n'estpas, il est vrai, uti 
simple d^veloppement de ceile de Socrate. Eiie vient 
de plus loin et vise beaucaup plus haut; eile a des ra- 
cines profondes dans les doctrines ant^rieures, et elle 
aspire i la solution g^n^rale de tons les problfemfes 
(pie la philosophic s^tait proposes. D^s sa jeunesse, 
imhu par Cratyle des opinions- d'Heraclite, Platon avait 
appris k la fois a arreter ses regards sur le monde 
physique, dont Socrate negligeait T^tude, et k n'en 

xaB^ avro^s (if ^p yAp fxer* dfXXow axiyffts hSt "kSycov, ij Si xa6* aCrdv 
ovx ^Ttov SC aCrov rot; ^pdyftaios)'.,. ij fikv dvcirn ex Trjs 6fioi6t7it6f , 
•fl 3* 6\jLot6rns ex ifs Xi|e&>$. 

* TM\t.va(Tia, 7VfAva<7Tixif. Top. I, ii. Cf. Plat. Parm, p. i35 d-^Sopk. 
p. 128 b; Polit. p. 287 c. 

' Met I, |^« 21, I. |3 : fi t&v eli&v elaay<iyyr\ hi xi^v iv ro7s 'X6yots 
iyiveio axi^p. IX, p. 188, 1. 28 : O* iv rots "kSyott, 

»9 



Digitized by 



Googk 



290 PARTIE 111.— DE LA METAPHYSIQUE. 
rien attendre que de mobile et de pa^sager ^ Dans 
la region superieure des essences et de la raisoOt il 
rencontrait rargumentation sp^cieuse des ^^tes, qui 
confondaient tous les etreis; ea une indivisible uniti^', 
a fallul la pr^venir en opposant k Tunit^ de letre, 
comme sa condition, un principe de difference et de 
plurality ind^finie ^. Enfin, entre le^ deux elements 
opposes, la plurality ind^finie d'une part, et delautre 
Timite, il fidlait trouver le rapport : c^tait pr^cis^- 
ment le point de vue d'oi T^cole itaiique a vai{ envi- 
sage la nature, et la question qu elle s'^tait posee. La 
philosophic pythagoricienne ne pouvait done man- 
quer d'exercer sur le platonisme une forte influence 
et d*y jouer un grand role ^. 

Mais il y a dans le platonisme un mouvement 
general qui emporte tous ces Elements suivant une di- 
rection commune, et ce mouvement est toujours ce- 
luide la dialectique. La r^sultante est encore, conune 
chez Socrate , Tuniversel, qui embrasse dans son unite 
la multitude des individus et les Oppositions des phe- 
nomtoes. Le but auquel marche tout le syst^me est 
encore Tid^e socratique du bien , consider^ comme 
le principe souverain de la connaissance et de Texis- 
tence, etouviennent seriunir la speculation et la 
pratique, la science et la vertu. 

> ' Met. I, p. ao, 1. 4; XIII, p. 265, 1. 3o. 
» Ibid. XIV. p. 294, 1. 7. 
' Ibid. I, p. 20, L 3; p. 21, 1. 5. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 201 

Cepeadant Piaton ne se contente pas de rattacber 

la doctriDe socratique aux doctrines qui Tavaient pr^- 

c^d^e, d*en approfondir les [mncipes et d'en ^tendre 

le champ , fl la pousse ^r la route meme dans iaquelie 

elle ^tait entree jusqu^ une extr^mit^ ou elle passe tout 

a coup dans un monde nooveau. Socrate avait plac^ 

Tessence des choses dans les g^n^ralit^s distinctes 

des choses particuli^res, que Tinduction en d^ge, 

et sous lesquelies les classe la definition. Piaton ne 

distingue pas seulement runiversel des choses qu*il 

domine; il Ten s^pare et le pose, sous le nom d'idSe, 

en dehors du monde sensible ^. Ce n*est plus pour 

lui, comme les giniralites qui suffisaient k Socrate, 

une uniti logique, c'est une unit^ r^elle dont runil^ 

logique n'est que le risultat et ie signe. L'id^e rfest 

pas seulement ce qui se trouve de commun dans 

une plurality d'existencesindividuelles^, maisleprin- 

cipe auquel elles participent toutes ensemble, d'ou 

elies tiennent leur ressemblance les unes avec les 



^ Met. XIII, p. 266, 1. 1^ : kXX* 6 (ihf ^^tcpdntsrSk xa66Xov oC xfi^ 
pun^ iw>ist oij^ Tod# ^tafiois* oi i* i^Apt^etv, itai ^ T<kaXfT« t&p Sv- 
tmv iHas ^mpoairyiipevaav. P. 2S7, 1. 8 : ToSro 3i.„ ixivi/itFs ybh 2»- 
xpdvns M wis Sptttfunds , ov fti^v i/^pufi y* x6ip w/ff Hjuiawp, 

* E(fc. Ead. I, VIII : &ax* oCik Sil rd xotvdp dyaBbv yaM tfj lii^ 
^mStn yStp Mpx^t xoHf6p, Cf. Met, VII, p. i56, 1; 38; I, p. 29, 1; 3o 
(Ta e/Jn) ft^ iwTtdpxovrdi ys toU lAerixovmv. Gependant Plat. Phad. 
p. io3 b : &p iv6vT09» fyet rijv iwvtmfUai^ tA 6»0(mi6pt$wt , et Phib^. 
p: 1 6 d : EvpT^tretv yStp iwoxkrav* Mais ici ipeipou ne doit pas dire pris 
' ^ la rigaeor comniB Yipvndpx'^^ d'ArisUHe. 

>9- 



Digitized by 



Google 



292 PARTIEIIL— DELAM^TAPHYSIQUE. 
autres, et dont eiles recoivent le nom^ EUe nest 
done pas dispers^e dans les individus; elle n'est pas 
ie simple attribut qui est tout en tier dans ies sujets 
particuliers : elle subsiste par *elle-m erne et en eJle- 
meme, dune manifere ind^pendante et absolue^. En 
eilememe, par consequent, Tid^e, qui donne aux 
choses particuliferes Tunit^ d'une forme g^nerale, Ti- 
d^e est une chose a part, singuliere et individuelie^; 
elle est un etre au sens le plus strict, une substance, 
ime essence r^elle *. 

Tel est le dogme qui s^pare Platon de Socrate , et 
duquel va s^ngehdrer toute une philosophic nou- 
velle : c est la realisation de Tuniversel dans rid^e. II 
suffisait pour la science consid^r^e en elle meme, 
c est-i-dire dans sa forme , des unites g^n^riques qui 
fournissent les demonstrations ^. Pour Texplication 

^ Met, I, p. 20, 1. i8 : K.arSt, fiiSe^iv y^p ehat 7^ 'taoXkSt, t&v aw- 
wv^fttDP dft^wfia rots eiSetrt. Plat. Phasd. p. 102 b : ETva/ rt ixaarov 
i&v eiSoiv, xai to^ojv rdfXXa fteToXafiSdvovTa aviSv lodtdiv iveovvftiap 
t<T/eiv, Cf. ibid. p. io3 b; Phadr. p. 34 1 b, 346 c; 358 a; TJueet. 
p. i32 e. 

* Met. VII, p. 137, i. 26 : Mi^ Ka6' vifoxetfUvov. 

? Ibid. I, p. 20, 1. 27 : T^ Si elSos aiijd ip ixaaxov (uivov, XIII, 
p. 272, 1. i4 : iSia fUv yap ^a txdarov. VII, p. 169, 1. 23 : TcSv yap 
xad* ixaarov if iSia, &s (paat, xoi )(juptan^, Gf. Pkileb. p. 16 d; Rep.X, 
p. 5g6 a. 

* Met, III, p. 59 1 1. 29 : K.al yStp et ftij xcCkSt SiapBpoymv oi Xiyov- 
res, ^XX* ioTi ye rovQ* 6 ^oiSXovrat, xai dvdyxri tavra "kiyetv avroTs, Su 
^^v eiSup oMa Tts ixa<rt6v iau xai ovdkv xaroi <TVft,€eSrix<is, Gf. VII, 
p. 167, 1. 22; p. 161, 1. 24; IX, p. 188, 1. 27. 

^ Anal. post. I, xi : EJf^ fUv oZv elvoi, if t'v tt ^apd toc «oXXq^^ ovx 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 293 

des objets de la science, ou, en d*autres termes, de 
Texistence r^eile, il Taut trouver un principe riel, 
existant par soi-meme; et cest ce que Platon a voulu 
faire. Mais c'est aussi ce qui passe le pouvoir de la 
dialectique. De la forme logique k la r^aliti, du ge- 
neral k rindividuel, H y a un abime qu'il iui est in - 
terdit de franchir * : se faire de la rialit^ avec ses 
nniversaux, tel est le seul parti qu'elle puisse pren- 
dre. Mais cette r^alit^ factice ne pent pas se soute- 
4iir; elle s'^croulera aux premiers coups de la cri- 
tique, avec rhypoth^se qui Iui sert de fondement. 

D'abord, de quelles choses y a-t-il des id^es, et de 
queiles choses n y en a-t-il pas? Cest ce que Platon ne 
pouvait determiner avec precision , sans se contredire 
dfes ies premiers mots. Si au-dessus de toute plura- 
lity , il faut une unit6 oii reside la cause des ressem- 
biances, il y aura des id^es non pas seulement pour 
tout ce qui est, mais aussi pour ce qui n'est pas; car Ies 
negations eJles-memes peuvent se ranger sous Tunitd 
logique. Cependant Ies id^es ne devraient pas meme 
s'etendre k tout ce que Ton comprend sous le nom 
d'etre , par exemple , aux relations qu'il est impossible , 

dvdyKTt, ei ditoSet^is ipiai. Ehat fiivTot iv xarot, tsoXXcSv dkndks ehetv 
dvdyxrj. Met XIII, p. 288, 1. 28. 

^ Met. VII, p. 161, 1. 21 : 0/ tA eWi) "kiyovres elvat t^ fikv opdoSs 
"kiyoucn ^copiiovtss avrd, etisep ovaieu ehi, t^ J* ovk opOSSs, Sit t6 iv 
iitl ^eoXX^v elSos 'Xiyovmp. Airtov 5* 671 o^x S)(pij<Ttv dvo^wivaLi -fives at 
toiaSjat oMat at d^aprat ^apd rds xaB* ^acrra xai eutrdriTds, 



Digitized by 



Googk 



294 PARTIEIIL— DE LA METAPHYSIQUE. 
de I'aveu des Piatooiciens , de rameaer k un genre 
subsistant par soi-meme ^ EDei ne devraient se- 
tendre qu'ii ce qui est d'une existence r^elle, qu'aux 
etres proprement dits, aux essences en un mot, puisque 
e'est par I'essence que les choses doivent commu- 
niquer avec ies id^es, et que c'est i'essence qu'elles 
en resolvent ^. Bien plus, parmi les choses qui exis- 
tent d'une existence r^elie, on ne pent pas compter 
pour des etres celles qui sont des produits de Tart, 
et dont toute f essence r^ide, par consequent, dans la 
pens^e de i'artiste. H est done impossible que fon 
ait Youlu ^tablir pour tout cela des id^es absolues. 
U est yrai que dans les dialogues de Platon il est 
question de i'id^ de la table, du lit, du battant k 
tisser ^, et que, dans son enseignement, il distinguait 
en effet, sii &ut en croire Diog^ne de Laerte, la 
tabliitd et la ooapHtd des tables et des coupes per- 
ceptibles aux sens ^. Mais on sait aussi qu'il ne faut 
pas toujours dans Platon s'arreter k la lettre; il pr^* 
fi^re, comme Socrate, k la rigueur d*ime formule 

* Met, I, p. 28, 1. 20. 

* Ibid. p. 29, 1. 8 : E/ i<rtt ftedcxrA rd din, twi» oCaienw avayxaiov 
iiias ehcu it6v9V' o^ y^ Kard ovftSe^nxds fieriyovTCU, ak'kd Set TOfirif 
ixaaxov luri^etv ^ fiij xoiff ihtoxeifiivou "kiyerai. 

^ Rep. X, p, 596 a; Crafyl p. 889 b. 

* Diog. Laert. VI« lii : JSkdr^tfos ^epl iSe&v StakeyoiUvov xoi opo- 
liAiovTOf xpax^iviixa xoi KvaS^T9L, x. t. X. La suite du r6cit est pea 
vraisemblable at a I'air d'une fable. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE 11. 295 

exacte, le libre jeu des images et des compar aisons ; 
sous les formes dont il s'enyeloppe, il faut devoir p^ 
n^rer , a vec les plus intell%ents de ses disciples , sa 
peiis^e v^table et sa doctrine s^tieuse. Au fond , il 
a reoomiu, comme ap:^s iui Aristote, que, dans le 
numde du changement et de la mort, ii ny a d*es- 
seaees que pour les choses seules de la nature ^ , et 
lea essences seules sont pour Iui le^ id^ : Aristote 
Iui en rend t^moignage^. Dans la nature elle<neme, 
il a ^core ^cart6 Taccidentel et le variable. II n*a 
entendu par ses idSes^ c est la definition que Iui attri- 
buait X^nocrate, que « les causes exemplaires de ce 
qu'il y a de constant et de perp^tuel dans la nature'. » 

^ Met. VII, p. 169, ]. i5 : laas (U» cfiv ov^ oM(U ehiv oC2^, a^St 
TttGra (bc. oikia 4i ffkevos) oM vi tSv d(XX»)» 6<nL (vfi ^aet avviamxe, 

^ Jhid. XII, p. 242 » 1* 6 : itvl fUv oZv ttvSv rd i68e it ovx iari ^aapSt 
rfiv avvdirifv oualav, olov oixias t6 elSoSy el ^lif ij ri^vv- OtJ^ Sort yive- 
ms Jcfti f§opSi TO^tav, SkV iKkov rp6itop eiai xai oUx ehlv oixia re in 
ipeif ilXvf xoi yyieai xai ttray t6 xaxA rij(vrtv, eeXX' etnep, ivi rOv ^aer 
lid Sil ii4 HitK{is o JDjdtd^p i^ dtt etSfi iarh 0v6ffa ^aet. I, p. 3o, 
1. ^7 : O^ einia xd Saxr^'Xios, &v oil ^aftev eiSv eheu, III« p. 62, 1. 3. 
II est vrai que dans le IIP livre (p. 46, 1. ig) il dit des Platoniciens : 
Aivtd ^p 4tt$f»te6p 9aaf» ehm xod imsop xal ^ieiap, Mais, Yvyieta, ia 
santi^, peut aussi bien ^tre rapport^e k la nature qu'^ Tart. D'ailleurs, 
dans ce denier passage, il n y a pas autant de precision que dans les 
pr6c6dent6. 

' Procl. in, Parmen. ed. Cousin, V, i33 : JLadd (pmatv 6 Espoxpdms, 
dpUt rffp Uiap ^i^voi oitietp.'OtapaSet'yfMrtxiip t&p xarA <^<riv del avp- 
t&tAtWf... pAp oSv Eepoxp<hiit rovrop &s dpiakopra t^ xaBvyefAopt 
rbp Spop Tff$ iiias dp&ypa'^e, xfi>ptarijp avrifp xai Q-siap dtiav rtOifie 
vos, L'opinion d'Alcinous est parfaitemcnt d'accord avec le t^moignage 
de X^nocrale, et Alcinoiis, qui a puis6 k des sources anciennes et 



Digitized by 



Googk 



296 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
Teiles sont les limites ou le platonisme a du et ou 
il a voulu se renfermer ; mais sa m^thode ne le 
lui permet pas. La dialectique ne d^montre en au- 
cun cas la n^cessit^ des id^es : car, de ia n^cesshe 
pour la science d'une unite de g^niralit^ , elle ne 
pent pas conclure a une unit^ r^elle. Mais, pour peu 
qu'elle d^montre, elle d^montrera trop, et sa con- 
clusion s'6tendra.d'elle-meme, iau deli de Texistence 
r^eile et de Tessence, k tout ce que la scieiice peut 
comprendre, la pens^e concevoir, et jusqu'aux fan- 
tomes que rimagination se forme des choses qui ne 
sont plus ^. 

Que donnerait d'ailleurs cette conclusion, dans 
quelques limites qu on la renfermait? Rien autre chose 
que les g^n^ralit^s elles-memes, suivies d*un mot, en 
soi [ranimal en soi au lieu de TanimaP) , comme ces 

pures,est en g^n^ral digne de foi. Introd, in Platon. yiii : ()piiovTat Si rffv 
iSiav 'aapdSetyna t&v xard (p6atv Mviov (leg. aioivitnv'^), Oiiie ySip rots 
'okelfrtois r&p dwd TUdrtavos dpiaxet tQv Te^vtx&v ehat iHas, oTov d<Tifi- 
Sof ij "ki&pas' oiiTe fiijv t&v ^apd (^mv, olov ^utuperoii koI y^okipas' oike 
wv xard ydpos, olov ILtoxpdtovs x(d JDdtuvoi' etXX' oifre .tQv et^reXafv 
ttvot, olov p^ov xed xdp<povs' oifre rap 'mpbs tj, olov (teiiovof xai Cicep- 
i^ovTos. Diog^ne de Laerte semble aussi faire allusion k la definition 

rapport^e par X6nocrate; III, lxvii : Tds Si tSiag ^iaxarat atrias 

Ttvds xai dpj(ds rov jotavroL elvau rd fCtrsi ovvearoha old 'oip i<rtiv avrd. 
Enfin Alexandre d'Aphrodis^e (ad Arist. locc. laudd.) est d accord en 
ce point avec Aristote et tons les Platoniciens; grand critique et non 
moins hostile qu^ Aristote lui-m^me^ la th^orie des id^es, son opinion 
a ici beaucoup de poids. 

' Met 1, p. 28,1. 22. 

* Ibid, XIII, p. 287, 1. i4 : O* Si d>s dvayxaiov, ehep iaovted jtvss 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 297 

dieux que le vulgaire se repr^sente tout semblables 
k des hommes, mais a des hommes ^ternels ^ La 
th^orie des id^es n'introduit done pas im seui prin- 
cipe.nouveau; elle ne fait que doubler le nombre 
des choses qail s'agit d'expiiquer. Et commencer 
par doubler, serait-ce ie meilleur moyen de comp- 
ter^? 

Mais I'id^e platonicienne n'est pas seulement une 
fiction inutile, c'est une cpntradiction qui se d^truit 
elle-meme. Si Kd^e est un universel, elie est en piu- 
sieurs choses ; or comment peut-elle etre eh plusieurs 
choses et en elle-meme k la fois , k la fois une et mul- 
tiple '? Peut-etre lobjection, dans cette gte^ralit^, se 
laisserait-elle binder facilement, et Platon, qui se la 
pose en ces termes *, a bien pu ny trouver que Tap- 
parence d'une diflficult^. Mais les idees ne sont pas de 
simples universaux, ce sont les essences desxhoses. 
Or Tessence peut-elle etre hors de la chose dont elle 

oiuaiat "Oapoi rSis atadfirSts xal peoijaat^ y^oiptrnks elvai, dfXXa; fikv ovk el- 
)(ov, taijras 3k tSls xa66'kov "Xeyofiivas i^iOeffav, S<rte ovfiSaivet trxeSov 
rets arirSts ^aets elvat rSie Kctd6'kov xai vSis xad* ^kolotov. VII, p. 161, 
1. 36 : Hotovaiv oZv r^s avtds r^ etSei voTs ^apxoU (rat^Ta; y^Lp tafiev), 
aOrodvOpeavov xal aCrohvov, ^apoatiBimes tdls aloBrfToU t6 prifia r6 

' Met. Ill, p. 46, 1. 19-24. 

* Ibid. 1, p. 28,1.8. 

' Ibid. VII, p. i58, 1. 3 : JloSf t6 iv iv rots oZat x^9^^ ^^ iaroLi, xal 
hat t/ oC xal )(a>pls avTov iarai to ^aiov rovro ; 

^ Parm. p. 1 3 1 SLihv ipa 6v xal tavt^ iv 'BtoXkoTs xal )^a>pls oZmv 
6\ov &iia iviarat, xal . oilrcus avrri wrov x'^pls iStv eirj. Phileb. p. l5 b: 



Digitized by 



Googk 



298 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
est r^ssence ? Peut-elle etre en piusieurs ? Peutn&ile 
etre tout ensemble en soi eten ptasieurs^? L'ess^ice 
est line, d*une unit^ de nombre aussi bien que de 
Ibnne ; eUe ne se multiplie pas avec les individ^s 
comme l*unit^ logique , eile est toute en soi meme , 
dans une inalterable identity. Tout ce qui n'est pas 
un attribut, un accident, tout ce qui existe, non pas 
en un sujet Stranger, mais en soi et par soi, n'a point 
dautre essence que soi-meme^. Autrement qui em- 
pecherait que i'id^e, cette chose subsistante en soi, 
n eut aussi hors de soi son essence , et qu*il n*y eut 
ainsi fessence de Tid^e, c est-4-dire Tid^ de Tidie, 
jusqu'& rinfini^? Si done Tobjet sensible n'est pas sa 
propre essence k lui-meme , c'est qu il n est rien en 
soi, et il ny a plus alors d'etre que dans les id^es*; 
rid^e n est plus Tessence des choses , mais Tessence 
d'une mani^re absolue , Tessence r^duite k elle-mSme , 
et qui ne se communique k rien. 

Ce n est pas tout ; les individus dont I'id^e , qui 

pvkuf (sc. itovdSa) ^-erior, eW Ski^v tuivi^p tx^vfjs X^P^^> ^ ^"^ ttdwop 
cUtttfaT^aToy <pahovs* ^, radrdp x«^ ip dffut iv ivi ts itai ivoXXois ytyve- 
oBat, Soph, p. s6i b. 

* Met. I, p. 3o, 1. 20 : £ti S6isisv Stv Mvaxov ehat x^9^^ "^^^ ^ 
aiav xa} oSif ouaitt, VII, p. i58, 1. i3. 

* Ibid. VII, p. i36, 1. 18; p. 187, 1. 2 •, 1. 19 : A»<fyxt? dlpa hf elvai 
t6 ayaB^p Ktti dyoB^ ehfouy xetl xakdp xai xoX^ ehat, 6aa fit^ xar* dilXXo 
'kiy&tai, aXXfl^ xod' tf^xd K(d ^apSra, 

» Ibid. p. 137, 1.3-1 4. 

* Ibid. 1. 24 : Oilx i<ncu to vrcoxeiyLepov oCtria. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II. CHAPITRE 11. 299 

fait ieur unit^ sp^ctfiqae , devrait coDstituer au mSme 
Utre Tunit^ essentielle* ne diflCb^ent les uns des autres 
que par le nombre , comme des parties faoni(^enes 
d uoe somme. Mbib les espices, qui'doivent k Ieur 
tourtrouver Ieur essence dans une imit6 ^^n^rique, 
diff^nt entre elies par la forme. E31es se distinguent 
les unes des autres par des difiiirences oppos^es. Com- 
ment serait-il possible , si Tidee ^tait une essence sub- 
sistant par soi-meme, qu'elle fut k la fois en deux es- 
pices? Ici il ne s*agit pas seulement de multiplier 
une unit^ rielle, qui n'est plus rien si elle n*est plus 
une; il s'agit de la revetir en meme temps d attributs 
qui s'excluent. Riunir les contraires en un mSme su- 
jet, quoi de plus impossible^? Rien de plus simple, 
si ce sujet n ^tait qu'une unit^ logique qui ne fut pas 
en $oi» et qui, di£E^rente en chaque esp^ce, n'arrivM 
k la r^lit^ que par les dilFi^rences mSmes. Mais Ti- 
d^e, encore une fois, est une unit£ d'essence, une 
chose qui eidste en soi; elle ne yarie pas plus qu elle 
ne se divise ou qu'elle ne se multiplie. Partout ou 
elle est, elle est la meme. Or c'est le premier prin- 
cipe de toute connaissance, que les opposes ne peu- 
vent pas se trouver ensemble en un seul et meme 
etre ^. D*un autre c6t6, il est impossible que le genre 
ait en soi une diflfiSrence de preference k une autre : 

' Met. VII , p. 1 58 , 1. 6 : ki6var6v rt aiiitSaiver rdpapxia yd.p 4fAa 
' Loc. laud. : T^Si uvt 6ytt, 



Digitized by 



Googk 



300 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQIJE. 
il faudrait done qu*il n en eut aucune. Nous avons yu 
tout h Theure I'id^e de Tespfece se retirer des indivi- 
dus , dont on veut qu elle forme Tessence : Kd^e du 
genre se retire pareillement de ses espfeces.* L'idee se 
r^duit done k I'essence en soi, qui n*est Tessenee de 
rien , puis au genre sans ses diflESrenees , dans une in- 
d^terroination absolue, qui exelut non-seulement 
tout rapport avee ies r^aiit^s, niais toute r^alit^ in- 
trins^ue^. 

, Pour rapprocher ies id^es des ehoses sensibies sans 
ies faire sortir d'eiies-memes, pour ies mettre en com- 
merce avee la realite, sans compromettre leur ind^- 
pendance et sans alt^rer leur pureti, Platon a recours 
k des m^taphores po^tiques ^. B appelle I'id^e , comme 
Ies Pythagorieiens le nombre , un type dont Ies ehoses 
sontles imitations'. Le monde intelligible, que Dieu 
enveloppe dans son unit^, est k ses yeux un modMe 
accompli, dont le monde sensible nest que la copie 
imparfaite^. Au-dessous de la region des idies im- 
muables se diploic la region du changement, qui en 
imite , par ses revolutions p^riodiques , le repos inal- 
terable; au-dessous de Tetemel, le temps, l*image 
mobile de Teternite '. La nature r^pfete Tid^al comme 

* Voyez le livre suivant. 

* Met. I, p. 3o, 1. 7. 

» Ibid. p. 20, 1. 20; VII, p. i43, 1. 26. Cf. Plat. Parmen. p. 67 a; 
Tim. pp, 28 a, 49 d. 

^ rim. p. 92 : (jSe 6 xoaftos e/x^y tov vovtov Q-eou ahdvirof, 

^ Ibid. p. 37 d. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 501 

dans un miroir qui en r^fl^chit mais qui en affaibiit 
en meme temps T^blouissante lumi^re ^ EInfin Tart 
repute la nature. Dans le drame que joue ie premier 
des arts , la politique ^, dans ce petit monde de Titat 
que rfegle la coutume et que gouverne la science , se 
reproduit encore en abreg6 la hierarchic du monde 
physique , et dans ies p^riodes de I'histoire la revolu- 
tion -universelle^. Dans la triple sphere des id^es , de 
la nature et des choses humaines, cest toujours Ie 
meme ordre maintenu par la meme justice , fond^ 
sur le meme principe; mais c'est, d'une sphere k 
i'autre, la difKrence de Tapparence k 1 etre, de Tombre 
k Tobjet, de la copie sm modMe^. 

Maintenant cette th^orie peut-elie passer pour una 
explication scientifique? II est bien vrai que la nature 
est constante dans se$. operations et se ressemble tou- 
jom's k elie-meme; mais .cette ressemblance n'exige 
pas un type id^al sur lequei se fafonnent Ies indivi- 
dus. Cest le semblable qui, sans le savoir, engendre 



^ Voyez , dans le VIP livre de la R^publique, la fameuse comparai- 
son de la caverne. 

* Leg. p. 817 b. : Hacra oZv ijiiiv -n isoXiTela |ui;e<m?xe filnntrts xou 
xakXitrrov xal dpiarov ^iov 6 ^if ^afisv ^fieis ye Svreos elvat xpa'^ay^iav 
Ti^v akiiBeaidtriv, 

' Voyez, dans le VU* livre de la R6pablique,la comparaison de la 
hi^archie civile et des degr^s de T^ducation publique ayec Ies difie- 
rents ordres d'^tres, et Ies deux mytbes du Politique et de la R^pn- 
blique (1. X). 

* Soph. p. 2 4o b; Bc/o. VII /jossim, X init. 



Digitized by 



Googk 



302 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
son semblable, et le secret de la similitude est dans 
le secret de la g^n^ration^ Pour toute imitation, il 
ne faut pas seulement un type et une mati^re, il faut 
un artiste qui d^libire, qui veuilie et qui execute. 
Or quel serait cet artiste qui copierait Tid^e^? Ce ne 
peut etre la nature qui ne dilibfere et ne raisonne pas. 
Faudrait-il done prendre au s^rieux les allegories du 
Tim^e, et se repr^senter ies dieux et les demons fe- 
bricant, sur des types pr^existants , les hommes, les 
animaux et les plantes? chaque dtre contient plu- 
sieurs elements ou parties intelfigibles, son esp^ce, 
son genre, sa difference sp^cifique; il lui faudrait 
done tout autant de modfeles. Or comment serait-cHe 
la copie de plusieurs modeles k la fois^? L'id^e meme 
de Tesp^ce contient un genre et une diffiirence : le 
type de Tesp^ce ne serait done k son tour que la 
copie de deux id^es. Et pourtant, si les id^es^ sub- 
sistent toutes ^galement par elles-memes et de toute 
eternity, comment admettre entre elles non pas un 
ordre logique, mais une precession et une succes- 
sion r^elles^? 

A rhypothfese pythagoricienne , le platonisme a 

^ M^t' XII, p. 2i3, 1. 21 : ^S>ap9p^v Sil Sxi &Cdky 9et itd ye rmr^ e?- 
veu jds iSias' ivOpeovos yd,p dvOpcMcov ytvvq,^ 6 xa6* Hxwrvov r69 riptt. 
Ibid. I, p. 3o, 1. io« 

* Ibid. I, p. 3o, i. 9 : T/ ydp ion xd ifyal6^^e9^v tfphs rSts lUas 
dito€)iditov ; 

' Ibid. 1. 1 4 : Eorou re tarXe/a) 'zsapaSeiyitara xou atkev. 

* Ibid. 1. 17. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE 11, CHAPITRE 11. 305 

substitue le plus souvent la participationf fiction non 
moiiis yaine \ qui succombe sous les mSmes objec- 
tions. Si les etres tiennent ieur essence de leur par- 
ticipation aux id^es , et si ie genre et la diffi^rence ne 
sontpas moins de Tessence d'un etre que Tesp^ce 
elle-mdme, il faut bien que cbaque etre participe 
dabord^rid^e deTespfece, puis i Tid^e du genre et 
de la difiR^rence, qui sont pourtant d^ji contenues 
dans Tesp^ce. Kidie de Tespfece, qui enveloppe le 
geare avec la difference, participera k son tour, au 
meme titre, aux idees de la diffi^rence et du genre. 
Que devient Tunit^ de letre, si on le compose ainsi 
d'el^ments distincts ^ ? que devient surtout celle de 
i'id^e, de Tessence par excellence, qui devrait etre la 
simplicity meme? En outre, pour la participation, 
aussi bien que pour Timitation, il faut une cause, 
une cause distincte et. de la nature et des id^es, et 
qui intervienne en toute occasion^. Et, avec cette 
cause meme, comment se repr6senter la participa- 
tion? Cest une m^tapbore encore plus ind^termin^e 
que f imitation, un mot encore plus vide^. Mais, 

* Met. I, p. 3o, 1. 7 : T^ ik Xiyeiv 'ZSapaSefynara aM elvou xai fusr- 
i/etv aJrftw rdlXXa xevokoyeiv iaxt xai fierafopSis Xiyeiv voniuKds. 

* Ibid. VIII, p. 173, 1. i3 : Effovreu xstc^ (lide&v ol dvOpavoi oCh 
dpdf^w Mipot i^cL duoip, {^ou xai ihtoiiof; xai SXm^ iij oJx Sti^ eA; 

» Had. I, p. ao, L »i; XII^ p. aS?, 1. 24. 

* Iliid. I, p. 39, L 29 : 6«a» ik ixmvat ToiJT»y oiaUu, ^ X9p9fs 
X^^oftey* td yStp iieri^J^iv o^iv iartv. 



Digitized by 



Googk 



504 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 

non-seuiement cest une figure vague, cest encore 
une insoluble contradiction. Uidie k laqueile on veut 
que Tobjet sensible participe n est pas un accident 
dont il est le sujet; c'est par son essence qu'ii parti- 
cipe i Tidie. Maiscette essence meme, d*oii la tient- 
il, si ce n'est de Tid^e? La participation suppose done 
r essence qu elle seule pent donner et se suppose elle- 
meme^ 

Cette contradiction, cest celle que nous avons 
trouv^e k la racine de la theorie des idees , et que ra- 
mfenent in^vitablement les hypotheses raemes qu on 
veut faire servir k la dissimuler. II n*est pas possible 
que Tessence des choses soit hors d elles et en elles 
en meme temps ; ce qui n est pas son etre k soi-meme 
nest pas un etre. Le monde sensible, ou les idees 
devraient faire leur apparition, s'^vanouit done, ou 
plutot se r^sout daris les id^es. Plus de sujet pour 
recevoir Tempreinte du type id^al, ou pour y parti- 
ciper. II ne reste que de mettre les id^es en commerce 
imm^diatles unes avec les autres, et de faire r^sulter 
de leur melange toute r^alit^; telle est la dernifere 
forme k laqueile doit se r^duire le syst^me platoni- 
cien, et donttoutes les autres formes ne sont que 
des enveloppes. Platon fait consister le monde intelli- 
gible, en dernifere analyse, dans les proportions de 

* Met, VII, p. 137, 1. 24 : OtJx itrrat rd ^oxeiftevov oCcritf rwjTas 
yStp oMas (tkv dvayxaiov elvai, fiil xaB* ^voxstfiivov Si' ^<rovrai yap 
xoltA fiideSiv. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 305 

Tunion des id^es. Connaitre les sons qui peuvent ou 
qui ne peuvent pas s'aliier, est ce qui constitue 1 art 
du musicien; connaitre les id^es qui s'accordent et 
celles qui se repoussent, en determiner la me^ure 
commune et le temperament, les m^langer ensemble 
seion de justes rapports et dans une savante harmonic, 
c'est foeuvre de la vraie musique, de la philosophic , de 
la dialectique ^ Au contraire, le monde sensible est le 
melange violent et irregylier des id^cs opposees, de la 
grandeur et de la petitesjse, de la moUesse et de la 
durete, de la l^gircte et de la pesanteur. La sensation 
les confond; la pensee seulc les distingue^. Enfin, 
dans le monde de letat, tout Tart du politique, c est 
d'appliquer au discernement des espfeces une subtile 
dialectique , et de meler les natures contraires dans le 
sens et de la manifere convenables, comme un tisse- 
rand habile les fils de son tissu^. 

^ Plat. Soph. p. 2 5i d : H irovra sis raiirdv ^vdyeofiev ms Svvarot 
ivixowoiveTv dXXi^on; ij rot f*^v, T(i ^^ firf; P. 2 53 b : T/ Si-, vepl roi^s 
T&v oiieev koH ^apieav (pBoyyovs dip* ovj(^ oHxas, 6 fUv Tot)^ &j'yKspa$W' 
(Uvovs re koI fiii riyvr]v i-^av ytyvciyaxztv fiovatxds, 6 Si fiii ^vitU 
iyLorjaos; — T/ Si; iiseiSif xai rSt yivn Tfpds i'X'X'nXa xarSi TaUroi (x/fea>$ 
i^etv ufAoXoyi^xafiev, &p* oC fier* imtrri^fins rtvds dvayxaJov Sta rm Xo- 
yttav rcope^etjBcu r6v opQas ^iX'koyrot Sei^etv voict volots Svp-^^vsT r&v 
yepSv Hal Tsdia iXkyfka oij Siyzran ; — Td xarSi yivri Statpeiadou xal ^rfre 
raurdv elSos Srspov ^yi^aaadou fi0 irepov 6v raijrdv (i65v otJ rrjs Sta' 
"kexrixUs fi^ffofiev eworiffrr?? elvou; Cf. p. aSg d; Parm. p. 129 d. 

« jRcp. VII,p. 523, 524. 

* PoUt. passim, et particuli^rement p. 3o6, 309. Rep. V ,Lgo. VI, 
sur le mMange des natures contraires dans le manage. 

20 



Digitized by 



Googk 



306 PARTIE 111.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 

Ainsi le syst^me platonicien se r^sout tout entier 
en une th^rie de melange. H en arrive de i*idee 
comme du nombre pythagoricien : c'^tait dabord la 
Ibrme des choses, et, en definitive, ce n en est que ia 
Boati^re. La logique est rentr^e, k la suite des math^- 
matiques, dans le point de vue mat^rialiste , et entre 
les mains d'un pythagoricien disciple de Platon , Eu* 
doxus , ia theorie des id^es prend toute la forme d'une 
physique m^eanique^ 

Gependant chaque id^e doit etre une unit^ essen- 
tielle, absolue. Or, si Tid^e de Tesp^ce est mel6e des 
idees du genre et de la dilFi^rence, que devient son 
unite? Une essence ne se compose pas d*essences, et 
il n est pas plus facile d*en faire une de deux que d'en 
faire deux d une seule ^. Composer une essence d*es- 
sences melees les unes avec les autres, cest Tassi- 
miler k une collection d elements corporels qui se 
touchent sans se p6netrer; mais ce nest pas \k I'u- 
niie de Vetre ; tout etre est , en tant qu etre , malgr^ 
le nombre et la vari^t^ de ses attributs, une chose 



1 Met VII, p. i58, 1. 9; XIII, p. 288, 1. 21; XIV, p. 293, 
1. 9; I, p. 29, 1. 3i : OCfray fiiv ykp ^v Itroig aJxta SS^etev elyou, «k 
T^ Xevxov fieiuyfUvop t^ 'kevx^. AXX' oSrof ftiv 6 'k6yos Xiav evni- 
vnvoSy 6v kvafyLy6pa4 fUv vpokof EiHo^os S* ifffrepov xai ik'Xot rtpis- 
(keyov. 

* Ibid. VII, p. i56> 1. 28 : k^vatov ouaiav ii ovatSv elvat ivwap 

^ovaSv d>s ivTeXe)(el^' A(rre el it oCaia iv, ovx i<nau iS ovmSv iwic- 

apypvawv, Kcti xata tovrov tov rpSvov dp Tiiyst ^rt(t6xpiTOS opduf dSv- 
parov ykp tlptti ^cip in S1&0 ip if i^ kp6s S^o yspMat, 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II. CHAPITRE II. 307 

simple et mdivisibie*. Quelle que soit d'ailleurs ia 
nature du melange, comment en faire r^sulter tout 
le monde d^j4 si vaste des ihtelligibles et i'infinit^ des 
choses sensibles ? Les ^l^ments suffiront-iis aux pro- 
duits? Tout en reconnaissant que cfaaque id^e est, dans 
la r^alit^ etpour la pens^e pure, seule et unique de son 
espfece, Platon suppose, que « par son commerce avec 
les choses, les actions et les id^es elles-mfimes, elle 
semultipliera en apparence, et semblera aux sens une 
multitude^.)) Mais si les idees sont r^ellement seules 
chacune en son espfece, et si elles ont chacune I'unit^ 
d*un individu, il est impossible qu' elles se multipliont 
dans leur melange les unes avec les autres. Le com- 
merce des corps et des actions ne fera pas ^da van- 
tage que d'une Tid^e devienne plusieurs; les corps 
et les actions ne se resolvent-ils pas d'ailleurs en un 
melange d'idies? La multitude des etres ne serait 
done qu'une vaine apparence, la sensation une illu- 
sion. Mais cette illusion meme est-elle possible? Si 
tout c6 qui existe se riduit k des elements intelligibles, 
toute eonnaissance se reduit pareillement k Tintelli- 
gence ; si les choses sensibles ne sont pas autre cbose 
qu'une confusion d'idees , la sensation est une pens^e 

• Mi?t. p. 167, 1. lo; p. 162,1. 6. 

* Rep, V, p. 475 c : Kai wepi Sixedov xcU di^o^ xal dydidoC xal xaxoC 
xeU ifdvrav wv eiic^v icipt 6 aOrds "kdyos, avrd fUv iv ixaatov elvcu, 7ijj 
Si reSv irp^&wf xai atayudttav xai £Kki/^tav xotvcavicfi itavra^ov ^avraid- 
fxeva TtoyXd ^aivetrdat ihiatrrov. 

20. 



Digitized by 



Googk 



508 PARTIE III— DE LA METAPHYSIQUE. 
confuse ^ Et si les elements du melange sont d^tenni- 
n6s de nombre, ia confusion de la pens^e ne peut que 
les obscurcir, mais non pas les.multipliei\ Dans toute 
th^orie oil les principes ne sont que des Elements inte- 
grants, et oil le nombre de ces Elements est diter- 
min^ , fini, il ne peut rien y avoir que les , principes 
eux-memes^. Eniin, dans toute th^orie semblable , la 
science proprement dite est impossible ; car les Ele- 
ments, ce sont des choses individuelles, et la science 
ne connait que le g6n6ral '. Le platonisme, parti de la 
forme, aboutit done i la matiere ; parti de la g^n^ra- 
lite et de la notion scientifique , il aboutit k Tabsorp- 
tion de toute g^n^ralite dans Tindividualite des id^es. 
n est evident que dans un pareil systfeme, ou tout 
se r^sout en une sorte de substance et de matifere 
logique , le mouvement et la cause motrice ne peuvent 
pas trouver place. Platon appelle les id^es « les causes 
qui font etre et devenir » * ; mais rien ne change ou 
ne devient sans quelque chose qui le meuve. Or les 
id^es sont plutot des principes de permanence que 
de changement, de repos que de mouvement^. On 

^ Met. I, p. 34, 1. 20. Voyez plus haut, p. 139, note 2. 

* Ibid. XIII, p. 288, L 9 : Owx Sarat vapa, rSt (rFot^jsta Srepa Spra, 
etXXec fjL6vov tA axof^eia. XI, p. 216, 1. i5 : En if6repov at dp^ai eJliet 
•ff dptdfi^ at adtai; el ykp dpidfi^, vdvr* icrrai ra^rd. III, p. 82, 1. 20. 

' Ibid. XIII, p. 288. 1. 10 : fin ik o^^ iTtiaxrird rd <rfoiy^eTa' ov ydp 
KadoXov, ri S* ivKm^firi i&v Kad6Xotj. 

* Phesd. p. ioo-io3. Met I, p. 3o, 1. 22. 
^ Met. I, p. 23,1. 2. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 309 

nous dit qu elies produisent la naissance en se com- 
muniquant, et ia mort en se retirant; mais, en sup- 
posant meme qu'il puisse y avoir une mati^re en 
dehors des idies, pourquoi, si ies id^es subsistent 
perp^tuellement d une part et la matifere de I'autre , 
ia communication n'est-elle pas aussi perpetuelle et 
uniforme? et pourquoi ces alternatives de la nais- 
sance et de la mort, qui viennent interrompre ia 
continuity de i' existence ' ? 

Bien loin d'expliquer ia nature , la th^orie des idees 
la d^truit; car elle en retranche le mouvement, ia 
naissance et la mort, Taction et ia causality, et ia r^- 
duit k i'immobilit^ des notions abstraites. La cause 
finale, cest-i-dire le bien, ne peut pas figurer da- 
vantage dans le syst^me platonicien^. II est vrai que 
Platon nomme le bien le principe de Tetre et de ia 
v^rite, de Tessence etde ia connaissance, la cause et 
ia raison demifere des idees'. Mais quest-ce que le 
bien d'un etre, sinon la fin i iaquelle il tend et oh il 
doit trouver la perfection de sa nature ? Le bien sup- 
pose done le mouvement et le progr^s : le bien , par 
consequent, n est, dans le systfeme platonicien, quun 
mot d^nu^ de sens *. H n a pas de role k jouer dans 

^ De, Gen. el corr. II , ix : A«i t/ oCx del ytvva (rvvs^&s , ak'kd iroie 
[tiv itore ^ od, Svreov xal raSv eli&v ael nal t&v yLsdextixoSv. 

* Rep. VI, 5o5; VII, 517, 532. 

* Met XII, p. 287, I. 2 : kXXd nois td dyaddv dp^if oC 'Xiyovffiv. 

* Ibid. XI, p. 312, 1. 12 : Tovfo [xdyadov) ^' iv loU npaxToU vit- 



Digitized by 



Googk 



510 PARTIE 111.— DE LA METAPHYSIQUE. 
l^s math^matiques ; il n*en a pas k jouer dans le 
jqaonde immuabie des idi^es. Dans la sphere des abs- 
tractions et des forqies logiques, il ne pent ^tre ques- 
tion que d'ordre et de sym^trie, non pas de mou- 
vement et de vie ; le bien n a rien k y faire , m2\is 
uniquement la beaute ^ 

La beaut^, Fordre dans les id^es, ne peut reposer 
que sur les degr^s de g^n^ralit^. Le seul principe 
dont elies pussent d^pendre, ce serait done un prin- 
cipe logique, une g^n(6ralit6 supreme qui les en- 
velopperait toutes dans Tuniversalit^ de sa forme. Ge 
serait Tetre, ou Tun, qui s'afBrment de toute chose. 
Tel est, en son essence, le principe souveraln que 
Platon considere comme le fondement des id6es, et 
dont il fait le bien ; c'est le genre le plus ^lev^ , et ce 
genre est luniti meme, fUn absolu, TUn en soi^. 
Mais d abord , Tun n est pas un genre , et letre pas 
plus que Tun : tout genre est plus ^troit , moins ^tendu 
que ses diff(irences , et par consequent ne sen affirme 

dpXJ^t xal ToU oZmv iv xtvi^aer xai xovxo itpSkov xiveL Totoxirov yap 
rb rikos, Td Sk isp&rov xtvrjtTav oiSx Sariv ip toU dxtvi^iotf. III, p. 43, 
1. 13 : '.... A<rr' iv roU dxtpi/iTOis ovx kv ivSi^otro ra6rn» ehai tiiv dp- 
Xilv ovS* slpoJ Ti av7oayaB6p. Cf. Etk. Eud. I, viil. 

* Met XIII, p. 365, 1. lo : fiwei S^ td dyaddv xcd t6 xaXdv irepov 
(to fikv yap del iv wpdSst, rd S^ xaXdv xai iv rots dxivnTots), ol ^dtr- 
Kopref oCdiv "kiystP vdf itadtifuntxdf imaT/i\uis vspl xakoG ^ dyaBov 

4fe63ovTat' rou ii Kokou . fUytara etSn rd&g »ai ffvfifisrp/a xoi to 

€^ptafiivov. Cf. Ibid. Ill, p. 43, 1. 5-ia. Voyez plus haut, page loi, 
note. 

» Ibid. XIV, p. 3o 1,1. a. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II. CHAPITRE II. 511 

pas. L'etre et iun saffiriaent de tout, et il n est pas 
de difii^rence dont ils ne soient attributs^ Autre 
genre, autre sorte d'etre et aussi d'unit^. L'un et 
i'etre he sont done que des catigorimes qui different 
salon les diflerents genres ^. Lun en soi et f etre en soi 
sont des conceptions ou il ne reste pas le plus petit 
degr^ de r^aiit^, ou, en dautres terrors, ies plus 
vides de toutes les abstractions. Rien de plus absurde, 
par consequent, que de les r^aliser, d*en faire des 
choses qui existent par elles-memes et en elles-memes, 
et de ies ^riger en premiers principes'. Si Tun et 
Tetre ^taient des choses subsistant de soi-meme, c'est- 
&-dire des essences r^eiles, tout ce qui est, et meme 
tout ce qui tombe sous ia pens^e, et qui par conse- 
quent est dit un, serait essence et etre*. Bienplus, 
si 1 etre et Tun sont en soi et par soi , sans etre rien de 
plus que i'uniti et Tfetre, rien ne peut etre que i'etre 
en soi et Tun en soi; car tout est, et tout est un^. 

* Met. Ill, p. 49, 1. 23; XI, p. 2i3, 1. 22; X, p. 196, 1. 18. 

* Ibid. XIV, p. 294, 1. 12; p. 295,1. i4; p. 296, 1. 21; X, p. 196, 
I 21. 

* Ibid. X, p. 196, 1. 24 : d'Xeas ?r?Ti|T^oii t/ to iv, Savep xai ti to 
6v, d)s ovj(^ixavdv Srt rovro otuTd i^ (piitTts avrov; Ibid. p. 197, 1. i5; XI, 
p. 2i5, i. 12 : E/ (lii t6S£ ti xal oCaiav txdrepov etijraiv arffiaivet, v&s 
iacvTOU yoipttrrai xoi xaB* anurds; 

* Ibid. XI, p. 2i5, 1. i5 : EJf ysmiiv t6Ss oyalav kcU t< (leg. To^e rt 
xai ovaictv?) htdrepov auTo^v Sii'XoI, vdvr* iarlv ovaicu ta 6vTa. Kare^ 
'KdvTtav ydp to 6» KamyopsTreu , xar* svia>v ii xal tb iv. 

* Ibid. Ill, p. 56, i. 9 : AXXA fxi^i; e/ y' i<rvM ti awTo 6v xal auTO kv, 
TfoKKi^ aKopia "n&i itrtai rt itapd TavTa irepov. 



Digitized by 



Googk 



312 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
Ainsi, toute difference, toute plurality disparait : ies 
id^es, le monde sensible, Ies attributs, Ies relations, 
tout s*abime dans Tunit^ absolue de Parm^nide. 

II ny a pour le platonisme quun moyen d*6- 
chapper, au moins en apparence, k cette conclu- 
sion redoutable de la philosophic ^l^atique, «rien 
n'est, que Fetre en soi: » cest d*introduire dans toute 
existence quelque ^l^ment qui y annide Tetre , et qui 
la retienne' en (|uelque sorte sur la pente de Tidenli- 
fication universelle. Voili ce que la dialectique doit 
faire et ce quelle execute avec une facility apparente. 
Tout ce qui est est le meme que ce qu'il est, et autre 
que ce qu'il n'est pas ; ce qui est n est done pas toute 
autre chose*que ce quil est, et, en ce sens, tout ce 
qui est nest point. Cependant, pour netre pas ce 
qu elle nest pas, toute chose nest pasle non-itre. II y 
a done un non-Stre, k quoi tout participe, ou plutot 
quiestmS16 et r^pandu dans tout^. Le premier prin- 
cipe de Parm^nide, c'etait que le non-etre n'est point: 
la dialectique r^tablit le non-etre, en le faisant res- 
sortir de la difference et de la relation. Elle le r^tablit 
jusque dans Tetre en soi, qui est aussi autre que tout 

* Plat. Soph. p. 256 d : i,<iTtv ipa i^ dvdyxus to fiij 6v evi re itiirjf- 
aecas ehcu xai xarSi ndvra tA yiw xard icdtna ydp -h Q^tripov (p6ms 
ftepov dvepyaiofiivrj tow Svtos ixaaxov oiSx dv votei. — ft Quripov 
fiot ^(Tts ^vereu xaraxexepfutTiadeu. Rapport de cette th^orie du non- 
^tre avec la theorie du melange des idees, p. aSg a : Evfifiiyvvrai te 
oXXifXoif rd yivrf xal to re 6v xai Q^repov itd vdindiv xtu it* aXX)fXd>i' 
itekfi\vd6Ta. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II. CHAPITRE II. 515 

ce qui n est pas Tetre ; elle pose enfin le non-etre en 
soi comme un veritable Stre ^ Nous Tavons d^ji vue, 
dans Tordre de la science, proc^der du non-ltre k 
letre , en supposant le faux pour en tirer le vrai; nous 
la voyons maintenant, dans Tordre des existences et 
de la r^alit^, ^riger le non-etre en principe , et fonder 
la nature sur ce n^ant^. Mais qu*est-ce que le non-etre , 
d'une manifere g^n^raie , et comment attribuer k une 
abstraction semblable une ombre meme d'existeilce ? 
Si VStre de Parm^nide nest qu'une id^e vide, que 
sera-ce du non-etre que Platon lui oppose? Ce non- 
etre n'existe pas, dit-on, nest pas dune maniire ab- 
solue; il est non-etre, et en tant que non-etre. Subti- 
lit^ logique, qui ne sauve pas la contradiction^. 

Platon ne donne pas le non-etre pour le contraire 
positif de 1 etre ; mais il nen fait pas non plus, il faut 
I'avouer, une pure negation. Le non-etre, dans chaque 
chose, est ce en quoi elle est autre que tout ce quelle 
n est pas. Le non-6tre absolu est done ce qui est autre 

* Plat. Soph. p. 2 58 a : fi B-aripov ^ats i^dvn toJv Svrtov oZoa, — 
Ov^evbs t&v aXXd^v ouaias i>^ettc6\tsvov' .„, tb ftij 6v ^eSedeag iari riiv 
etOrov ^mv S^ov. — tliieU Si ye ov ft6vov &s itrci i^ fti) 6vxa aiteSd^a- 
HeVf d^St xai rd elSos 6 vvy/dpet 6v tov fiii Svros oi'Ke(^vdfieda' ti^v ySip 
^•aripov ^<nv dTcoSel^vres cZtrdv re xal xarctxeHepfiau<TfAivriv ivi 
ifdvra rd 6vra Tcpds ^iXkrfXa, rd icpos r6 6v iKoarov fi6ptop acurris dpurt- 
"^ilievov iroXfit^^afLev ehew a>s et^rd rovr6 iartv Svreos rd (ii^ 6v. 

« jifd. XIV, p. 395,1. h. 

» Ibid. VII , p. i34, 1. 7 : lfc»i TOW fiif Svros XoyixSs (pacfl lives elveu 
r6 fftiy 6v ov'x ditk&s oKkd fiii 6v, On & vu plus haul quelle est la force 
de "Xoytxov, 'koyixi^s. 



Digitized by 



Googk 



31ft PARTIE IlL— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
que i'^tre: Letre est k meme, toujours identique a 
soi-*in^me; le non-etre est Tautre dune manifere g^- 
n^rale^. Or toute chose n'est quune fots soi-meme, 
et est autre quune infinite de choses^. L'aatre, ce 
terme reiatif, na done ni forme ni nombre d^teimi- 
nh. Tandis que ietre persiste dans son identite, le 
noii'-etre se multipiie et se diversifie avec la multi> 
tude ind^finie des ^tres ; il est sans limites propres . 
I'infmi est sa nature, 

Vun et rinfini, voili les deux termes que contient, 
sous la forme logique, Topposition de Tetre et du 
non-etre , et que la dialectique en fait sortir. De ia 
contradiction de la plus haute des id^es avec sa ne- 
gation, se d^gagent les deux principes du pythago- 
risme. La philosophic du nombre ne pent pas man- 
quer d*en d^couler encore une fois. 

La iheorie des id^es, d^s son point de depart, im- 
piiquait Topposition de Yun et de Imfini. L'id^e est 
Tunit^ essentielle d'une multitude indetermin^e , la 
forme qui limite et qui contient la quantify. Cest, 
il est vrai, une forme sp^cifique, qui constitue le 

^ Soph. p. 258 a : A riis Q^ripov (lopiov ^erecof xai rris roS Stnog 
'wpos 0^rika. dvrtxttfiivav dvridems o^Siv ijrrov, ei Qri{us ehsTv, adroG 
T9V ^mos oCffia iaxlv, ovx ivavriov ixeive/) orifxaipovaa, oXXa rotrovrov 
[i6vov, h$pov ixsivov. — Bdrepov, Tim; p. 35 a, 87 a. Arist. Met. I, 
p. 31, ]. 16. 

* Soph. p. 357 a : Kai to 6v ip* ifl^-fv, Straisip i<nt rA iXkoL, xoLxa 
To^aSttt <fux itntv ixuva y^p oCx 6v, h ftiv avro i<mv, ivipetvra ^ 
tov dpiBnov riXXa owx iffxtv aZ. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE Ih 515 

carapt^re des chc^es, Jeur nature propre, et non psus 
seulement ^eur m^it^ logique. Mais h^ caract^reis sj^i- 
cifiques s effaeent bientpt dans ies relations mutuelles 
des id^es. En se r^solyant les unes dans les autres, 
elies se fondent, en quelque sorte , dans des idee;; de 
plus en plu3 g^n^rales et de plus m plus simples; 
elles rentrent, par la marche natureUe de la m^thode 
dialectique, dans Tunit^ abstraite. De son cote, le 
monde r^el, d^pouill^, par I'^loignement progressif 
des idees, de ses formes sp^cifiques, se disperse en 
une multitude de moins en moins deterroin^e ; il tend 
k se r^soudre dans la plurality pure, dans la quantitf^ 
abstraite , dans Tintini en soi. Ge ne fut d abord dans 
ia philosophie platonicienne qu une tendance, n^ces- 
saire sansdoute, fa tale, irresistible, mais obscure et 
i peine comprise. H fallut quelque temps pour que 
ia dialectique, k la poursuite de luniversel, en vint k 
toucher ce fond et y reconnut le pythagorisme. Ce ne 
fiit qu'assez tard qu'arriv^ au bout de son analyse, 
le platonisme s*arreta sur cette base, et qu'il entre- 
prit dy asseoir, k Texemple de T^cole italique, son 
syst^me du monde ^ De cette oeuvre reflexive de sa 
maturity, peu de chose transpire dans les dialogues. 
On y entrevoit les principes ; mais la deduction de$ 
consequences est a peine indiqu^e. Platon la ren- 

* Met. XIII, p. 265, 1. 26 : Upoarov aMv rifv jmitA n^i; iSiav i6^av 



Digitized by 



Googk 



316 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
ferma dans Toinbre de T^cole, et presque dans le 
mystire de Tenseignement priv6; ce n'est quapr^s lui 
qu'elle en sortit et qu'elle parut au grand jour, dans les 
Merits de ses disciples. II ne nous reste rien-des ouvrages 
de Speusippe et de X^nocrate, d'H^raclide, d'Hesti^e 
etd'Hermodore; le iivre meme oti Aristote avait re- 
cueilli les ie9ons sur le bien a peri, et nous nen 
avons plus que de trfes-rares fragments ^ Mais il nous 
reste la Metaphysique. Cest Ik que nous trouvons en- 
core et rhistoire la plus authentique et le jugement 
le plus sur du py thagorisme platonicien ; c est li que la 
th^orie, dont les dialogues nous reprisentent le mou- 
vement et les formes, se laisse voir enfin jusquau 
fond, dans le secret de ses principes et Tenchaine- 
mentintime de ses consequences; 

Apparet domus intus , et atria longa patescunt. 

Uinfini est, dans Platon, ce qui est susceptible 
^augmentation et de diminution^. Ce nest plus Tin- 
fini simple de T^cole d'ltalie , mais Tinfini r^solu par 
Tanalyse logique en deux termes opposes, Tassem- 
blage des deux elements contraires de la quantity, le 
couple, la dualite ou dyade du grand oa du petit ^. Si 

^ Voyez plus haul, p. 69. 
« Phileh. p. 24 e. Phys. Ill, vi. 

' Met. I, p. 2 1, 1. 3 : Td pLivroi ye h oMav slvou, xoi fiii irepov yi 
Tf 6v 'Xiyefrdai ip, VApaiiXi/fai^s joh HvOayopsiois ikeye, kcu to jwi 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE 11. 517 

ce nest pas une unit^ simple, comme Tinfini des 
Pythagoriciens, ce nest pas non plus, comme leur 
dyade, iunit^ collective de deux unites num^riques 
distinctes; c'est un rapport de deux termes variables 
qui ne sont rien que dans leur relation mutuelle. 
L'infini n'est done rien en soi, et tant que ses deux 
termes ne sont pas soumis h une limite; il est done 
la niatifere A laquelle Tunit^ donne la forme. Le grand 
et le petit d*une part ©t lunit^ de Tautre, tels sont 
les ^l^ments qui concourent k la formation de Tid^e. 
Forme intelligible de la plurality materielle, Tidee k 

dptdfio^s ahiovs elvcu roTs dXXots tris oMas axja^ttdus ixeivots' to Si dvri 
Tov diteipov m hvos SvdSa votiifTOU xai t6 disetpov ix fiey(£Xov xai fuxpov, 
TOUT* iSiov. Cf. Phys. Ill, IV, VI. Trendelenburg [Platonis de ideis et 
nameris doctrina ex Aristotele illustrata, p, 5o] pense qu'Aristote ne d6- 
signe la dyade ind^finie du grand et du petit chez Platon, que comme 
une dyade ind^termiu^e (Svds d6pi<rtos, sans article), et qu'il reserve 
pour les doctrines pythagoriciennes de ses successeurs Texpression d^- 
termin^e de la dyade indijinie (^ SuAs ddpiaros). II ali^gue, pour 
preuve de cette distinction, ie passage suivant [Met XIV, p. 298, 
1. 16) : Ov 7flip di) ii SvSts curia ovSi r6 p.iya xat t6 iitxpdv tov SiSo 

'kevx^, X. T. X. Mais la forme ov yap oCii n'indique ici quune 

Enumeration des deux points de vue de Tinfini platonicien-, et non 
pas une opposition (Brandis, Ueher die Zddenlehre, Rhein. Mas. 1828). 
De plus, ivSis est prEc^dE de Tarticle dans ces passages qui se rap- 
portent Evidemment h Platon, XIII, p. 274, 1. 4 : kSiivarov rffv yi- 
vecftv elvat iSv dpiBfi&v, tag yevv&mv ix rifs SvdSos xai Tot; Ms. Gf. 
1. 8. Ibid. p. 272, 1. 20:6 ySip aptQ[t6s iariv ix roH ivds xal rff; Svd- 
Sos Tif$ dophrov. Eniin on trouve Suds successivement avec et sans 
article dans des phrases tr^s-rapprocL^ : XIII, p. 274, 1. 4, i3, 
20. Comparez de m^me les passages indiquEs, XIII, p. 272, 1. 4 et 
i. 20, avec XIV, p. 299, 1. 26. 



Digitized by 



Googk 



318 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
son tour a f infini pour mati^re et Tunit^ pour forme ^ 
Mais la quantity d^termin^e, oii rinfini est soumis k 
iuniti, n'eit-ce pas le nombre? ies principes consti- 
tutifs du nombre ne different done pas des principes 
consfitutifs de I'id^e, et, par une consequence n^- 
cessaire, toutes Ies id^es sont des nombres^. Entre 
Ies nombres et Ies id^es il n*y a pas seulement une 
analogic prochaine ou iloign^e, il y a une identity 
parfaite. Les; elements de Tid^e ne sont pas, en eflFet, 
une certaine unit^ et un certain infini qui expriment 
ie rapport d une certaine grandeur avec une certaine 
petitesse, mais bien Tunit^ en soi, le grand et le pe- 
tit en soi, elements purs et simples du nombre. L'i- 
d^e est done un nombre, non pas en un sens d^- 
tourn^ et symbolique, mais dans une acception 
rigoureuse et tout k fait littirale. 

Gependant c est le propre de tout ce qui appartient 
aux math^matiques , du nombre comme de la figure, 
de pouvoir s aj outer i soi-meme et se r^p^ter in- 
d^finiment; toute id^e, au contraire, est une unit^ 
sii^iifere, quineser^pMe pas, qui nest, pour ainsi 
dire, quune fois pour toutes, et reste invariablement 
dans son identity individuelie. Les nombres, dans Ies 

* Met I, p. 20, 1. 38 : fiirsi 3* ahia rA etSri rots iXXois, jdxeipoov (Trot- 
j(eia dvdinofv ^^ rSv Svrcav elvcu ffrot^eta* (as ftiv oZv HXtiv rd {Uytt 
xoi rb iuxp6p ehat dp)(As, &s S* oCfflav 16 iv. Ibid. p. 31, 1. 29. 

' Ibid. p. 21, 1. 3 : £f ixeivanf ykp xarA iiide&v rov ivds rd efStf 
shau tods dptdfio^s. XII, p. aSo, 1. 1 6 : kptdfio^s ydp 'kiymtm tols iS'i<te. 
XIII, p. 386, 1. 9; XIV, p. 297, 1. i4. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 519 

math^matiques, ae different les uns des autres que 
par leur quantiti; cc sont des coHections dunit^s 
faonaogenes qui s'ajoutent, se retranebent, se muiti- 
pdient et se divisent. Les id^es sont d«s unites 
sp^cifiques, qui ont chacune leur caractire propre, 
ieur individuality distincte, et qui ne peuvent 
par consequent ni se partager, ni se combiner en- 
semble ^ Les id^es sont done des nombres, mats 
noD pas des nombres math^matiques; ce sont des 
nombres distincts les uns des autres par leur quality 
coznme par leur grandeur, et qui constituent autant 
d unities essentielles. Mais le's unites, dont se compose 
le monde sensible, et les nombres concrets qu*eHes 
composent, ne sont gufere plus homogfenes que les 
id^es, et ne souffrent pas davantage la rip^tition in- 
definie. Ce sont pareillement des existences r^elles, 
des natures s^paries ; seulement ce sont des natures 
cbangeantes et p^rissables, tandis que les nombres 
math^matiques sont ^ternels et immuables comme 
les id^es ^. 

La di^ectique piatonicienne ne prend done plus 
les nombres dans cette g^n^ralit^ oii les avait laiss^s 

^ Met. XIII, VI, VII, xin. 

* Ibid. I, p. 20, 1. 23 : firi S^ vapA xol alaBtirA xai rSi etSii xA (laSrf^ 
fiATiJtA t65v vpayiidxwf ehai ^m jxera^ , iia^ipovra r&v \Uv ala^r&p 
T^ ai5«a Koi dxivnTOL ehai, r&v h* siSSv r^ id (liv wXX' irret d^a el- 
vaty TO U eUos av'to iv ixa<nov (i6vov. XIII, p. 272, 1. 16 : Oi S* (dptdiioi 
futdrt[uiTtxoi) Sfwtot xa* dStdfopoi ivetpoi. Sur la difference des unites 
Kensibles et maili^matiqaeB, cf. Plat. Phileh. p. 56 d; Bep. VII, p. 525 a. 



Digitized by 



Googk 



320 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
Tanalyse encore grossifere des Pythagoriciens : elle en 
distingue trois ordres qui se r^fl^chissent Tun i*autre 
des hauteurs du monde inteUigibie au plus bas degre de 
ia nature : \evrai nombre ou nombre idiai, ie nombre 
mathematique et le nombre sensible ^ Le nombre 
ideal est Tunite essentielle, dont ia multitude des 
nombres sensibies re9oit la forme. Le nombre nia- 
th^matique se place au milieu; c*est le milieu par 
excellence, le moyen qui intervient entre les deux 
extremes, qui les s^pare et qui les unit tout en- 
semble^. L'idee est lunit^, le monde sensible Tinfini 
qu'elle determine; le nombre mathematique est le 
nombre qui mesure le rapport de lunite k Imfini'. 

* Rep. VII, p. 629 d : T^ dkrtOtv^ dpiBfi^ xal iracri rots dXifOeo-i o;^if- 
fA(X<Ti. Met. I, p. 3i, 1. 1 1 : fi iSia dpiQyLSs. XIII, p. 285, 1. 28; p. 286, 
1. 2 ; XIV, p. 294, 1. 3; p. 299, 1. 19 : ElSrjTixos dpt6fi6s. XIV, p. 807, 
1. 2 : 01 iv roTs etSefrtv dptOfioi. I, p. 28, 1. 3 : "Norttds dptdp,6s. Le 
nombre sensible aiadrtrds 6tait aussi appel^ par les Platoniciens le der- 
nier, TsXevrouos; Met. XIII, p. 270, 1. 24 : T^f prjOivja TeXevraXov. — 
Dans un passage de la R^publique (1. VII, p. 5 27-530], est indiqu6e 
la distinction des trois ordres de nombres : le vulgaire des musiciens 
et des astronomes s'arrdte au premier (cf. Phileh. p. 56 d] ; les Pytha- 
goriciens au second; aux Platoniciens seuls appartient ia recberche 
des nombres barmoniques, ^^fi^oivot, qui am^nent Tesprit k V'Me du 
bien. P. 53o e : "bfteXs Si isapd vdvta Tawa ^"Xd^ofiev rd iffiirepov. 
UoTov ,• Mi^ vox* ait&v it dtekks i7st)(etp&<nv i^yXv fiavddpeiv ots Q-pi^^o- 
ftev, xai ovx i&jxov ixetae del, oT vdpra Set d^xetv, 

» TA fUTa&, Met. I, p. 3i, 1. 24; III, p. 46, 1. 12, 24. 

* Phileh. p. 16 d : Mj)> dri iv xod icaiXXd xai dvetpd i<nt, pAvov t^ rts, 
flZXXa xa* 6it6<ra' rfiv Sk toG diteipov iSiav icpos t6 irXrjdos pif vpo^ipetv, 
Kph dv rts rov dpidpov avrov vdvra. xariSij, rbv ftexol^ tou dusipov re xai 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 521 

Mais le rapport de Tunit^ id^ale k la pluralite ind6- 
finie des unites sensibles, c'est la relation logique du 
genre et de ses individus, et mesurer cette relation 
c est TcBuvre et la fonction propre de la dialectique. 
Le premier moment de la dialectique , nous I'avons 
vu tout i rheure, est runification qui ramfene k une 
meme notion les individualit^s ^parses; le second 
est la division, qui partage le genre en ses indivi- 
dus. Le noeud de Tunification et de la division, de 
la synthase et de Tanalyse ^, c est done le rapport 
du genre aux individualit^s, dans Tid^e moyenne de 
Tespece; voili le centre par oii la dialectique passe 
et repasse sans cesse. La dialectique est Tart de la 
mesure et du temperament ; or c est un nombre 
qui donne la mesure, et ce nombre est Tespfece^. 
Aux trois ordres de nombres, qui ne sont rien 
moins que les trois classes les plus gto^rales des 
etres, r^pondent done les trois ordres de la hi^rar- 

Tov lv6s' T6re i* IjSyi td iv iKaaxov i&v ^dvrcov eis rd dveipov (ledivra 
^edpetv^ iSiv. Ibid. p. 1 8 a : &<jvep yoip iv oxtovv et ris isroTe XdSoi, tov- 
Tov, Ss (paftev, ovx iv* dissipov Set ^atv ^ivetv &SBiis, oXX' ivi uvd 
dpid(tdvy odro} Kal xaiSvavTiov Srav rts rd iiseipov dvayxaaB^ 'stpSkov Xafji- 
Sdvetp, fiil itsi to iv et?^$, ikW iit* dpidfidv aZ tiva '&'Xrfdos ixacnov 
i)(ovTd Tf xaravoeTv,rekevrjiv re ix tsdvtav eis iv. Le nombre est done 
le moyen entre Tun et Tinfini. 

* ^atpiaets xed <rvvayotyyai. Phadr. p. 265 b. 

* Porphyre, Inirod. in categ., appelie les genres et les esp^ces 
moyens, fiera&^, entre les extremes, dxpa, qui sont le gineralissime et 
le spicialissime. Aristote nomme aussi 1 esp^e moyenne, fiera^, entre 
le genre et les individus; Met III, p. 5o, 1. 2. 

2 I 



Digitized by 



Googk 



322 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
chie logique, les trois degr^s que monte et redescend 
}a dialectique platonicienne. Aux trois ordres de 
nombres correspondent enfin ]es trois ^poques de la 
science et de T^ducation ^. L'intelligence commence 
par le monde visible, ou Tintelligible se r^fl^chit; 
du fond de Tantre obscm* des sens elle savance k 
pas lents vers la pure lumi^re des id^es. Mais, avant 
d*y arriver, il lui faut traverser le demi-jour des raa- 
thematiques. C est un lieu d'^preuve ou elle se for- 
tifie, oil elle se prepare par le raisonnejnent ^ k ia 
contemplation de Tessence absolue, et s'exerce k 
surprendre dans la science discursive les traces fugi- 
tives des id^es. Aux trois regions de la connaissance, 
il faut quatre moments qui en d^termiqent les limites, 
comme quatre points dans Tespace d^terminent les 
trois dimensions, ie triple intervalle de T^tendue*. 
De ces quatre moments, le premier, qui est la science 
absolue, repond k Tunite, le second, le raisonne- 
ment, repond k la dyade; le troisifeme h la triade, 
cest la sensation; le quatrifcme k la t^trade, c'est 

» Eep. VII. 

' Dans la doctrine pythagoricienne , Tkeol. oriikm, p. 56 : MaBnfut- 
Ttxov fUyedos rptxif itaar^v iv rer pdSt. — Noi|8 D'avpfi^ irouv6 ni da9$ 
Aristote ni dans Platon I'indication precise dv rapport de limites k 
intervalles que nous ^tahlissoaa ici entre les quatre sprteq de connais- 
sance et les trois ordres d'^tres. Mm ce rapport noue parait reasortir 
avec Evidence et des doctrines m^mes de Platon at de leur auisdo^f 
avec les doctrines pythagoriciennes. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II. CHAPITRE 11. 525 

la conjecture qui ne saisit que les reflets et les ombres 
des ehoses sensibles^ Les quatre nombres r^unis, 
ajout^s les uns aux autres, donnent la decade pytha- 
goricienne, le nombre qui enveloppe tous les nom- 
bres, Tunit^ compr^bensive de tous les etres et de 
toutes les id^es. Tel est, dans son plan g^n^ral, le 
vaste mais ruineiu Edifice du pytbagorisme plato- 
nicien. 

Le monde des nombres id^aux doit contenir les 
raisons ou les formes du monde sensible. Mais ce 
monde n'est pas ind^fini comme celui des matb^ma- 
tiques; les nombres id^aux sont des ehoses en soi et 
des essences r^elles; il faut par consequent quelles 
soient finies quant au nombre^. Cependant il est im- 
possible de leur &ssigner leur limite d une mani^re 
scientifique et demonstrative; c*est done par une hy- 
potli^se arbitraire que les Platoniciens la fixent k la 
decade. Mais comment dix nombres suiBront-ils k 
Texplication de cette variite d'esp^ces que comprend 
le monde sensible? Si Ton ne veut bientot se trouver 
court, il faudra rapporter aux m^mes nombres, c'est- 
^'dire aussi aux mSmes id^es, les natures les plus dis- 

* De iln. I, n : Nowir fih^ rd h, ivtan^fiifv ik Toi ^tJo* fAova^Ss ykp 
i^ Ar rdv ik rod imviSov dpiS^v i6^av, at<r6v(Ttv ik rdv roxi arspeoB- 
ol lUv yAp dptdftol tA eiinf aM. A la classification rapport6e dalis ce 
[Missage , et qui nous semble appartenir k la terminologie d'Aiistote 
plut6t que de Platon, nous avons cru devoir substituer celie de la 
R^publique : iman^firt itdpota, v6vimt, •mi^rtt etHotaioi, jd|ai. 

' Met. XIII, p. 380, i. 8 sqq. 

21. 



Digitized by 



Googk 



524 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
semblables, et n^gliger toutes les differences ^ C^tait 
la tendance irresistible de la dialectique que de con- 
fondre dans ses generalisations les caract^res sp^ci- 
fiques : la theorie des nombres doit finir par les ab- 
sorber tous dans ses dix elements. 

Qu est-ce done que ces nombres ou doit se ren- 
fermer la diversity des essences ? Ce sont des produits 
de Tunite et de la dyade indefinie du grand et du 
petiti Mais de quels autres elements pourrait-on 
composer le nombre math^matique , sinon de Tin- 
fini et de Tunite, de la quantite illimitee et d'un prin- 
cipe de limitation? Formes des memes principes, 
le nombre math^matique et le nombre id^al rentrent 
done Tun dans Tautre^, comme Tid^e dans Tuni- 
versel; ou bien, comme rid^e, le nombre id^al est 
une pure fiction, realisation arbitraire dune notion 
logique. Maintenant, de ces nombres realises, cha- 
cun enveloppe-t-il, comme le nombre math^ma- 
tique, tous les nombres qui lui sont inftrieurs? Cha- 
cun alors, bormis le dernier, existerait k la fois en 
soi-meme et en d'autres ; chacim serait plusieurs , et 
cela est inconcevable d'un etre reel'. Les idees, 

1 Met \. 24 : Upohov lUv rax^ i-niUi^ei tA eih\. XIV, p. 3o5, 1. 5 : 
Atfo^JKf? ^oXkk (yvfi€aiv9tv ra aiSr^, xoi dpidiidv rov avrdv r&ie xcu 

« Ibid. XIV, p. 299,1. 17. 

' Ibid. XIII, p. 283, 1. 28 : Udvrofp Si xoivdv tovtcov Svep iitl jav 
eiS&v t&v (OS yivous avp.€aivet iiOLvopetv, Siav us Qr^ joL xaBokov, 'sto- 
repov t6 Z^ov avro iv tw ?d6a> ^ itepov avxov i^ti^u. Tovro yStp nil X'^ 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 325 

en tant.que nombres, seraient des parties les unes 
des autres \ et des parties subsistant k ia fois dans le 
tout et hors du tout. II faut done bien que la dyade 
ne contienne pas !*unit^, ni la triade la dyade, ni au- 
cun nombre id^al les nombres qui le pr^cident. Or 
qu est-ce que des nombres qui difRrent les uns des 
autres par autre cho^e que par le nombre meme de 
leurs unites, dont le plus grand ne contient pas le 
plus .petit, qui ne s'ajoutent ni ne se retranchent, 
ne se jnultiplient, ni ne se divisent? Le nombre id^al 
est une quantity qui ^chappe ajux conditions essen- 
tielles de toute quantity ; ce nest done pas seulement 
une fiction, mais une fiction absurde et contradic- 
toire^. 

Les nombres math^matiques se forment par Tad- 
dition successive des unites^; k Taddition, on substitue, 
pour les nombres id^aux, une generation chim^rique. 
On fait de la dyade indeflnie une mati^re d*ou se d^- 
veloppe la s^rie des cinq prendiers pairs * ; lunite vient 
d*abord im poser sa forme a la dyade indefinie; il en 
nait la dyade d^finie, le deux en soi; du commerce 
de la dyade difinie avec Tindefinie, nait la tetrade, etc. 

ptajov fjikv 6pros ovSefjJav isoti/iaet dvoplav, x. t. X. Ibid. p. 280, i. 39. 

' Met p. 277, 1. 8 : ttVVTidp^et yap hipa iiia iv ifipcf^, xoti ^dvTa 
tA eiSv svos (Aipv- 

^ Ihid. p. 276, 1. 6 : 6Xa>$ Se to ^eotetv jSls fiovdSas Sia^opovs ovoh 
(Tovv drovop Koi 'urXafffioLTwSes. P. 277, 1. 39. 

* Ibid. XIII, p. 273, 1. 3o. Plued. p. 101 b. 

i Ibid. I, p. 21, 1. 17; XIV, p. 800, 1. 17. 



Digitized by 



Googk 



526 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
Quant aux impairs, ils ne s'engendrent pas, ils re- 
Miltent de {'intervention de Tunit^ entre ies deux moi- 
ti^s de chaque nombre pair^ Mais d'abord nestH^ 
pas une contradiction manifeste que de pailer de la 
generation, de la naissance de choses ^temelles, 
comme Ies id^es ou Ies nombres id^aux? Si la dyade 
d^finie r^sulte, comme on ie suppose, de r^quation 
du grand et du petit par Top^ration de Tunite , ii y a 
done eu un temps oil le grand et ie petit n^taient 
pas egaux, et un temps oil ils le sont devenus? Mais il 
n y a pas de temps, de succession dans Tetemel ^. En 
outre, c est dans ia dyade ind^finie, c'est-i-dire dans 
la mati^re, qu*on cherche le principe unique de la 
plurality*, plusieurs formes, Tunit^, la dyade d^finie, 
la t6trade, viennent successivement s'unir k elle, et 
n*en engendrent chacune qu une seule fois. Au con- 
traire, dans ia nature, qu'on donne pour la copie du 
monde intelligible, n'est-ce pas toujours le principe 
formel qui donne successivement la meme forme i 
plusieurs matiferes? N'est-ce pas au principe mSle 
qu*appartient Tactivit^ productive qui f^conde plu- 
sieurs femelles, et qui ne s'ipuise pas'? Mais con- 



' Met. XIII, p. 380, 1. i4. 

' Ibid. XIV , p. 3oo ,1.4: krovov Si xai yivtmv mouSp aiSiatv 6v 
ttov... kvdyKv aZp 'mpthtpop Mipxj^v n^y dpia^triTa sutoU t98 Imt- 
o^trw. E/ i* del fi(rap Itreuritiptt, &0x Stp ^mtp iptaa wptkepop' rev ydf 
del oUx iffTt nfpdrepop oiiBip. Gf. de Ced. I, x. 

* Ibid. I, p. 21,1. 32 : 6fio/eM 3" S^ei xoi t6 dp^ep vpbe ih dijfXu* t^ 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 527 

sehtons k faire dfe la dyade ind^finie la g^n^ratrice 
des nombres id^aux. Toute sa vertu consiste k dou- 
bler; unie k Tunit^, elle produit le nombre deux, la 
dyade d^finie ; unie k la dyade, elle donne la t^trade; 
unie k la t^trade , elle donne le nombre huit. Mais 
d'oii viendront le nombre six et la decade? La dyad^ 
ind^finie, dapri^s les principes memes sur lesquels 
repose rhypothise de la g^n^ration des nombres , ne 
peut enfanter que les puissances successives de deux^. 
Mais ira-t-on seulement jusqu'i la seconde puissance? 
Si la t^trade r^sultait de la duplication de la dyade 
par la dyade ind^fmie, elle renfermerait n^cessaire- 
ment deux dyades; ce seraient done diji trois dyades 
id^les^. Or nous savons que toute id^e doit 6tre 
seule de son espfece, et que c'est lii ce qui la dis- 
tingue du nombre math^matique. Naitra-t-il m^me d^ 
la dyade ind^finie la premiere puissance de deux, la 
dyade d^finie? II faudrait k celle-ci quelque chose qui 
distingu^t ses deux parties I'une de Tautre, autre- 
ment elle se reduit k une seule et unique unit6 ^. En- 
fin, puisque aucun nombre impair ne nait de Tinfini, 
d'ou viendrait lunit^ id^ale elle-meme? Eile se reduit 



xedtoi ravra fUfiT^itata x&v dp/jSv ineivcav iffxi. 

» 6 d(f^ iv^t Snika<rt»i4(jisvos. Met. XIV, p. 3oo, i. i ; XIII, p. 280, 
1. 16. Ibid. I. 7 : fi ydp dSptffTOt Svi^ Svoifotbs ^p. Cf. p. 375, 1. lo 

« Ibid. XIII, p. 374, I. 8. Cf. p. 375, 1. 8. 

' Ibid. p. 280, i. 3. 



Digitized by 



Googk 



328 PARTIEIIL— DELAMETAPHYSIQUE. 
n^cessairement k Tun en soi^ et il ne reste que les 
deux principes, impuissants k engendrer un seul 
nombre. 

Gependant de ces deux principes on ne se conten- 
tait pas de faire sortir ies nombres id^aux, on en 
voulait tirer T^tendue avec ses trois dimensions. On 
formait done ia iigne , ia surface et le solide des es- 
p^ces du grand et du petit; la Iigne du long et du 
court, la surface du large et de T^troit, le solide du 
profond et de son contraire^. Mais de deux cboses 
Tune: ou ces esp^ces de la dyade forment, les unes 
par rapport aux autres, des genres independants, ou 
bien elles sont contenues les unes dans les autres. 
Dans le premier cas, la superficie ne contiehdra pas 
la longueur, ni la solidity la superficie; le corps naura 
pas de sur&ce, ni la surface de lignes. La longueur 
est-elle au contraire le genre de la largeur, et celle-ci 
de la profondeur, le corps devient une espfece de la 
surface, et la surface une espfece de la Iigne '. Absur- 
dite ^gale des deux parts. C est qu*il est absurde de 

1 Met. p. 282, 1. 28; p. 284, 1. 26. 

* Ibid. I, p. 32, 1. 10 : Miixn fA^v riOsyi^v ix fiaxpov xai ^pa^ios, ix 
rtvds \uxpw xed [i^^ov, xai ivheSov ix ^"kaxios xtd trtevov, a&\M S* 
ix ^dios xai raveivoH. XIII, p. 283, 1. i5 : Tatfra Si imiv siSrf rov 
fieydXov xal ^xpoii. 

' Ibid. I, p. 32, 1. 17 : AffXov Su ov^ d(XXo ovdkv tSv dvo) vvap^et 
tow xdrca. AXXa fiifv ovSi yivos t6 tyXart) rov ^Oios' ijv yap &v ivhe- 
Sov Ti TO (jwfwt. XIII, p. 283, 1. 19 : AwoXeXwfiiva re y^p ak'kvikodv 
dvfi'Saiveif ei fiii avvoLXokovBovai xal ai dp^a^, &axs ehai to isrXaTi) xai 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE 11. 529 

pr^tendre obtenir T^tendue, par une analyse logique, 
d*une abstraction telle que le grand et le petit. Si 
Tinfini est le genre de toutes les 6tendues , il est T^- 
tendue en g^n^ral; il est Tespace et la mati^re des 
corps non moins que des id^es et des nombres^ Pla- 
ton n'a pas recul^ devant cette consequence. Mais si 
rinfini est Tespace, il y a de T^tendue dans les id^es 
et les nombres , dont il est la matifere ; les id^es et 
les nombres se trouvent dans Tespace^ Nous avons 
diji vu que le nombre id^al ne pent etre distingu^ 
du nombre math^matique ; qui est-ce qui le distingue 
maintenant du nombre sensible? Avec T^tendue on 
rapporte encore le mouvement k la dyade ind^finie. 
Les nombres id^aux parti||peraient done au mouve- 
ment. Etendus et mobiles, en quoi difffereraient-ils 
des corps 2? Si le monde intelligible et le nionde sen- 
sible sont formes des memes principes, ils se con- 
fondent Tun avec Tautre. 

Dans des notions et des formes gen^rales, on ne 
trouvera jamais les principes du mouvement , du 

arwdv xai fJMXpdv xai |3pa;^t$. E/ Si tovto , Sareu rd iviveSov ypoififirl 
xai t6 arepedv ivheSop, 

^ Phys, IV, II : HXdroipi ^tnot "kexriov StSi t/ oUx ip tiictfi tA eiSn 

xoi ol dpidftol, dicep rd fiedexTix6p 6 t6vos, eJfre 7ov iieyc^kov xai rov 
ynxpoO 6vros rou fiedexrixov, she ttjs ifXifs, Aavep ip t^ TtftcU^ yiypa- 
^ev. Ibid. Ill, IV : UXdrap Si,., fiifSi tvov ehau avrSis (ras iSias), to 
{livTot iveipop xat ip roTs aiadnroTs xetl iv ixeipats elpat, 

* Met, I, 33 , 12 : Uepi re xipi/iaeoa, ei fiiv Sarau ravra xlprfais, Sij' 
Xov Sn xtPT^aeTCu xA etSrf, 



Digitized by 



Googk 



550 PARTIE IIL— DE LA METAPHYSIQUE. 
temps ni de Tespace; jamais on ne les digag€n du 
scsin dune tnati^re id^ale, ou on ne lea composeni 
d'oppositiona abstraites, d^pourvues de r^alite. La 
nature ne pent pas etre tir^e de la logique \ 

Vainement oherche-t-on aussi dans les deux ^i^- 
ments de Tunit^ et de I'infini les principes du bieil 
et du mal.'Dans la th^orie des id^es, Tid^e.du bien 
est le principe souverain de Teiistence et de la don- 
naissance ; Tessence du bien dans la throne des prin- 
eipes memes des id^s, c'est Tunit^, k laquelle aspi- 
rent tons les nombres^; la dyade du grand et du pe- 
tit est la source de la diffi^rence , de la discorde et du 
mal. Dans ce syst^me, chaque unit^, chaque nombre 
par consequent et cbaqm^d^e est un bien. Le bieil 
n'y fait pas faute^. Mais le mal, k son tour, n'y oc- 
cupe que trop de place. Si le mal est pos6, dans le 
principe materiel, k Torigine des choses, c'est dans 
les premiers etres qufl dominera le plus. L*un en soi 
en sera seiil exempt; mais les nombres en renferme- 
ront plus que les ^tendues , et la dyade d^finie plud 

* Met. 1. i4 : E/ 9i fiij, tnidep ^"kdtv (H xipritfis) ; dXn y^ 4 «tpj 

* Ibid. XIV, p. 3bi, 1. i6 : Oi ptiv ^amv o^to td iv to iyd^dv aur6 
thm* oMav fiiprot to iv a^Tot; ^ovto bIpcu pudiXttrra. Eik. End. I , till : 
UapdSoXo!; 3e xdl fi dv69ei&i 6n r6 kv sOt^ t^ iytSdv, &u ol AfuSpM 
ipitvreu. 

" Ibid. XIV, p. 3oi, 1. 39 : kitct&at yAp al ftoifdSis yfyp^vtcu St^ 
iytiBdp n , xoi iroXXif xn t^jtopka, dyaBSh. Itri ti rSi ^Srt iptSftoi, rA dhi 
vdvTfle divep dyad6v u. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II. GHAPITRE IL S51 

quaucun autre nombre; ainsi le mal augmeate k 
mesure qu'oa se rapproche du bien. En outre » c*e6t 
ie mal tout seui qui est Tespace ot\ Tunit^ se mani- 
feste, cest-^-dire le ]ieu du bien; c^est ie mal qui 
re^oit ie bien et qui le desire. Quoi de plus Strange 
qu'un contraire d^sirant son contraire et aimant ce 
qui doit le d^truire^? Et qu*est-ce enfin qu^une ten- 
dance, un d^sir, un mouvement dans le grand et le 
petit, dans la dyade de imfini, dans des nombres sans 

La seuie chose que Ton put attendre des deux prin- 
cipes platoniciens, ce serait Fexplication de la quan- 
titi6. Nous les avons pourtant convaincus d*impuis- 
sance k engendrer meme le premier nombre. L union 
des deux principes se bornerait-elle done k un me- 
lange, comme celle des id^es? Dun mdange, nous 
Favons di]k dit, il ne r^sulterait rien que les ^l^ments 
m^mes^. Mais supposons les nombres d^j^ constitu^s. 
Les nombres sont des composes d*unit^s. Les unites 
en sont la mati^re. Quest-ce done qui unit dans 

^ Met. p. 3o3 ,1. 13*. SvfA^o/vei ^i^ ^vra r^ 6ina \tSTi)(9tv rov xoxof 
^&) iv6t aCrov rou kv6t, xai fiSD^ov dxpdrov fierijfeiv ro^s dpiOfto^s i| 
T«^ fisyddii, xat t6 xtutop toO oyaBini x^P^^ elvat, xed ^exix^iv xai 6pi- 
yeadtu tov ^apttxoO' ^aprixdv yap toO ipavviov rd ivavtiop, Cf. Phjs. 

I, IX. 

* EA. Eud. I, viii : Koi 6pe$p that ^mSt iv ns inoXdSot iv oh (onf 
fti^ ^dpX^t; 

* Met. XIV, p. 3o3, 1. lO : AXX' oCfre mS» fUHj6p r6 re ytfpoptpop 
hepop ovx iartu. 



Digitized by 



Googk 



552 PARTIE IIL— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
chaque nombre les unites dont il se compose? Si rien 
ne les distinguait, tout nombre, disions-nous, se r^- 
duirait k une seule unit^. Mais si rien ne les unit, le 
nombre va se dissoudre^; il ny aura plus que des 
unites 6parpill^es , comme les atomes dans le chaos 
de Democrite 2, et point de nombre. Tout nombre 
doit former une unit^ de collection, et surtout le 
nombre id^al, compost d unites qui ne se laissent pas 
s^parer, et dou6 d'une existence comme d'une essence 
individuelles. L unit^ dont il est question ne pent pas 
etre celle de la continuity, puisque le nombre est une 
quantity discrete; ni celle de la contiguite ou juxta- 
position, qui supposerait d*abord la position dans Yes- 
pace'. Ce ne peut etre, par consequent, qu'une unit^ 
d essence, autrementditde forme. L'unit^ sera done iJa 
fois la matifere et la forme du nombre id^al. Or qu une 
meme chose soit tout k la fois la forme d*une autre 
et sa matifere, cest ce qui est absurde et impossible. 
L un est Tindivisible , et c est k ce titre seul que les 
Platoniciens Tavaient erigi en principe. Mais dans Ti- 
d^e de Tindivisibilite , sous Tenveloppe d'une g^n^ra- 
lite superficielle, sont comprises et confondues deux 

^ Met. I, p. 3i, 1. 26 : Eti StSi xi kv 6 dptOfidt avX'kapL€av6fUPpf ; 
VII, p. 167, 1.7, XII, p. 258,1. 12. 

* Voyez plus baut, p. 272, note 4. 

' Met. XIV, p. 3o3 ,1. 1 3 : AXXfl^ avpdiffst , &fntep <7vXXa6ifv ; aXX<i 
^iaiv re dvdyxri visdpx^^v. Cf. VII, p. 187, \. 8; XIII, p. 275, 1. 17; 
p. 284, 1. 25. Sur le sens Ae-^ims, voy. ibid. V, p. 97, 1. i5; XIII, 
p. 282, 1. 19. Anal. post. I, xxvii, xxxii. Gf. Theolog. arithm. init. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II. CHAPITRE II. 555 

id^es distinctes qui ne peuvent se d^veiopper sans se 
contredire Tune Tautre, et sans sexciure mutuelle- 
ment : f indivisibility mat^rielle de I'dement, de Tin- 
finiment petit, et Tin divisibility formelle de Tid^e ou 
de Tuniversel. L*indivisibiiit^ mat^rielle est celle des 
unites mathematiques, demiers ^l^ments de la quan- 
tite, des points et des atomes, ou individus, dont la 
physique mecanique compose ia nature. Quant k 
rindivisibilit^ formelle, cest celle de lunit^ g6n^- 
rique, ou le logicien renferme une multitude du- 
nit^s individuelles. La dialectique ramfene la phi- 
losophic m^caniste, et les deux points de vue op- 
poses de la logique et des mathematiques viennent 
se rencontrer dans son abstraction ind^termin^e de 
lunit^i. 

La th^orie platonicienne , en gin^ral, compose les 
etres avec les attributs qui s'en affirment^. Ce quehe 
leur donne pour elements integrants, ce sont leurs 

* Met. XIII, p. 281, 1. 23 sqq. P. 282, i. 4 : Has oZv dpxif rd iv; 
6ti ov St(uper6v ^atrtv, AX>' dStaipeiov xai rd xa66Xov xal rd ivi (lipovs 
xad t6 (rsoiyziov, oXXci 7p6itov ^"Xov, rd fiiv xarSi "kdyov^ rb $k xaxfli 

jf^vov tsoripms o^ r6 iv OLpy^; d{i.^oripas ^ii tsoiovm r6 iv dp- 

^i^v. Eti S^ d^varov. T6 fUv ydp ws elios xai ifi ofjcria, rd 3* d>s iiipos 

u>s ifXv Airtov Se rris <rvii,€cuvo^cnfs dfiaprias Sri Aim ix r&v fiaSriftd' 

mv idi^pevov xal ix r&v 'k6y(Dv roh x<iB6'kov, Strr* iS ixeivav fi^v a>s 
ariyiiiip rd iv xai rijv dp^iiv iBr^xav.*, Aio^ Si r6 xad<SXov ZrireTv r6 xa- 
myopovyi^pov iv xai o^rcos a>s \Upos iXeyov ravra S* dfjM r^ avT^ dS^- 
varov vvdpxjstv. 

2 Ibid. XIV, p. 292, i. 38. : Ta crrotxeTa ov xarnyopetrai xaB* &v rd 
crot^eXa. 



Digitized by 



Googk 



354 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
formes; et elle prend pour matiire premiere les 
formes les plus g^n^rales de la mati^re elle-m£me, 
le grand et le petit, findefini. Du grand et du petit, 
elle veut faire les nombres; des esp^ces du grand et 
du petit, les lignes, les surfaces, les corps et toute 
la nature. Elle ne s'aper^oit pas quelle forme des 
^tendues avec leurs limites, qui les terminent mais 
ne les constituent pas, des nombres et de la quantity 
avec les pr^dicats de la quantity, qui la supposent 
au lieu de la produire *. 

n y a plus, la quantity ne peut pas avoir d*at^ 
buts absolus; le grand et le petit ne sont que des re- 
lations^. La vraie formule de Tinfini de Platon, ee 
devrait done etre la double relation de la quantity 
dans son expression la plus g^n^rale, la dyade du 
plus grand et du plus petit ou du plus et du moins '. 
Les premiers principes, les id^es, ne devraient pas 
Hre des nombres, mais des rapports de nombres, 
puisque les nombres ne sont que la mati^re, dont les 

^ Met. I, p. 33, 1. 6 : Eti i^ ti^ HicoKsifUv'nv oMav o^s ifXifp, (tadrt- 
funixanipav dv rts ivokdSot, xai fiSXXov xarnyopeTffdcu xaiita^opAv tt- 
vat rijs iFkvs ^ ^i?v, oJov t6 fiiya xai r6 (uxp6p, XIII, p. 283, I. a5 : 
Tfltvra ySip Wflr? fieyiOovs iojiv, dXk* ovk ix to^iodv t6 lUysdos, XIV, 
p. 393, ). 1 : UdBiii Te ySip Toffta xai avfiMifx^ra fioXXov i\ Cvoxe/fieMi 
ro7g dptdfAoTf xai rots pLeyidetriv i<nt. 

* Ibid. XIV, p. 29a , L 7 : Up^ tl dpdyxn ehat r6 lUya xai rd fu- 
xp6v xat Stra rotavva. 

^ Quelques disciples de Platon substitu^rent en effet Vihepix/>f^ xoi 
vntpej^6fiepop au ^iya xai fiixpdv. Met. XIV, p. ago, 1. aS; I, p. iS, 
p. a8,l. 3o. 



i 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II. CHAPITRE II. 555 

rapports sont la forme \ La niati^re ou rinfini se r^- 
soudrait, en demiire analyse, non dans la quantity, 
non pa& meme dans ses attributs, mais dans un rap- 
port absolument ind^fini. Ainsi disparait Topposition 
apparente des deux principes. Ce non-Stre, qui doit 
servir d*6l^ment de difference et de plurality, n*est 
pas seulement une existence enti^rement relative, 
eomnie Tindiquait assez le nom que Platon lui avait 
donn^ : le different ou V autre; ce n'est pas seulement 
Tautre etTin^gal, cest Tin^galit^ en soi, Hd^e abso- 
lument abstraite dune relation sans sujet. 

Le probl^me que Platon s'^tait pos^ lui-m^me, 
^tait d expliquer la multitude des etres. II le r^sout 
d'abord par la quantity pure, et par consequent il ne 
rend compte que de la multitude des quantit^s*. La 
quantite k son tour se r^sout en relation, et, sous 
fapparence de quantit^s absolues, ne nous laisse que 
des rapports. De Tetre.il va k Tattribut, et de Tattribut 
k Tattribut de Tattribut'. Sous le sujet il cherche Tac- 
cident, etsous Faccident meme Taccident de Tacci- 
dent, creusant de plus en plus, et descendant de plus 
en plus dans le vide. Cest que le point de depart ne 

^ Met. XIV, p. 3oA, \t II . &tt 9i wx ol dpiBftol oCaUu oCSi rifs 
fMp^JM ainot, ^oy. 6 yStp X6fos ^ ouvia, 6 ^ dptdfids ifXn. 

* Ibid. p. 396, 1. 39 sqq. : Ov' Xfyerat mtok xoi itSt ti 'OoXXA ^A 
^iiT«, JXXd^ m$k mo^ 'moXkd, 6 ydp dptdiios ttdf ico96v ti ffntiaivet, 

X.T.X. 

^ Ibid. p. 392, i. 10 : UdOot rt 70V ^motfoB t6 ^p6f ri... jXX' ov'x ^if/ 
«jf TI irepov. 



Digitized by 



Googk 



556 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
repose d^ji point sur la r^alit^. Cest que Tetre n a 
iti, d^s le commencement, con9u que dans son id^e 
abstraite et dans sa g^n^ralit^; c*est quau lieu de le 
considerer dans la diversity de ses manifestations, de 
le s^parer ensuite de -ce qui se rapporte k lui, mais 
qui nest pas lui-meme, et de Taller saisir en son es- 
sence propre, on Ta pris tout d'abord, comme les 
Eleates , dans le va^e de son universality logique. A 
cet etre abstrait a du etre oppos^e une abstraction 
de non-etre^ Supprimant toutes les diffi^rences, ef- 
fa^ant tous les caractires, la dialectique a du en venir 
i envelopper toute plurality dans un terme n^gatif, 
qui ne renferme qu'une absolue inditermination ^. 
De ce terme, plus de retour k la region de Texis- 
tence et de la r^alit^; il nest plus au pouvoir de 
la dialectique d'en faire ressortir la multitude et la va- 
riiti; ce n est que par une suite d'hypoth^ses que, dans 
la notion gin^rale du plus et.du moins, elle distin- 
guerait des espfeces', et que de ces espfeces elle tirerait 
les etres, les quantit^s, les qualit^s, le temps, Tespace, 

^ Met. p. 29^ , 1. 5 : HoXXe^ ^Up oZv ta aJfria riis ivl tw&ras tc^ altias 
iKxpoinis, (idXttrra 3k r6 dTsopTJaai dp^aix&f,.. Ko/toi tspohov iikv, ei to 
6v, isroXXa;^a)$... llo>Xayfis yoip xai to fiij 6v, iitetSij xal t6 dv, x. t. X. 

* Ibid. p. 295, 1, 21 : A^ni yd.p 1^ mapix^aais ahia xai rov t6 dmi- 
xeifievov inrovvrat t^ Svit xai t^ &pI, i^ oZ xai TOtJTa)v rd 6vxa, to 
'opbs x\ xai x6 ivtaov ^icoBeivm, 6 ovr* ivavriov oih^ d'tt6^ms ixeivav, 
ft/a re ^ms r&v Svreov Savep xai r6 ti xai rd isroidi;. 

' Ibid. 1. 26 : Ka2 Knttiv iSet xai loQxo tsa>$ 'OoT^d td vpds rl dkW 
oC^ iv, X. T. X. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 357 

le mouvement. Le monde platonicien se r^duit k ces 
deux principes chim^riques, Tunit^ ind^termin^e et 
la relation abstraite de la quantity pure, Tetre qui 
n'est rien en particulier et le non-etre; deux notions 
vaines, deux mots vides de sens. 

En dehors des nombres et des id^es, reste en- 
core, il est vrai, un principe que Platon a invoqu6 
plus dune fois comme la cause du mouvement et 
Je la vie universelle; et ce principe cest lame. Ne 
serait-ce pas li que se trouverait enfin, avec T activity, 
cette realite de Tfetre que nous cherchons en vain 
dans la thiorie des id^es? Non; Tame, dans Platon, 
n'est nullement un premier principe; elle n'est pas 
une cause, mais un r^sultat. Contemporaine du 
monde; elle est comme le monde un compost des 
deux principes, un melange de Tinfini et de iunit^^ 
Lame ne serait done, comme Platon Tappelle lui- 
meme quelque part, qu'une id^e'^, ou bien un nombre, 
comme Fa dit depuis X^nocrate ^. Mais si le carac- 
tfere de toute id^e et de tout nombre est Timmuta- 
bilit^ etTimmobilit^ absolues, qu'est-ce qu un nombre 
ou une idie qui agit et qui soufire et qui se meut 

* Met. XII,' 'J). 247, \. 5 : kXkSt (lifv ovSk Ukdrcovi yt oUv re Xiyeiv 
ijv ohrat ivioie dp^ifv elvai, t6 aurd^avrd kivovv Htntpov yStp nal dffws 
T^ oCpav^ if ifvyif, 6is ^^0*1. De An. I. n : HXdrav iv t^ Tifta/^ rffv 
^X"^^ ^* "^^^ (TToi;^e/wi; votet. Cf. Tim, p. 34 e. 

« Tkeat p. i84 d. 

» De An. I, 11. 

22 



Digitized by 



Google 



358 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
soi-meme ? C'est une contradiction que d'attribuer k 
une entit^ iogique le mouvement ou la vie. Lame, 
avec son activity et sa spontaneity essentieiles , est 
dans le platonisme comme une ^trangfere venue on 
ne sait d'oii, et qui ne pent trouver de place dans ce 
syst^me de formes sans substance et dabstractions 
sans r^alite. 

Avec Platon semblent s eteindre les demiers restes 
de Tesprit socratique. Les doctrines pythagoriciennes 
sortent de Vombre dans laquelle ii les renfermait, 
et ^touffent la dialectique oii elles avaient repris 
racine; les id^es p^rissent sous les nombres. wAu- 
jourd'hui, ^crit Aristote, les math^matiques sont de- 
venues la philosophic tout entifere ^. » Le successeur 
de Platon, Speusippe, supprime le nombre id^al et 
ne reconnait plus que le nombre math^matique^. 
L*Un est encore pour lui le principe de toutes choses; 
mais rUn n'est plus le bien et se r^duit k une unit^ 
num^rique. Le bien nest plus la cause des etres, et 
le centre qui les r^unit comme au foyer commim 
de la science et de la morality : il n'est que le re- 
sultat et la derniire expression de leurs d^veloppe- 
ments individuels '. Sans doute TUn en soi ne peut 
pas etre le bien; mais se peut-il que le b|6ii soit se- 

* Met, I , p. 33,1. 4 : AXXfli yiyove to, fioBif^ta xoU mv if fiXo- 

* Ibid. XIII, p. 285, i. 26. Voyez plus haul, p. 178, note 1. 
> Ibid. XII, p. 249, 1. 20; XIII, p. 3oo, 1. 29; p. 3o2,l. 8. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 559 

par^ du premier principe? Speusippe ne laisse-t-ii 
pas id au premier principe ce qu ii en fallait exdure, 
et ne lui 6te-t-ii pas au contraire ce qu'ii failait lui 
laisser^? En meme temps ii rompl Tharmonie qui 
faisait ie caractfere du systime platonicien. H ne su- 
bordonne plus ies uns aux autres les principes du 
nombre, de la ligne, de la surface et du corps, il 
les divise et les sipare^. C^tait une erreur, il est 
vrai, que de vouloir tirer les unes des autres, de la 
plus simple k la plus compos^e, ces formes qui ne 
sont que des limitations ou des abstractions succes- 
sives de la r^alit^ , et que de pritendre les riduire 
k de simples degr^s dune hiirarchie logique. Mais, 
tout en persistant k chercher les principes dans des 
oppositions abstraites, les s^parerles uns des autres 
comme des natures difF(irentes, c*est renoncer en 
pure perte k Tavantage de Tunit^. Le monde n*est 
pourtant pas un assemblage d*episodes, comme une 
mauvaise trag^die '. 

Toutefois, aprfes Speusippe, la philosopbie platoni- 
cienne a encore dans sa decadence une phase k par- 
courir. X^nocrate ramine le nombre id^al; mais il 

* Met. XIII, p. 3 01, I. 2 : t,<yTt S* i^ Sva^ipeta ov StSi t6 t^ ^px9 
t6 ev disoStidveu as vicdp^ov, oXXol 3i& t6 rd iv dp^ffv c^s axoiyetov 
Koi rdv dptdfiov ix tov ivos, 

« Ibid. XIV, p. 298, 1. 24; XIII, p. 284, 1. 12. 

' Ibid. XIV, p. 298, 1. 3o : Ovx iotxe S' -/j ^ms iitetvoSMjut 
cZfja ix 7WV ^atvofiivatv Aavep fio^SripSt xpaytaiia. Cf. XII, p. 2 58, 
1. i5. 

2a. 



Digitized by 



Googk 



340 PARTIEIIL— DELAMETAPHYSIQUE. 
n en distingue plus ie nombre math^matique \ et il 
transporte 4 celui-ci les ^tranges propri^t^s du pre- 
mier. Le nombre id^al de Platon ^tait, comme i*i- 
d^e, une fiction contradictoire; mais, du moins, Pia- 
ton avail laisse au nombre aritbm^tique, comme a 
la gin^ralit^ logique , ses caract^res constitutifs : Xi- 
nocrate attribue aux unites des diffi^rents nombres 
rh^t^rogen^it^ des unites id^ales; il en fait des es- 
sences distingu^es les unes des autres par des qua* 
lit^s sp^cifiiques ^. L'arbitraire envahit done jus- 
qu aux math^matiques ^ oil la philosophie ^tait des- 
cendue et oil elle cachait son impuissance ; la science 
tout entiire est livr^e k une contradiction inextri- 
cable \ 

Tout cela arrive aux platoniciens , parce qu ils ra- 
m^nent toute espfece de principe k T^l^ment, parce 
quils prennent pour principes les contraires, parce 
qu'ils font de TUn un principe, parce qu*ils font des 
nombres et des id6es les premieres essences , et qu ils 
leur attribuent une existence ind^pendante et s^pa- 
r^e ^. A ces erreurs radicales , d*ou d^rivent toutes les 

* Voyez plus haul, p. 178, note 1 . 

* Met. ISlIII, p. 271, 1. 27 : 0J9' ovotacToHv (lovdias Svdia elpot. 

' Ibid. p. 279, 1. 4 : AX>' liiaf CicoOiaets vjfodi^pop avdyxn fiv 
x^petv, dfra re ro7s &s eti-n r6v dptOft^v Xiyovat aviiJSaivet, xai tovta 
dvayxaTov Xiyetp. 

* Ibid. p. 278. i. 3o : Xc/pi<rra "kiyerat 6 rpirot Tp6ieos, x, t. X. 

^ Ibid. XIV, p. 3 02, i 19 : Tmha Sil 'adpxa avit€cUpei, rd (tiv 6xt 
pX^p maap orot/eTop isotovfft, r6 ^ Srt Tavavr/a dpx^s, 76 i* *'« t^ 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II. CHAPITRE II. 541 

consequences absurdes qui accablent ie platonisme> 
ii y a encore une racine commune : c'est la confu- 
sion de Tordre iogique avec lordre de Tetre, et, par 
une suite inevitable, des causes r^elles de Tetre avec 
ies principes formels de la science ^ 

A partir de Socrate , la philosophic roule tout en- 
ti^re sur Ies formes. La dialectique ne va pas plus loin. 
Or Ies formes ont toutes leurs contraires. La dialec- 
tique ne pouvait manquer de raraener avec elle la 
th^orie de Tbpposition des principes^. Seulement, au 
lieu des elements contraires dAnaximandk^e, d^Anaxa- 
gore ou d'Emp^docle, ce ne sont plus ici que des 
principes intelligibles; aux oppositions sensibles de la 
mati^re succfedent Ies oppositions des notions^. Les 
formes des choses prennent la place des elements; 
la mati^re se r^sout dans une alliance ou un melange 
d'idees. D^s lors toutes les differences se reduisent 
aux differences logiques des idees pures, et ces diffe- 
rences logiques , k leur tour, dans^ les rapports et les 
proportions des idees. La qualite, oii Ton cherchait 

iv cipx^^f "^^ ^ ^^' ^^^ apid|itot)$ tki vptSnaf o^triai xtu y((apiaias Hal 
eWiy.Cf. XIII, p. 288,1.20. 

* Met. XIII, p. 262, I. 26 : AXX* ov ^dvxa Stm tw X<Jyy 'ap6Tepa, 
xai T^ oM^ 'a p67 spa. 

* Ibid. XIV, p. 289, i. 21 ; Ild^i/Tef Si isoioum rSis ap^Sif ivavriat. 
XII, p. 2 56, 1. 20 : Udvjss y^ H ipavtiecv 'CotoOat ^advva, 

' P^ys. I , V : ^ta^ipovfft ^ oKkifiktav t^ toi^s pjkv 'mp6tepa lo^s i* 
Harepa "XofiSdpetv, nai lovi ^p yp<api\t^epa nai^ top \6yop To^t 3e 
Hata riip aJl<r9ifmp. Cf. Met IV, p. 65 ,1.6. 



Digitized by 



Googk 



342 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
Tetre^ disparait dans la quantity, et la philosophic, 
recuiant jusquau pythagorisme, va se perdre dans les 
math^matiques. Dfes lors aussi tous les &tres se resol- 
vent dans les elements indivisihles de la grandeur, 
dans les unites num^riques : c est Vatomisme ionien 
sous une forme plus pure. Les deux mondes que la 
dialectique avait commence par distinguer si s^vfere- 
ment, le monde sensihle etTintelligible, se confondent 
ensemble dans Tespace, dans Imfini du vide que limi- 
tent les unites. Mais la philosophic platonicienne ne 
pent pas sd^contenter de la plurality ind^finie qui 
sufEsait k la physique ionienne. Ses dements, formes 
d'oppositionslogiquies, ne peuvent pas trouver dans 
la juxtaposition, comme les atomes de D^mocrite, 
Tunite qui fait Tetre; il leur faut done encore une 
unite formcUc. Ici, les contraires ne sont plus, comme 
dans les precedents systfemes de physique mecaniste» 
les agents dont I unite materielle subit tour k tour les 
influences : ce sont les contraires qui soufiFrent, et 
lunite qui agit^. La cause de Tunivers, le bien en soi, 
Dieu en un mot est lunite absolue qui domine et qui 
r^gle toutes les oppositions. Mais si la mati^re est le 
melange indefini des contraires, la forme nest-elle 
pas aussi le contraire de la matiire? Si TUn estie 

^ Met VII, p. i56, 1. 25 : O^dip cnfifiaivet tup xoivij xarnyopovyLipcov 
j6ie Tt, dk'ka rot6vSe, P. 167, 1. 11. 

* Phjs. I, V : Of iUp dp/aXot tet i6o fUv mouTv r6 Si iv 'oio'^eip, r&v 
S' iJaTep6p ripes voijpapriov t6 (ikp vsotiw %^ Si i^o wdir^etp ^aai fioAXoi^. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 343 

bien, et que ie bien soit ie contraire du mal ; si TUn, 
d'une manifere g^n^rale, estle contraire de la multi- 
tude, Ie premier principe, Dieu a son contraire, im- 
mortel, etemel comme lui^. Ou Ie principe materiel 
s'an^antit devant la forme , et tout se r^duit encore 
one fois k Tunit^ de Parmenide, ou Ie monde est 
livre k un dualisme invincible de contraires sans 
sujet, de contradictoires qui s'excluent, et qui pour- 
tant subsistent Tun en face de Tautre, comme Tetre et 
lenon-etre^. 

La philosophic, k sa naissance, avait pris pour 
principe une existence individuelle , la substance ou 
matifere premiere. EUe ne partait pas, comme on Ie fit 
plus tard, desattributs contraires, qui ne se sufBsent 
pas k eux-memes, mais de la r^alit^ qui les porte. 
EUe prenait pour principe, non pas, comme la doc- 
trine atomistique, Tabstraction du corps, mais bien 
un corps determine ^; non pas, comme la dialec- 
tique , la qualitii et la forme g^nerale , mais une chose 
existante, un etre. Elle ne sigare done pas dans des 
abstractions chimiriques ; mais aussi elle ne franchit 
pas les 6troites limites de la sensation. Elle ignore 
Juniversel, seul objet de la science, et la r^alit^ su- 

* Met. XII, p. 257, 1. i4 : Atoitov Si xai rd ivetvxiov fiij ^otricrou t^ 
ayoiB^ xal ru va, x. t. X. 

^ Ibid. I 19. 
Ibid. VII, p. 24o, 1. 3 : 01 fUv oZv vtiv j^ KaB6'kov ovaias (aoXXop 
ttOiaat.., Oi Sk makeu td. xaG' Sxatrxov, oJov tsOp xai yHv, dkX ov to xot- 
v6v aoffia. Ibid. I, p. 32 , 1. 2. Voyez plus haut, p. 271 , note 2. 



Digitized by 



Googk 



544 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
p^rieure de rinteiiigibie. La substance h laquelle elle 
s'attache ne se suflfit pas plus k soi-mfime que ies 
formes qui la manifestent; sans ces formes la subs- 
tance n est rien ; et qu'est-ce qui la fera passer de 
son ind^termination k la determination de la forme , 
de rimperfection k la perfection, de la possibility 
de Texistence k la realite^P Le vrai principe, cest le 
parfait, comme le disait la poesie antique; ce nest 
pas la Nuit ni le Chaos , c'est Jupiter lui-meme ^. 

Apris la philosophic de Tunit^ , la philosophic de 
Vopposition est venue mettre en lumifere la forme , 
jusqualors sacrifiee k la matifere. Elle est venue 
soumettre Ies etres k la mesure de luniverse' 
et dans luniversel manifester la raison souveraine. 
Mais ou elle s'arrete k Topposition, qui lui cache 
1 unite interieure de fetre , ou elle pr^nd pour Tetre 
lui-meme Ies nombres et Ies g^neraiites qui nen 
sont que la limite et renveloppe. Sa plus haute realite 
n'est encore qu*une realisation arbitraire de luni- 
versel , et elle ne connait rien au deli de la contra- 
riety des idees. 

Ainsi des deux ^poques de la philosophic, ni Tune 
ni Tautre na soup5onne le veritable etre, le vrai 
principe. Letre en. soi nest pas le corps, mais ce 
n'est pas davantage luniversel , qui ne peut subsister 



» Met. xn,p. 2^6,1, 36. 
» Ibid. XIV, p. 3oi, 1. 5. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE II, CHAPITRE II. 545 

par soi-meme. Le premier principe n'est pas iunit^ 
materieile de Thaifes, uniti ind^terminie qui suppose 
iin principe de determination; mais ce n'est pas un 
contraire non plus , puisque les contraires supposent 
un sujet qui les contienne dans son unit^^ Au-dessus 
des r^alit^s sensibles ii y a les gen^ralit^s, mais au- 
dessus des formes g^n^rales il y a la r^alit^ absolue ; 
au-dessus de la sensation la science , mais au-dessus 
de la science Tintuition de la pens^e. Peut-etre meme 
qu*a tout prendre la seconde ^poque est plus loin de 
ia virit^ que n'^tait la premiere. Si la physique le cfede 
aux math^matiques dans Fordre de la science, elle 
i'emporte dans Tordre de Tetre, et dans la m6ta phy- 
sique cest de letre qu'il sagit^. La reality, quelle 
qu'elle soit, est plus prfes, en ce sens, de la r^alit^ 
supreme que la notion logique, la forme abstraite, 
i'id^al. 

Partie de Tindividuel, la philosophic premiere n*a 
done traverse les g^n^ralit^s que pour aller retrouver 
rindividualit^.' Elle a commence par lunit^ et apres 
avoir pass6 par Topposition , le dualisme, elle va finir 
par luniti. Mais ce n est pas un cercle qui se ferme, 
un retour sans progrfes. Dans le troisieme moment de 
la science doivent se retrouver k la fois les deux mo- 
ments qui le precedent, elev^s k leur plus haute 

* Met. p. 289, 1. 3o : ket dpa Tsivta rdvavria xaS* vvoxetfiivov xnl 
s Voyez plus haut, p. 269. 



Digitized by 



Googk 



546 PARTIEIIL— DELAMETAPHYSIQUE. 
puissance. A la reality de rindividu s'unira dans la 
M^taphysique la g^n^ralit^ des notions, k Tabsolue 
individuality Tuniversalit^ absolue, k Texistence Tes- 
sence , k Tetre la pens^e. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE 1. 547 



LIVRE III. 



SYSTEME METAPHYSIQUE D AKISTOTE. 



CHAPITRE I. 

Objel de la M^taphysique : les premiers principes, i'dtre en tant 
qu etre. Categories. Oppositions ou analogies. Principes propres et 
principes communs. 

Enseigner , d^montrer , c est ie propre de la science ; 
or d^montrer, cest prouver iine consequence parun 
principe , un efFet par une cause. L'expirience donne 
les faits, la science la raison des faits, et cest la cause 
qui est cette raison ^ La philosophic premiire.est 
done, comme toute science, une science de causes ou 
de principes. Et si aux principes de Texistence r^pon- 
dentceux de la connaissance , si aux degris de Techelle 

* Met, I, p. 4, 1. 28 : 01 iiiv yAp iiiveipot r6 6ti ftiv tcraat, Siort i* oCk 
iaamv ol Si r6 St6rt xai ri^v airiap yvapiiovat. P. 6, 1. aa : En t6p 
dkpt^iarepov xai t6v StScuTKaktxt&repop tQv aUxitop ao^e&rspov ehai m^pi 
^Saa» ittian^yLiiv* Anal. post. II, x : ^vlGraoBou oi6(jLeda, ^rav slS&fiev 
riiv ouriap. 



Digitized by 



Googk 



548 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
des causes correspondent, par consequent, ies degres 
de la science , la plus haute science ne pent etre que 
la science des causes Ies plus hautes, etla philosophic 
premiere la science des premiers principes^. 

Cependant ne se pourrait-il pas que toute cause 
lut TeflFet dune cause ant^rieure, et que la chaine des 
causes n'eut pas de fin? Ne se pourrait-il pas aussi que 
reflFet d une cause en fut la cause k son tour , et que 
la chaine des causes fit un cercle^? Dans la premiere 
de ces suppositions, il n y a pas de premier terme; le 
commencement, le principe recule ilmfini. Dans la 
la seconde , il n y a qu'une reciprocity ind^finie d'action 
et de reaction;' pas davantage de premier terme etde 
principe determine. Dans Tun ou Taulre cas, plus de 
causes premieres, et plus de premiere philosophic. 

Mais d'une serie de termes , la cause , s il y en a 
une, est toujours le premier; il est de Tessence de la 
cause detre avant son effet^. Or il n'est pas possible 
que deux choses se pi^cfedent mutuellement dans le 
meme sens et selon le meme rapport; il nest done 
pas possible que deux choses soient le principe Tune 
de Tautre, et que la s^rie des causes revienne sur elie- 
meme ^. Mais si Ies causes ne forment pas un cercle, elles 

* Met. I, p. 7, 1. 23 : Ae7 yap avrriv tuv tspeinayv dp^65v xal airhv 
elvcu ^^eeapn^^x^^v. 

^ Ibid. II, 11 ; Anal. post. I, xix. 

* Met. II, p. 37, 1. 11: T&v ykp fUaav, &v iariv ^|w w i<r)(atov kal 
vporepov, dvayxcuov elvai to 'mp67epov airtov t&v (ier* aurd. 

* Anal post I, in : KtJxXy S* d'xi dS^vonov ditoSeiHvvcrdou iitXSii, ^n- 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE I. 549 

ne peuvent pas davantage Tormer une suite infinie : la 
causalite suppose la priority, et la priority un commen- 
cement. 11 y a done un premier anneau auquel toute 
la chaine est comme suspendue. 11 y en a aussi an der- 
nier, auquel elie se terminer En effet, la suite des 
changemaits ne s*^tend pas k Tinfini : elle va du con- 
traire au contraire, et, dans le milieu qu elle traverse, 
de rimperfection k la perfection. Or la perfection, 
cest la fin, et les contraires sont les extremes, les 
limites oil le changement vient aboutir tour k tour. 
La succession alternative des contraires borne le 
champ des phenomenes; les ph^nom^nes marchent 
d'un extreme k Tautre, dun mouvement r^gulier, sui- 
vant la loi constante de la p^riodicite^. 

La science, par consequent, a comme la nature 
son commencement et sa fin. Si la suite des causes 
n'avait pas de bornes, la demonstration, qui est la 
preuve par les causes , irait k Tinfini. Mais la pens^e 
ne finirait jamais de traverser Tinfini. La science serait 
done impossible^. Point de causes, sans des causes 
premieres dont tout vienne, et qui ne viennent de 

Xov* kS^varov yap i<rrt rSt wij^ ySv avr&v dfia ^p6Tgpa xai Harepa 

elvai, ei (lij tdv (kepov rpovov, 

^ Met. II, p. 37, 1. 21 : kXXA fiiiv ovSe inl t6 xdru oI6v r* iariv ix* 
dvetpov iiveu, jov iva Sj(ovtos dp)(i^v. 

* Ibid. p. 38, 1. 11: kf^^oripae ik ol^voxov its dvetpov iivou. Tow 
flip yStp 6vftAf fiera^ avdyHv ti^os eJvou, rat, S* els dlXXi^Xa dvandfimetv 
"fi ydp QutipoM (pdopoL Q^ripov iaxl yivetrts. 

' Ibid. IV, p. 68 , 1. 6 : &X(os (Uv ykp dvdvreov di^varop ditoSet^v 



Digitized by 



Googk 



350 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
rien; point de science sans des principes d*oii descende 
la demonstration, et cjui ne se d^montrent pas^ 

n n y a done pas de progr^s k 1 mfini ni dans Tordre 
de Tetre , ni dans celui de la connaissance. C'est dans 
le temps, k la v^rit^, que les efFets se succedent, et 
que se passe rexp^rience ; et le temps est infini. Mais 
la suite des causes et des demonstrations n'est pas 
une suite homog^ne, qui s'^coule, comme la durte, 
d'un cours toujours egal; c'est un ordre qui a ses 
limites, qui ne se d^veloppe pas k Tinfini, mais qui 
s ach^ve et se recommence sans fin d'individu en in- 
dividu, de generation en generation, de periode en 
periode, qui change de sujets et de lieux, mais sans 
changer de forme ^. Ainsi se repfete d'age en ^ge la 
double hierarchic de la nature et de la science , entre 
leurs premiers principes et leurs fins demieres, qui 
reposent dans I'etemite. 

En outre , les causes ne sont pas toutes contenues 
dans une seule el unique serie. En toute chose, en 
tout evenement, on reconnait le concours de plusieurs 
principes appartenant k des ordres distincts. Mais le 
nombre de ces ordres ne pent pas non plus etre infini. 
Dans quelque sens qu'on prenne Tinfini, soit dans la 

elvar eU dvetpov yap Stv ^aSiioi, &aTS (xiy^ o^tas elvai d'K6Set&v. Anal, 
post I , XXII : T^ 3* dveipa oJx Strrt SieieXBeTv vowvra, 

* Met. I, p. 34, 1. 8; IV, p. 68, 1. 6. ^nal^'post. I, i, in, ix; II, 
III. Eth. Nic. VI, III. 

* Met. XII, III. De Gen. et corr. ii, lo. De An. II. iv. Anal. post. II, 
XI. Voyez plus has. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE 1. 551 

succession des causes similaires qui d^rivent ies unes 
des autres, soit dans des causes difF(6rentes, concou- 
rant h la fois k un meme r^sultat , il est impossible 
qu'une multitude infinie arrive jamais Ji im effet; et 
d un autre cot^ la pens^e n*aurait jamais fait de Ies 
compter ^ Toutes ies causes doivent done se ramener 
k un nombre de classes d^termin^. 

Tout etre qui n'est pas sa cause k lui-meme est le 
produit de quatre causes. D*abord il se compose de 
deux^l^ments, une1[nati^reetune forme; une matifere 
dont il est fait, une forme qui le caract^rise, et qui 
determine sa nature et son essence propre. Ensuite , 
cest dans le temps qu'il prend sa forme; cest par 
un changement, en d'autres termes, par un mouve- 
ment4|u'il.devient ce qu il doit etre. Le mouvement 
suppose un principe moteur qui le commence , mie fin 
k laquelle il tende et oii il vienne s'arreter 2. 11 y a done 
deux principes internes, dans lesquels Ies choses se 
resolvent , et deux principes externes qui determinent 



^ Met. II, p. 36, 1. 29 : Ot?ie dfireipa ra ahia rSv ivrav, 067* eU eC~ 
IV oire xar* elios, P. 39, 1. 10 : AXXdi fiijv xai ei ivetpd y* iitrav 
rXifdei Tfl^ etStf jQv altknf, ovx Stv Hv ouS* oUtta to ytyvtitaKstv' rdje yap 
eiSiveu oi6iieda, 6Tav 7^ aJlrta yvotpha^tev' t6 i* ineipop xard^ rijp ^p6a- 
decriv oCx Sartv iv '&STsepa(yy.£vtfi Sie(e\de7v. 

^ Ibid. I, p. 9, 1. 19 : Tdi d' o/ria Xiyereu teTpa/fis, &v fjJav (Uv at- 
tUlv (fafiev elvat rffp oMav xai t6 ti fv elvat,,. Mpav 3i t/)v i^nv xal 
T^ vvoxelftevov, rpirnv.Si Sdsv il oipx^ "^^ xivi^aecos, Terdprriv Si rifv 
dvTixstfUvnv aixiav tavT^, to oS Svsxa xai Tdyad6v (riXos ydp yepiaea>s 
xai xtirfiasfos vdcms toot* Sort). Ibid. V, ii. Phjrs, II, iii. Anal, post. II, x. 



'B. 



Digitized by 



Googk 



352 PARTIE 111.— DE LA METAPHYSIQUE. 
Tunion des premiers^. Les principes internes ne se 
s^parent pas de Fetre, qui n'est que Tassemblage de 
Tun avec Tautre. lis commencent avec iui et finissent 
a^ec Iui; ils en forment, k tous les instants de son 
existence, ia reaiit^ actuelie, et comme le perp^tuel 
present. Les principes extemes forment, iun du c6t6 
du pass^, et I'autre du cot^ de Tavenir, la double 
limite de sa dur^e^. II, commence d'etre en recevant 
rimpulsion du premier;, il ach^ve d'etre en recevant 
du secoi^d son accomplissement et sa perfection. 
Ainsi quatre principes d^terminent et remplissent 
toutes les conditions de T existence reelle : la ma- 
ti^re, la forme, la cause motrice et la cause finale. 
Ce sont aussi, par consequent, les principes de la 
science et de la demonstration. .-. 

Gependant les quatre causes ne, forment pas une 
sirie dont le terme le plus ^leve soit le principe des 
termes inf^rieurs; ce ne sont pais non plus des con- 
traires , lies entre eux par une correlation logique. 
Comment peuvent - elles etre Tobjet d'une meme 
science? C'est qu elles expriment toutes des rela- 
tions differentes avec une seule et meme chose. Ce 
n est pas une communaute de nature et d'essence qui 
les r^imit en un meme systfeme , mais c est la commu- 
naute de direction vers un seid et meme centre, ou 

^ Met V, p. 87, 1. 19 : TovTMv Si (rch dpxfiv) al (liv ivM-Kdpx^trtd 
eimv, al 3k inj^s. XII, p. 243, 1. 27. 
^ Ibid. XII, p. U5,l. i5. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE I. 355 

elles convergent toutes k la fois^ Ce rfest pas par 
elies-memes qu'elies sont li^es ies unes avec les autres; 
mais c est par leur commune r^suitante. Prises en 
elles-memes, dans Texpression abstraite de leur cau- 
sality, les causes ne sont que des points de vue g^n^- 
raux, des lieax, d'ou toute science doit successivement 
consid^rer son sujet^. Cest dans leur rapport actuel 
avec leur produit qu elles se d^terminent. Cest dans 
ce rapport seul que consistent et la r^alit^ propre de 
chacune d elles, et leur commune unit^; cest dans ce 
rappoii; seul que chaque science pent les saisir, les 
coordonner ensemble, et en tirer des demonstrations. 
Ainsi les causes ne sont des causes que dans leur 
rapport imm^diat avec une chose, im etre dont elles 
diterminent Texistence , et qu'elies font etre ce qu'il 
est. Que sera-ce done que les causes premieres , sinon 

^ Met, ni , p. A3 , i. 3 : TAldis fdv y^ intcm^fArif mQs Stp etv fiij iv 
aprias o6aas tAs apx^^ yvapiietv; Cf. Alex. Apbrod. ad h. 1. IV, p. 61, 
1. 28 : OtJ y^p ii6vov t&v xaB* iv 'keyofiivaw inKm^firfs iirsi Q^ecoprjcrat 
(uas, aXX<i xaH tSv ispbs yJetv Xeyofiivatp ^aiv xai yAp taura xp6Tsov 

* Phys, II , III : kvaina Sk ra vvv eipniUva oJtia els rirrapas vlmet 
rSicovs ToOs ^avepondjovs, Plusieurs manusciits donnent Tp6'Kovs au 
lieu de 'r6vous. On lit aussi Tp6vous dans la M^tapbysique (V, p. 68, 
1. 25) oil le II* chapitre du'V* livre nest que la reproduction presque 
littoral e du iii* chapitre du IP livre de la Physique. Quelques lignes 
plus has, en se r^sumant (Met. V, p. 69, 1. 11; Phjrs. II, p. 101 3, 
ag b Bckk.) , Aristote dit : Tp6vot tSv o/tiW. Tp6isoi est Texpression 
propre pour tous les ^oWa)(fis Xey6fiepa. Gependant, dans le passage 
pr6cit6, nr/irrei nous semble demander plutot rSitous. 

23 



Digitized by 



Googk 



554 PARTIEIIL— DELAMETAPHYSIQUE. 
fes quatre causes par lesquelles tout etre est ce qu'ii 
est avant tout, cest-Ji-dire un etre? La science des 
premiers principes est done ia science des causes de 
r^tre en tant qu'^tre^ Chacime des autres sciences se 
renferme dans une classe detres d^finie, dont elle 
s*attache k d^ontrer, dune mani^re plus ou moins 
rigoureuse, ies propri^t^s essentielles. Aucune ne se 
croit en droit de rechercher ce quest, dans son etre 
meme, Tetre particuiier dont elie fait son^^tude^. 
L etre en tant qu'etre ne se iaisse circonscrire dans 
aucune classe; ies causes nen sont pas diverses et 
particuli^res, mais universelles et uniformes : il ne 
pent etre Tobjet que dune science universelle. 

La science des premiers principes, la philosophie 
premifere pent done etre d^finie , « ia science univer- 
selle de 1 etre en tant qu'etre^. » 

Mais il ne faut pas comprendre dans Tetre ce qui 
nest que par accident. L'accident, en gin^ral*, est ce 
qui arrive aux choses ind^pendamment de leur es- 



* Met, IV, p. 61, 1. 5 : ftwei S^ rSts aipy^as xai rots dHpojdras ahias 
iifTOVfiev, Srp<oy w ^tred^s rivos a^rds dvayxtuov ehm xaB* avn^v... A/3 

* Ibid. VI, p. 121,1. i/i : flaaroM aSrow 'oepl Sv ti xai yivos tt vfepi- 
ypa^fdfAevai 'aepl roikov 'mpayiiare^ovrat, «XX' oCyl 'Btepl Svros dickaSt 
o^k ^ 6v, oCSk 70V t/ ioTtv oCdiva "Xdyov "Sfoiovvrou, XI , p. 21^,1. 1. 

' Ibid. IV, p. 6 1 , 1. t : OCSepJa ydp tup AWXeav imtrxonei xad<^ov 
mepl TOO 6vros ^ Sv. — ^ffXov Srt xai rd ^vra fttSs ^ecjpritrou ^ Svroi. 

* Sur Ies accidents essentiels, auxqueis tout ce qui va suivre ne 
s'applique pas, voyez plus bas. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE I. 355 

sence, et par suite, ce qui ne leur arrive ni ioujours 
ni le plus souvent. C'est un accessoire qui leur vient 
dun concours fortuit de circonstances ext^rieures. 
L accident n*appartient de soi-meme k rien; aucund 
chose ne ie tient d'elle-meme , mais de ses relations 
exttaordinaires avec quelque chose d' Stranger. Or la 
cause d'un eire est ce qui le fait etre ce qu'il est en 
lui-meme; Taccident ne derive done pas des causes 
de Tetre auquel il arrive. II n a pas de cause qui liii 
soit propre et de principe d^termin^; il est done 
impossible qu'il soit Tobjet dune science. Par cela 
seul que toute science se fonde sur ies causes, il 
nest pas de science qui se propose d'autre objet 
que ce qui arrive toujours ou du moins le plus sou- 
vent; il n en est pas qui ne neglige et ne doive n6gli- 
ger Ies accidents de son sujet^ L*accident, qui se 
multiplie avec Ies rapports extirieurs des choses, est 
ind^ termini , ind^fini; la science qui chercherait ^ en 
^puiser la connaissance ne trouverait pas de terme 
et ne pourrait pas etre^. L accident na pas de limite, 
de forme ni d'essence; aucune definition ne lui con- 
vient, qu'une definition negative ^. Ce nest pas v^- 



» Jifet. VI,ii;XI,viii. 

* Ibid. VI, p. 124, 1. 7 : kvsipa ydp iartv (sc. Saa avfjMaiivet) . V, 
p. 12 o, 1. 25 : OiJ^i ^1^ diiuov Sptafiivov oCBiv tov (TVfiSeSnK6'tos , aXXc^ 
TO rvx/^v TO0TO J* ddpiOTOP, XJ, p. 228, 1. 27, 

' Top. I, V : '^vfi^eSrfxds Si itrttv 6 fii^Skv fiep roiirav iari, fiifre Spos 
fiifre ihov ftifTe yivos, ivip^et Si t^ ^epdyftatt, x. t. X. 

23. 



Digitized by 



Googk 



556 PARTIEIIL— DELAMETAPHYSIQUE. 
ritablement de i'etre, mais plutot du non-etre, quil 
faut abandonner k la frivoiit^ des sophistes^. 

Uetre n est pas non plus le vrai. II n y a de verite 
que dans une proposition qui unit ou s^pare, en af- 
firmant ou en les niant Tun de lautre, deux termes 
unis ou s^par^s dans la r^dit^; il n*y a de fausset^ que 
dans une proposition qui unit ce qui est s^par^ ou qui 
s6pare ce qui est uni. Dire vrai, ce n'est pas dire ce qui 
est, ni dire faux, dire ce qui n'est pas. Dire vrai , c est 
dire que ce qui est est, que ce qui n'est pas n'est pas; 
dire faux, c'est dire que ce qui est n'est pas 2, et r^ci- 
proquement. Ce n est done pas letre par lui-meme qui 
est le vrai, ni le non-etre qui est le faux. Le vrai et le 
faux ne sont pas dans les choses, mais dans la syn- 
thase ou combinaison de Tentendement^. L'accident 
est un r^sultat passager du hasard; la virit^ une rela- 
tion d^pendante dun ^tat de la pens^e*. 

Letre veritable, objeide la metaphysique, est ce 
qui existe en soi. Ce qui existe en soi est en dehors 
des combinaisons de fentendement^. Ce nest done 



* Met. VI, p. 124, 1. i5; XI,p. 227, 1. 17. 
» Ibid. VI, III; XI, viii; IX, X. 

' Ibid. VI , p. 1 27, 1. i3 : Ow ydp i<rtt 16 4'evS6s te xai rd dXnd^s iv 
ToU ^pdyfiaatv, olov rd fiiv dyaSbv dXr^d^e, rd Si xaxdv eCO^s ipevSos, 
aXX' iv dioivoi^, XI, p. 228, 1. 34 : £v (rvfiirXox^ rijs Stavolus, 

* Ibid. VI, p. 127, 1. 23 : To yStp (drtov rov jikv dopivrov, rov Si 
rris Siavolas rt tsddos. XI, p. 228, 1. 26 : Kal tsdBos iv ra^nj. 

* Ibid. VI, p. 127, 1. 19 : To 3' adreoe 6v, Srepov T«3y xvpitas,.,. x6 
fikv dts avyiSeSrfxbs xai rd an dkndis 6v d<periov\„ xai dfi^orepa %sept 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE I. 557 

pas dans le rapport exprim^ par la proposition que 
nous devons chercher Tetre en soi, mais dans les 
termes simples, par la combinaison desquels Tenten- 
dement la constitue^. Ces termes simples forment des 
esp^ces; les esp^ces forment des genres, qui ne sont 
k leur tour que les esp^ces de genres plus ^lev^s. Mais 
Tanalyse n'arrive pas jusqu*ii un genre supreme , qui 
embrasse dans son ^tendue toutes les classes de Fetre. 
D y a dix genres^ entre lesquels se partagent, en de- 
finitive , tons les attributs que i'entendement pent af- 
firmer (atctTwpppiir) d'un sujet; en un mot, dix caUgo- 
ries^ qui ne se resolvent pas les unes dans les autres, 
qui ne se ram^nent pas k un genre plus ^lev^, et qui 
expriment tout ce que pent etre Tetre en soi*. Ce sont : 
letre proprement dit, la quantity, la quality, la rela- 
tion, le lieu, le temps, la situation, la possession. Tac- 
tion , la passion^, De ces dix categories, il y en a neuf 

T^ "kotvop yivoi Tov Sproe, xai ovx i&a irikovatv d^adv rtva <^aip too 
6ptos. XI, p» 228> 1. 25 : Ai^ ttepl fUp rd oiheoi 6p aC ZtI'toOptou at dp' 
Xjai, "Bfepl S^ rb i&a 6p xal xfi^ptarop, 

^ Td xarot fofSefiiap avyLvXoxijp Xe^ofieva. Categ. iv. Gf. Met VI, 
p. 127, \. 20. 

* SX^fXttTOt rris xavnyopias, t&p xaviryoptap ; xamtyopiat, 

' Tipos pour xarnyopia. Met. XIV, p. 296, 1. 12-17; XI, p. 218, 
1. 16-23. V, p. 97, 1. 25 : Tipet ^* (sc. iffrlp ip) &p jb avrb ax^fia rris 
xarnyopias, X,| p. 199, 1. i6-2 4> De An, I, i. Categ, viii sub fin.; x 
Init. Anal. post. I, xxii. 

^ Met. V, p. 1 1 9, 1. 6 : Ovik ydp ranha dpoLk^ereu oCt* els dlXXn^a oUt' 
eis Up ti. 

^ Categ. iv : Tap xtxid firfSeftlap rrvfiitXoxiiP 'k&yoyiipa>p Hxaarop' •iiroi 



Digitized by 



Googk 



358 P ARTIE III.— DE LAM^TAPHYSIQUE. 
qui n ont d*existence r^eUe que dans un sujet different 
d'elles-memes. Une seule existe par elle-meme, celle 
que nous avons nominee la premiere, et c*est celle-la 
qui fieri de sujet k toutes les autres. La eat^gorie de 
TEtre renferme done les substances, dont toutes les 
qualit^s, qtiantit^s, relations, etc., ne sont que les 
accidents ^ C'est fetre en soi par excellence. 

AVec Tetre s*identifie Vun. Tout ce qui est un, est, 
et tout ce qui est, est un. II ny a entre ces deux 
termes, comme entre la concayit^ et la conyexit^ 
d*une courbe, quune difference logique, qui n en em- 
pSche pas Tidenlit^ r^elle^. Vun a done comme Tetre 

ovciav (7i}fxa/vei if isoadv i) ^oibv ^ ^epbt ti ^ tsov ^ tsSre i) xeTadou ^ 
iX'^iv ii Taoieiv ^ 'aday^etv. Top, I, il : Eaxi 3k xavta xbi) dptdfibv iina^ Ge- 
p^ndAnt, dani uti passage des setondes Analytiques, oix Arisiote affirme 
que ie nombre des categories doit ^tr^ fini, il n'en compte que huit. 
Anal, post I, xxil : Ta yivvi rSiv xarnyoptSv eeitipavrar if yotp ^oiov, 
4 'moabv, ^ '&p6i tl, ^ 'ooiCwf, ^ 'odtrxpv, ^ tvoCf, ^ tsore, II neglige done 
ici la situation et la possession. Dans la M^taphysique, il semble retran- 
cher encore le temps (XI, p. s36, 1. 20; p. 288, 1. 10). II varie sur 
IV^rdre des categories, qu*il ne parait pas s occuper de determiner ri- 
goureusement. Vetre ouala est toujours en t6te ; mais en general cVst 
la qvudiki qui vient immediatement apr^s, et nou pas, comme dans 
le traite des Categories, la quantity. On en verra plus has la raison. — 
OvV/a ne peut ^tre toujours bien rendu ni par essence ni par substance^ 
Quand je Tai traduit par etre dans le sens propre oili on dit an etre, j'ai 
ccrit avec une majuscule (Etre). 

1 Categ, V. Met VII, p. 128, 1. 1 2 : TA 3* dlXX* Uyerai 6vTa t^ 
Tov o^ttas SpTOS Tdt fikv 'aoaoTrtras elvat, toL Sk 'Bfot6ri/^T(ti , tA Sk ^dSyf, 
tA H dfX>«o Tl Toidffrot^. L. 29 : ToUv n^v yStp iXXeov xatnyoprffidxwv ou- 
Okv xfi>piar6v, aiirrf <Ji (sc. n ov'ff/a) ii6vn. 

* Mel. IV, p. 62 , 1. 9 : To i» xctl id d» TaCrdv xdtJ ft/a ^ms, r^ dxo- 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE I. 359 

ses genres, ses categories irreductibles, qui ne sont 
autres que celles de Tetre; et, comme les categories 
de Tetre, celles de i unite ont leur fondement et leur 
substance dans TEtre qui est par soi-meme; cest i\\- 
nite substantielle des Etres qui fait lunite des quan- 
tit^s, des qualit^s, de Te^pace et du temps ^ 

Ge n'est done pas dans un genre superieur que 
smns9ent les categories, ni dans une commune par- 
ticipation h un seul et meme principe ou i une seule 
et meme idee; eiles s'unissenti, comme les quatre 
causey, dans une relation commune avec un seul et 
meme terme, et c est cette relation qui en fait les ob- 
jets d une seule et m^me science^. L'objet propre de 
cette science est done la premiere categoric, k la- 
quelle toutes les autres sont comme suspeftdues^. 
Ce n est que dans leur rapport avec le premier genre 

7<ovde7p oAXifXoitf a>X o^x ^* ^^^ 'k^ytfi SiiXo^fiepa. L. 19 : Ovdkv he- 
pop td iv 'oapSt rd 6v, 

1 Mst p. 65, 1. 17, 21. VII, p. 161, 1. 9; X, p. 196, 1. 21; p. 197, 
I. 16. 

^ Ibid. IV, p. 61, 1. 12 : T^ ^^ 6v X^erai fiiv tgoXkaxfis, aXX<i ^pos 
iv Koi fjJap Tivdt (pimp, — HoKkay^fis (i^p, dXX* disap epbs fiiap dpx^p' 
Tfl^ ytkv yfllp, d'xi ovaiat, 6p7a "k^yeiat, tA $' 611 zsaBit ovaias, tSl S' 6x1 
oSds sis ovaiap, ^ ^opal ^ arepi^aets ^ 'Ootdmres ^ 'aotTtfJixSi ^ yevpvi- 
Ttxd owjlasy ^ Twp 'opbs rilP ovaiap 'keyoftipQt>v ^ totJtwi; ttpos dvo^d- 
ffcts ii oMas'.,. ov ydp yidpop, x. t. X. Voy. plus haut, p. 353, note 1. 
— Ibid. p. 63, 1. 21 : Ow ydp ei^oXXaxfis, hipas (sc. eiri<7T»ffi»?$) , 
aXX' e< {XffTe Kad* ip fn^re vtpbs ip ol'koyot dpa^ipoprat. Sur la distinc- 
tion de xa6* iv el ^apos iv, voyez encore VII, p. i34, 1. 20. 

' Ibid. p. 62, 1. 1 : UoLvraxov ^i xvpicas tou 'aptifjou v einoTjffii*^^ xal 
i^ oS TOL ^XXa ilpTtfTOLt , xal Si* 6 "kiyovTat. 



Digitized by 



Googk 



360 PARTIEIIL— DELAMETAPHYSIQUE. 

de Tetre , que les genres subordonn^s peuvent deve- 

nir Tobjet de la m^taphysique. 

Mais il y a des relations dWe nature toute difl%- 
rente qui ^tablissent entre les diverses categories une 
sorte de parent^; ce sont les oppositions de i'etre. 

Le non-etre s'oppose h TStre , comme sa negation : 
ce nest done pas, non plus que TStre, une chose 
simple, et autantily ade genres de Tetre, autant fl 
faut que le non-etre ait de genres ^ Gependant I'oppo- 
sition de Tetre et du non-etre, diff^rente, en r^alit^, 
dans chacune des categories, est la meme dans toutes 
par sa forme ^. Dans cette forme, le second terme 
n'exprime pas autre chose que i'absence du premier. 
Le rapport de Tetre et du non-etre consiste done dans 
une pure contradiction; derni^re forme k laquelle 
toute opposition doit se ramener^. Mais T^tre est 
aussi Van, et k Yun s oppose la multitude. Ici Toppo- 
sition ne pose plus Tetre d un cot^ et le non-etre de 
Tautre; elle ne setend pas hors deTetre; il ny a que 
ce qui est qui puisse etre plusieurs*. La multitude 
n'est point la negation pure et simple de Tuniti; 
elle en est Ic contraire, non pas le contradictoire. 

^ Met. XIV, p. 294, i. 23 : UoiXkaxfis yap Td fiii 6v, iitet$ii xoi to 
dli>. P. 295, 1. 5 : To fiep xara tA$ 'en^aets fiii 6v ha'x&s rots xanryo- 
picas Xeyeroi. 

« Ibid. IV, p. 65,1. 1. 

' Ibid. p. 63, i. 1 1 ; X, p. 201, 1. 8-, Caie^^ X. 

^ Ibid. IV, p. 63, 1. 5 : T^ d' kvl avrixetTM ^"kfidos ipOa (Up ovp 

T^ evl ^ Sta^op^ ^p6ire<jTt 'eapk rb iv 7^ dnofoiaet, Cf. X, p. 199, i. 7. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III. CHAPITRE I. 561 

EUe ne Texclut pas d'une manifere absolue; elle la ren- 
ferme en queique fa§on. En efFet iun est rindivisible, 
ia multitude est le divisible; or le divisible se r^sout 
par la division en des indivisibles. La multitude s*op- 
pose done k Tunit^ , comme des unites a lunit^. G'est 
une opposition fondle sur un rapport, le rapport de 
la mesure k la chose mesur^e^ L'unit^, en toutes 
choses, est la mesure qui sert k estimer par compa- 
raison les grandeurs. La mesure diff&re selon ce qu'on 
mesure ; pour les quantit^s c est une quantity , pour les 
qualit^s une quality. En un mot la mesure est du genre 
des choses qu*elle mesure, et la multitude diff^re, 
comme Tunit^, selon les difKrentes categories'. Mais 
ce rapport du mesurable k la mesure, qui fait Topposi- 
tion des deux termes, n'en est pas moins partputle 
meme. A Topposition de Yun et de la maltUade se ra- 
m^ne celle du mSme et de V autre. Deux choses iden- 
tiques ne font quun; deux choses qui sont autres for- 
ment une plurality. Mais si Topposition de Tuliite et 
de la multitude implique une relation, celle du meme 
et de Tautre suppose une comparaison expresse et ime 
reciprocity de rapport. Elle n'est pas moins univer- 

^ Met, X, p. 197, 1. 37; p. 2o4, 1. 21 : Oiha>s ykp Xi^ofiev kv xai 
«oXXo^, Aavep et tis eiitot iv xai iva, i^ Xevxdv xai "kevxSt, xau 7^ nefie- 
rpnftiva '&pbs to ftdrpov, xai id (xerpT^Tdv. 

* Ihid, p. 193, 1. 17 : T6 ^vi elvou.., fidXitrja S^ r^ fUrpov elveu 
^p6hov kxdcrsov yivovs xai xnpitiiiaja rov isocroxi, P. 196, 1. 10 : kel 3e 
tnyyevis rd fiirpov, P. 196, 1. 21 : A^stoi 9i ha^&s t6 6v xai to i», 
P. 197, I 18. 



Digitized by 



Googk 



362 PARTIEIIL— DELAMETAPHYSIQUE. 
selle, en ce qu'il n est pas detre auquel elle ne s'ap- 
plique ^ ; mais elle est plus d^finie. Au meme et k 
Tautre se ram^nent les contrari^t^s du semblable et du 
dissemblable , de VSgal etde Vindgal, qui ne sont plus 
des oppositions universelles, mais qui ont un rapport 
essentiel Tune k la quality, Tautre a la quantite^. 
Sous le terme negatif de Topposition du meme et de 
lautre, se placent la d^drence et la contraridtd. La diS^ 
rence ne suppose plus seulement deux choses, dont 
Tune n'est pas lautre, mais une troisi^me chose par 
laquelle elles different : le genre ou Tesp^ce, ou tout au 
moins laccident^. Enfin la contrariety est la diSi- 
rence de deux espfeces qui forment les extremes d'un 
genre; c'est la seule diffi&rence d^finie et la forme la 
plus par&ite de Topposition ^. 

De toutes ces oppositions, il n en est pas une qui 
appartienne k tel ou tel genre de Fetre exclusivement; 
elles s'etendent toutes k tout ce qui est; ce sont les 
affections propres, les accidents essentiels de Tetre 
en tant qu etre , et de Tunit^ en tant qu unit6 ^. Les 

» Met. IV, p. 62, I 23; p. 63, 1. i4; X, p. 199, 1. 2 : TLSv ^p6s 
ddrav j^ rm/rd ^ diXXo. — ltd oC "X^ejou ivl vSiv fiif Svrav (to 3i ftif jaM 
X^yerai) , i-nl $t wv Wvta)v SvJOMf. 

• Ibid. IV, locc. laudd. X, p. 198, 1. 8 sqq.; p. 201, i. 17. 

' Ibid. X, p. 199, i. i3 : nSv yolp ^ irepop if taCrd 6 t« Ai» ^ 6v' tb 
Se $td^op6v Tiv6s tivi Std^opov^ ^ar* eivdyxv raM u elvoi $ ita^ipoum, 
Tovxo ii TO avtd yivos ^ eWos. 

* Ibid. p. 200, 1. 3 sqq; IV, p. 63 , 1. 17. 

• * Ibid. IV, p. 64, 1. 8 : Tot? hv6s J iv xai tov 6vtoi ^ 6v javTa koB" 
avrd i<ni vtaBni. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE I. 563 

deux membres contraires de chaque opposition dif- 
ferent done n^cessairement dans chacune des catego- 
ries, comme Tetre iui-meme dans chacun de ses 
genres. Mais de meme aussi que e'est partout letre, 
partout cest la meme opposition : les termes sont di- 
vers, maifl le rapport identique ^. Uimit^, par exemple, 
est h la multitude, dans la cat^gorie dela quantity, ce 
que Tutiit^ est k la multitude dans les categories de 
la quality, de Tespace ou du temps. Les oppositions 
etablissent done entre les dix genres de Tetre des ^ga- 
liti^s de rapport, des proportions, des analogies : trois 
termes synonymes ^. Les categories , avec toutes les 
esp^ces dans lesquelles chacune d'elles se ramifie, 
fotment autour de TEtre comme des rayons qui vont 
s'^cartant de plus en plus, mais entre lesquels les op- 
positions mesurent les angles et soumettent les in- 
tervalles k la loi d'une proportionnalit^ constante- 
Mais il faut aux proportions une mesure commune 
dans un premier rapport auquel elles se ram^nent 
toutes; cette mesure, cest encore dans la categoric 
de TEtre qu elle se trouve. Cest le rapport des deux 
termes dans TEtre qui determine la valeur reelle de 
chaque opposition , et sert de fondement aux analo- 

^ JMei, X, p. 201, 1. 24 sqq. 

* Ibid. XIV, p. 3d6, 1. 28 : iv tKdcrnf ykp tov Svtos xAti)yopi(f. 
ioii TO dv£koyov. X, p. 97, 1. 22: Tivei S* (sc. iarlv iv) &v to auTO e7;^f?fia 
r^i xaTiiyopias, holt' dvoiXoyiav S^ 6aa i^et &s £k7<o ispds dlX^o. De Part, 
anhn. I, v : Tel fi^i; ydp i^ovGt to xotvdv xst' dvoikoylav, td Si xard yi- 
vos, jd Si xaT* elSof. Cf. Theophr. Met p. 817, 1. 19. 



Digitized by 



Googk 



564 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
gies des contraires. Cest ce rapport enfin qui fait ren- 
trer dans le domaine de la m^taphysique toutes les 
oppositions de letre en tant qu'etre, avec les cate- 
gories qu'elles unissent ^ 

La dialectique se propose aussi pour objet Tetre 
en tant quetre et ses oppositions. Mais, comme la 
sophistique, elie prend et fetre et ses contraires dans 
ieur id^e abstraite ^. Elie ne tient pas cojppte de la 
diflfiirence fondamentale des categories, et elie ne 
connait pas Tunite substantielle de TEtre; elie s arrete 
k une generality vaine, k Tidee indeteirminee de Telre 
en soi. Au contraire, la metaphysique part de la dis- 
tinction des genres '. L'etre, et par suite- le non- 
etre, et tous les contraires ne sont rien pour elie 
que dans la diversite reelle des categories, et c'est 
dans la realite d*un sujet subsistant par soi-meme 
qu'elle trouve le principe superieur qui soumet la 

^ Met IV, p. 63, i. 2 2. : fiirei 3k ^dvra tgpds td ispQxo» dva^ipe- 
TM, olov S<Ta iv "XiysTOU 'stpds rd ispSkov iv, fi^^at^TO^; ^ariov xai ^epi 
TavTov xai Mpov xoti xav ivavTleov ixj^iv &axe 3isk6[Levov 'tsoaa'xfis "ki- 
' yerat Hxaarov oihois dvoSoTiov "tsphs tb ^p&rov iv kxdatTj xarnyopl^, 
^SSs tgpds ixetvo "Xiyetou. P. 65, 1. i4 *• -^PX^^ ^^ '^^^ ipavrhiv to iv 
xai 'oXriBos.Taiira Sk ^tas ivitm^firfSy ehe xad* iv "Xiyerat she fiij, Sa- 
ftep laeos ij(ei raXrjdis. AXX' Sfiots et xai 'eoTXayfis "kiyertu j6 iv, ^epbi 
t6 tipokov tia^Xa "ke/di^aereu xal td ivavria oftolas. 

* Ibid. IV, p. 64, 1. 11-25; II, p, 4i, 1. 22. Voyei plus haut, 
p. 3ii. 

' Ibid. XIV, p. 294, i. 12 : Hpohov fiiv, tl 16 6v, tsok'XaxjQs. J , 
p. 33, 1. 25 : OXeos re to ruv Svreov Zv^sTv aioiyeia fti) 8isk6vTas, -aroX- 
'Xct/jSs "XeyofUvav, dSrivajov evpetv, Cf. XII, p. 245 , 1. 16. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE I. 365 

diversity k Tunit^. EUe ne descend pas, sans doute, 
aux esp^ces des categories infiJrieures, ni aux appli- 
cations que les oppositions y re^oivent ; mais elle ne 
s en tient pas non plus aux formes logiques qui ne 
sont en elles-memes que des rapports ; elle les ra- 
m^ne k un plus solide principe, elle les asseoit sur 
le ferme fondement de la r^alite. Sans les cat^ories, 
les oppositions ne sont que des abstractions logiques 
d^pourvues de sens; sans les oppositions, les cat^go- 
ries nont plus entre elles de rapports logiques, et 
la science est impossible; sans Tetre 6nfin, catego- 
ries et oppositions n ont ni sens ni rialit^ , et il n y 
a ni science ni existence. 

Sur le double fondement des categories de 1 etre 
et de ses oppositions s^ei^ve ledifice de la science. 
Toute demonstration suppose des priucipes qu'elle 
ne demontre pas; autrement on remonterait k Im- 
fini de demonstration en demonstration, et la science 
serait impossible. Mais toute demonstration consiste 
dans une suite de propositions dont chacune a sa 
preuve dans celles qui la precedent; et prouver une 
proposition, c'est prouver que le predicat doit etre 
afifirme du sujet. Le principe d'une demonstration 
est done une proposition qui ne pent etre prouvee 
et qui n'a pas besoin de Tetre, cest-i-dire ou le rap- 
port du predicat au sujet est evident de soi-meme ^ 

^ And. post. I, II, III, z; II, xv. 



Digitized by 



Googk 



566 PARTIEIIL— DELAMETAPHYSIQUE. 
Or les propositions premieres qiii commencent ies 
demonstrations ne s'^tendent pas indiffi^remment et 
de la meme mani^re k toutes choses; elles diffi^reDt 
comma les genres, et se rangent avee les etres dans 
des categories distinctes. 

En effet, quest-ce <jue i'entendement afiirme d'un 
sujet sans chercher et sans pouvoir assigner aucune 
raison d^ son affirmation? G'est ce que le sujet pos- 
side en iui-meme, et qu'il tient de son essence ; c est, 
par consequent, ce qui ne pent pas cesser de lui ap- 
partenir sans qu'il cesse d'etre , ce qui lui est n6ces* 
saire; et de 1^ vient la n^cessite de la demonstration ^ 
Mais ce qu'une chose posside par elle-meme, en vertu 
de son essence propre, ne pent pas etre k une autre; 
autrement ce serait un accident qui pourrait, selon 
les circonstances, se trouver ou ne pas se trouver en 
elles. Les attributs essentiels sont done essentielie- 
ment propres k leur sujet, et par consequent aussi 
les propositions qui les lui rapportent^. Les prin- 
cipes de la science difli^rent done selon les sujets. 
Or le sujet dune premiere proposition est le genre 
auquel se raminent tous les sujets plus particuliers 
des propositions subordonnees. Cest done selon les 
genres que different les principes des demonstra- 

* Anal, post. I , vi : Ei oZp i<rtiv ii aisoiuxuxii ivKmiifin i^ dpayxcdcav 
dp/fiv',., rd Si xaO* avjd Cvdp^oma dvayxaJa toTs ^pdyfiamv,., 0avep6v 
6tt ix Totoi&Teav xivoSv &v etrf 6 dvoSetxrtxdf avXkoyKjfids. 

» Ibid. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III. CHAPITRE I. 567 

tions , et chaque science , k laquelle chacun de ces 
principes donne naissance, est la science dW seul 
et unique genre *. 

Mais un genre n est-il pas souvent une esp^ce d*un 
genre plus elev^? Les attributs essentiels d*iuie chose 
sont de deux sortes : les uns, qui composent sa defini- 
tion; les autres, dans la definition desquels elle est 
envelopp^e. Tout genre se specific par des differences 
contraires , dont Tune ou Tautre s affirme necessaire- 
ment de ses differentes esp^ces : toute quantity est 
continue ou discrete, tout nombre pair ou impair. 
Toute chose qui est un genre et qui en meme temps 
est une espfcce renferme done d*une part les attri- 
buts qui la constituent esp^e, c est-i-dire son genre 
avec sa difference sp^cifique, et de Tautre les attri- 
buts qu*elle constitue comme genre, savoir les dif- 
ferences entre lesquelles se partageront ses propres 
especes. Ces demiers iui sont propres et lui appar- 
tiennent k elle seule. Les differences ne peuvent etre 
definies que par le genre , le pair et Timpair par le 
nombre, le discret etle continu par la quantite ^. Cha- 
cune des differences s'affirme done du genre, et le 

* Met, IV, p. 62, 1. 5 : kvavTos Sk yivovs xai aioB^ms (lia ^vd^Tca^ 
imoT^ftV* Anal, post. I, xxii : Itrepai yap «oXX&)v t^ y^pet tu Ap^oii, 
xo) eC^ i^apii6rtov<Tcu, 

* Jiud, post. J, IV : Kod* aM S*, Smt vvdp^ei iv t^ t/ ianv oJov 
rptyd^tfi ypaiifiif, xeU ypafiiiij frvtyiii^' ii ySip oMa atJrafi; ix to^tcov itrri, 
Hoi ip T& 'k6y<fi, T^ Xi^oyri t/ iartv, iwitdp^st. Koti Saots jSv iwrnp- 
y(6vtwf arkoTs auxd iv raJ 'X6y^ ivvitdpypvm, r^ t/ itrrt iiiXovvri, 07op 



Digitized by 



Googk 



568 PARTIE III— DE LAM^TAPHYSIQUE. 
genre, k son tour, de la somme de ses differences 
dans la reality de ses esp^ces ^. Le genre, d un cot^, 
et ses differences essentielles, de Tautre, forment deux 
termes de meme extension, deux membres d*une 
Equation, qu'on pent convertir Tun dans lautre^. Les 
premieres differences du sujet d'une science, n 6tant 
autre chose que ses affections propres ', donnent n^- 
cessairement naissance k des principes qui lui sont 
propres au meme titre. Au contraire, si la definition 
dans sa totality est exclusivement propre au defini, 
le genre qui fait la base de cette definition le sur- 
passe en extension, et, par consequent, ne lui est pas 
propre. Or le genre est de son essence ^. Voili done 
un attribut essentiel qui nest pas propre k son sujet. 
Et, si le genre est de Tessence de la chose definie, 

T^ euO^ vvdpxet ypa^rj xtd to 'aept(pepis' xal jd 'ntepiirov xdt dpttov 
dptdft^ xai td ^pShov xai rrivBexov. Ibid. Ti , xxii. 

^ Aiml, pott. I, IT : T^ ipoL 'Xey6\ispa iml rav difXQs iman^tav HOIS' 
outA oiheos a>s itfvvdpjfetv toTs xartryopoviiivots , ^ ipvTsdp^eaBat, 3t* 
auTfl^ ri itrrt xai i^ dvdyxns. Ov ydp ivSijfSTCU ftii vvdpyeiv ij dickSk, ^ 
Tct dtntxeifieva' oJov ypafifi^ rd euQ^ Ij t6 xoLfiit^ov, xai dptdftS j6 ^e- 
ptrrbv ^ TO dpuov. 

* Ibid. VI, XXII : kvTttrrpi^ovja itnai, aXX* o^^ vtcepreipopxa. 

' Top. I, V : iSiov S* i<rtlv 6 fiij Sr^'XoT (Uv r6 ji^v elvat, pJ^vt^ ^ «»- 
dpy(Zi xai dvrixa'nj'yopeTjat. Cf. ix. 

* Jnal. post, I, VII : Eire< 5* i^ dvdyxv^ ^ifdp/^ei tsepl ixaarop yivos 
6aa xaff avxd ^itdp^st, xai ^ ixatnov, ^avepbv Srt 'Otpl r&v xaff atSifli 
^apx/^moiv ai itfKrritifiovtxai ditoSei^ets^ xai i» rSv joio&fow eiai. xii : 
Ovx ipa iatlv i^ dfXXou yivovs fteraSdvra Sei^ai, ix : ^S^vepdv Su ixa- 
tnov difoSei^at ovx i<ntv oXX' ^ ix xSv ixdarov dpy^Qv, hv th Setxv^fts- 
vov v'Jtdpxf ? ixtivo. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE I. 369 

« 

elle doit avoir aussi au nombre de ses principes les 
principes du genre. Or ces principes sont communs, 
comme le genre lui-meme, k toutes les espfeces. Voiii 
done des principes qui ne soni pas propres au sujet 
de la science. C*est que ie sujet n est plus ici pris en 
lui-meme, mais dans son genre; et cest dans ce 
genre qu il faut chercher et son essence et ses prin- 
cipes ^ Cest done toujours au genre que les prin 
cipes appartiennent en propre; ils ne se transportent 
pas d'un genre k un genre difiG^rent , ils descendent 
seulement du genre k ses espfeces. La musique se 
d^montre par iarithm^tique, la m^caniquc et Top- 
tigue par la g^om^trie; mais on ne pent pas d^mon- 
trer les sciences arithm^tiques les unes par les autres, 
ni les unes par les autres les sciences g^om^triques. 
On ne pent pas d^montrer les sciences arithm^- 
tiques par la g^om^trie, ni par Tarithm^tique les 
sciences g6om^triques; on ne pent pas d^montrer la 
g^om^trie en g^n^ral par Tarithm^tique, ni Tarithm^- 
tique par la g^om^trie. Dun genre k un autre genre, 
il ny a pas de communication, sinon dans leur rap- 
port avec un genre plus elev^ qui les enveloppe tous 
deux^. Mais nous avons vu que Tanalyse ne pent 

* Aiud. post. VIII. 

* Ibid. VII : A disXSs dvdyxn t6 aJr^ ehai yivos.li tafj^ el ftiXXei ii 
avSSeibs ^tera^edvetv, — OtJ^ d^XXi; eiritrnffii; (sc. Strrt 3etSftt) t6 iripas, 
dyy a 6<Ta oUxois i^si "otp^s dfXXijXa 6hr' elvcu I^jepov twd Q^repov, 
olov id.ownxd 'Btpdi yztopjstpiap, xai rd dpfiovtxot ^pbs dpiBfinttx^v. Gf. 

IX. 



Digitized by 



Googk 



570 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
pas tout r^duire k un seul et meme genre, et qu'eiie s ar- 
rete en definitive k un certain nombre de eateries 
qui ne sou£frent plus de reduction. Les categories n*ont 
pas de genre; eiles.ne sont done pas susceptibles de 
definition. Par consequent aucune na d*autres attri- 
buts essentieis que ies dififerences fondamentales qui 
constituent ses affections propres. Ghaque genre de 
Tetre a done ses principes qui lui appartiennent k 
iui seul. Ghacun de ces principes est une propo- 
sition, une Aise \ qui est la source d*une science in- 
dependante. 

Gependant il y a des principes qui sont ccnnmuns a 
des sciences differentes^. Ge sont des principes com- 
muns k farithmetique et k la geometric que, si I'on 
retranche de deux choses egales un meme nombre 
de parties egales, les deux restes seront encore egaux; 
et que deux choses egales k une troisi^me sont egales 
entre elles. Mais ce ne sont, ni dans Tune ni dans 
lautre de ces deux sciences, des principes directs 
de demonstration. Ni Tune ni Tautre ne les prend 
en eux-memes et dans leur acception generale : IV 
rithmetique les consid^re dans leur application aux 
nombres, la geometric dans leur application aux eten- 



^ Anal, post. x. 

* Ibid. IX : Ovx itntv dvoietfyu ixamov dTfk&s, dkX' ^ ex t«5i» iSiw 
ipXfi^' ^^^ rc^onf at ^pX'^ ^ouffi jd xotv6v, x : l^fftt ^ &v y(jp6kntu 
iv taSs dnoietXTtxak imtniiitais xd fdv Uia ixdtmis iisttTn^firis, xd Se 
xoivd. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE I. 371 

dues; chacune les approprie k soD.objet^ L essence 
de ces principes ne consiste done pas dans la nature 
des termes, mais dans le rapport qui les unit. Les 
termes sont variables; le rapport est constant. C'est 
qu'ici les termes ne sont pas des r^alitis d^finies : ce 
sont ces opposes, ces contraires qui ^tablissent 1 ana- 
logie des genres : T^gal et Tin^gal , le semblable et 
le dissemblable , le memeeti autre; les propositions 
qui en r^sultent n expriment done aussi que des ana- 
logies, dontTunit^ toute formelle suppose, bienloin 
de Texclure , une diversite rielle dans les choses aux- 
quelles elle s applique 2. Les principes communs r^- 
pondent aux oppositions, comme les principes propres 
r^pondent aux genres ; et de meme qu'il y a des op- 
positions premieres auxquelles toutes les autres se 
ram^nent, et qui rapprochent tons les geilres de 
Tetre , de meme il y a des principes communs qui 
s'etendent k la fois k toutes les spheres que les prin- 
cipes propres d^terminent. Les principes communs 
en g^n^ral s'appellent des axiomes; les principes uni- 

^ Ancd. post, X : Kotva 3i oJov to ha dvo iooiv kv A^ikujf Sri ha tk 
XofTTfit. ixcufbv S' Sxatnov to^to^v, Saov iv t^ yivti' laurb yaip fitoti^aet, 
xAv ftil xarSt tsAmcav 'kd^rf , akX iifi fieyedSiv ftovov r^ 8* dpi6fiiifTtx& 
c«' dpiQyMh, Cf. XI. Met. IV, p. 66, 1. 7 : t.isi voaovtop Si y^jpSivxat , 
i^* 6<jov aUroTj ixav6v' rovro S* Strxtv, Saov iiti^ei t6 yivos. XI, p. 218, 
1. 23 : 6 futdiiftariKds }(jpiiTat rots xoivoU iSiots. 

* Arud, pott. I, X : Koipd Sk xat* dvaXoyiav^ insi ^P^^^V^^ 7^ ^^^^ 
iv T^ UTTO Ti^i; imcTTi^ftYiif yivei, 

a. 



Digitized by 



Googk 



572 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
versels peuvent s'appeler ies axiomes de Tetre en 
tant qu'etre ^ 

Les principes propres sont g^niraux ; ies principes 
communs sont setiis universels. Puisqu*ii n y a pas de 
genre qui s itende k tout , runiversaliti ne peut con- 
sister que dans la relation , Tanalogie ^. Les principes 
communs ne peuvent done etre en eux-memes , 
comme les oppositions universelies , que iobjet de 
la dialectique', Toute science porte sur un sujet 
qui a ses propri^t^s ; des rapports sans termes d^fi- 
nis, des formes qui ue renferment rien et qui peu- 
vent s'appliquer k tout ne sont pas Tobjet propre 
dune science*. Ce ne sont pas ies principes feconds 
de la -connaissance des choses dans leur essence in- 
time ce sont des notions ind^termin^es qui ne 
peuvent rien faire connaitre qiie d'une manifere 
superficieUe et ext^rieure, par une induction incer- 
taine, par une vague opinion^. En un mot, ce sont 

* A|i£&fiata. Met. IV, p. 66, 1. 5 ; kvam y^ vvdp^et jois oZmv, 
aXX' ov yivti x$vl X^p^$ iSi(f foSp d(XXa}v. 

* Anal. post. I, xviii. Met I, p. 33, i. i8. 

' Soph. el. XI : 6 (t^v o^v karSt 76 'OpSyita Q-etop&v ik xoivSt StaXex- 

^ Bhet I, IV : tlTttariftaf ^isoKei^Uvtav xtvoSvmpayiidruv, aXki fiii fi6- 
vov Xiyuv, 

^ Soph. el. XI : TatJfTa y&p ov3kv ^trov iaamv avroi, x&p ioxSat X/av 
Iflo) "Xiyetv* — Eoriv ix ro^reov 'vtepl dvdpTUv ^stttpav 'XoLfiSdvetv. Voyez 
plus haut, p. 339 sqq. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE I. 375 

des cases vides, ou des Ueux dont la thiorie forme la 
Topique ; et c est sur la Topique que se fondent ies 
deux sciences discursives, ou plutot les deux arts de 
ropinion et de la vraisemblance , la Didectique et la 
Rh^torique^ 

Mais Tuniversalit^ des axiomes comme des opposi-^ 
tions repose sur Tuniversalit^ de Tetre. L'universalit^ 
deTetre, k son tour, repose sur le rapport commun 
de toutes les categories avec les substances dans les- 
quelles elles existent. C'est parce qu il y a de Tetre 
dans toutes les categories, quaucune n'^chappe aux 
axiomes^; or aucune n'a d'etre que dans la realite 
dun Eire en soi. Ainsi, c'est de leur rapport avec 
i'Etre en soi que les axiomes tirent leur necessit^y 
qui en fait les lois de toute demonstration. Si , dans 
leurs applications, ils appartiennent aux diverses 
sciences des divers genres de 1 etre , si, dans leurs for- 
mules abstraites, ils ne peuvent etre Tobjet que des 
speculations vaines du dialecticien, dans leur essence 

^ Rhet I, II : A.iyeo yd,p SiaXexTtxo^s rs xal (ynroptxtnis <TvXXoyi{yfio^s 

ehof *azpi &v Toik r6'Kovs "kfyofiev* oSroi 2^ slalv oi xoivif 'Oepl tffoX- 

\6h Sta^8p6ina>v eiSet, olov 6 tov fxoXXot^ xal Utrvov r6ifOf. — ILdxeTvct fiiv 
ov iBfoti^aei 'mepi o^Siv yivot iyL^pova: mepl o^S^v ySip vicoxeifiev6v iauv 
tdiiha H (sc. rSt i3ta), Satfi rts etv ^ikriov ixkiyn^tcu T^ts 'Opoxdaets, ^ifcjet 
atoti^fTas ikXrfp ivtan^yLrfv rffs Stoikixrixris xa} priropixris* Siv yap ivt^^V 
dpXOjfs, ovxhi itaXexrtxii o^Sk priroptxif , aXX' ixeivrt ioiai ?j i'/ei tdt 
dp)(ds, — Kiyto S' elSri (i^v rds xaQ* ixatrtov yivos vfpordagtf^ 

* Met. IV, p. 66. 1. 6 : Xpiivrat yt^v TSfdtnes, Su tov 6v7os iauv ^ iv, 
ixaatov Si TO yivos 6v^ 



Digitized by 



Googk 



374 PARTIEIIL— DELAMETAPHYSIQUE. 
interieure d'oii d^rivent et ies applications particu- 
li^res et la gin^ralit^ logique, lis reinvent, comme 
Ies oppositions universelles , de la philosophie pre- 
mi^re^ 

Si Ies principes communs se ram^nent a un pre- 
mier principe, ce ne pent etre que la loi de la 
premiere opposition, de la contradiction de Tetre 
et du non-etre ; cet axiome que la meme chose ne 
peut pas, dans le meme temps et selon le meme 
rapport, etre et ne pas etre^. Ce n'est pas li uae pro- 
position susceptible de demonstration ; car il est im- 
possible d'en trouver une qui soit plus g^n^rale ; mais 
ce n'est pas non plus une hypothfese ou un postulat 
d'une valeur conditionnelle. G'est la condition de toute 
pens^e , le principe sans lequel il ny a rien de con- 
cevable , qui est necessaire , qui ne peut pas ne pas 
etre et qu'on ne peut pas meme ignorer^. La conse- 
quence immediate de ce premier principe est que Ies 
contraires ne peuvent pas appartenir, en meme temps et 

* Met. IV, p. -66, 1. 10 : Hcrr^ ivel iiiXop Sn jf Sma Mipxjsi 'srSat 
(tovto yStp auroU rd xorv6p) , tou ^fepl rd 6v ^ &v yveapiiovro^ xai 'osfi 
Tot/Tftw iarlv ii d'ea»p/a. 

' Ibid. p. 67, 1. 11: Td y^ (tdth dfta vwdpxetv Te xa^ fiil uirdp^eiv 
Mvatov T^ mir^ xad xardt t^ aM. 

' Ibid. I. 3 : BeSoiordtn 3* dp^i^ tsaiG&v, 'wepl ^» ita^eoadiipai di^vct- 
TOP' yvaptiundrrfv re yStp dvaynmop shou ri^v rota&rnv ("BSpl St ydp ftv 
yvoDpllovffiv, dwiTohtat isdmes) xed dwicSBerov ^v yap dvayxatov i^^tv 
t6v ortovv ^viivra t&v 6inoip, rovro^o^x ^''f^^sms. Anal. post. I, x : Owx 
i(TTt i* Citodems M* atrifiioL 6 dvdyxtf elvai 3t* awrd xod ioxslv dvdyxif. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III. CHAPITRE I. 375 

selon le meme rapport, k une meme chose. Car toute 
contrariety implique une privation, et toute priva^ 
tion une contradiction ^ Enfin, le principe de contra- 
diction a sa r^ciproque qui nest pas moins n^cessaire, 
et qui donne ia loi universeile de la v6rit6 et de Terreur. 
S'il est impossible qu*unem^me chose soit etne soitpas 
en meme temps, il est* ^galement impossible qu une 
chose ne soit pas et qu elle soit; s il est impossible que 
les deux propositions contradictoires soient vraies en 
meme temps d'une m^me chose, il est ^galement impos- 
sible quelles soient toutes deuxfausses. Point d'affir- 
mation, maisaussi point de negation qui nesoit ni vraie 
ni fausse . D oi il suit qu'entre deux propositions contra- 
dictoires, il n y a pas de milieu. Les deux parties op- 
poshes de toute contradiction se partagent toute T^ten- 
due du possible , tout le domaine de Terreur et de la 
v6rit4^. La contradiction est done la rfegle k laquelle 
la demonstration se mesure : toute proposition qui 
a pour consequence une proposition contradictoire , 
est par Ik meme convaincue de faussete. 

Les axiomes ne sont pas la source des demonstra- 
tions : mais ils en sont la rfegle et Ja condition. Puis- 
qu il n'y a pas de genre dont toutes les classes d'etres 

> Met.l\,p.SZyl 12. 

* Ibid. 1. 21 : AXk^ fA-ijv oCSe ftCTa^ atvti^daeoH Mixstau ehai ov- 
Bhv, eeXV atniyK^ i) ^voa ^ oivo(pdvcu xaO" epds druniv. — P. 85 J. 16 : 
^apepSs dmi^tretf ehlv &s ov/, oldv re dfjM aXridets elvcw pvSi 3ii ^ffsv- 
3eU tsdaas. — kydyKif yap ttf^ dpri^daeas Q^repov elvat fu^ptop dXviOis, 



Digitized by 



Googk 



376 PARTIEIIL— DELAM^TAPHYSIQUE. 
ne soient que des espices plus ou moins ^loign^es, il 
n*y a pas de principe dont on puisse faire tout sortir 
par voie de deduction, pas de proposition donttoutes 
les propositions possibles soient des consequences ^. 
Mais il y a des lois auxqueiles tous les genres, tons les 
principes, toutes les propositions sont soumises^* Ge 
sont ces lois qui ^tablissent des rapports n^cessaires 
entre toutes les sciences, et les assujettissent k des 
formules universelles. La proposition affirme ou nie , 
la science d^montre une chose d'une autre , un pre- 
dicat ou attribut de son sujet ; et c'est k une premiire 
proposition qui affirme du sujet ou du genre son pre- 
mier attribut , que remontent les demonstrations ^ : 
mais au-dessus de la variety des sujets et des attributs 
s eifeve laxiome immuable ; au-dessus des principes 
contingents , sur lesquels sont fondles les diflFerentes 
sciences , les principes n^cessaires \ qui les enchai- 
nent les uns aux autres et qui les enveloppent tous, 
avec toutes leurs consequences , d'un uniforme r^seau 



' Soph. el. XI : 0{(tc ydp iartv rfwavra iv ivi rtvt yivei, odre el etn, 
oJov Te ^6 ras avrSis elvau ap^ds, 

* Anal. post. I, xxxii : AXX' ovik x&v xotvoh dpyifiv oWvt' eivoi rtvas 
i( &v dvavra htxHoerw Myta Si xotvas oTov rd wv (pdvai ^ duo^vat. 
TA ydp yivii r&v Svranf hepa, xai rd fUv rotf isroaoU, td i^ to7s 'amots 
vvdp/ei yi6vots, /xe^ Sv ieixvurou 3td tSv xotv&v. 

' Ibid. VI : kpxi^ icrnv... t6 ^pSkov rou yivovf mepl 6 itbtvvxtu. 

* Ibid. II : kfUtrou 3' dpxfff <Jv>Xoyt(mx7fs Qrimv fikv \iyoi> Hv (lii 
itni iei^cu, (X)?^* dvdyxrt fystv rdv iiotdiitr6nev6v rr f(v 3* dvdffxrj ix^iv 
x6v oxiovv fiadviffo^Levov, i&a>fiet. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE I. 377 

({'analogies. Totite science suppose done trois ^1^- 
ments distincts : ce dont eUe d^montre, ce qu'elle 
d^montre^ ce par quoi elle dimontre; le sujet, Tattri- 
but., I'axiome ^. De ces il^ments, le dernier ne lui ap- 
partient pas en propre , et ne relive , k vrai dire, que 
de la m^taphysique. Toute science pose le rapport 
d'un sujet k un attribut dans une thise dont elle est 
seule juge. La m^taphysique coordonne toutes les 
th&ses.^ des axiomes superieurs. 

Mais, de plus, aucune science peut-elle s'assurer par 
elle-meme dela reditu de sa thfese, ou de son principe 
propre? Ce principe donne le rapport dun sujet avec 
un attribut qui fait partie de son essence ; il donne 
la nature du sujet. Mais ce sujet existe-t-il ? Cest une 
question pri^aiable k laquelle ni la thise ni aucune de 
ses consi^quences ne sauraient foumir de r^ponse^. 
La thfese n est done qu'une definition, si Ton n'afBrme 
pas la r^alit^ du sujet ; et si on raflBrme, ce n'est qu une 
hypotMse^. La question de Texistence r^elle n'est done 

^ Anal, post xi : l^vixotvavov^t ik ^aaam ai ivian^nat oXXifXm; Karat r^ 
xoivd. Kofyc^ Bi "kiyoi ols y^jpohtai &s ix ro^rav dvoSeutv^pres , oXX' oC 
"crepi &v Setxv^ovatv ovS* 6 ietxv^ovmv* xxxii : Ai ydp dp^ai Strroi}, i£ 
&v re xal 'Oepi 6, hi [Uv oZv iS &v xoivai, al 3k ^epl 6 tStai, oJov dptd- 
fi6s, fUyedos. Yiii : T^ ye (^vei rpia r'aaixd iari, ^epi 6 re ieixvvm xou 
it Seixvvai xai iS &v. Met. Ill, p. 45, 1. 9 : kvdyxn^ ydp ix rtv&v elvat 
xai isepi ti xal ttvav rifv dvSSetStv. 

* Met. VI. p. 121, 1. 24 : OCi* ei iartv If fti) S<nt t6 yivQS tsepl 6 
'spayiuitre^otnou oCdkv "kiyovct. 

' Anal, post 1, 11 : Siaeo^s i* ^ fiiv ojcorepovoiiv Toiv fiopiwv jffs avo- 



Digitized by 



Googk 



378 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
du ressort d'aucune science particuliife i c'est un pro- 
bl&me universel qu'il n'appartient de r^soudre, et 
meme de poser, qii'i la science universelle de Tetre 
en tant qu'etre. La science de Tetre est la science de 
rfitre en soi, et c'est dans la r^alit^ de TEtre en soi 
que consiste toute r^aliti. La philosophic premiere ne 
donne done passeulement k toutes les sciences f unit6 
logiqae des principes communfi ; elle les r^unit toutes 
dans lunit^ substantielle de lexistence. Lunit^ lo- 
gique est une unit^ relative, qui n'est quun r^suitat 
et un signe de Tunit^ absolue des substances. 

La m^taphysique n'est done pas line science g^n^- 
rale dont toutes les sciences particidi^res ne contien- 
nent que des consequences. Eile est universelle , mais 
parce quelle tientle premier rang ^ L'etre n'est pas le 
genre supreme, ni la source de tout etre , mais un 
universel qui repose sur TEtre en soi. Les categories 
sont ses genres, les oppositions ses diflF^rences ^ : 
TEtre en soi est le fondement commun et des cate- 
gories et des oppositions. C'est un genre qui forme 
lobjet propre d'une science determinee et qui a ses 
parties, mais auquel tousles genres se rapportent', 
et qui etend i tons ses formes et ses formules. L'Etre 

^voeoM XmiiSdpovmi , oJop 'kiyw rd ehcU rt, MBemr H ^ i»eu roikou, » 

^ Met, YI , p. 1 33 , 1. 2 1 : Kai xaB6'Xov oUroH Srt ^ptlmi. 
' Ibid. XI, p. 217, 1. 7 : T&v ivavri^gap kxdcmi ^pbs t^i ttrpcSra^ 
StafopSLs xai ivavtithaets dva^dt^asrcu rov Sptos, 

* Ibid. IV, p. 65 , 1. 1 9 : E( (x^ ^^wi r6 6v j? r6 tv xad6Xov xal raw to 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 379 

en soi est comme la tige qui produit tous les ra- 
meaux divers de fetre et du savoir; et c'est dans 
i'identit^ de la tige que toutes les vari^t^s des ra- 
meaux trouvent un principe commun et des lois 
n^cessaires de ressemblance et de proportionnalit^. 
Aiusi se.conciiient les deux ^l^ments qui avaieut ^t^ 
confondus par la dialectique f Tunit^ formelle que re- 
clame la science, et Tunit^ reelle c[u'il faut k Texis- 
tence ; Tunit^ formelle, luniversalit^, dans les analo- 
gies de r^tre ; Tunit^ reelle, dans son individuality. 



CHAPITRE II. 



Puissance et acte. Monvement. Nature : corps et &me; puissances 
successives de la vie. Humanity, fm de la nature. Fin de I'huma- 
nit^ : pratique, speculation. — Science : d^onstration ; induction ; 
definition; intuition. 



Le premier, Tunique objet de la science de letre, 
est I'Etre proprement dit, la substance dont toutes les 
categories ne sont cpie les accidents. L'etre propre- 
ment dit n'est pas seulement le sujet dans lequel elles 
existent et qui n*existe qu'en lui-meme : cest le sujet 

inl tsdmtov i) )((iipi<n6v, ^crvep tacot ovx iartv, dXX^ ri ftiy ispds iv, rSt 



Digitized by 



Googk 



580 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
dont eUes s'affirment toutes , et qui seul ne s*affirme 
de rien. II y a des choses qui ne peuvent jouer dans 
ia proposition que le role d'attributs ; il y en a 
d*autres qui peuvent servir ^galement, dans des pro- 
positions differentes, d'attributs et de sujets; il y en 
a d'autres enfin qui ne peuvent servir que de, sujets i 
i'afBrmation ou k la negation. Dans la premiere classe 
se rangent les attributs universels qui constituent les 
analogies des genres differents ; dans ia seconde , les 
genres et les esp^ces; dans la troisiime, les individus *. 
L'universel n'a rien de la substance, ni par consequent 
de I'Etre : c'est un rapport, une forme d^pourvue de 
r^aiit^. Le genre et meme Tespfece, attribut et sujet, 
est une substance secondaire qui suppose la r^alit^ ^ . 
L'individu est la substance primaire , qui ne suppose 
rien , et par consequent la seule vraie substance '. 
L'etre ne consiste done ni dans les categories gene- 
rales de Tetre, ni dans aucun des genres qu'elles ren- 
ferment, ni dans aucune de leurs espfeces; c'est letre 
particulier qui n'existe quen soi, d'une existence in- 
dependante, Vindividu, objet de Texperience, ou de 
rintuition *. 

* Anal. pr. I, xzyii. 

* Categ. v : AerJTepoi ii ovtriat "kiyovreu iv oh siSsatv at 'Opdnus ov- 
aiat 'ksy6yievcu ^vdp^ovm. 

' Met. VII, p. 1 5 5, 1. 27 : Tlp(!fTn fUp ySip oMa i3tof kxdar^ ^ oJx 
vicdp^et d(XX^* rd ii xaBSkov xoiv6v, — £t< o^aict 'kiyttm to |uii^ xaB* 
vvoxetfUvov, rb 3k xaB^Xov xaQ* vvoxsifiivov rivds "kiyeiat dei, 

* Ibid. p. i56, 1. 2 5 : O^dkv an^Ktlvet rSv xotvij xan/fyopovfiivciyv 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III. CHAPITRE II. 381 

Mais Texp^rience nous montre les individus dans 
un changement continuei. Cesl ii un premier prin- 
cipe dont il serait absurde de chercher la demonstra- 
tion- li faut savoir faire le discemement de ce qui est 
Evident parsoi-meme, et de ce qui a besoin de preuves; 
ii faut savoir distinguer ie meiileur du pire, et I'expe- 
rience est meiiieure que ie raisonnement. Que sert k 
i aveu^e n^ de discourir sur ies couleurs? La couieur 
n'est pouriui qu'un nom, dans ce nom ii nepense 
rien. C'est une faibiesse de Tentendement que de cher- 
cher des raisons oii ie sens est seui juge ^ Les indivi- 
dus changent done ; iis sont, mais aussi ils deviennent ; 
lis passent toujours dun 6tat k un ^tat different, et 
rempiissent ]e temps de leurs variations. Dans cette 
succession de modifications et dans cette complication 
d'^i^ments, qu'est-ce done qui fait Tetre? Quel estle 

r6Ss rt, a^k^ toiMt* Le t6ie rt exprime Tobjet imm^diat de Tiii- 
tuition, et par suite Tessence, TEtre iodividuel par opposition k ia 
quality qui peut ^tre I'objet d'une conception g^n^rale. Ibid. p. i56, 
1. 1 4 : Ml} ovffla re xalrd vtotov oppos^ k oMa re xai rd roSe. V, p. 106, 
1. 21 : £xaffTov iv rt xai r6Se rt, P. 100, 1. 7 : T6 Qr* ^oxelftsvov i<Tx<i' 
To», 6 fiijxirt xai' AXov \iyereu, xal 6 Sivr6ie rt Sv xai )(a>pt<rr6v ^. 

* Phjs, II , I : T^ ii ietxvi&vou rSi ^avepA ha rSv d^avoh, otJ Svva^ 
fUvov xpiveiv iarl r6 8t* aCrd yv^ptfiov. On S* ivSi)(ereu rouro ^da^eiv, 
o^X ^^^^ov* ovXXo^/(rouTo yap dv rts ix yeyerrjg &v rvpXds 'utspl xpca- 
(juhojv, Sffre dvdyxri rots rot<y6rots vtzpt r&v ovoftdruv elvai rbp "XSyov, 
^otiv ik fttjOiv, VIII, ui : T^ (ih o^v 'mdvr^ Upe^tv, xai ro^rov ^vretp 
"k^oy, d^ivras riiP aiadriatv, dpptjxjrla rls itrrt Stavoias. — ZvreTv "kS- 
yov &v ^€Kttov i)(<ntsv 4 kiyoM ietadat, xax&s xplvetv iari r6 ^ikrtov 
xoj rd x^^P'^f ^ '^^ "Bftarbv xal rd (til ^etarhv, xal dp^hv xal ftif dp^iiv- 
Cf. jjfet. IV, p. 81, 1. 39. 



Digitized by 



Googk 



382 PARTIEIIL— DELAMETAPHYSIQUE. 
moment qui le determine et le trait qui le carac- 
t^rise ? 

Tout changement suppose, entre les etats qui se 
succfedent, une opposition. H ny a done pas de 
changement du non-etre au non-etre, qui ne iui est 
pas oppos6 , mais du non-etre a i'etre , de Tetre au 
non-etre, et de Tetre ^letre^ Dans ies deux pre- 
mieres espfeces de changement, Tun des termes n'est 
que iabsence de i'autre; ce ne sont pas des chan- 
gements d'etat et de mani^re d'etre, mais ie commen- 
cement et la fin de 1 etre, ia naissance et la mort. La 
troisi^me esp^ce de changement est la seule oii les 
deux termes soient r^els; Topposition ny pent plus 
etre de contradiction , mais de contrariety ; c'est li le 
vrai changement, le changement d'etat ou mouve- 
ment ^. 

Mais les contraires appartiennent k des genres dont 
ils sont les diflferences extremes. Si done le mouve- 
ment consiste dans le passage du contraire au con- 
traire ou k quelqu'im des intermidiaires qui separent 
les contraires Tun de lautre, le mouvement n est pas 
une chose qui soit par elle-meme dune mani^re 
abstraite et ind^pendante , non plus que I'etre et que 

' Met XI, p. 235,1. i4-a6. 

^ Ibid. p. 336, i. 12 : ftirei ii ^aUca xivtfms ficraSoXif t«, jieTtdoXai 
Si fpeTs ai elpif\\U»<u, toixtav S' ad xajd, yivtatif xoi ^ophf o\j xtvi^am, 
aZtai S" elalv at xax' awl^aiv, dvdyxrt riiv if vvoxsifiivov wV tJirojcs^- 
lievov xiptiaiv elvtu fiovriv. TSt, Si Cvoxeifteva ^ ivaviia ^ fterafv. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE IL 383 

Tunite ; il n y a pas de changement absolu et hors des 
choses comme Tentend la philosophie platonicienne; 
il n y a que des changements dans tel ou tel genre, et 
puisque letre est le sujet qui change, ies genres du 
changement sont ies genres memes de Tetre^ La 
troisieme esp^ce de changement , le mouvement sup- 
pose done trois Aliments : Tetre qui est en mouve- 
ment, ou le mobile, le temps pendant lequel le 
mouvement a lieu, et la categorie oil il a lieu ^. 
Gependant toutes Ies categories ne sont pas sujettes 
au mouvement. H n y a pas de mouvement dans celle 
de r^Etre, mais seulement de la naissance et de la 
mort; il n'y en a pas dans la relation, dans Taction 
et la passion. II ne pent y avoir de mouvement que 
dans Ies categories soumises k la contrari^te, et ces 
categories sont au nombre de trois : la quality, la 
quantity, Tespace '. 

I^e mouvement est triple; il n'y a pas de mouve- 
ment plus general auquel Ies trois mouvements 
puissent etre ramen^s. Us sunissent dans TEtre qui 

* Met, p. 229, 1. 17 : Oi;x emt Si xivrtats ^apoi rd tarpaty/ytaw fteia- 
SfltXXei yoip del xaiA jSls lov 6v7os Karnyopias. 

^ Phys. VIII , VIII : Tp/a yip itnt , 76 re Ktvo^jfiepop, ohv dvdpansos 
^ Qreds, xai Sre, oTop j(£6vos, nas ipixov ^6 iv ^. %e6s n'a pas de sens 
ici. On peut lire xp^^^^f dapr^s le passage suivant, ibid. V, iv : 
Avdyxrf ehal xi to xiva6iJLep6v, aJov dvdpcovov i XP^9ov, x^ iv xivl 
TOvTo xivtiaBm. 

' Jtfct.XI, p. 236, 1. 22 : kvAyxt) ipeU elvm xwiiiaets, «r«ov, voaov, 
lOTsoVj X. T. X. Pkys. VII, 11. 



Digitized by 



Googk 



584 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
est le mobile, et dans le temps oii il se meut. Us se 
separent dans la tripiicit^ du trsisi^me ^l^ment, qui 
est la categoric; iis n'ont rien de commun qui les 
imisse d'une manifere immediate ies uns avec ies 
autres ^ . Toutefois, dans cette triplicit^ meme, il y a 
quelque chose de gin^rai qui en fait I'uniti : c est le 
rapport des deux termes contraires entre lesquels 
chaque mouvement s'accomplit; Tidentite de rapports 
donne une proportion qui soumet les trois genres a 
Tunit^ d'une mesure commune. Comme les opposi- 
tions de Tetre et du non-etre, de Tunit^ et de la 
mtdtitude , le mouvement est une universality d*ana- 
logie ^. 

En passant dun itat a un (itat contraire, Tetre de- 
vient ce qu'il n'^tait pas. Ce qu'il n'itait pas, il pouvait 
1 etre, et il Test presentement; de la puissance il a pass6 
A Facte. Le mouvement est done la realisation du pos- 
sible*. Mais, avant de recevoir la forme d'une statue, 
Tairain n'existait-il pas? L'enfant n ^tait-il pas avant de 
devenir homme? L'airain existait, mais il n'^tait pas 
la statue; I'enfant n'^tait pas homme. Le mouvement 
n est done pas la realisation du mobile d une maniere 

^ Met XI, p. 229, 1. 18 : MeraSfl^Xei y^p del xarSt ras tow Sptos xa- 
Ti?yop/aj. Kotpop i* iitl to^rop o^Bip iaxtp ovi* ip \dc^ xarnyofti^, V, 
p. 1 19, 1« 6 : Ov3i ySip ravra avoXtieroi odt^ eis dlXXnXa oiir* eh ip 7t. 

* Met. IX, p. 182, 1. 5; XI, p. 229, 1. 20. 

' Ibid. XI, p. 229, 1. 26 : ^tT^prjfiivov 3i xaff ixourrop yipos rovftiv 
^pdnet ToCf S* ipxe'keyeUf.y n^r tov ^pd[tei ^ Torovrdi; itntv ipipyeiap 
>^« xlptiffiv. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 585 

absoiue, mais la realisation de sa puissance. Enfin la 
r^sdisation ne commence qu'avec lacte , au moment 
ou la virtuaiit^ entre en action. Le mouvement peut 
done etre d^fini , dans ses trois difii^rentes categories : 
Tacte du possible en tant que possible ^ G'est une 
definition universelle , fondee sur le rapport universel 
de la puissance et de Tacte. Quelle que soit la diffe- 
rence r^elle de&termes, leur relation ne change pas. 
Qualites, quantites, espace, c'est toujours la puissance 
etl'acte, et toujours le mouvement; de la difference 
meme ressort la ressemblance , et de Theterogeneite 
Tanalogie qui la domine. 

Les contraires entre lesquels se passe le mouve- 
ment constituent les deux membres d'une opposition : 
il est done impossible qu'ils existent k la fois en un 
meme sujet. lis sont, dans les limites du genre qui 
les renferme, la negation Tun de Tautre. Or il est de 
Tessence de tout ce qui peut etre de pouvoir aussi 
n etre pas. Ce qui peut devenir Tun des contraires 
peut done aussi devenir Tautre; ils tombent tons les 

^ Met XI, p. 23o, 1. 4 '. 2vfA^a/yei ik xtvetaOeu 6%av ^ ii ivreXij^eta 
if aCril xai odre 'Opt^epov wjQ* iiaiepov.- — O^x "^ ''^ X'^'^^ov ipreXi^sia, 
^ )(aX»ds, xivncls itrrtv, OC y^p ravrd X'^'^V ^^*^^' *^'' ^vvdpst itvL — 
£irei H ov laMv, AoTsep pCSi xjp&pA ta'^ibv xoi opardv, ij rov ivvdrou 
^ ^pclt6v ivreikix^^ xivrf(fh ivrip, 

^ Ibid. IX, p. 187, 1. 29 : Uaerot S^payug dfta rfis dvtt^chetl^ f&tt.., 
rb a^6 dpa Svpardp xoi shai xeU fiii elpcu, P. i8g, 1. 6 : 6(ya ykp xaro^ 
T^ UpaaBcu Xiysxai, ra0r6v iart ivparop xdvap^ia, VII, p. iSg, 1. a6 : 
Toil; ipdpjieop rp6fcop tipSl r6 aM elSos' riis yStp arepifo-eay; tyitria ij ou- 

25 



Digitized by 



Googk 



586 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
deux sous la meme definition et sous la m^me puis- 
sance. Par cela m^me qu'ils s'excluent riciproque- 
meht dans Facte de Texistence, ils se confondent 
ensemble dans la virtualit^ d'un seul et meme pou- 
voir^. Les contraires supposent done comme leur 
condition un troisi^me tenne, qui les unisse en son 
united. II les enveloppe k la fois de sa puissance; ils 
TenVeloppent tour k tour de leur r^alit^. lis lui serverit 
de forme, il leur sert de matifere ^. 

Ainsi la mati^re n'est pas une nature k part, ay ant 
ses qualites et ses habitudes sp^cifiques. Tous les 
etres animus ont pour matifere le corps. Mais le corps 
n*est pas la mati^re d'une mani^re absolue ; les quaJi- 
t6s qui caract^risent les corps simples, la chaleur el 
le froid, sont d6ji de la forme. Le corps le plus ^1^- 
mentaire a done d^]k sa matifere, d*ou se d^veloppent 
tour k tour le firoid et la chaleur. La matifere est un 
terme relatif qui suppose le corrdatif de la forme ; 
point de matifere qui ne soit la mati^re d'une chose , 
le sujet d*une opposition d^termin^e^. Autre acta, 

(ria, H dmixetititni f oJov ^ieia voaov ixeltnis y^p duovaif inXowtm ii v6- 
cof. XI, p. 217, 1. i5; IX, p. 177, 1. 4 : AcJyo* itniv it imctn^fitt' 6 Se 
'X6y6s 6 as^bs h{koi rb 'ZffpSyita xai riip aripv^tv, 

* Met. IV, p. 189, 1. 12 : Td f«ii» c^v 36paa$m rivavria i^ vvdp- 
Xjst, T<i ^ ivamia dfia di^varov. Rai rds ivspyeias Sh Siita Mvatov ^- 
dp)(etp,,., rb 3k i6pcuTBcu op^ttos dp.^xtpop ^ oOSirepop, 

* Ibid. XII, p. 24o, \. 22 : iarip ipa rt tphop 'csapd td ipavria, v 
tfXiy. P. 24 1,1. 18. 

» De Gen. et Corr. IT, i : tifteTf Si (pafiep pip thai rtpa <fhiv rSp 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 587 

autre puissance; autre foi:nie , autre mati^re. Les prin- 
cipes, identiques dans tous les genres de T^tre, sont 
autres dans cjiacun; identiques au point de vue de 
la relation et de Tuniversaliti , ils sont divers dans 
la r6alit6. Partout Tanadogie, partout la difii^rence ^ 

Le premier aspect que pr^sente le monde, est 
celui de I'opposition : le jour et la nuit, Tamour et la 
haine, le bien etle mal, le fini et Tinfini, le plus et 
le moins, le combat ^temel de principes erinemis qui 
perdent et reprennent tour a tour Tavantage sans 
cause et sans raison , ou qui s'annulent mutuellement 
dans rimmobilit^ de T^quilibre. Mais ne nous arr^tons 
pas k I'apparence; les contraires se succident, ie 
monde change, les choses se meuvent : aux contraires 
il faut une mati^re d'oii ils sortent et oil ils rentrent 
successivement ^. L'opposition des formes nest que 

tngfidrow r&v ttiediirSv, oXXfl^ ratjri^v oC xjuptcrrfip cl^X' dei fter* ivmnith- 
(jeoK iS is ylpereu jSl xciko^fiepa xnm)(Bta. — &trte vpSvop [ik» vi ^d- 
fiet ffcSfia aiadrirdp dp^if, ie^repop S* «i ivapvtdy^ets , "kiya ^ olop Q-ep- 
fLOTtis xai ^UXP^^*^^' rpkop ^ i\3ii tsvp xai iiSap xal rd roiavra. Met 
XU,p. a43,l. i5. 

^ Met. XII, p. 8ia« i. 86 : i,«nt ji rd dltttt xai-ai dpxf^^^^^^^> 
itrrt ^' d>s dv xadtHkov "^fyy rtg xal xat* dpoikoyiap tavtd ^dvroHf, P. a 43, 
1. 22 : HdvTOip ik o^rotf (i^p eheTp oCx iart, t^ dvdkoyop 3i, &msep et 
rts eiitot 6ftt dp'/ai eht rpets i r6 elSos xai ij or^pifovr xai 17 £fXi7. kXXd 
ixatrrop roHroffp hepop 'oepl ixturtaip yipos itrriv, — Hare arotj^etk p.&p 
xard dpakoylap rp(a, aitku Sk xal dpy^al tirvapes' dfXXd 2* ip d(XX^. 
P. 245, 1. 10. 

' Phys. I, Yii : Hpohrov fikp cZp i^dijfBri 6rt dp^al rdpmpfki p^pop^ 
iiatepop J* 6ti dpdyxri xal dfXXo ti ^iroxeToOai xal elvat rpia, 

25. 



Digitized by 



Googk 



388 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
la double limite dont elle peut remplir rintervaile, et 
qui mesure I'^tendue de sa puissance ^ 

Tout objet de Texp^rience se compose done, k 
chaque instant de sa dur^e, d'une matifere re vetue d'une 
forme et d^pouili^e, privie de la forme contraire: 
toute r^aiiti veut trois principes ; la mati^re , la forme 
et la privation^. La forme et la privation , liies Tune 
k Tautre comme les deux limites qui determinant la 
puissance, forment un seul syst^me qui a dans la puis- 
sance 5on oppose^. Mais^ dans la r^alit^ de Texis- 
tence, Tune des deux formes contraires s'an^antit 
devant Tautre, et ne subsiste plus que dans la vir- 
tualit^ de leur sujet common : ies trois principes se 
r^duisent done, non plus k la mati^re et k I'opposi- 
tion, mais k ia forme et k lamati^re. Mais toujours, des 
deux principes, U y en a un qui est double ; funit^ de la 
definition enveloppait les deux contraires : funite de 
la mati^re enveloppe i'un des contraires avec. la puis- 
sance. Le sujet est un et ii est deux ; il est un, dans 
son etre et sa r^alite ; deux , au point de vue de ia 
logique et de Tabstraction. La triade se ram^ne k une 
dyade , ia trinity k un couple ; le couple se d^veloppe 
en une trinity *. 

' Af«t.X,p. 2oo,L 3. 

* Ibid. IX, p. 176. 1. 17; XI, p. 229, I 21; p. 238, i. 17; XII. 
p. 243, i. 23. 

' Ibid. XII, p. 2^1, i- 18 : Tp/ot ^1^ r^ airta xai r^ets a! dp^jai, ivo 
fUp a ivaprieams ,.., t6 ii iphov ii iShi, 

* Phys, I, VII : £jTf ik r6 inoxeifuvov dptBfi^ fiiv iv, diet 3i i6o. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE 11. 589 

Maintenant la mati^re n*est-elle pas la substance, 
et si , Fetre n est que la substance qui a pour accident 
tout ce qui n'est pasTetre, la mati^re nest-elle point 
Tetre ? Sans doute , au point de v^e exotSriqae d une 
g^n^ralit^ superficielle^ Maisiy regarder de plus prfcs 
et plus k fond, la mati^re pour etre, en un sens, le 
sujet de la forme, n*est pas, k proprement parler, la 
substance , ni la forme Taccident. La mati^re n est rien 
par elle-meme ; elle n existe pas d une existence k elle 
ind^pendamment desa forme ^.Ind^terminee, ind^fi- 
jiie comme Taccident meme, elle safBrme comme 
Faccident de la rialit^ qui la suppose ^ ; elle nest que 
la puissance d'oii sortent les contraires, et non le fon- 

Aid Sort fikv d)s 36o Xexriov elvcu rSts dp^Sts, i<rti ^ &s tpeU, — At;o ^ 
eheh rf dptOfta, oih^ aZ 'oatntXws S^o, 3t^ tb hepov ^dpj(efv t6 elvai 
avroTf, oXXcl rpeTf, £n g^n^ral la simplicity num^rique ou r^elle (iv 
dptdft^, 7^ Cvoxetfiivcp) n'emp^clie pas la duplicity logique et relative 
[iiio eUet, 'X6'ycp, t^ elvau). Voyez plus bas. 

* Met. VIT, p. i3o, 1. 26 ; "NUp (Up oCv v&ittp eipijrat, ti '&W iativ 
ii o^ia, 6ti tb fiit xaB* visoxetiiivov dXkd xa$* oSxd SXkot, ^siii jxt} ft6vov 
o4iuf ov ydp ixav6v, Avt<^ tc ydp rovjo Hiikov^ xai in H tfXi; ovaia yi- 
verat, 

* Ibid..p. i3i, 1. 30 : ki^varov ii' xal y^p rd xfi)pt(n6p xai r^^e ti 
ivdpx'iiP ioxet itdkiaia t^ oCaiijL. VII, p. i46, 1. 20 : T^^' ^\tx6p ov- 
HvoTZ xa6* aM "Xexriop, 

^ Met. IX, p. 184, 1. 28 : ILai opB&s ^i| avfi^aivet t6 ixeipipop Xi- 
yeadeu xavd rffp ifXitP xal rd '&(iBr\' dfifa ydp ddpiara. La inati^re ^taqt 
d^sign^e par ixeipo, cela, la chose qui en est faite est appel^e par 
Aristote ixeiptpop, le de cela; ixeiptpop d'ixetpo, coxame "kiBtpop de X/- 
Bof.Met, VII, p. i4i, 1. 9 : a oS 3k dfs ^t^s yipsrtu hia, "XiyeTcu, Srap 
yipTHrtUfOvx ixetpo, oXX' ixelptpop' oTop 6 dpiplas o^ XiBog dXXd "XiBipos. 
\Sixe7po r^pond en ce sens au T6Se (voyez plus haut, p. 38o, n. 4); 



Digitized by 



Googk 



590 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
dement sur lequel Os reposent; la substance est le tout 
que composent, r^unies, la forme et la mati^re. La 
mati^re n'est done pas i'etre; il ny a d'etre que dans 
ce qui a pris forme et qui existe en acte. La forme 
occupe seule le champ de la r^alit^, et seule y tombe 
sous rintuition ^. La mati^re ne se laisse pas con- 
naitre en elie-meme^ ; elle ne se laisse pas voir, mais 
deviner, comme imconnue quexige la loi de la pro- 
portion, et par laquelle I'induction complete ses ana- 
logies^; & rinduction meme elle ne se r^v^le que dans 
le mouvement^, dans Taction oh elle se dirobe, et oil 
elle cesse d'etre elle-meme pour arriver k 1 etre. 

Gependant il n'est pas yrai , d'une mani^re absolue, 
que la matifere he soit rien. Ce qu'elle n*est pas , elle le 
pent etre ; elle est en puissance , sinon en acte. Mais 
quand une forme s'est r^alisee , la forme contraire 

IX, p. i84, 1. 8 : %oixs Sk 6 "Xiyofiep elveu oi3 r6is oXX' ixeivtvop' oHov 

^ La forme oo aete est le x6ie proprement dit ; la mati^ et m^me 
le coDcret ne sont t6ie que par la forme sous laquelle ils apparaissent. 
■be An, II, I ! Afyojxev ^k yivos iv ft TWf» 6in(iiv tiiv oCaiav, ra^rrtf ^^ 
r6 fikp <5« ^ijv, 6 xaff avr^ \iiv oCk S^t xoie ti, ivepov ii fjLop^v xo^ 
eUos, xaS' ^v ^hj Xfyerou r6Se ti. L'acte est done le t^ d'un rSSe. 
XIII, p. 289, 1. 6 : 6 3k ivifyyetael^piffiUvif xai otpiffii^vov x6Se u aZcra 
TovSi XtPOi, 

* Met, VII, 14*9, 9 : A ^ tfXir fypa^rrog xti9' ourtfi;. 

' Pfys. I, yii : 6 3>* ^cxetfUvfj ^<ris Sman^tr! xar* iptikoyhp. Met. 
IX, p. 1 83 , 1. 3 : ^.ifkop S* iici r&p xaff Sxatrrti t^ iitayssy^ 6 ^X6^ue^ 
Xfyttp, xai eC isi ^aavrds Spop Zi^TeTp fllXXe^ xoi rd apdk&yop wpopejv. 

^ Ibid, n, p. S9, 1. 8 : Ti)y iPkn^p ip xtpavfUpei) poeTp mpiyxtf. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE 11. 591 

n!est plus et ne peut plus etre. Cest done la privation 
qui est le non-etre en soi; la mati^re n^est le non-etre, 
Gomme aussi elle n*est letre , que d une mani^re re- 
lative et accidenteile ^ ; la forme est Tetre en soi. 

Tous les syst^mes antiques etaient partis de ce 
principe, que rien ne vient du non-etre. Si rien ne 
peut venir de ce qui n est pas , ni cesser d'etre apr^s 
avoir et^ , tout ce qui est a ^t^ et continuera d'etre 
pendant toute I'^temit^; la naissance et la mort, le 
changement ne sont que des apparences; au fond il 
n y a que contraires qui se melent et se s^parent. Mais 
si rien ne vient du non-etre, c est que le non-etre n est 
pas; rien ne saurait etre que Tetre lui-meme; et le 
mondeest r6duit k Tunit^ sterile de T^tre en soi. Bien- 
tot on rejette laxiome antique, et on r^habilite le non- 
etre : le non-etre devient la mati^re k laquellq la forme 
donne i'^tre, et la mati^re est double. Mais ce n'est 
pas encore 1^ la triade qui renferme les dements de 
la solution du probleme, la triade des vrais principles^. 
La mati^re de Platon est encore Tassemblage et comme 
le mdspige de deux contraires equivalents, et ces deux 
contraires r^iinis ne donnent que le non-etre absolu. 
Cest toujours le non-eti^e comme Tetre logique ; ce 
sont toujours les g^n^ralit^s indetermin^es de la dia- 

^ Phys, I, Yii : T6 fikv oUx 6v (sc. ^t^p) ehat xaxi aufiMeSiixbf, rijv 
^ Ibid. IX : Jlotvjekoif ix$pos 6 Tp6itos o^hos tj{^ rptdiot, x^Mwof, 

X. T. X. 



Digitized by 



Googk 



392 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
lectique ^l^atique et de la sophistique. II y manque la 
distinction fondamentaie des genres irr^ductibles de 
Tetre ; ii y manque ^gaiement la distinction de i'ab- 
soiu et du relatif, de Tessence et de Faccident dans 
Tetre et le non-etre. Le non-etre ny est que Tequiva- 
ient du faux , le contradictoire de 1 etre , la negation 
indefinie qui ne se renferme pas dans les objets sen- 
sibles et les choses p^rissables, mais qui envahit le 
monde des icj^es et penfetre dans T^erneL Tout se 
mele et se confond, et la rialit^ s'6vanouit avec la dif- 
ference. Le mouvement redevient impossible; cest le 
d^truire que de le r^soudre dans des abstractions et 
des negations telies que Im^aiit^, la diversity, le 
non-etre^, c'est demander k la logique ce qu'elle ne 
saurait donner, et qui ne ressort que de Texp^rience. 
Enfin r^l^ment materiel est, dans tous ces syst^mes, 
le chaos d oil la raison ou le hasard tirent tous les 
etres indistinctement. Melange ou substance , collec- 
tion ou unit^ c est une universality sans bomes dont 
toute variit6 doit sortir. Que cbaque individu ait sa 
mati^re, chaque esp^ce sa mati^re k soi, c'est 14 ce 
qui n'est venu k la pens^e de personnel. Personne 

' Voyez plus haul, partie III , livre II , chap. ii. 

^ Met. XI, p. 2 3 1, 1. 3 : A^Xov 3* i^ &v 'kiyovatv oi fUv Irepc^rnra 
MM AvitrivitTa xai 16 (ii^ 6v, &v oddkv dvdyxii xtpeT<r6at, Gf. Plat. iSb^^. 
i56 a b; Parm, i46 a. 

' Met. I , p. 3 5, 1. 18 : k76ifov ydp 6inos xoi d(XXdi>$ tov ^djcmeiv fie- 
fux^ ''^^ ^PX^^ tnCyra... Koi Std rb fiil we^xipot rf xrrx^vri {UyimaBai 
x6 tvx^v. XII, p. a4i, I. i3 : E/ ^»| t/ i<nt 3vvdfiei, oXX' SftMs ov rot! 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 393 

na su concilier la difference avec Tunit^ dans Tid^e 
de i'analogie^ Dans cette periode d'enfance^, la phi- 
losophic s'est arret^e aux dehors etaux apparences; 
elle a pris pour simple ce qui est complexe ' ; elle a 
tourn^ autour du tout sans se douter des parties; elle 
a cru toucher au fond des choses quand elle n*en 
etait qu aux surfaces ; eile s'est pos^e les questions 
dans des termes g^n^raux oii se cachait T^quivoque, 
et eile s'est fait k elle-meme des r^ponses k double 
entente, vraies en un sens, fausses en un autre, qui 
contiennent la v^rit^ et Terreur. « Rien ne vient du 
non-etre;)) ceia est vrai et faux k la fois. Rien ne 
vient de ce qui n existe en aucune mani^re; mais tout 
vient de ce qui n'est qu'en puissance et qui nest pas 
en acte; tout vient done de letre en puissance et du 
non-6tre en acte; rien ne vient de ce qui n est ni en 

Tv^dpTos, otXX' irepov iS kripov, De An. II, ii : KoUicep oCi^ ^ouvofAivou 

* Met XII, p. 245, 1. i6 : Td ii KvreTv rives dpxjatl ii trcotxeta t«v 
oCmcjv hclI '0pds ti xoi 'OotSv, 'adrepov at avra^ ^ irepat^ Stj^ov Srt '&dX- 
"kof^Qs re "XeyofUveav iarlv ixdarov, iteupedivTUP Si ov Tavrd fltXX' hepa, 
tirXilv &Si xcd ^wdpTUv* ilSl fUv ravrSt ^ t^ dvc^koyov. 

* Ibid. I, p. 35,1. 29. 

' Met I, p. 19, 1. 23 : A.iav dickSs 'apay\ixtTe6eaB(u, De An. II, ¥; 
De gen, et corr. II, Yi : kitXSs "Xiyeiv, N6cessit^ de la distinction pour 
savoir ce qu'on cherche, Met VII, p. 1 63 , 1. 9 : OJov dvOpoynos ti iart 
KvfetTOt 3td t6 diskSs "kiyeoBat, diKkd fii| hopiietv Su T63e if rSie, AXkd 
Set itapOpcSxravras Kvretv ei Si fiif, xotvop tow [Li\Biv fiTTC?i» xal rot? Kn- 
reTp Ti yiyverau, 

* Phys, 1, 11; Met I. p. 19, 1. 23 : bpi{etp imvoXaicDs, Voyez plus 
haut, p. 248, n. i ; p. 284, n. 1. 



Digitized by LjOOQIC 




394 PARTIE III.— DE LA Ml^TAPHYSIQUE. 
puissajice ni en acte^ Ainsi se r^oudrait chacun des 
probl^mes autour desquels la sagesse antique s'^tait 
consum^e en efforts inu tiles ^; une distinction tranche 
le noeud. 

De toutes les philosophies une seule avait entrevu 
la ciistinction de la puissance et de Tacte, et c^tait 
celle-1^ meme qui niait non-seulement toute transfor- 
mation, mais encore toute forme sp6cifique, et qui 
r^duisait la nature aux atomes similaires d'lme ma- 
ti^re homog^ne. A force de simplifier les ^l^ments, 
la difference devient extreme entre les principes ca- 
ches des ph^nom^nes et les ph^nom^nes perceptibles 
aux sens; ce n'est rien moins que la distance qui s^pare 
de la r6alit6 la simple possibUit^. <(Tout ^tait done 
pour nous en puissance avant que d'etre en acte ^. » 
Mais jusque-lk la distinction ne se rapporte qu'4 Top- 
position de Tentendement et de la sensation; elle ne 
touche que la connaissance et ne s'itend pas aux 
choses. 

La distinction de ces deux termes , de la puissance 
et de Tacte, ne pent sortir que dela consideration du 
mpuvement oii ils semblent se confondre. Comment 
Tacte toutseul donnerait-il la puissance, et comment 

. ^ Met, IV, p. 77, 1. 3 : Tp6'nop (Up rtpa o^e^ "Kiyoum, tp6ifOP ii 
jtva Aypoovm, T6 ySip 6» Xiytreu ^/fi^f ^"^ ^'^ ^' 7p6itQv Mixj^rm 
yiyvoBai rt in tou f«^ 6p%os, ion S* 6p o6. De gen. et corr. I, lu. 

« Met. IV, p. 77, 1. 6; XIV, p. 3o2, 1. 17. 

' Ibid. Xn, p. 94i, 1. 7 : A$ Liifi6xptt6s ^mp, Up i^ffo^ ^ma Sv- 
pdftei, ipepyei^ ^ oii. VoycE plus haut, p. 271. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE 11. 395 

la puissance, qui est sans forme, se iaisserait-elie 
apercevoir en eile-m^me ? Hors de Vfitre , ia pens^e 
ne peut trouver-que ia privation de Tetre, ie non-etre, 
une absolue negation formant avec i'etre une con- 
tradiction absolue. Mais le mouvement est 4'exp^- 
rience, et le mouvement est le non-Stre dans i'etre^ 
ie non-etre passant k Facte. Ge n'est plus le rapport 
iogique de i'exclusion r^ciproque des deux termes; 
c'est un interm^diaire r6el oh. iis sont lies ensemble 
commie les deux moments d'une meme existence, et 
oil Tun devient Tautre. Le mouvement n'est ni 1 etre 
ni le non-etre, ni I'acte ni la puissance, ou plutot il 
est Tun et Tautre k la fois; il est le point indivisible 
ou coincident les opposes, et oh une experience 
attentive peut en surprendre le rappprt intime^ 

La puissance en elle-mSme est ind^termin^e; elle 
est ce qui peut etre et qui h'est pas ; elle n a point de 
quantity, de quality, ni rien de ce qui determine Fetre; 
elle ne peut etre comprise dans aucune catego- 
ric^, mais elle se determine dans le mouvement; le 
mouvement est le passage de rind^termination de la 
matifere k la determination de la forme; la forme, 

> Met, XI, p. 23 1, i. so : &(m Xe/^rroi r6 Xex^^ shm xal Mp- 
yemv nai (ii^ ivipyttav ri^v eipuftipnv, lietif fUp xfl^^''^^> iviexP(tivriv 

* n>i<l. Vn, p. i3i,|^. 1 1 ; A^« ^ iiXvv iH Kod^ aM^v ptifre ri fiifxe 
ttovdv fiifre SXko fiijOiv Xiyewt oh dSptateu i^ 6p' i^t ydp u xaS* oi 
xanryopetTOt xo6tmv ixatrrov^ & t6 ehat hepov xai xG» xainyoptSw 

kxdam. 



Digitized by 



Googk 



596 PARTIEIIL— DELAMETAPHYSIQUE. 
ou lacte, est la fin; le mouvement est le passage de 
rind^fini, de rinfinii safin; ainsi la mati^re r^pond 
k rinfini^. L'infinien soi, comme un absolu en face 
des principes de la limitation et de la fin, est uiie 
abstraction et une fiction^. L'infini n est que la puis- 
sance': Topposition de la fin et de Tinfini n'a de sens 
etder^alit^ que dans le mouvement meme od imfi- 
nit^ expire. 

Limiter un infini, cest faire venir h Tacte, en iui 
donnant une forme, Tind^termination dmie puis- 
sance; mais limiter, c'est mesurer, unir; Facte qui, en 
determinant la puissance, en fait Tetres en fait done 
aussi Tunit^. Ainsi s'explique le princjpe de Tidentit^ 
de lunit^ avec 1 etre; jc'est que i'etre est I acte , et lacte 
lunite^. Ce nest pas Tassociation de Tinfini en soi 
avec Tunit^ en soi qui donne des etres et des imitis 
r^elles; ce n'est pas la participation du premier de 
ces elements au second , non plus que leur melange. 
Un tout nest un tout que par Taction commune de 
toutes ses parties'. Le lien de Imfini et de Tunite est 

* Phjrs. Ill, VII I Cis tfXii td^vetpop ahtov itrri, 

* Met XI, p. a 3 a, 1. la : Ums ivH)(ejeu Ka6* otvrd etvat dnetpov, ei 
liij Hoi dptditdg xai fUyedos, Stv 'odBos rd ditetfov; 

' Ibid. IV, p. 73, 1. a : Td y^ Svvdfist Sv xod fti^ ipreXexsif w 
a6piar6v i<nt\ Phys. Ill, Ti : hehsTCu oZv Svpdfui eJpat 76 diteipop. 

« Met. YIII, p. 174^ i. S : Kal r6 t/ ^v elptfsCex^s ip t/ eerriy &fnt^ 
mtJt 6p ti' lih xoi o/ux ioTtp h$p6p ri (ditop rov h ehou ovQepi TO^jm, 
ovi^ TOt) 6p Tt tlpai, 

® Ibid. i. i3 sqq.; p. 170. 1. 9; XII, p. a58, 1. 12. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 597 

l*acte, qui unit la puissance. Tout 6tre ou il y a de 
rinfini, toute r^aliti compos^e d*une forme et d*une 
mati^re n est une que comme mobile, et de lunit^ de 
son mouvement ^. 

Mais rien n'est susceptible d unit^ et de mesure 
que la quantity : c*est k la quantity qu'appartient Top- 
position de rinfini et de la fin, de Timperfection et de 
la perfection *. La mati^re n'est done point la quantity 
en soi, qui, de meme que Tinfini ou Tunit^ en soi, est une 
pure abstraction , mais la quantity n*est que dans la ma- 
ti^re etla puissance. Au contraire, la forme est ce qui 
fait le caractfere des choses et qui les qualifie. Entre les 
deux premieres categories qui yiennent apr^s Tetre , 
entre la quantity et la quality , il y a un rapport qui ne 
se manifeste que dans Topposition universelle de la ma- 
txhre et de la forme , de la puissance et de Tacte '. La 
quality est le caractfere ou la difESrence propre qui de- 
termine 1 etre *. Letre de toute quantity est done aussi 
dans son rapport avec lunit^ sp^cifique; ce rapport 

^ Met, X, p. 193, 1. i3 : (£y] Td 6\ov kcH i)(pv jivSi fiop^v xai el- 
iof rf {dav riip xivTi^v ehat, VIII, p. 174, 1* 28 : Airtov ovdkv dfXXo 
tirXi^y ei rt &§ xtwiicav ix Svpdiieo^s els ivipyetav, 

* Pfys. I, I : KttTfl^ rd ^ocbv x6 fUv tiXetop t6 ^ dreXif. 

' Met XI, p. 2a3, 1. 8 : & S* otJerAc xaro^ rd 'Sfotdv, rotho Si lifs 
d>pt<T(iipiis (piiaeo^'' t6 ii ^oadv tris dopiarau, Phys. I, 11 : 6 ydp tov 
dweipov X6yos t«3 moa§L mpoay(jpifitu eeXX' oUx ot/ff/^t Mk t^ 'oro/qa. 
Met, III, p. 5o, 1. 8; X, p. igS, 1. 5 : Kard r6 ^o^dv oppos6 k xard 
rd eUos. Cf. Poiit. V, I. 

* Met. V, p. 108, L 10 : Upc&rn fikv yap ^oi6ms il rffs ovaias Stafopd, 



Digitized by 



Googk 



398 PARTIE III.— DE LA Ml&TAPHYSIQUE. 
est la mesure ^ : la mesure ne peut etre r^alis^e que 
dans le mouvement. 

Cependant la perfection de TStre et de Vunit^ n est 
pas dans le mouvement; mais elle n*est pas non plus 
dans i'ordre ou la figure immobile qui en est le re- 
sultat. Le r^sultat du mouvement est T^tablissement 
d une disposition qui remplit toutes les conditions de 
la forme, Facquisition dune halitade, dune pleine et 
enti^re possession ^. D^j4 Tacquisition de Thabitude , 
Tentr^e en possession n'est plus un mouvement^; du 
degr^ qui pr^cfede k ce dernier degr^, il ny a pas 
de milieu k traverser : c est un passage imm^diat de 
ce qu on n avait pas encore k ce qu on commence 
d' avoir, un simple changement, non dun contraire k 
un autre, mais du non-etre k Tfitre, du oui au non*. 
La disposition, ou Thabitude, est une relation; dans la 
categoric de la relation, il n y a pas de mouvement ^. 
Tout rapport est ime limite; toute limite est indivi- 



1 Met. X,p. 197,1. 37 sqq. 

* ^tdBems, i$i. Met, V, p. 11 3, 1. 3-6. 

* Pkys, VII, HI : T«j; yckp iXkoMf ftdktma Sp t« ihfoXdSot Sp t« rots 
<Ty4i\ittGi Kai iv taU iiof/ptus xoi ip Tttiir d^em not tout ro^rmf Xif4'e9i 
xai dvoSoXaif d)<XoUomp ihcdpxj^w ip Mtripotf ii iart. -^ OC^ H yi- 
vzms ditSh aXkoUaoU ianp, 

* Ibid. De An. 11, v. 

^ Ph/s, Vll, ni : fiireS cZp tA 'opdt tl oii^ ti^d iomp SKkmAatts. 
oUre a^&p i<rt%p iiO^oioHns o^^ yipeoH, (papephp 6x% oOG* «i i^ets, 
oW at t65p Hecav dvo^dXai xat 7<i^eis aKkoi<hcti9 dhh. Cf. Met. XIV, 
p. 292,1. 16. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 599 

sibie> et rindivisible ne se meut pas^ Le mouvement 
s'accomplit, le mobile se meut entre les termes immo- 
biles de la mati^re et de la forme ^. Mais Thabitude 
elle-meme n est pas encore la demifere forme de Tetre; 
ce n*est que le plus haut degr^ de la puissance; ce 
n est encore que repos, inertie, sommeil^. Au deli de 
la possession il y a lusage; au deik de fhabitude 
Taction. Mais de Thabitude k Faction, non-seulement 
il n'y a plus de mouvement; il ny a pas meme de 
cbangement ^ ; ce n est plus un etat succ^dant k un 
^tat different ; ce n est plus destruction , mais accom- 
plissementet salut; cest le meme s'ajoutant^u meme, 
et remplissant son etre de sa propre action ^. 

Le mouvement est un acte imparfait, qui na pas 
sa fin en soi-meme, et qui tend 4 sa fin ; le mouvement 
finit au repos ^. Mais le repos lui-meme n'estpas la 
fin; la fin est la perfection qui se sufiit k elle-meme; 
le repos n est que la privation du mouvement par un 

' Met, m, p. 58, \. 28; XI, p. 216, 1. 3. Cf. Phys. VI, iv. 

* Met. VII, p. 1 42, 1. 6 sqq.; XII, p. 24 1, 1. 21 : Ow y/yvera* odre 
if HXri oUre rb eJios, X^w it rat ifcTp^ara. 

» De An. II, v. 

* Phys. VII, III : UdXtp S^ Tijs y^i^azm xcd "nHs ivepyjsiaf oCx i<rtt 
yipems. 

^ De An. II , y : T6 fUp ^Bopd rts vit6 loti ivapjiw r6 3^ aeorrfpia. 
fxoXXoy Tov Svpdnei Sptos ^it6 to0 iprzkf^iitf. Spros xai dfioiov\'..,. eh 
dtv'Td ye^p H ivlioms Hoi els ipTeXi^etap. 

* Met IX, p. 182, 1. 25 : Tup xspd^eoip &p i<rrl '&ipas, oviepJa ri- 
"Xos, dXki r&p lifepl r6 rikof, P. i83, 1. 6 : £de< ip isroTe 'BfeE6ea6eu'...^. 
tsaiaa y^p xipri<Ttf areXif^. 



Digitized by 



Googk 



400 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
mouvement conlraire, el quune negation ^ La fin 
demi^re est raction toujours semblabie 4 elle-meme, 
qui ne donne jamais rien queile-meme, et qui ne 
connait le changement ni le repos : telle est la vie, la 
vue, la pensee^. Le corps de ranimal s'engendre et 
se d^veloppe par un mouvement ; mais ni le mouve- 
ment nestle but et la fin de son etre, ni meme la 
figure, immobile et inerte. La fin et la vraie forme est 
la fonction , Tusage' dont Toeuvre n est que Vinstru- 
ment, et auquel elle attend dans le repos qu'on la fiasse 
servir'. La fin.et la vraie forme du corps est Taction 
uniforme de la vie. A marcher, a apprendre, k batir, 
on avance toujours, et il ny a pas deux moments 
semblables. Mais vivre, regarder, penser, sont des 
actes complets, qui, k chaque instant, sont ce qu'iis 
^taient; toujours la meme action, sans repos et sans 
changement , comme dans un present perp^tuel *. 
Telle est la forme supreme de Tactivit^ dont le mou- 
vement n est que la preparation. 

Le lieu du mouvement, c est le lieu d'une maniire 
absolue, Tespace; I'^tendue est la premi&'e sctee oii 
se produit Topposition de la puissance et de Tacte, et 

1 Met. XI, p. 286, 1. 10; p. 337, 1. 37. 

* Ibid. IX, p. 1 83, 1* 1 ' kxy ixeivif iw^dpyei tb tikos xai n 
mpahs' oJov 6pf, dXXA xal <Ppovei xoi voev x. t. X. 

» De PaH An, I, v; Met. VII, p. i5i, 1. i3 ; PoUt. 1 , 11; De Gen, 
an, I, X. , 

*• Met. IX, p. 18 3, 1. 3 : Koi poet xal vjsv6nxe, iXX* ov {MvBdvti ital 
lisfiddnxev, X, T. X. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III/CHAPITRE IT. 401 

la figure sensible sous laquelle se ihanifeslent les lois 
universeiles du changement^. 

Toutes les parties de Tetendue occupent un lieu. 
Les parties dont les extr^mit^s sont dans un meme lieu, 
se touchent; elles sont contigues^. Les parties con- 
tiguessontde plus continues, quand les extremit^s par 
lesquelles elles se touchent se confondent en une seule, 
qui est la limite commune des deux parties contigues, la 
fin de la premiere etle commencement dela seconde'. 
Or toute ^tendue, en tant qu'^tendue, est continue. 
L'^tendue ne pent done etre compos^e que d'etendues ; 
car si les parties de T^tendue etaient in^tendues, elles ne 
difFereraient pas de leurs extr^mites; elles se confon- 
draient done tout entiferes les unes avec les autres dans 
leurs limites communes, et ne formeraient pas une 
^tendue. Done , enfin, toute ^tenduepeut toujours etre 
partag^e en des ^tendues plus petites, et ceiles-cien de 
pluspetites encore, sans que la division ait jamais de 
terme.La continuity suppose la divisibilite k Tinfini*. 

* Tout ce qui va suivre, sur la quantity continue consid6r^e dans 
Tespace, s'applique 6galement aux categories de la quality et de la 
quantity. Dans les trois cat6gories du mouvement, la mati^re peut 
6tre consid^r^e sous la forme d'une 6tendue, fiiyedos. Met XI, p. 234, 
1. 26 : lUpr^ms xaT^ t6 [liyeBos i^* o^ xtvsitau ^ aXXotovrcu ij aii^ereu, 

* M^. XI, p. 238, 1. 22 : kmetjBeu i^ &v rSi dfxpa dffia. P. 239, 
1. 4 : "^x/^fievop Si 6 &v i&js 6v StTfinrat. 

' Ibid. p. 239, 1. 9 : A^« 3i <rvvexj^s Sxav Toutd yipnreu xai ^ to 
knaiipov ^aipas oh (iinovteu xa\ &vvi)(pvt(u. Phys. VI , i : ^vvexif fJ^v 

* Phys. VI , 1 : n«M (Tuvexi^f heupetdv tls del itatptid, 11 : kdfivoifop 

a6 



Digitized by 



Googk 



402 PARTIEIIL— DELAM^TAPHYSIQUE. 

Ainsi rinfini est en puissance d^ns toute ^tepdue; 
mais cela ne veul pas dire quun jour pourra vemr oil 
ii se trouve realise ; loin de li : ceia veit^t dire qu'ij ne 
le sera jamais, et ne pourra jamais Tetre^ On ne 
pourrait obtenir ime infinite de parties qu-apr^s ^voir 
fini rinfinie divisibility; or finir imfini, p*est une 
contradiction. C'est done une contradiction quuiie 
totality infinie; i'enumiiration des parties pe finir^it 
jamais , jamais on ne feraitla somme, jamais onn'arri- 
verait au tout ^. La divisibiiite i i'infini ne suppose 
done pas la possibilite de la synthase d une infiqit6 de 
parties; au contraire, elle Texclut, car ii qe peut y 
avoir de quantity infinie. 

Lmfini ne peut done jamais 6tre en acte^ ; jl nest 
jamais, il devient*. 

L'infinit^ ne consiste qpe dans la possibility de 
passer perp^tueliement d'une quantity k une quantite 

ii on6yL6iv ehai n avye^is' fiiyeOoe 3* i<niv inav avvf^is. in : 4^a<^«f- 
T0U yi^v ySip eis dicetpa t6 avve'/is. 

^ Met. IX, p. 18 a, 1. 30 : Td d' dvetpov ouy^ q^tw $vvd(L& iadp e^ 
ivepyeigk iadfA^pov xf^ptarbv, «XXo^ yvtiiGSi. T^ y^p ^i^ vvoktitslv ri^v 
Staipeaiv ditoiiSoixn rd ehat $vvd(iei ta^vnv jifv ivdpy^tavy t^ S^ X^f^ 
ietrdat op, 

* Ibid, n, p. 39, 1. 7 : ^(hf^p ovx dpi$iniast rc^s tofi^s o ji^y dvetpfov 
iteiicl^v... T6 3* dvtipov xoT^ riiv '&p6aB&tTw.oviK Sartp iv "O&Kepaffftiv^ 
SieSeXBeTv. XI, p. 233^ 1. a : O^t' dptB\t^$ d>g Ks^otpKTfUvos ifoi df^eipps. 
Phys. Ill , VII : Ot; y(japiax6s 6 dptdfids oS:fo$_ tijs StxpToyJas, 

' Met XI, p. a3a, 1. a4 : AXX' d^vatfiv rd ^VTfXe^e^t $¥ efycu dfiref- 
pov tsotrdv ydp elpeu avdyKif. 

* Phjs. Ill , VII : OvU y4vei ii dnsipicL, aXXd yivercu. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 405 

difF^rente\ dans ia possibility dun progr^s ind^fini. I 

Ce progrfes ne consiste pas dans une additipn; c*est 
une negation perp^tuelle ; ce n'est pas une composi- 
tion, mais une decomposition; c'est un progr^s en ar- 
riire, une regression ind^finie. En un mpt, le progrfes 
k rinfini ne consiste pas k avancer de plus en plus en 
dehors des limites d*une quantity donn^e, mais k s'en- 
foncer de plus en plus dans Tintervalle defmi de deux 
limites. L'infini n*est point, comme on se Test imaging, 
ce qui enveloppe toute chose, car ce nest pas une 
forme; c'est ce qui est envelopp6 dans tout, la ma- 
tifere que la forme circonscrit ^. La forme est ia li- 
mite : on trouve finfini en descendant de la forme k 
ia matifere par une abstraction successive ^, qui tend, 
sans y toucher jamais, au terme d une possibility in^- 
puisable. 

Toutefois, k mesure quon avance dans la division 
et que les parties deviennent plus petites, il y a plus 
de parties; k mesure qu'eiles se partagent, elles sa- 
joutent; i'^tendue dicroit, le nombre augmente. La 
quantity continue et la quantity discrete forment deux 

^ Pk^s. Ill, vi : 6Xuf fi^v y^ a/drtH iarl t6 dneipov sf eJel dfXXo 
Koi iXko Xaii€dve<j6m' xai rd \apilSatp4^vov fUv dei 'weirepeuriiivov elveu, 
oXX' ac/ y9 Ircpoy xai Srepop, 

* Ibid. ¥n : Kat^ \6yov ii av\i&aivci x(tl td xwtA ^p6aQt(nVy As fii^ 
eheu ioxziv dvetpov o^tas Sore ^aprds vir<p6a^Xe<y fteyiSovs , M xilp 
iuUpBiTtp Si bIpoi' V9ptij(srau y^ As ^ ifkri ipjds, xcti t6 iitetpop, ^ept- 
i^ei a v6 bUos, 

' k^atpitret, xaBtupiaet. Phys, III, vi, Vii. 

26. 



Digitized by 



Googk 



404 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
progressions correlatives qui marchent en sens inverse 
i une de 1 autre ^. La premifere part du divisible , et tend 
au plus petit ; la seconde part de Tindivisible , et tend 
au plus grand ^ : dun cot^ Tanalyse, de Tautre la syn- 
thase. L'infini se developpe dans Tun et lautre sens A 
la fois, dans le plus et dans le moins , par Taffirmation 
et par la negation. Mais, des deux progressions, la 
seconde n'est qu une forme de la premiere, le nombre 
qui la mesui'fe. Ce n'est pas une synthase rielle, unis- 
sant ult^rieurement ce que Tanalyse a d abord d^suni; 
c'est une synthase id^ale qui accompagne Tanalyse 
pas k pas, et qui ne fait que refl^chir dans laddition 
memedes unites discretes, non la soustraction , mais 
la division successive de la quantity continue^. 

Le lieu de toute division est le lieu meme oii se 
confondaient par leurs extr^mit^s les parties quon di- 
vise, leurmoyen terme, leur commune limite^. Le 
moyen terme est un, en tant qu'il r^unit; double, en 

* Pkys . Ill, VI : Td S^ xotTflk ^pSaBemv 16 aM 'am itrri xai t6 xenaL 
Ao/peo-fv* iv y^p r^ tifevepaafiiv^ xarSi mp6aBe(nv yiverau avrearpafi- 
lUvoH' ^ yAp itmpoifievov opSrau eU iicetpov, ta'&nf ^apotrridifjLevop ^a- 
vetrou "Cfpds rd d>pt(Tfiivov, 

* Ibid. VII : EiSX6ya>s Si xai td Av fUv t^ dptdfi^ elpeu ivi t6 ikd^to- 
xov ^eipas' ivi Si rSi 'mkelu, aiei isavrds Cvep€(£X\eip tffXif^ovf. 

' Ibid. VI : <i>avep6v Sit oCSi Svvdfiet itv etn xara 'WpoaBecTtp, dXk* rj, 
Aoiffp eiptiTcu, dvTe<JTpafiftiva)s r^ Stoupicrtt. — ^oupexdv ik iiti n^v xa- 
Baipsatv xai rilp dprearpafifiiwiv *ap6aBemv. 

^ Dans ia ligne, ie point; dans la surface, la ligne; dans le corps, 
la surface. Phys, IV, xi : Koi ydp ii artyiiij xai avpix^t tara^f t^ t*-iift^y 
xai iiopiiet' i<rti ydp tw fiiv dp^if, tov ii TsXevTij. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III. CHAPITRE II. ^ 405 

tant qu'ii s^pare; comme la mati^re entre les deux 
contraires, il est un en soi , double dans son rapport 
avec les deux parties dont U forme Tinterm^diaire ^ 
Mais, un et double, il n'est quune limite, non pas un 
Stre i part ; il n'6tait pas avant que la division Teut 
manifeste : il n'est plus d^s que les parties se sont 
s^par^es I'une de I'autre ; il n'est que dans Tacte meme 
de la division. Le progrfes de la division k Tinfini n'est 
que la determination successive d'une infinite de 
^ moyens termes entre deux extr^mitis de T^tendue. 
Or tous les moyens termes sont les limites de quan- 
tit^s bomog^nes et semblables, et toute limite est in- 
divisible. D n'y a done entre tous les moyens termed 
possibles, d autre difKrence que la position; c'est 
comme une meme chose qu'on pent considirer dans 
une infinite de lieux^. Ainsi le moyen terme n est pas 
seulement un danssa duplicity essentielie; il est un 
et identique par toute Tetendue, et c'est son unite qui 
en fait la continuite. Dans le progris de la division, la 
quantite devient toujours differente, et toujours plus 
petite; mais la division est partout la meme. G*est 

* Phys, IV, XI : Tovro S^ 6 flip mote Sv, rb avro ifrrr.., ru \6y^ Si 
dfX>.o. tarore dv t6 avrd est la mSme chose que dpt$yL^ ou ^Tcoxetfiiv^ 
iv; et T^ 'kiycfi dL>Xo, ou r^ eliet £Kko, la mdme chose que hepov r^ 
elpat. Voyez plus haut, p. 889, n. 1. Cf. Met. XII, p. 257, 1. 7 : Ei ^i> 
xai 7^ avr^ avyiSiSrjxev d>s (fXif xai ^PXV ^^*^' ^^^ ^^ xtvovvrt , dX'X^ x6 
y* etvau oii ja.ij6. 

* Phys. IV, XIII : Ov ykp 1^ awn^ iel xai ftia ffrtyfii^ r^ voijerer Stat- 
po6vTe^ yap iXXvf. $ Si ^a, 1^ atJri^ 'odvrrf. 



Digitized by 



Googk 



406 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
toujours le meme acte, quoique toujours ailleurs ^ 
Ainsi toutes les limites d^termin^es par la division 
dans une quantity continue sont comme des positions 
difTerentes d'un seui et meme mobile^. La iimite ne 
se meut pas; elle appartient k la fois k deux parties 
simultan^es ; elle en est le lien indivisible , et ne peut 
passer de Tune k Tautre '. Ce n est done pas une meme I 
chose d'un bout k I'autre de T^tendue donn^e, mais ' 
une meme relation pour une chose quelconque; et 
cette chose ne peut etre qu'un mobile parcourant Vi- 
tendue *. Si done c est la continuity de T^tendue qui 
est la cause de la continuity du mouvement, c est la 
Gontinuite du mouvement qui mesure et qui fait con- 
naitre celle de Tetendue ^. Le mouvement est divisible 
en lAne infinite de parties, parce que T^tendue est in- 
definiment divisible ^; mais ce qui diviae T^tendue, 

* Pij«. IV, XIII : £<m i^ td (x^^ nd xat^ t6 ankS -if Stai^ems x«i ^ 
ivtuair rd ^ tUvcu oC raM. 

* Ibid XI : ()iiola>s Sil t^ oriyf*^ rd ^epoyievov',.. Had joQra iij rf dfX- 
"XoBt xai ikXoSt etvcu, ixepov. 

* Ibid. : kXk* 6tav fUv oiko> "kaiASdvij rts, As Sv9} ;^p^fievo« r^ fuf, 
dpdyxri taiaoBeu , e/ iartu dpxii x*i reXevrfi H aaSrii oriyfAil. — T^ y^p , 

^ Ibid. : 0|«o^ ^i T$ OTiyfi^ rd ^9p6ftsv^v, $ n^v xlmtaw ytwpi- 

^ Ibid. : ^ ydp T^ fUj^s ehm avu€xif, xai H xUm^is^ i^w mnn- 
X^^ J>^ i;i». IIU I : UiyeBof^ xtw^^i (sc. oilffBap^eBct). 

* Met XI, p. 23i, 1. 24 : T^ S' dvetpov ov raOrov iv p.9yi^ xai 
xiififati- xtU xjP^^¥ ^ f^' "^'^ ^9t$y iKkk td ^^8pov Xiyercu xanSi to 
^p6repov' oTov xivricrts xaroe to \UytBoi, 



Digitized by 



Google 



LIVRE III, CHAPITRE II. 4d7 

comme ce qui Tunit, c'est ie mouvemcJnt. La limite 
est le terme oix ie mouvement s'achive , ia fin oii l6 
mobile a son acte; et c est Taction du mobile qui, par 
la division, d^t^rtnine des limfites, points, lignes ad 
surfaces *, dans runiformit^ de I'^tendue. 

Mais ii y a de I'ordre dans F^tendue : toutes le* 
parties y ont un rang , et forment une suite ; Tun^ est 
dcTant, Tautre aprfes. Le mobile ne parvienl done 
d une extr6mit6 k une autre qu'aprfes avoir traverse 
le miiieti : dans le mouvement comme d^ns I'iten- 
due il y a de rantiriorit^ et de k posteriority ^; mais 
lordre dans le mouvement n est pas de position 
comme dans I'etendue, il est de succession : c'est 
une snceession de positions. La i!nesure de la suc- 
cession 6st le temps. Cependant le temps n'est ^as 
le mouvement. Le mouvement, en efFet, difffere se- 
lori les categories; le temps est partout le mSme. 
Dafto chaque cat^gorie il y a plusieurs mouvements 
4 laf fois; il n'y a quun seul et meme temps. Le 
mouvement est plus ou moins rapide; le temps 
marcbe d*un pas ^gal^ Le temps est la mesure uni- 



^ Met, III , p. 58 , 1. 12: Q^alverat ravja ^dmoi Steupiaets Spra lov 
ae&fiiotT&i, r6 (tip eh 'oXdrog, rd ii eh ^os, t6 8k eh fiiixof. XI, p. 3 1 5, 
1. 9j : Tofea} Si ttdi Siaipitrets ol (tiv ivt^avet&v, ai 8i atcpJixtov^ of ii 

* Phys. IV, XI : T^ ii Of ^p6repov xai €arepov i» Wir^ ttpSrov 
itntv ipraS^di ftivrot rff" Q-iaei, feif^i i^ iv r^ fieyi&et iari rd ^p6tepov 
xai ii*rrepov, dydyxri xai iv xivi^aei etvat td ^epSrepop xal Hfnepop, dpd- 



Digitized by 



Googk 



408 PARTIEIIL— DELAMETAPHYSIQUE. 
forme de tous ies genres et de tous ies degr^s du 
mouvement. Dans Tordre de la succession , le temps 
est le nombre du mouvement selon Tant^riorit^ et la 
posteriority ^ Mais si le temps est la mesure de tous 
Ies mouvements, comme le nombre est la mesure de 
la plurality des animaux aussi bien que de celle des 
plantes, il n*est pas pour cela independant du mou- 
vement. II n'y a pas de nombre en soi, subsistant par 
soi-meme, hors de tout ce qu*il nombre ; il n y a point 
de temps hors des seules choses que nombre le temps, 
c'est-i-dire hors de tout mobile. L avant et laprfes se 
comptent dans le temps, mais n'ont de r^alite que 
dans le mouvement^. Le temps n est pas autre chose 
que le mouvement lui-meme, en tant quii forme un 
nombre par la succession de ses epoques; ce n est pas 
un nombre nombrant, mais un nombre nombr^^. Le 
temps n'est done pas une quantity discrete; c'estun 
nombre concret, continu comme la quantity quil 
mesure. Le temps suit le mouvement , comme le mou- 

"koyov ToTs ixet, AXXSi ftifv xai iv t^ XJP^^V ^^ ''^ '0p6repov xa} Hare- 
pop, itA jd dxoXovdeTv isl Qrwtiptp Qiirepov auxcSv, 

» Pkys. rV, XII. 

^ Ibid. XI : EtTTtv 6 xp^vos ipidfios xtvi^asofs xaTot t^ 'Opojepov xeu 
Harepov, 

' Ibid. : EoTi Sk xd *Bp6'fepov xal 16 ^arepov aCrSiv iv t^ xivi/iatt, 6 
fdv 'more 6v xlw<rii iarr rd fiivrot elvau a^Jx^ Srepov, xal ov xivums. 
— Jlp6Tepov yd.p xai Harepdv iart t6 iv xtvi^aer t6 5' elvau irepov ? 
dptdfttirdv ydip t6 ^p6repov xai Haxepov, 16 vvv iart. 

^ Ibid. XII : 6 Sk X4^vos dpidft6f iartv oCx $ dptdnwfiev, akX 6 
apt0fio6fisvot. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 409 

vement F^tendue : la continuity de T^tendue est le 
fondement de la continuity du mouvement; la con- 
tinuity du mouvement est le fondement de celle du 
temps ^. Eniin le temps est un nombre qui ne reste 
jamais le m^me, mais qui est toujours autre qu*il 
n'^tait ; comme I'infini, il n est pas, il devient toujours^. 
Lunit^ du temps est le present, Tinstant indivisible 
du present. Le present est le terme moyen entre le 
pass^ etTavenir, entre ce qui nest plus et ce qui n*est 
pas encore. Le present change done sans cesse, et 
pourtant cest toujours le present, la limite constante 
d'un passe et d'un avenir toujours nouveau'. En effet, 
le mobile repond k la limite qu'il determine dans T^- 
tendue comme le mouvpment repond k T^tendue elle- 
meme ; le present repond au mobile comme le temps au 
mouvement. Or le mobile est le meme pendant toute 
la durie du mouvement, dans toute Titendue qu'il par- 
court; il change de position sans changer d'etre. Le 
present change done aussi avec la position ^. La limite 

* Phjs. IV, XII : kxdXovBet yStp Tq5 fieyidei ij xivrjats, rif Sk Ktvifiaet 6 
Xp^os T^ xoi voaSt Kol ovve^if xai SiatperSt efveu, MetXI, p. 23d, 1. ad* 

* Pkys, in, VII : AXX' ov ^aptajds 6 dptdiios oZtos xr\i St)(OTOiiiets , 
oC3i (Upet ii ditetpia dXXd yivextu , ^(raep xai 6 x^p6vos xeti 6 dptdfids 

TOW ^OPOV, 

* Ibid. IV, XI : T^ Si pvp t6p p^pcJron fterpet, J '&p6xzpop xai Hart- 
pop* rb Si nvy Sort flip d>s jd aCrd, itrri S' d>s o^ rd at/rt^* ^ fiiy ydp ip 
dfXX^ xai dXk^, izepop" tovto S* ^p out^ r6 elpew ^ Si 6 'ctote 6p i<ni • 
TO wi;, T^ aUTO. 

* Ibid. : T^ Si ^epofUp^ dxoXovBeT to pup, Servep 6 yjp6poi rif xivif- 
oer — , To Si yvi;, Std r6 xipetadat rd ^spip^pop, di\ hzjpop. 



Digitized by 



Googk 



410 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
de r^tendue est autre partout; la limite du temps fou- 
jours autre. Lalimite del'^tendue demeurc et ne passe 
point; la litnite du temps passe sans cesse. Mais, ni 
dans Tun ni dans Tautre il n y a d'etre. Les limites sont 
des divisions, des abstractions sans t'^alit^, d^ter- 
min^es pai* le mouvement*. Le mouvement Itd-menie 
n*est point la reality, objet de f experience : la r^alit^ 
est le mobile^. G'est le mobile qui demeure et qui 
passe k la fois , identique dans sa substance , cliangeant 
dans ses rapports. Cast le mobile qui est f ^tre , sous 
la doubled forme de I'immutabilit^ de T^lendue, etde 
la mutability contirluelle du temps. 

Enfin, lar^alite, Tetre du mobile lui-riieme nest 
que dans facte qui determine et qui ach^e le mou- 
vement, faction qui divise , qui cr^e le moyen terme 
dans finfiiji de la continuity', et qui realise la puis- 
sance au point de concours indivisible de fespace et 
du temps. 

Le sujet du mouvement, ouf le mobile est le corps. 
La surface n*est que la lunite du corps, la ligne de la 
jsurface, lepoint de la ligne. Ge sont les divisions succes- 

' Met. ttl, (). ^9, 1^ 9 : (T() rw] hepov del ioxet eltat, o^x owrh 
Tti cZaa. (yyLoitcs ik SifXov Srt fyet xed 'oepi rSis artyn^s xtti ypaptft^ 
xai t(i MiteSa' 6 ytkp ait6s Xdyor i'xavta fip Sfioiof^ ^ tfiparet ^ Stcu- 
pi(T&^ €t<r(v. Cf. XI, p. 2i6, 1. 3. 

* Fbyj. IV, XI : T6it ydp tt r& ^ep6f£evov' H Si xhiiais, &6. 

' Ibid. VIII, VIII : TUs evdeias %Qv ivibs t&v ixpav ^Hi^p tnf^tov 
irjvdftet flip i<t%i (lioov, ivepyeiqt S* ot/jt i<trtp', i^ ft.il Sfikif twkiiv, x« 
imarSiv tafafXw dp^tea xtptMat, 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 411 

sives de r^tendue suivant ses diff^rentes dimensions; 
ces divisions nont d'existence, et par consequent de 
mouvement que dans la chose meme qu'ellesdirisent; 
elies sont d'une mani^re accidentelie et relative ; elles 
ne se meuvent aussi que par accident. Ainsi, aucune 
etexKdue nest mobile par elle-meme que T^tendue k 
trois dimensions ^ Les trois dimensions contiennent 
toutes les dimensions possibles. H semble qu'en toute 
diose, t^omme Tavaient vu les Pythagoriciens, le 
nombre trois ^puise toutes les conditions de la per- 
fection, et que trois soit tout^v Le mobile n'est done 
pas seukmeiit une quantity continue, infiniment di- 
visible; e'est une quantity continue infiniment divi- 
sible en tous sens. 

Mais le mobile ne peut pas de lui-meme entrer en 
acte, et se mettre en mouvement. La mobility est une 
puissance passive ; il iaut une puissance active pour 
donner k la puissance passive Timpulsion, et la porter 
k lacte. Toute puissance suppose une puissance cor- 



* Phys, VI, X. De CcbI. I, ii; ix : lliipri(Tts S* dvev ^atxov ac&funos 
ain hrw. he e&rpv setil eit jHur l-Di-mtee dans Tespaoe, qiu ease la li- 
mite dtt corps eovdoppant. Les sarfiice»,.ligiies et poiftts ne sont 4m» 
Tespace que par accid^it. Pfys, IV, iv, ▼. 

* B€ €ml I, I : S^fM 3i r^ 'odamf hmpevdy. .... ^lA t^ tpk ttdpra 
8hou Mi^ «^ tfiis tdimy tuMn^ ytip ^sm xai ol MaSay^ttoi, td «^ 
xal t6 ^AfMt tc39 tftahf 4ptatai. — T^ cf&ita fkivov Slp dtn f&P (tey^eh 

imff9td9, ^VTif ^uupir^ iart. Cf. Mel. V, p. ^7, 1. 17; XIIJ, p. ^^9, 
1.6. 



Digitized by 



Googk 



412 PARTIEIIL— DELAMETAPHYSIQUE. 
relative, k laquelle elle s'oppose, de laquelle elle 
recoit, ou k laquelle elledonne iemouvement. Toute 
puissance est ie principe d un changement , soit en 
quelque chose , soit de la part de quelque chose autre 
que son propre sujet ^. II n'y a pour tout acte qu une 
puissance , qui est le principe du changement , mais 
r^sidant ^la fois en deux sujets, dont Tun produit le 
changement et Tautre le soufire ^. 

Or, pour que le principe moteur mette le mobile 
en mouvement il ne suffit pas qu'il poss^de le pou- 
voir de le faire; il faut qu'il le fasse en efiet; il faut 
qu il agisse, qu'il soit en acte; il faut que son acte soit 
la forine meme qu'il doit faire prendre i la mati^re , 
la forme commune de la puissance passive et de la 
puissance active. Cest done dans le mobile qu'est le 
mouvement, et dans le moteur Taction '. Le mouve- 
ment est le changement graduel par lequel le mobile 
prend la forme du principe qui le meut. La fin du 
mouvement est la coincidence des deux termes en un 
seul et meme acte, leur limite commune. L' action est 

^ Met, V, p. io4, 1. lO : fi (ikv oZv ^eos dtp^ij fxeTa^oX^^ ^ xivificeoi 
Xfyerof S'JvafjLts iv erip^ ^ hepov, i^ S* 0^' Mpov ^ irepov, IX, p. 17 5, 
\. 26 : — tv dfXX^ 5 ^^o, — Cw* alXXow 5 ^^"^o, 

' Ibid. IX, p. 176, 1. 6 : Eart iikv d>s ftia S^vayns rov isoieiv x« 
'Bder)(eiv [Swajov ydp iari xai tw i)(eiv a^T6 Siivafuv tow 'Oadetv, xou 
T^ dIXXo Ov' avrov) Sent 3* ds dfXXn. fi fiev y^p iv t^ 'mdaypv^i. 

* Ibid. XI, p. aSi, 1. 33 : 6t< i<n;tv il xivnms iv r^ kivyit^, Srfkov 
ivrtXiXJ^ta ydp i<rtt to^rov vvo tov xtvriTtxori, xal if tow xivt?tixo« iv- 
ipyeta ovx dlXXi; i<ni. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAFITRE II. 413 

le moyen terme, un et double k la fois , de la puissance 
passive et de la puissance active ^ 

Lamati^re , ou le principe passiF, est dans le monde 
comme la femelle qui renferme le germe ; la forme 
est commele male quilafi^conde. Cestdans lesein dela 
femelle que se passe le mouvement et se transforme 
le germe; la puissance passive et la puissance active, 
le male et la femelle, s*imissent dans une action com- 
mune et dans un commun produit^. 

Tout ce qui est I'ouvrage d une puissance exterieure, 
tout ouvrage d'art ne pent se mouvoir que sous Tim- 
puision immediate dune puissance exterieure. Une 
table lie se meut pas, en tant qu*elle est une table , si 
rien ne vient du dehors lui imprimer le mouvement'. 
Tout ouvrage d*art n est done que le sujet passif de 
toute espfece de changements qu une cause ^trangfere 
peut lui faire subir; ce n est pas un etre tendant k une 
fin; sa fin n est que dans les desseins de celui qui la 
fait; sa forme n'estquun accident*. Mais tout ouvrage 
tfart est forme d'un corps que i'art na pas fait. Or il 
ny a pas de corps qui ne se porte sans que rien le 

* Met XI, 1. 28 : ()iioia>s fiia dfi^oTv ivipytia, ditraep td wSrd Bid- 
ovufut ip 'Opds i/60 xoti ^o '0p6s ip, xai dfyavTe^ xai jd xdxapxes, ttXXe^ to 
ehm o^^ ip. Fhys. Ill, iii : OtJ^' 1^ 'stoirimg tij *aaBifi(rti 16 atJr^ xvpias, 
<IXX' $ ^icdp^ei TWTa, ij xipvmr t6 ydp rovSe ip t^ie, xai td rovSe 
ind rovSe ipipyeiap elpcu, ixtpop 'c^'k6y(p. 

* Phy$. I. IX; De Gen, an, I, xxii. 
» Phy$. II, I. 

* Met, Xn, p. 242, I, 6-24; VIII, p. 169, I. i5. 



Digitized by 



Googk 



414 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
pousse , pourvu seulement que rien ne i'arrete , vers 
un point de Tunivers plutot que vers tout autre. Tout 
corps ^ se dirige vers le centre ou vers la circonference 
du monde , vers Tune ou Tautre extr^mit^ de i un quel- 
conque des rayons de la sphere. Or ies extr^mit^s 
d'une meme droite constituent dans I'espace des con- 
traires. Tout corps poss^de, au moins dans la cat^go- 
rie de i'espace, une tendance primitive k Tun des 
deux termes de la contrariety ^. Gependant on ne pent 
pas dire que le corps, grave ou linger, se porte de 
lui-meme au lieti qui lui convient; ce n'est pas un 
pouvoir qu'il poss^de, puisqu'il ne pent jamais en sus- 
pendre I'exercice, et s'arreter dans son mouvement : 
c'est une disposition constante, une habitude inn^e '. 
Ce qui le meut, ce n'est pas lui *, ce n est pas son es- 
sence propre. La pesanteur du corps n'est pas sa nature 
meme^; la nature qui ie meut, qui le fait l^ger oa 
grave , est la puissance active qui I'a fait ce qu'ii est. 
Le corps n'a que des puissances passives ; Taction, qui 
constitue Tetre , ne lui appartient pas ®. 

^ Except^ rather; voy. le chap, suivant. 
2 De Ccel I, ix; Pfys. VIII, IV. 
» Phys. VIII, lY. 

^ Le corps a seulexnent en lui h oioavement. Met. IX, p. i3S> 
I. 32 : Kod* avja yStp xa< ip a^ois S)(et riip xivnmp. 

* Phys, II, I : TovTo yAp ^ms iUp quh 4<rrtp, 9^ 4^'^ 9^9ip, 0ii«i 
Sk xcd xarSi ^mv itrriv, 

• Ibid. VIII, IV : KtPTJ<Tea>s dpxitv i/sh ov tqv xtwtTp ^ik tw ^toiiiv, 
£Kka Tov ^da/etv, — H yap iis6 tow yevpi^eraPTOS xai ^otTliaoan<» jkov^v 
^ Pap^, ff vv6 TotJ T^ ifivoiiiQpja nai xeMopra Xiicaprof, 



Digitized by 



Googk 



I.IVRE III. CHAPITRE II. 415 

Mais il y a des choses qui se meuvent elles-m^mes. 
C*est un fait qui nadmet pas de preuves, non plus que 
la r^alit^ du mouvement, un fait d'exp^rience ^ D y a 
done des choses qui ont en elles et le principe passif 
et le principe actif du mouvement. Or la nature d'une 
chose est la fin ou elle atteint sa forme essentielle, et 
la forme reside dans le principe qui pousse le mo- 
bile k sa fin. La nature est done Tessence ou la forme 
essentielle ( substantielle ) de tou$ }es etres qui se 
meuvent euK-memes, La nature est done ]a causa du 
mouvement dans le sujet meme ou elle reside 2. Ce 
n'est pas une force ^trang^re au corps qu elle met en 
mouvement, et qui le pousse du dehors : c'est une 
puissance inseparable , quoique distincte , du mobile. 
Toute puissance est un principe de changement d'un 
terme k un autre terme; mais ipi les deux terp^es 
sont le meme.etre : la nature est le principe du mou- 
vement et du repos dans le meme en t^nt que m^me. 
La nature n est done pas conime Tart une activity 
ind^pendante qui s'exerca indif£6remment sur toute 
espfece de matifere. Toute nature est li^e k une roa- 

^ Phys, VIII, yi : (Xp&{iAv Sk kcU ^avepQs Svtpl rotaura, A X4^fi7 a^A 
savjd, Jl, 11 C^ S' iarW i| ^ms tgeifMoBau ^kv^vm, y$XotQv, 

• Met, V, p. 92, 1. 37 : fi tgpdmi ^erts xai xvpUas XeyQ^iivif iffriv 
il oCfria 1^ tSv i)(6vro)v ipx^v xtvi^<Tea>s iv aCroU ^ aurd, VIII, p. 1619, 
1. 19 : Tijv ydLp ^env |»<iyi)v dp lif 3-e/n wv iv 70k ^aprois o^aUv. 
XL p. 335, 1. 93 ^ Pfy^* II» I : Oiiffnf 'ryis ^^eciff ipX^^ ^^^' "^ 4/t/«« 



Digitized by 



Googk 



416 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
tifere*, non par un lien ext^rieur et m^canique, mais 
par le mouvement meme et la vertu int^rieure qui 
transforme le possible dans Tacte de sa forme. Toute 
nature suppose une matifere k elle , dont elle est Tes- 
sence propre ; sa matifere n'a d etre que par elle , et i 
son tour elle n est possible que par sa matifere. Ce- 
pendant Tacte ne peut pas etre la suite n^cessaire de 
la puissance, la reality de la possibility. Le possible 
embrasse toute T^tendue d'une opposition de contra- 
riety, et, de toutes les formes comprises entre les deux 
extremes, n en determine aucune. La matifere est done 
la condition, non pas la cause efficiente de lacte; ce 
n'est pas ce qui le fait etre, mais seulement ce sans 
quoi il ne peut pas etre^. La n^cessit^ nest pas dans 
la fin, mais seulement dans le moyen; la necessite 
n est done que de relation et de negation : c'est Thy- 
poth^se impliqu^e dans la thfese de la rialite ^. 

Cest done k la puissance active de determiner d'elle- 
meme le mouvement et la forme : la nature , comme 
rart,^se porte, sans y etre contrainte, k sa fin*. Mais 
la nature est une activite concrete, une forme en une 

^ Pkys. 11, I : £v vvoxetfiivtp itntv if ^trts dei. 

• Ibid. IX : OvK dvev (U» rSv avayxaitav ij(6v7a)v rifv (p^atv, ov ftitnot 
Sid, ravta. Met V, p. gS , 1. 4 : kvayxaiov fUv \iyerat oZ dvev ovx iv- 
Hxerau, x. t. X. 

' Phys. II, IX : ftf dtoBiereoH cZv t6 dvayxauov, ctXX' oC^ o^s riXos' iv 
yStp tij Ay? fb ivayxaiov, r6 d' oZ ivexa iv r^ X6'y^, De Part. An. I, i : 
6ti oC^ oUp re dpev ra^s elpai, Tovro S* iaxh &<nep ii Hvoidiffeois. 

* Pfys. 11, VIII ; De An. Ill, xii; PoUt I, viii. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 417 

matiere^ Sa fin nest pas, comme ceile de Tart, une 
conception, une id^e, un type arbitraire qui n'est que 
dans la pens^e^, el que la voiont^ realise. La nature 
na pas de choix k faire; sa forme, c*est elle-meme, 
dans sa r^alite concrete. Des deux formes contr^es 
dont chaque puissance est susceptible, il y en a une 
qui est Tessence , dont Tautre est la privation ; c'est 
ceile-li qui est la forme de la nature, sa perfection, 
son bien'. Sans choix et sans deliberation, ell^ y as- 
pire, elle y marche d'un mouvement continu*. 

La puissance, dont letendue d^passe toujours la 
r^alit^, echappe sans cesse par quelque cote k Taction 
rigulifere de la nature. Elle tombe sous Tempire de 
principes Strangers, et de li Taccident. Le hasard vient 
de la meme source que la n^cessit^. Avec la mati^re se 
glisse dans le monde ie d^sordre et le mal ^. La na- 
ture a beau faire; k chaque instant, elle manque le but 
ettrompe les legitimes provisions de la science ^, Mais 
toujours elle vise au bien , et fait tout pour le mieux*^. 

^ Met, VII, p. i52, i. 22 : ]ft otJff/a ydp i<rti tb eJSos rd ivov, 

^ Ibid. p. i4o, 1. 19. 

' Ibid. VIII, p. 172, 1. 19 : Tot? ftiv xafi* i^iv xai xetr^t t6 elSos ifXtj, 
TOW 3k HarSi arip^tjiv' xai (pdopAv rffv tsapSi ^mv. 

* Phys, II, VIII : <S>iieTet yoLp, Saa dvd rtvds iv hawoU dp^ris auveyfis 
Mvo^(ieva d^iKvsTTOt eis tl jikos. 

^ Met. VI, p. 125, 1. 23 : fiffre iaxtu i\ ^*j aiV/a i\ ivSexofiivv 'Oap^ 
TO &s imroTtoiX^ rov avfiSe^nxoTos. 

' Ibid. XI, p. 229,1. 8. 

' Phys. VIII, VII : T^ 3i ^ekiiov del unokafi^dvoyiev iv r^ phu Cts- 
apxeii;, &v Ij Svvardv, De Gen. et corr. II, x : t,v dttacnv del top ^eXrio' 

27 



Digitized By 



Googk 



418 PARTIE III.— DE LA MlfeTAPHYSIQUE. 
Ce qu'elle perd d un cot^, eile ie reprend d*un autre ^ ; 
ce qui surabonde, elle Temploie k supplier ce qui 
manque. Elle r^tablit T^quilibre, r^pare le d^sordre, 
gu^rit la maladie. Toujours elle travaille la masse 
inerte du corps^ la faconne et la transforme. Partout 
elle met et elle conserve la proportion et la beaut^ ^ 
Ce mouvement rigulier, cette activity infatigable 
qui ne fait rien en vain et qui, sans le savoir et sans 
I'avoir voulu, pousse incessamment la matifere, indo- 
cile et rebelle , au d^veloppement parfait de ses puis- 
sances , ce n est pas autre chose que la vie. Nid corps 
n est un par soi-meme qui ne vive. Sans la vie , qui 
fait le solide dans Tespace, plus rien qtie des limites, 
comme dans les th<iories pythagoricienne et platoni- 
cienne, rien que des grandeurs math^matiques, abs- 
traites, Isoldes et sans lien, rien qu^une division et 
qu une dissolution ind^finie *. En outre , nul corps ne 

vos opiytaBcui ^a^v t^v (p^mv, De Vita ei Morte» vf : tijv puaiv opu- 
ftev ip edunv ex r&v ivvatSv eotowrav rd Kdk'Xttnov. De An. inc. ii : 
fi ^ms o^ip 'tsotet fuhvv, oXX' del ix rSp ivSexpfUvatv r^ oCai^ trepi 
ixcuTTOv yivos (Tfl&ov rd ipttnov. 

^ De Gen an. Ill, i : 6 yAp ixetSev oUprnpet lii ^ais , ^poariOnmv iv- 

* Pkys, VIII, 1 : ft yAp ^ats ahla 'stStrt rris Tiieus Td^s ^k 

^aura \6yos. De Gen. an. IV, ii : TLivra ydp tA ytv6yLeva. x«tA ri^Ptiv i\ 
^aip Xoyy xtpi ientv. Met. XIII. p. 265, 1. i6 : Tou Si xolXou ftiyi(rT<t 
eiSri rd^ts xai ovfAfierp/a xai r6 dtpiafUpop: 

" Met. XIII, p. 262, 1. 7 : ^Tf rivi xai Wts iaraa ip rSt fioBrffuntxai 
fieyiBri ; tA fiiv yStp ipToSSa 4^XV ^ f*^P^* j^vs ^ dlXXq^ npl evXoytp' el 
9i fiil, isroXXa^ xa* Stak^ercu. fixe/yois Si Stauperois xai ^otroU aim ti 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, GHAPITRE II. 419 

se change soi-meme qui ne vive . Le principe inte- 
rieur du changement , la nature , c'est le principe de 
la chaieur et de la vie, lame. Le corps, que la na- 
ture anime, est Tinstrument de lame^. Les parties 
difF(6rentes du corps sont des organes divers, qui ne 
sont rien que pour ieurs fonctions. La main que Tame 
ne peut plus faire servir k ses fins, n'est une main 
que de nom, comme si elle 6tait de pierre ou de 
bois ' : le moyen n*est fait et n'existe que pour sa fin. 
Mais toute nature a sa mati^re propre, dont elle n'est 
pas separable : 1 ame ne commande done pas au corps 
comme le maitre k Tesclave, comme une puissance 
ind^pendante qui peut se s^parer de Tinstrument 
quelle emploie*; elle ny est pas comme dans une de- 
meure qu'elle puisse abandonner. Ce nest pas une 
substance voyageant de corps en corps, comme les 
pythagoriciens se la repr^sentent ^. Ce n est pas une 
substance, en g^n^rai, un sujet, mais une forme ^, la 
forme d'un seul et unique corps dont elle fait la vie 

dhtov Tov ly elpeu xal avfifUvew; < — Td ocSfia... riXaov xai ^op fA^tXAof^ 
rft* fy^pv^ov yiyverai. 

* Pkys. VIII , IV : Zontxdv yStp rowo xai t&v ifAi^x<»v tStov, 

* De Part. an. I, v; De An. II, iv. 

* Met. VII, p. idS, 1. 17; De Gen. an. I, x; II, i; Jlfeieor. IV, xii; 
PoKt. I,ii. 

* Polit I, II. 

^ De An. I, iii. 

" Ibid. : \6yos rts Stv dn aed elSos, ctXX' ov^ as iO<rj xai to vnoKeiyke" 
vo¥. i : Ov yip iffti tmv Ha$* vhokbi^vom to (j&\m, ftaX'kov Si ^ vwo- 

27. 



Digitized by 



Googk 



420 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
propre et rindividualit^. EUe nest pas le corps, mais 
sans le corps eile ne pent pas etre. Eile est quelque 
chose du corps; et ce quelque chose n est ni la figure, 
ni le mouvement, ni un accident quelconque, mais 
la forme meme de la vie, I'activit^ sp^cifique qui d^ 
termine Tessence et tons ses accidents ^ L'ame n'est 
pas non plus Tharmonie des parties du corps , ni la 
r^sultante de ses mouvements divers : eile est ce qui 
y produit Taccord et Tharmonie , la cause qui y deter- 
mine, y dirige, y rfe^e le mouvement. Ce n'est pas 
une unite de melange et de composition, mi nombre, 
mais une unite simple, Tunite de la forme et de 
I'acte ^. Ce n est done pas une puissance dont le corps 
serait la realisation, mais la realite derniere dun 
corps ^. Le corps done d abord du mouvement natu- 
rel, puis organise, et toutes ses parties disposees pour 
les fonctions vitales, il ne lui manque pour vivre 

^ DeAn, ly II : Keik&s ivoXaii€dvov<nv oJs Soxetin^re dvev ae&fULTos ehai 
fiifrc aSfid t< +«X'^* mafta fUv yStp ot/x iari, ae&itaros Si u. Ka2 StSt tovto 
i» aAfJtart ^dp^et xat iv oc^fiaTt roto^r^, xeii oC^ Smcep oi ^pdrepov 
tU trSSfta ivT^pfjLoiov aiSrilv, ovdh 'mpoaitophaines iv riyt xai 'mok^' 
xahep oCSk (pmvofiivov rov jvj(6vrof Si^eaBat Td tv)(6v. Oifro} Sk yive- 
Tflu xai xotSl X6yov kxdarov ydp i^ ivseki/eta iv xa Svvdfiet ^icdpxpvxi 
xai T^ olxtitf, iFkif 'oi^xe yiveaBau, Met. VIII, p. 168, 1. 18 : A^m (sc. v 
i^vX^) 7^ owa/a xai ivipy eia a(i)\MT6s xivos, De An. II , i : T6 xi ^v el- 
vou xai 6 ')i6yos.., ^mxov rotovSi, 

* Ibid. I, IT; II, I : T^ yoip iv xai rd elvou inei 'okeovaySk Xiystojif 
fb xupiws il ivrekixj^td itrtt. Cf. Met. VIII, p. lyi, 1. i5 sqq. 

' De iln. II, II : Ov T^ a&^ui imtv ivreki/jsta i^x,^s, oXX' aUni <rdh 
IMt6s nvos. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE 11. 421 

quune seule chose, facte meme de la vie, et cet acte 
e'est Tame. L'ame est done Tacte d'un corps naturel, 
organist, qui a la vie en puissance ^. 

Ainsi Tame, cause du mouvement, ne se meut pas, 
dans aucune categoric. Rien ne se meut qui ne soit 
dans Tespace , et rien n'est dans Tespace qui ne soit 
^tendu et ind^finiment divisible. Or Tame est une 
fornae active qui n a pas d'itendue. Elle n*est pas en 
repos davantage : le repos, privation du mouvement, 
suppose la mobility. Elle est la limite immobile d oi 
partent et ou reviehnent les mouvements ^. 

Mais Tame en elle-meme, dans son immobility inal- 
terable, est-elie la forme demifere de fetre qu'elle 
anime? B fa, il la possMe; mais possider, ce n'est 
pas user. Jusque-14 fame n'est qu'une habitude, une 
disposition; la vie n*est encore que sommeil, et la 
veille est un degr^ de plus. L'ame n'est done en elle- 
meme que la premifere forme, le premier acte de for- 
ganisme. La forme dernifere, la fin supreme, est 
faction meme de fame, faction indivisible, sup^- 
rieure au mouvement et au repos '. 

* De An. 11, IX XvayKoiov dfpa rfiv 4^x,'^v oCalav elpcu &s elSos ath- 

crel^ftaros ipreXi^eta* 

« Ibid. I, in, iv; Phys. VIII, vi. 

* De An. II, I : fir yap r^ Cvdpj^eiv rifv ^fv^iiv ^vvos »ai iypifiyop^ 
aU iartv* avakoyov i* ii fUv iypifyopats ttp Qreapetv 6 S* Hisvos rqS 
ix,^tv xai ftii ivepyitv. — A»o -j^X''^ iariv ivzeKi)(jim il 'apthrn trc&fitnos 



Digitized by 



Googk 



422 PARTIE III.— DE LA Ml^TAPHYSIQUE. 

Mais la nature ne peut se degager que par degres 
des liens de la mati^re et de la n^cessite. EUe tend k 
sa fin et ne la perd jamais de vue ; mais elle ne peut 
pas s*y Clever du premier coup. Ce n*est que par une 
progression ascendante de formes qu'elle attaint la 
forme la plus haute. Une ichelle d'existences se d^ve- 
loppe qui remplit, sans laisser de vide, toute la cate- 
gone de la substance ou de ffetre. Cest comme une 
meme puissance qui , d*organisation en organisation, 
d'ame en fime, monte d*mi mouvement continu jus- 
qu au point culminant de Tactivit^ pure ; c est Tetre 
sortant par degres de la stupeur et du sommeil ^ 

Le plus has degri de la nature est la simplicite 
absolue des corps ^l^mentaires. Au-dessus de T^le- 
ment vient le mixte. La mixtion n'est pas une juxta- 
position m^canique, mais une combinaison, une 
transformation. Le produit est diflF^rent de ses prin- 
cipes; il a sa nature, son essence, sa forme propre ^ 
et il est ind^finiment divisible en parties similaires. 
La mixtion suppose la diflESrence des principes cons- 
titutifs, et rhomog^n^it^ des parties int^grantes '. Au- 

*■ Hist. An. VIII, 1 : Oihai) 3' in t&p ir^y&v tU Tot &5a fteraSaivet 
nor A fuxpop if (p^cfts^ Atrte rjf anveytitf "Xawddvetv t6 pxdoptop atyrov xai 
r6 fiiffov 'eotipoip iariv. De Part. an. IV, v. 

' Met VII, p. i63, 1. 20 : T^ in uvds <r&y6eTop o^eas dhrz h el- 
poi t6 vSp, iyXd fii^ ^ ffa>p6s. L. 27 : Kai ii trap^ ov (i.6pov wp xai 
yff ^ t6 Qrepiiop xai ^fV^p^v, aXXd xai (hep6p rt. 

' De Gen. et Corr. I, x : ^otfih Si, ehep hT (lefAixBeu ti, to fuxflev 
ofiotoftepes etvou. 



Digitized by 



Godgk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 423 

dessus de ia mixtion vient I'oi^anisation : I'organisa- 
tion est une synthase h^t^rog^ne de diffferents mixtes 
homc^^nes : i'unit^ de cette synthijse est la vie ^ La 
premifere forme de ia vie est la vegetation. La v^g^- 
tation est ia croissance spontan^e; la croissance est 
le r^sultat de la nutrition. La nutrition est Tintus- 
susception , par laquelle 1 etre regoit dans son corps 
une substance ^trang^re , se Tassimile par Taction de 
sa chaleur vitale , et la convertit en sa propre subs- 
tance en rejetant le superflu^. La forme fondamentaie 
de Torganisme est done celie d'un canal qui re^oit la 
nourriture par rextremit^ sup^rieure, la digfere au 
centre, et par lextr^mite inftrieure rejette le reste^. 
C'est la forme d'une longueur avec ses deux limites 
et son intervalle entre deux, la premiere dimension 
de I'espace^. La premiere fonction de Forganisme 
est le mouvement dans la categoric de la quantity, 
qui r^pond k la mati^re; la premiere puissance du 
principe vitad, de Tame, est la puissance vig^ta- 
tive; cest Tame nutritive; et Tetre qui n'a pas d autre 
ame est la plante ^. La v^g^tation n est pas , comme 
la. mixtion, indefinie : elle suit un ordre, elle a un 

» DePart.m,ll, i. 

^ De Aiu II, IV; Hist. an. I, ii; De Pari. an. II, in. 
' Hist, an, I, ii. 

^ De An, inc. iv : ^itel S* ehlv al iiatrtdatis rdv dptQ^iov i^, ah 6p(- 
ieadat mi^xe r^ K^j to ^kv dvoa x<xi xdjoi fi6piov israfvia S^J^i t^ 

^ De An. II, ii, iv, De Plant. I, i. 



Digitized by 



Googk 



424 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
terme; elle s'arrete k une grandeur comme a une fi- 
gure d^termin^es, et cest par Ik que T^ine se r^vfele. 
Le feu brule et s'accroit tant qu'on lui apporte des 
aliments : i'^me assujettit le corps k une mesure ^ 
L'infini est la matifere, la nature cherche la forme et 
fuit rinfini^. Mais la forme, la fin, cest Taction, et 
Taction ne veut pas etre finie ; en possession du pre- 
sent, elle aspire k en faire T^ternit^. Or la mati^re 
renferme un germe n^cessaire de destruction : la 
plante est nee, il faut qu*elie meure. Ce n'est done 
pas elle-meme quelle pent ^terniser; mais du moins 
elle se perpituera dans un autre elle-meme. La na- 
ture fait tout pour le mieux. Oil Tidentit^ est impos- 
sible, elle suppl^e par la ressemblance ; oil s'interrompt 
la continuite de la vie, elle etablitla propagation; elle 
remplit, sans relache, de la perp^tuiti de ses p^riodes, 
les vides que la mort ferait dans le temps. Le but 
de la nutrition est done la g^n^ration. C^st 14 Taction 
finale ou la plante, parvenue au d^veloppement de 
tous ses organes , trouve sa perfection et son bien ^. 

^ DeAn.U, IV : A fikv ycLp tov 'ovpds aii&nats eis dvetpop, ^s itv f 
rd xawnbv, r&v ii ^aei (rvvt<rta\iivonf 'eAvxtav i<ni 'ovpds xai X6yos 
luyidovf re xai avfifaeo);* javra St 4^X^^> *^^' °^ 'ovpds, xai 'k6yov 

* De Gen. an.l,i:tl St ^<tis ^erJye* Td dveipov to fttv yap djcet- 
pov antkhs, if Si ^ats del ^ijtsit^o;. 

' De An. II, it : <l>v(nx(i}TaTov ydp t&v ipyo)v tots ^Qaiv... to tiroif|f9» 
itepov oJov avTo, Z^ov fikv K^ov, ^vtdv St (^vtov, Ifva tov dei xai tov 
Q-elov neti^watp J Svvavtat... fiwei oZp xotvavetv dSvvotteJ^ tov dei xal 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 425 

La g^n^ration suppose un principe passif qui con- 
tienne le germe du nouvel etre, et un principe actif 
qui imprime au germe le mouvement et la vie. II faut 
un principe femelle et un principe m^e qui s'unissent 
en un acte commun ^ Mais les deux sexes sont d^j^ 
mel^s dans la plante. Toute sa vie, tout son etre est 
dans la reproduction ; les deux principes g^n^rateurs 
semblent se confondre sur sa tige dans un perpituei 
embrassement ^. En g^n^ral, dans la vie v^gitative, 
rindividualit^ est encore faible; Th^t^rog^niit^ est 
peu prpnonc^e, et par consequent aussi lunit^. Si on 
divise une plante , chacune des parties prend une vie 
propre et se d^veloppe en une plante nouvelle. Toute 
plante est en quelque sorte un agrigat de plantes, 
unies dans une vie commune. Cest un seul et meme 
etre , dt aussi une seule et meme Sme, mais qui pent 
devenir plusieurs par la division du corps. La na- 
ture n y a pu atteindre, avec la continuity de la figure, 
que Tunit^ d'action; la pluralite y subsiste dans la 
puissance, et tout prfes de passer k Tacte^. 

Tov Qreiov T^ (xvpe^eiqL, Sta to fOfSh ivSixjeoOat t&v ^daproiv TaJro xai 
iv dptdft^ StafiiveiVy ^ S^varat iieri^etv ixaarov xotvaveT rwuvif , r6 fUv 
(to^ov r6 i' ^TTov xa} Stafiivet o^x ai/rd oKk* oJov avrd, dptOfi^ fUv 
ovx ivf etSet 3' Sv. CEcon, I, iii : £[ ^ffts dvaTsXrfpoT Toeirrf rif vzpt6itp 
to del elvau' ivei xar' dptdfiov ou ^vatou, iXkd ye xavd to elSos, De 
Gen, an, II, i; De Gen. et Corr. II, x. 

* De Gen. an. I, xxii. 

^ Ibid. XXIII : Ey S^ toJs ^toU fiefuyfiivat a^ai at Svvdfietf eial, xal 
ov xexj^pi<rrai to 3-fjfXv tow dppevos. 

^ De An. ]\ ^ II : ilairep yap ivl roov ^miQv ivia Statpo^fieva ^aiveiat 



Digitized by 



Googk 



426 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 

Le second degr^ de Ja vie est le sentiment. Ce qui 
fait Tanimal, et qui Thieve au-dessus de letre anim^, 
c'est Tame sensitive. La plante est presque homog^ae; 
forin6e principalement de T^i^ment terrestre dont elie 
se nourrit et od plongent toutes les bouches de ses 
racines, elle passe sa vie dans I'uniformit^ du som- 
meil ^ : ie corps de lanimal est un compost de tous 
les 61^ment& du monde , dans des proportions d^finies 
qui ne peuvent changer beaucoup sans qu'ii meure. 
11 ne lui suffit plus de la puissance aveu^e de la nu- 
trition et de la g^n^ration : il lui figiut un principe qui 
lui serve de mesure entre les influences qui s'exercent 
sur lui de tous cot^s, qui Tavertisse, par des afiections 
de plaisir et de peine, de ce que les choses du dehors 
peuvent lui causer de bien ou de mal , et qui lui en- 
seigne k reconnaitre ce qu*il doit chercher et ce qu il 
doit fuir. A cette organisation compliqu^e , il faut la 
sensation ^, La v^g^tation consiste dans un accroisse- 
ment spontan^; la sensation dans une alteration. L*a- 
nimal ne se meut done pas seulement, comme tout 
etre anime, dans la cat6gorie de la quantity, mais 
aussi dans celle de la quality ^. 

Z&ma xcU xfi»pti6fiepa air* oXXifXati;^ ats oiiaiis tvs iv To^ots "i^xf^s iv- 
reXe^tf/^t fUv fu&s iv hxdaxtp ^t£, Svvdfiet Si ^XetSvdiv' x. t. X. De 
Respir. xvii. 

* De Gen. an. Ill, xi; De Respir. xiii; DeAn. II, iv; De Jav. et 
Sen. i\ De Inc. an. iv; De Somno^ i. 

2 Dc An, III, I, XII, xiii. 

' Ibid. II, V. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 427 

Tout mouvemenf suppose un moteur et un mobile, 
une puissance active et une puissance passive. Le 
mouvement est dans le mobile, Tacte est la limite 
commune des deux puissances oppos^es. La sensa- 
tion se passe done dans le sujet qui IVprouve; mais 
elle n'appartient pas moins k Tobjet ext^rieur qui la 
cause; elle est leur forme, leur acte, leur r^alit^ 
commune ^ L'acte de la couleur est la vue, Tacte du 
son est Touie ^. La couleur n'est en acte qu'^ I'instant 
meme oii elle est vue, le son au moment precis ou 
on Tentend. La sensation est le moyen terme qui 
met en rapport Tetre qui sent avec la chose sentie , la 
limite commune qui les s^pare et qui les unit a k 
fois dans la r^alit^ indivisible d'une seule et meme 
action^. Elnfin toute puissiance s*^tend h deux con- 
traires , entre lesquels s'opfere le mouvement; le mou- 
vement suppose entre le moteur et le mobile une 
contrari^tii qui d^croit jusqu i ce que le second ait 
pris la forme du premier. La sensation suppose done, 



^ De An. Ill, ii : ti yap tov ^otrrrtxou xai xtvnriKov ipifyyeta iv t^ 
'edaxovri iyylvexaa, — CXamp ykp ii 'ooivms Koi H edSnatg iv t^ «ra- 
(T^ovrt dXy ovx iv t^ eotovvrt, oUtco xoti ^ tov maBitTov ivipyeta xat H 
Tov maSifTtxoQ iv r^ oiV^tix^. 

^ Ibid. : tivei Si fiia itiv i<rtiv ivipyeia ^ rod aitrOr^ToQ xeu tov at- 
aOriTtxov, TO Si elvtu htpov, dvdyxii d(ia ^eipeaSai xai <T(kieaBcu Tiiv 
adr^ Xeyo^hn^v dxoiiv xoi ^/o^ov, xai ;(UfA<^y Sif xa} yevatv xai xd. dfXXa 

' Ibid. : ft Si tov ahOriTov ivipyeia xai rvjs ahBi^aecos -fl avrii (liv 
iart xtti fiia' to Si elvat avrois ov laMv. 



Digitized by 



Googk 



428 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
comme la nutrition \, entre i'agent et le patient une 
opposition que ie mouvement fait disparaitre par de- 
gr^s. La sensation consiste dans la determination du 
rapport entre le plus et le moins , dans la mesure de 
Texcis et du d^faut^. Mais si la diflF^rence est trop 
grande entre la forme de Tagent et celle du patient, le 
rapport n est plus possible, Tequilibre ne pent s'etablir 
^t la violence du mouvement d^truit le sentiment '. 
La sensation est le milieu entre deux extremes, com- 
mensurables Tun avec I'autre ; c*est le moyen terme, 
et par cons^cjuent la mesure de Topposition des qua- 
lit^s sensibies^ 

Le premier de tons les sens est celui qui fait con- 
naitre les diiOGSrences essentielles des elements memes 
dont letre qui sent est compost : la gravity et la le- 
gferet^, la duret^ et latnoliesse, le froid et la chaleur. 
Ces differences sont les oppositions du corps en tant 
que corps; le sens qui en donne la mesure est le 
toucher. Le toucher juge done de tous les corps , et 

^ De An. II, iv : KitaBovs Svros rov oftoiov ^7t6 rov Sfioiov. — ^ fciv 
y^p dvevTos (sc. iffrlv •/! Tpo(^), rd ivavrlov t^ ivavrltp rpi^erou, ^ 

^ Ibid. II, XI : Aid rot? dfiolas Q'Spftoii if ^fv^pov ij axkripov xoi fue- 
"kaxav ovx aia6av6iuda, dXkSi tQv CitepSoX&v, cos rris aiadi^freois oJov fie- 
a6tr\r6$ t0os oitOr^s Tyjs iv tots cda^Tots ivavtifliaetas. 

' Ibid. XII : kv yitp ^ iay^ypoTipa tov m(jdiiTii}plov -fi xlvnms, Hereu 
6 Xdyos* TO0TO S* Hv •/! aiaBi\ats. ^ 

* Ibid. XI : AfA towto Kpivet tA atoBrtTd. T6 yap ^iaov »pntK6v' 7/- 
vejcit yap ^pds knojepov avtQv B^repov t&v ixptav. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE 11. 429 

il est r^pandu par tout le corps de ranimal. Sans le 
toucher, Tanimal nest plus : i'exc^s d'une quality 
tangible , en d^truisant le rapport n^cessaire k la sen- 
sation, entraine la destruction de Torganisation lout 
entifere, et an^antit la vie avec le sentiment ^ L*ani- 
mal constitu^, la nutrition est son premier besoin. 
Aprfes le toucher viendra done le sens de la nourri- 
ture, le gout, qui, en determinant les saveurs, dis-. 
cerne Taliment des substances inutiles ou nuisibles k 
la Y^g^tation, et enseigne k Tanimal ce qu'il doit 
prendre et ce qu*il doit repousser. Le gout est encore 
comme une sorte de toucher. II ne juge qu*au con- 
tact. Plac^ k I'entr^e du canal qui constitue Tessence 
de Torganisation v^gitale, ses jugements portent en- 
core sur le necessaire, sur ce qui entretientla vie, et 
dont le vice, comme Tabsence, la detruit^. 

Jusque-14 , Tanimal n'est pas fort ^lev^ au-dessus 
de la plante. S*il n a plus la partie sup^rieure, la bouche, 
plong^e dans la terre , par sa partie inferieure il y est 
encore attach^. Cest encore un melange des deux 
sexes, et une individuality imparfaite qu'une divisioh 
m^canique partage en une multitude d'individualit^s 
distinctes. Tel est Tanimal plante, le zoophyte'. Ce- 
pendant Ykme sensitive diploic une activity d^ji su- 

1 DeAn. Ill, xiii. 

^ Ibid. XII : Ti^t^ yeumv apdynif d^v elvad jtva, iid r6 tou dmov xai 
Q-penrtxou dia6rt<Jtv ehat, A^at fUv olv dvayHalea rf K(&^. De Sens. i. 
» Hist an. VIII, i; De Gen. An. I, i. 



Digitized by 



Googk 



450 PARTIE III.— DE LA MlfeTAPHYSIQUE. 
p^rieure anx puissances aveugles de la v^g^tation; 
elle connait le piaisir et la peine; eile a done des 
aversions et des d^sirs : il s'^i^ve done en elle des 
images confuses des objets ext^rieurs ; elle n'a pas la 
volont^, rimagination volontaire, mais elle a Tima- 
gination sensible et passive ^ 

Mais bientot Tanimal se d^tache de la terre ; il se 
meut dans I'espace. Dis lors, il faut qu*il prevoie de 
loin ies perils quil pourrait rencontrer; il faut qui! 
sente de loin. H a besoin de nouveaux sens, qui 
n'exigent plus, conime le toucher et le gout, le con- 
tact imm^diat de Tobjet et de Torgane. La condition 
de toute sensation est i'impression, qui suppose le 
toucher; mais maintenant il faut des sens qui ne re- 
coivent Timpression que d'un milieu , mis en mouve- 
ment par Tobjet : ces sens sont I'odorat , Touie, la vue^. 
Mais si Todorat est encore ^troitement li^ au gout, si 
sa principale fonction est encore le disceniement des 
aliments, Ies sens de Touie et de la vue ne sont plus 
uniquement relatifs aux besoins de la vie ; ce n est 
plus seulement k Tetre qu ils servent , mais aussi au 
bien-etre; au-dessus de la matiere et de la n^cessite, 
commence k paraitre le bien et le beau ^. Le son et 

^ De Gen. An, I, xi : klaQrinxii ^avraaia. 

'^ De Sens, i; De An. Ill, xii. 

^ De An. Ill, xii : A< M d^ai (sc. a/o^ifaet;) rou re sZ £vsxa, xiii. 
De Part. an. HI, vii : Ouk i^ avdyxifs, dk'kSt rov cS xai xak&s hznev. 
Pol. VII, 111 : ft yatp iftha^ts ij tsepi i&v dvayxttit^v ovSevdf fAST^w 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III. CHAPITRE II. 431 

la iumiire, r^pandus par ia reflexion dans toute la 
nature \ la lumifere surtout, manifestent k ranimal 
une infinite de difF(6rences sur lesquelles s exerce in- 
cessamment Tactivit^ de son imagination etde ses 
d^sirs^. Le toucher, r^pandu par tout le corps, na 
pas de lieu d^fini; le gout si^ge k la partie sup^rieure 
de Toi^anisme v^g^tal. Les trois autres sens, de plus 
en plus ind^pendants des fonctions de la vegetation , 
s^chelonnent, dans des organes distincts, k des dis- 
tances de plus en plus grandes de Torgane du gout : 
Todorat d'abord, puis rpuie, puis la vue. Tous re- 
gardentdans le meme sens, qui nest plus celui de 
Torgane g^n^ral de ia nutrition. L animal n'a plus seu- 
lement ie haut et le has, mais aussi Tavant et lar- 
ri^re; une partie ant^rieiu'e, oii si^gent les sens, une 
partie post^rieure, qui leur est oppos^e. La figure 
rfest plus d^termin^e dans le sens seuiement de la 
longueur, mais dans celui de la largeur; k la premiere 
dimension de Tespace vient s ajouter la secondc ^. 
Mais d^s que Tanimal se meut lui-meme dans les- 

Toftr xoXoiv. I, II : EoTi ySip Hrepa Mpoiv rSt fUv ivrtfAdrepa , tSl S* dvay' 
xouSrepa. 

* De An. II, viii. 

* Met. I, p. 3, 1. 7; De Sens, i: 

' De An. inc. i\ : Oao Sk (til fi6vov ^$, aXXot xa} K^Sd eiat, tots rotov- 
rotf vvdpyju t6 ts SiivpoaSep xoi t^ SviaSev. \ia6r\mv ydp fyet edvTa 
TOtvTa* oplierm S^ Hard rae&miv to re iiivpooBev xai t6 SfttaSev. £^' a 
fUv ydp If aJladv<m 'oi^xe, xcd Sdev iad* kxdarots, Sfivpo<j6ev rath* 
i<rrr rd S* dvrtxeifieva to^tois, Smodev. De Part. an. II, x. 



Digitized by 



Googk 



452 PARTIE III.— DE LA MlfeXAPHYSIQUE. 
pace , il faut que le corps se partage comme en deux 
parties , dont Tune ebranie et entraine Tautre. Dans le 
reptile , cette distinction est h peine sensible ; elle se 
prononce bientot, et Torganisme manifeste dans I'es- 
pace une opposition nouvelle. Les membres se d^ve- 
loppent par paires parallMes, le long de i'axe de Tani- 
mal. Perpendiculaires k la fois et k la longueur et k la 
largeur, ils d^terminent dans le systfeme du corps la 
troisieme dimension, qui 6puise toutes les mesures 
possibles de T^tendue. Rien nest mobile dans Tes- 
pace, que le solide divisible selon trois directions 
perpendiculaires entre elles; rien ne se meut soi-meme 
dans Tespace, qui ne repr^sente dans sa figure la soli- 
dity, qui fait le corps, et les trois dimensions de 1*6- 
tendue ^ Enfin c'est le mouvement qui est le prin- 
cipe , la raison d^terminante et le signe de la troisieme 
dimension de T^tendue. De meme dans le corps de 
Tanimal, point de caractire ext^rieur qui puisse servir 
a discerner la droite de la gauche; les deux cot^s 
sont symitriques ; nuUe difF(Srence de figure et de po- 
sition. La seule difKrence est done dans la fonction; 
elle est dans Tinitiative du mouvement, qui appar- 
tient k la droite. La droite nest en elle-mfime, et elle 
n est pour Tanimal que la partie par laquelle il com- 

^ De An. mot i; De An. inc. iv : 6ffa Si rav Zamf itij [x6vov cuaBi^ 
ffeeos Koipavet, dXkSi S^vatau ^oteTaBat rifv Karot tdTsovs avTSt St* avrSi (le- 
ToSoXijv, iv TO^TOts Stei>pi(TTai ftspbs rots 'Ke/fietm, t6 t' apiffrepov xoi t^ 
h&6p, De Part, an. III, iii. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 453 

mence k se mouvoir iui-meme ; sa gauche , la partie 
qui ob^it et qui suit ^. 

Mais, tant que la vie n*a pas de centre, Tindividua- 
iit^ est incomplete. Un peu au-dessus du zoophyte, 
ies sexes ne sont d^ji plus confondus; Tanimal a deji 
une fin plus haute que de perp^tuer sa race : le male, 
et la femelle se separent, pour suivre chacun par 
soi-meme une destin^e particuliere, et ils ne se r6u- 
nissent plus qu*i des epoques reglees ou Tamour Ies 
rapproche. Mais Ies parties peuvent encore, des qu'on 
ies ecarte , manifester une vie propre ; chaque articu- 
lation est en quelque sorte la limite d'une organisation 
et dune vie particulifere ^. Le nombre des parties 
sym^triques est comme ind^fini ; le tout ne forme pas 
une unite substantielle , absolument indivisible , mais 
seulement une unit6 d^ concours et d*action. Cepen- 
dant i'organisation se complique, et, pour s'en assi- 
miier Ies ^l^ments , Tanimal a besoin d'un degr^ sup^- 

^ De Part. an. Ill , iii : l^pyep Ttvl nod oC Qricrei Stoopiafiivov exdrepov 
wtSv Sdsv ftkv ykp ij Tov tTcbftaros rrjs xarat 76'rsov ftera^oXris dpx^ ^aei, 
rovTO fUv Se^dv kxdcrrtp' to ^ dvTtxelfievov xal rotJT^ 'Sfe(^x6s dxoXovOeiv, 
dpKrrepdv, 

* Met VII, p. 161,1. 2 : Mfl^Xiora S* iv us td t&v ifiyf/^^av CttolXd- 
€ot iwpta xai rd Tijs ^v^vs tsapeyy^s i^^o) yiyveaBat, Svra xal ivreXe- 
y^eicf. xai Svvdiiei, rtfi dpyds ix.^tv xivt^crecos ditd jtvds iv reus xayLisais, 
Aid ivut ?«« StMpo^iieva ?^* aXX SfioDS Swd^iet tadvi' ioTcu, orav ^ iv 
xal (Tvvexj^s ^(ret. De Respir. xvii : Tovtmv S* hid Svvdfiei 'zsoiXXds dp- 
y(ds i^ovmv, ov fiivroi ye ivepyeicf., ^td xai t&v iv'r6fia)v ivia Siaipo^ 
fteva ?5ff<, xai t«i» ^va/ftwi; Saa fti^ Zcorixd 'Xiav ehl. Hist an. IV, vii. De 
Part an. IV, vi. 

a8 



Digitized by 



Googk 



454 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
rieur de chaleur vitale ^ Un ccEur se forme, qui 
ach^ve la transformation de la nourriture en sang, 
et qui lui imprime un mouvement perp^tuel. 11 y a 
un milieu d^termin^ , et vivant dans Tanimal comme 
d*une vie propre^, un centre, un moyen terme de 
puissance et de mati^re aussi bien que d*action : aussi- 
tot le corps se centralise ; ce n est plus comme \me 
agr^gation d^animaux, mais un tout indivisible'. Le 
nombre des organes de la locomotion ne d^passe plus 
deux paires, dissemblables entre elles, et mobiles 
selon des diagonales dont le centre r^pond au centre 
de Torganisme ^. Les mouvements, les sensations, les 
imaginations^ les desirs se diversifient et s'ordonnent 
sous I'empire dune activite supirieure. L'h^t^roge- 
n^it6 augmente , et en meme temps la simplicite. La 
vie , en se concentrant, est devenue plus intense, Tac- 
tion plus libre et plus puissante, Tunit^ plus intime 
et plus indissoluble. 

Le syst^me oi^anique, double dans toutes ses par- 

* De Respir. xiii. 

' De Part. an. Ill, iv : ft S^ xap^ia... oJov Kwiv ti vi^xsv iv rots 

« Ibid. V. 

^ DeAn, inc. i : AJuov S& tov Staipwjfieva K^v Srt KoBdvep Stv ei ti awe- 
•^s ix ^oKk&v iv ^(ixov (rvyxeifievov, oifra>s inaarov avroh ervvionixe, De 
Juv. et sen. ii : ^oixaert ykp t^ totasuTOL rcSp ^(iwv uroXXoT; Zc&otg ovfAve- 
^x6aiv, TSi i* dptara avverrrnxdra tout* ov isder^et rav JT^W it^ t6 el- 
VQU rifp ^aiv olvt&v &s ipii)(eTai fidXi<rta piav. 

* De An. inc. i : Tci fUv Spoufia rivtoLpat, t^ S' ipcupa, ^\eiom, — Ti 
Jtrpdifo3a xtpeXjrat xarSi Stdfierpop. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE HI, CHAPITRE II. 455 

ties, converge vers le coeur. Le systfcme de la sensi- 
bility a ^galement un centre. Les cinq classes des 
objets sensibles forment comme autant de genres dif- 
f Stents qui ont des rapport^ cominuns. Ainsi ie poli 
est pour le tact ce que le blanc est pour la vue ^ II 
y a done un sens general qui compare ces genres, 
qui en juge la difference et la simiiilude, en n>esure 
les propoiiions et en determine Tanalogie. Chaque 
sens est la limile commune dune ou de plusieuifs 
oppositions, le moyen terme qui mesure des espfeces 
contraires : le sens g^n^ral est la limite 06 se rencon- 
trent les sens particuliers et le terme moyen qui les 
Hi€sure tous^. Les objets du sens g^n^ral sont done, en 
queique sorte , des universalites qui dominent tous les 
genres de la sensation et les soumettent k des formes 
communes ; ce sont le mouvement et le repos , 1*^- 
tendue , le temps , la figure , le nombre et Tunit^ , mais 
avant tout le mouvement. Le mouvement donne 1'^- 
tendue et le temps , ou la quantity continue ; la ni- 



^ Met XIV, p. 3o6, 1. 28 : fiv ixdamf ykp tov 6inos xasniyopitf. iari 
rd av£koyov, &s eufit) et> ftifxei , oiiiois ip 'sXarei rd Gftakdp, taus iv dpt- 
dfi^ rd isepnrov, iv Sk XP^? "^^ "ksunSp, XII, p. 345, 1. ii : AxXa ii 
dX>MP edrtoL Mii atotxeia, 4(rKsp eXiyBrt, rotv nrj ip raUr^ yivet, XP^' 
jMCTAw, ^^6fuv, o^at&p, ^0006771^09, 'oXiiP 1^ Mkkoyop, 

2 De Jn. Ill, VII ; T^ Si ia)^anop ip, je«i yJa pLeff^rjfr x6 S* elpou 
flttfT^ «X£/&>*.«. iatt yeip ip w o^ra Si xai d5$ 4poi' xoii ra^a ip t^ dpA- 
Xoyop Koi T^ dptdft^ 6v 'epos i/J^i iudt^v, vs ixelvtt 'opds dXhiXa, 
II , II : ]$ yiiv oZv dStaiperoVy iv rd xptv6v iart xa\ dyM' ^ Si Stcuperdp 
vicdp^ei, otJ^ ^v' Sis ydp r& avrS )(jpT\rM aviieicp dffMt. 

28. 



Digitized by 



Googk 



456 PARTIEIIL— DELAMETAPHYSIQUE. 
gation, ou la division de la quantity continue, donne 
la quantity discrete, ou le nombre ^ ; quant k I'unit^, 
elle est dans Facte meme de la division. 

Le sens g^n^ral s*^l^ve ainsi, par une abstraction 
successive, du mouvement aux formes immobiles 
qui sont les objets des matb^matiques, et de la r^a- 
lit^ de la nature k des conceptions ^. A sa plus haute 
puissance, cest Tentendement ^. Le sens g6n6rai ne 
connait rien que dans les sensations particuli^res des 
difFerents sens; lentendement ne se represente rien 
que dans le champ de Timagination*, avec les con- 
ditions de Tespace et du temps , sous la fomie d^ter- 
min^e d'une grandeur finie*^. Mais, pour avoir dans 

\ De An. II, i *. OuSk x&v Kotv&v ol6vr* elpeu aioBrfn^ptdv rt t3iop, &v 
ixdamf cdaO-i^tTSi cu(76av6fieda kotSi, avii€e€r^Kds olov xivif0-e6>s ardaews 
<rx^[tenof fteyidovs dptdfioxt kv6s' loarva ydp ^adma xnr^cret cdoBavSfteOa, 
olov (liyeBos xtvi^aer &<rt9 xai rd ffxrffta- ^iyeBos ydp rt t6 erx^fta' to 
i' T^peitoOv T^ nil KtveTadou' 6 ^ dpidfids t^ dico^daet rov trvvexpvs xal 
rots iiiois, — Toiv Si Kotvwv ixpfiev cttaSriatv ijhi xotvifiv. III. 

» Ibid. Ill, VII. 

' De Part. an. IV, x : Tijp itdvoiav xai rijv xotvifp aiaSrimv, De An. 
Ill, IX : Tal re xpmx^^ 6 Stavoias ipyov iorl xai tuaSi/iaeois, Anal, 
post. II, XVIII : ^'6va(us xpirixif. Kotvii cdaBums, Stdpoia, So^aartxbv, 
Xoyiarixbv, sont des termes Equivalents. 

* De An, III, vii : T^ Sk Stavonrtxif >(/u;^»jf rd ^avrdafiara olov ouaB^- 
ftara vKdp^et.., ^6 oCSi-xore voei dvev ^avrd<rpMros if ^x^. viii : drav 
re Qrseop^, dvdyxr\ dffut ^dvracrpd u Q-eeopetv rd ydp ^avrdfffiara. Sfnep 
aiaBi^fMLrd iari, ^Xijv dpev CfXijj. vii : Td (Uv oZv e13ii rd votfrixdv ev 
roTs ^»rd(Tfia<Tt poet, Dans «e dernier passage, rd vonrtxdv doit etre 
pris pour iidvotct. 

^ De Mem. i : NocTv otJx iftrtv dpev ^oiprdafiaros. JlvftSaivei ydp rd 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE IL 437 

les choses sensibles son type et sa r^alit^ meme, Tob- 
jet de Fentendement n en est pas moins un objet in- 
telligible, et la pens^e d^passe les iimites ^troites de 
la sensation ^ Avec ie sentiment du temps, avec la 
distinction du present, du pass^ et de Tavenir, se de- 
veloppent la m^moire et Topinion^. L'ame rie se con- 
duit plus par un instinct absolument aveugle ; elle 
entrevoit sa fin, et cherche les moyens; elle com- 
mence k connaitre Tart et la prudence ^. 

Cependant, pour que le sens g^n^ral s'^lfeve, dans 
Tentendement meme, k sa forme la plus haute, il 
faut un dernier d^veloppement qui porte k un plus 
haut degr^ la mobilite de Torganisme . et acheve de 
ie soumettre k Tempire de Tame. Tant que la partie 
inferieure du corps est trop grele et trop faible , ' et 
qu*il faut quatre membres pour le supporter, la face, 
oil si^gent les sens, est voisine de';la terre, etla chair 
pise sur Tame *. L'oiseau meme ne se meut qu'avec 

aihd ^ddos i» Tq3 voeTv Svep xai iv r^ Siaypd^etv ittet re yStp o^Bhv 
'&poe7^(&Hevoi r^ td ^oabv apttrfiivop ehtu td rptyelivov, Sftcos ypd^o- 
fjLSv ^piG^Uvov xsTtt tb "oocfdv* xal b voSv a)etaiiTa>s, x&v ft.il 'Ooabv vo^, 
ridercu ^pb bftftdrcov ^ocrbv^ voetS* o^x, ? ^aotrbv. kv $* ^ ^ais it t&v taro- 
rrShf, doptoTov j^, rWereu (tkv ^oabv &pta{i.ivov, voei S* ^ 'stoabv it6vov. 

* De An. Ill , viii : iv toTs etSem rots (uoBy^toU tA voriTd iarw. 
2 De Mem. i. 

5 Hist, an. I, I. 

* De Part. an. IV, x : T^ yap ^pos SverKlvniov 'ootet viiv Stdvotav 
Koi vi^v Kotviiv aioBtiffiv. Aio mket6vos ytvofUvov rov ^pous xal roxi au- 
fiaTcifSovs, dvdyxrt piitetv id ath^una ^epbi ri^v y9\v',*, ft)) ^vva^Uims (pi' 
petv TO ^apos Tj^ +wx'l'*- D'apr^s Camper (Kort Berigt wegens de ObI' 



Digitized by 



Googk 



438 PARTIEIIL— DELAMETAPHYSIQUE. 
peine sans le secours de ses ailes, et il incline tou- 
jours plus ou moins vers le sol. Mais , dfes que ies 
membres s*6tendeut et se fortifient, le corps se relive, 
Tanimal se tient et marche debout. Aussitot Tintelli- 
gence est libre du poids de la mati^re ; la m^moire 
prend pli^s de force, la volont^ se &it jour, et avec 
la volont6 la raison. D^s qu'on voit poindre le pou- 
voir de dilibirer et de choisir, ce nest plus Tame 
sensitive, mais Tame raisonnable; ce nest plus Tani- 
mai, c'est Fhomme ^ La premiere puissance d'oii ^tait 
partie la nature ^tait Tindetermination absolue de la 
mati^re, qui, de deux formes contraires, peut prendre 
indiff(£remment Tune ou Tautre; la dernifere puissance 
k laquelle elle arrive, la plus haute , est la puissance 
active qui d^iib^re entre deux partis opposes , et qui 
se decide eHe-m^me pour celui qu'elle pr^fere. 

Les puissances interm^diaires , qui n'ont pas la 
raison, n*ont pas le choix. De deux contraires, elles 
n*en peuvent qu'un seul, dont elles poursuivent sans 



Uiing van venchiedene Orantf-Oatangs, Am»terd. 1780), presque toute 
la diffSrenee cpe la dissection d^oouvre entre Thomme et Torang-ou- 
tang consiste dans les parties appropri^es k la marche. Herder, Idies 
sur la philos, de Thist trad, de M. E. Quinet, I, 166. 

* De Part, an, IV, x : ()p6dv ydp iart {l6vov ruv Kehaw, Jia to tt^p 
^mp at^Tov xai riiv oCaiav ehai Q-eiav, Epyov S^ roti Q-^totdiou rd voetp 
xal ^povehr. II, x. Hist. an. I, 1 : ^vXevrtx6v S^ xod (lovgv, tSov dpdpco- 
vos, i(rrl t&v Kf^v. L'komme seul a la memoire et rimaginatioik vo- 
iontaires, dvd\ivin<tis , faptavin Xoyi^wxif, Ibid.; De Mem. ri; De An. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 439 

relache la realisation. La puissance inteHigente sen 
sert comme de moyens quelle applique k ses fins^ 
Les penchants areugles , les instincts irr^sistibies sent 
ses instruments; la fatality du monde naturel est 
comme Forgane de la pens^e et de la volont^. 

Toutes les formes inf(6rieures ne sont que des de- 
gr^s par lesquels la nature s'est flevee k cette forme 
excellente de rhumanit^. L'homme les resume toutes, 
et il en repr^sente la suite enti^re dans la succession 
de ses Sges. Dans le sein qui fa con9U, it vit comme 
la plante, d'une vie toute v^g^tative : muet, aveugle, 
insensible, la tete penchie vers la terre^. Une fois 
venu k la lumi^re , il respire , il sent, il se meut; mais 
pendant la premiere enfance, ses membres inftrieurs, 
trop faibles encore, ne peuvent ie porter. Comme 
tous les animaux, c'est un nain, accabl^ sous le far- 
deau de son propre corps '. 11 ne s'elfeve gufere au- 
dessus des fonctions animales de la sensibility ^. Li- 
vre k imagination, il a la m^moire volontaire faible 
et peu de pr^voyance; Tapp^tit le gouverne. Mais la 

' Met. IX, p. 177, 1. 1 '.AtiUv (sc. JvWfteis) ftexii Xoyov moon t&v 
ivatnhp at avral, at S* dXoyot yJa tv6s\., Sto t^ xara \6yov Swar^ 
ToTs dvev 'k6yov SvvaroTs ^ufoteT tdvavria. 

2 De Gen. an. If, iii. 

5 De Part. an. IV, x : Udpra ydp iau td f&Ja vavcaSn rdlXXa 'Oapd 
tbv Mfonsov' vav&Set yap iauv ou j6 fiev dvta itiya, to Si ^ipov to 
jSapoj Koi 'Bfeievov fjitxp6v. — NaVa ydp eht id 'matiia 'wdvia. 

'' Hist an. VIII, i : ^la^ipet ii oMv, w$ sheiv, i^ i/vxn Tifs rwp 
Q-npie^p ^v/9is xaid lov y^jpovov rovrov. 



Digitized by 



Googk 



440 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
jeunesse ie relive ; ses membres inKrieurs se deve- 
loppent et se proportionnent au corps suivant des 
rapports d^finis ^ ; il a Tagiiit^ et la beaut^ r^unies; sa 
tete intelligente domine I'horizon. Sans avoir rien 
perdu des facuit^s de son enfance, vegetant encore 
comme la plante, sensible comme Tanimal, il est 
devenu homme, il est libre et il pense. 

Uhumanit^ est done la fin de la nature ; la nature 
ne fait rien en vain, et cest pour Thomme qu'elle a 
tout fait ^. Mais Thumanit^ est le resume de tous les 
rfegnes et de toutes les ^poques de la nature; Thunia- 
nite a done aussi son commencement, sa fin, ses de- 
gres de perfection, et ce nest que dans sa fin qu'est 
la perfection et la demifere fin de la nature. La per- 
fection est le bien; le bien supreme de la nature est 
done le bien de rhomme. 

Le bien de toute chose est sa fin. Toute chose est 
comprise dans un genre , dans une categoric de Tetre , 
et c est dans les limites de son genre qu'elle arrive k 
sa fin. Le bien de chaque chose n est done pas quelque 
chose de sup^rieur k toutes les categories de Tetre, et 
k quoi elles participent toutes, comme Tid^e plato- 
nique du bien. Ce n est pas non plus une g^neralite 
commune k toutes les categories, une analogic. Ce 

^ De Part. an. IV, x : To7s fiiv dlv OLvBpfimots rovjo (sc. to dva>) 
tspbs rb Kara) trififierpov, 

^ Polit I , III : Ei oZv i^ ^ms firjBev firire dreXis tsoiBt fxifre {ulii^v, 
ivayKOtov rm tipOpdifcav hsxev aM ^stavra, 'ufeitotriKivM rrjv (pvatv. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 441 

n'est ni le bien en soi, ni i' universality abstraite du 
bien^ C'est pour toute chose ia fin de son mouve- 
ment^. La fin difffere, selon les genres, comme ie 
mouvement meme. L'luiiversei du bien n est done 
que ie r^suitat abstrait de la proportion , de Tanaiogie 
des fins dans ies cathodes du mouvement'. Mais 
Tanalogie a un principe , une mesure commune : cette 
mesure , eile est dans la categoric de TEtre *. Or, dans 
la categoric de Tetre, Tame est la fin du corps, Tac-* 
tion la fin de Ykme. Le premier de tous les biens est 
done Vexercice de Tactivit^ naturelle de Tame '. 

^ Magn. Mor. I, i : TL6iepov oZv vitkp Tijs liias tov dyaOov 3e7, if oii, 
dXV o^s Td xo$vdv iv ditamv Citdp/ov dyoid6p ; hepov ydp Tf?f l^ias rovro 
Sd^etev Ar ehou. fl fUp ySip iSia xj^pKndv xai aCrd xad* awxd* t^ H 
Koivov iv dvamv Hndp^si, x. t. X. Eth. Nic, I, iv; Eth, End. I, viii. 
Sur les xowd, voyez plus haut, p. 871, n. i. 

* Met. I, p. 9, 1. 25 : To o3^ ivexa xai tdyoBbv [i€kos ydp ysviatoos 
xai xtvT^aecag ^dans tout* iari). III, p. 43, 1. 7 : Airav, 6 itv ^ dyaOdv 
xaff a'hb xai 3td Tifv avtov ^mv, riXoi i<niv, xai oHjoiS cdttov, 6tt 
ixeivov ivexa xai yiyverau xai iait [xai] rSXXa, tb ik r£kos xai Td oZ 
ivexa 'OpdJ^sdis Ttv6s iart ri^os, ai id 'OpdSets ^ourm fierd xtvT^<reoH, 

XI, p. 313, 1. 12; XIII, p. 265, 1. 10. 

» Dans les trois Morales, Aristote comple autant de genres du bien 
que de genres de Tdtre. Eth. Nic. I, iv I'TdyaQdv haxfis "Xiyerat r^ 
6tm, Eth. Eud. I, viii : UoXkax^s ydp 'Xiyerai xai ha^fii T(j5 Svu oya- 
d6v, Magn. Mor. T, i : TdyaBdv iv 'edaais vaTs xarmyopiatg iaii. Mais 
les passages d^cisifs sont ceux de la M^taphysique cit^s dans la note 
pr^c6dente. II ne peut y avoir de bien dans les categories oil il n'y a 
pas de mouvement que par accident et relativement. Gf. Eth. Eud. I, 
VIII, sub fin. 

* Eth. Nic. I, IV, init. Comparcz plus haul, p. 363. 
^ Ibid. VI. Eth. Eud. I, VII, vin. 



Digitized by 



Googk 



442 PARTIEIIL— DELAMETAPHYSIQUE. 

Le bien, dans la nature, nest done pas un objet, 
une chose, mais un acte. L*art, en general, a sa 
fin, son bien dans Foeuvre quil produit, subsistante 
par elie-meme en dehors et au de\k de Top^ration 
cr^atrice. Le but de la nature nest pas de produire, 
de faire, mais seulement dagir; tout ce quelle pro- 
duit, eUe ne le produit qu^en vue dune action finsde, 
d'un usage d^finitif , d'une pratique derni^re. Ge sont 
des instruments qu*elle se prepare uniquement pour 
en jouer, comme un musicien fait de sa lyre^ Le 
bien dans la nature est done une action ^. 

Or la nature de la plante est une chose imparfaite; 
la matifere y abonde et nuit k Taction; la vie ny est 
qu un sonuneil continuel. Sup^rieure k la vegetation , 
la vie sensitive n'est cependant encore qu une vie in- 
complete ; c'est une activity n^cessairement sujette a 
rimpulsion des choses du dehors. La libre, la veritable 

V > Magn. Mor. I , xxxv : TaJv fiiv ySip taroinTixAW iart t6 ^OLp^ n^y 
^mohiaip dfXXo riXos, — fiiri ^i r&v "OpoatrixoSv ovx iartv i'XXo riXos ou- 
6iv 'BTap' aCriiv rffv ^pS^v oTov eapSi t6 xidaplieiv ovx icnip iXXo ri- 
"Xos oCBiv, «XX' autd tovto t£Xos -H ipipyeta xed -H ^pci&s, De Part. an. 
I, V : To ftkv Spyavop 'saiv ivzxi tow,... t^ i* off ivixa 'wtpS^s Jts, — 
Hois xat td cr&nd isrus rifs ^x'^^ ipexev, Eth. Nic. I , i : ^etpop^ Sd 
rts ^oiyerai toiv leXup- tA flip ydp eioiv ipepyeiaw rA ii, titapa raurats 
Spy a. Jipd. Mel, VIII, p. 187, 1. 18 : 6(rap ii (xi^ iortp diXXo it Spy op 
tfoipA rfip ipipyeiav, iv avrots Cifdp/et ii ipipyeia, P. 187, 1. so : Kai 
17 ^etapia iv t^ Q^eospothnt, xai i^ iont iv f^ 4^XV' ^^^ *^' ^ eviat- 
fiopia, 

^ Eih. ISic. I, V : Ei' T< lav 'mpaxim dttdvTCi^v iaxl riXos, rout* Stv etv 
TO 'SfpaxTov dya66v. Magn. Mor. I , i •, Eth. Eud. I , viii. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE 11. 445 

action, le bien, par consequent, ne commence pour 
lame qu au moment ou elle acquiert la volont^ et la 
raison, et ou, maitresse d'elle-meme, elle se porte 
elle-meme et de son propre choix i sa fin. Ainsi, 
dans la vie vegetative et la vie sensitive, il ny a de 
bien, comme il n y a de perfection, que d*une maniere 
relative. Ce sont les degr^s par lesquels la nature s'^- 
l^ve au bien absolu de lactiviti pure quelle atteint 
dans rhumanite. 

Maintenant, il ny a pas de plaisir sans action, et, 
d^s que la sensibility est ^veill^e, pas d' action sans 
plaisir ^ Le plaisir n est pas Tacte meme, ni une qua- 
lit^ intrins^que de Tacte, mais c'est un surcroit qui 
ny manque jamais; c*est une perfection dernifere qui 
s y ajoute comme k la jeunesse sa fleur ^. Or chaque 
action a son plaisii^ propre; Teffet du plaisir est d'aug- 
menter Tintensit^ de Taction a laquelle il est lie, d'y 
fixer Tactivite de lame, et de la detourner de toute 
autre action^. Eintre Taction et le plaisir, il y a une 
relation intime et une proportion constante. Le vrai 
plaisir ne se trouve done pas , non plus que le vrai 
bien, dans la vie vegetative ou animale. La volupte 
des sens n est que le remfcde de la douleur ; elle ne 

' Eth. Nic. X, V. 

^ Ibid. IV : TeXetol 3^ t^v ivipystav iff ^Sovil, oU^ ats i^ S^is ivwdp- 
)(ov(ra, d^X ojs iiuytyp6{L9v6v ti j£kos, olop tots dniiaiots ^ Spa. 

* Ibid. V : J>vvavSet ydp t))v ivipyetav "h oixeia iiSovi^. — En Si ftoX- 
"Xov tovt' Stv ^avelr) in loO tols d<p' iiipcov iffSovdi ifiitoSiovs rctts ivep- 
yelats elvai. 



Digitized by 



Googk 



444 PARTIE III.— DE LA MlfeTAPHYSIQUE. 
vient quk la suite du besoin ^ , elle est li^e i la pas- 
sion; au lieu de satisfaire Tame, elle la trouble, et, 
en la ditoumant de Fexercice de ses plus hautes fa- 
cult^s, elle la prive de ses plus grandes jouissances ^. 
Dailleurs, la volupt6 ne pent durer au deli d'tm cer- 
tain temps ni d^passer certaines limites, sans se con- 
vertir encore en douleur. Le plaisir le plus pur, et en 
meme temps le plus durable, est dans la libre action 
qui distingue Thomme de la bete. Ce n'est plus le 
contraire d'une douleur, sujet k se changer en son con- 
traire^; cest un plaisir parfait, qui achfeve Tactivit^ 
de I'sime, qui en rend plus vive encore et plus p^n6- 
trante la pointe delicate et qui Taiguise sans 1 user *. 
Ainsi se confond avec le souverain bien la souveraine 
ftlicit^ ^ 

Enfin, dans les choses de Tart, le bien est Toeuvre, 
en dehors de Top^ration et de la mani^re d'etre de 
Tartiste ; Toeuvre est bonne ou mauvaise par elle- 
meme, quoi qu'il ait voulu faire. Au contraire, Tac- 



^ Eth. Nic. VII, XV : hrpelcu, Srt ivSews. 

* Ibid. XII. 

* Ibid. XIII : kvev XtJin^s xai iitidvfUois ehlv ii^oval' oJov at toQ Q-ea- 
peTp ivipyettu, Tif$ ^aec^ oCh ivSeo^ans* xiv. 

* Ibid. X, V : MfiXXoi; ySip Hxcurta xpivovcri xai i^axptSovGtv oi-iuff 
•fjSovrjs ivepjfovvjes. 

^ EvSoufjLovia, Eth. Nic, II, v : T^ Si eJ Kv^ xal t6 c5 'epdrreiv raw- 
jov ^dXafiSdvovat t^ e^iSatfAovetv. VIII : SwaWe* 3k t^ XSytp xai rd ev 
Kvjv xal TO e^ ^pdrrsiv t6v evJoifAoya- a^'^Sbv ydp evKlufta its eipr^tfu 
xal evispaHa. Eth. Ead. II, i. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 445 

tion est inseparable de Tagent; elie ne renferme done 
pas ie bien en elie-meme et hors de lui, comme un 
efFet ext^rieur a sa cause. Le plaisir n est pas non plus 
attach^ k la forme abstraite de lacte , mais k la reality 
interieure de Taction. Pour la perfection de la vie pra- 
tique et pour la perfection du plaisir, il faut done la 
parfaite conformite de Thabitude ou de la disposition 
de i'agent avec son acte. Pour cela, il faut que fa- 
gent connaisse facte, il faut qu'il le preftre et le choi- 
sisse; il faut qu'il le choisisse pour lui-meme, comme 
une fin, non comme un moyen^. Ce choix meme et 
cette volont^ libre, cest en quoi consiste faction. 
L'art se porte au dehors ; la pratique se passe au de- 
dans , et elle est tout entifere dans f intention et la re- 
solution. Le bien ou la felicit^ ne se trouve done que 
dans le choix intell^ent et libre du bien pour le 
bien. 

Le plaisir est la forme sous laquelle le bien pro- 
voque dans toute ame le d^sir, et par oh il la deter- 
mine i faction. Tous les etres susceptibles de plaisir ou 
de peine fiiient ce qui leur d^plait et cherchent ce qui 
leur plait. Chacun suit son plaisir particulier, et tous, 
sans le savoir, se trouvent suivre le meme plaijiir; 

* EiK Nic. II, III : T(i ^lev ykp vvd t&v tsyySiv 'yiv6fieva t6 sZ S^ei 
iv a^oTs' oLpxsi oZv ravrd isojs i^ovta yevicrOat, TSl ik jcard^ rSts dpsTots 
'ytv6ft.sva ouK idv avjd latas i^V' ^^^^^^ ^ <T(i)^p6va>s 'zspdrrercu, aX'Xd 
xa} idv 6 epdrruv iseos S^a>v tspdrji^, ^pokov (Uv idv eiS6l>s, ifireiT* 
i^v ispooupo^fjievos xoi ^apoMpo^fievos St* arkd. 



Digitized by 



Googk 



446 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
dans tous il y a quelqae chose de divin qui, de degre 
en degr^, poursuit, sons Fapparence, la r^alite de la 
ftlicite et du bien ^ Le dernier degr^ dans ce mou- 
vement ascendant de la sensibility est de trouver son 
plaisir dans le plaisir du bien, d*aimer ce qui est ai- 
noable, de hair ce qui est haissable en soi^. Mais, sous 
FeuTeloppe meme du souverain plaisir, discemer 
le bien et le saisir en hii-meme , c'est ce qui n'ap- 
partient qu'i la raison. Le mobile qui se porte h Fac- 
tion sous I'impulsion immediate du d^sir est cette 
partie ou piutot cette puissance de Tame, qm est 
sujette aux Amotions de la joie et de la douleur, aux 
passions de la haine et de lamour; c'est une puis- 
sahce aveugle par eUe-meme et d^pourvue de raison'. 
Mais eile est susceptible, dans Thomme, de se con- 
former k la raison et den subir la direction supi- 

^ Eth. Nic. VII , XIV : OvS' ifSopiiv Stc&xovat rfiv avzi^v 'odvres' iiSoviiv 
fii»ro$ tMPTef iacii^^i xal ^tcHyKowjiv, oC^ ifv otovreti od^ ^v Av 0aie»y 
aXX<i rfiv aMjv. n<3(vTa ySip ^aet S^et u Q-etop. 

* Ibid. X, V. 

* Magn. Mor. I, v : fioT< S* rj "^vx'ff ^^ (f>afiev, eis ^o fiiptf Sn^prf- 
^ (livri, ets re "k^yov S^ov xai £koyoPy x. t. X. Polit. VII, xili : Tffs ^x,^s 

op&ftep i6o fUpn, t6 re d'koyop xal ro "koyov ix°^> '^^^ "^^^ i^ets ras 
roijrav Sijo r6v dpi6ft6p' &v rd fi6v irrrtv Spe^s, rd Si povs. Gf. Met 
Xn,,*p. 24-4, I. 17. De An. Ill, ix : kroicop Sii rovro (sc. t^ opexrtxop) 
StacTitfv. tiv re r^ XoyKnix^ ydp v jSotJXr/<Tis yiperou xcti ep r^ dk6yq) ^ 
iwtdvfjila xai 6 'k6yos. La ^oi\r\<m est \6pe^s de Y^oyop ^Ure^op \6- 
yov. Magn. Mor. I, xxxv : T^ Si ^"Xsvrtxop Taepl rd aloByrfd xal ip xt- 
PT^ffet. — &<rre rd 'vpoaiperixbp fi6pwp tifs ^vp^f|f$ xara T^y "koyop raw 
al(jBii\rQp iari. De An. Ill, vii : Koii ov;^ &vepop r6 opexrtx^ xal ^evx- 
rtxdpy otfre aXXifX^i;, oiire rov (tiaBi\rtxov. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 447 

rieure ^ La raison ne meut point, et ses pres- 
criptions n ebranleraient jamais les puissances de 
Tame^. Mais ia raison manifeste ie bien. Immobile, 
le bien meut ie d^sir par Tirr^sistibie attrait de sa 
beaut^; le d^sir se meut, et en meme temps il meut 
rhomme. Le d^sir est Tinterm^diaire ou le moyen 
terme nScessaire entre la raison et la partie passive 
de Tame, ou la sensibility pure ^; cest la raison qui 
impose au d^sir la forme sup^rieure de la volonte ^. 
Le bien et la fi^licit^ nappartiennent done k Thomme 
meme qu'^ Tage ou la sensibility est devenue entende- 
nient, a lage de la volonti ^, de la raison, au moment 

^ Eik. Nic. I, XIII : Td Sk imdvfiifrtxdv xai SXcas SpeHTtxdv iisji^ei^ 
"wo^s (sc. X6yov) , ^ KaTnKo6v iartv auToti xai ^eiSap^txov. 

^ De An. Ill , i\ : OC^k t6 Xoyiartxdv xai 6 xako6\i.tvos povs iativ & 
xtpoSv. — £ti xai iTsnittovTos toy vov xal "Xiyovaris Tijs Siavoias (p&iysiv 
t/ ^ iicbxeiv, oJ xtvelrcu, 

' Ibid. X : Nvv Si 6 flip povs oC (pcdpeToi xtvcSp dpev opi^ecas, fi yap 
^oiSXrtms Sps^s, -— Aio dei fiiv xtpet ib opexrdp, aXXd^ jovt* iarip j) r6 
dyaObp, i^ t6 ^atpd^iepop dyad6p. — Tovto yap xtpeT xal ov xtpoii(iep6p, 
tSp potfdripat ij ^aprafrdripctt. — Effw Si rd lUpdxipiiTOP rd 'zspaxTdp dya- 
B6p* rd Si xtpoup xai xtporjfiepop, rd opexuxop,.,. td Si xipoijfiep6p iaii 
rd Kvov. De An. mot. V, vm, x : EtL Nic, VI, ii : Tpia S* i(rrh ip iff 
4^X7 Tfl^ xtjpice ^pdZeot>f xai dXriBeiat, aioBvats, povs, Speits. 

* Voy. ci-dessus, p. 446, n. 3, sur la difiKrence du d^sir et de la vo- 
lonte. Gf. De An. Ill , xi. La ^poaipeats surtout appartient k la fois k 
VSpeSfs et k la Slapota. De An. mot. Yi :ii Si 'zspoaipecrts xoipop Stapoias 
xcd Spiieofs. 

^ Polit VII , XIV. La (BwJXuffis est attribute k Tenfant. Mais la ^otJ- 
Xnms, au sens propre, n'est que la velUite des scbolastiques (velleitas 
de vellem), qui tend k une fin sans en examiner la possibility, les 
moyens; la volont6 (tofo), qui caraci^rise le ^ovXsvjixdp, est la vpoai- 



Digitized by 



Googk 



448 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
de la perfection et de la maturity de la vie ^ En 
outre , ce n est pas assez que de vouloir une fois ce 
que la raison commande. La vie humaine n'est pas 
d'un jour, et une hirondelle ne fait pas le printemps ^. 
II faut une activite soutenue de Tame , remplissant la 
vie entifere et ne laissant aucune place au mal. II faut 
la perfection de la vie dans le sens de Titendue comme 
dans le sens de Tintensit^ et de I'^nergie , dans le sens 
de la quantity comme dans celui de la forme et de la 
quality. Le souverain bien doit etre d^fini : Tactivit^ 
de Tame raisonnable ddns une vie parfaite^. 

Pour toute action, il faut une puissance propre; 
pour tout bien, une puissance diji diterminee et 
dispos^e au bien, une vertu ^. Le mouvement est dans 
le mobile : la vertu n^cessaire au mouvement de Ykme 
vers le bien reside done dans la partie mobile et pas- 
sive de lame , sujette aux impressions du plaisir et de 
la peine, et aux mouvements contraires des passions^. 
Ainsi, la premiere condition de la pratique du bien, 
ce sont les dispositions naturelles au bien ^. Mais la 

peats, choix d'une fin praticable, en meme temps que du nioyen qui 
la rend possible. Eth. Nic. Ill, iv, v. 

» Eth. Nic.IyX; Eth, Ead, II, viii. 

^ Eth. Nic. I, VI. 

' fiv jS/(5D reXe/y. Eth. Nic. I, x; Mayn. Mor, I, iv; Eth, Ead. II, i. 

* Eth. Nic. I, X : ^xaarov S^ eZ xaTSt ti^v oixelav dpsrijv dvoreXetrcu, 

' Ibid. II, II : Uepi i^SovoLs ykp xai Xwwaj itrth ij i^dtxil dpen^. Magn, 
Mor. I, V : £v ^^ TflS dX6y(fi at dperal "Xey^iiepot, 

^ Magn. Mor. I , xxxv : Ehlv dpsjetl xai p6<Tet iv kxAcnots iyytp^fie- 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE 11, 449 

vertu naturelle, ignorante et mobile, peut se iaisser 
igarer par des voiupt^s trompeuses; eile peut se Iais- 
ser ditourner dii bien par Tapparence du bien. Pour 
la maintenir dans le droit chemin , il faut d une dis- 
position, dune tendance, faire une habitude inva- 
riable de lame. Or il n'y a qu'un moyen d'acqu^rir 
rhabitude, c'est la coutume; et la coutume est la 
repetition de Taction. 

L'dme se plait dans Taction et ne demande qak agir. 
Gependant lamati^re, changeante et p^rissable, X'e- 
siste, et ne lui permet pas de pers^v^rer toujours et 
sans interruption dans le meme acte. L'animai est 
pendant la veille dans un etat de travail et d effort 
continuels ^. A Teffort succfede peu k peu la fatigue ; 
le plaisir d^croit et Tactivit^ se relache ^ : telle est la 
cause du sommeil. Mais Tame tend incessamment k 
rentrer dans Taction ; ce n'est pas elle qui s'est lassie ; 
plus elle agit, plus elle desire agir, et agir dans le 
meme sens et de la meme manifere. Ce qu elle a fait 
une fois, elle se plait k le refaire; elle surmonte, en 
revenant k la charge , la resistance de la matifere ^, et . 

vou, olnv opfuU rtves iv i)toi(nef) ivev 'k6yov '&p6s rat dv3pe7a xcu tA 3i- 
xata, — Aid xai (rvvepyet r^ "Xoycp xai ovx S<rrtv iveu Tou<X<iyow if (p^- 
mxii apenj. Eth. Nic. VI , xiii : Kai yAp 'Oaial xai Q^piots al ^mxai 
Cvdpxovmv a^ets, 

1 Eth, Nic, VII, XV : kei ykp ^ove7 rd K&ov. 

* Ibid. X, IV : U&s c^v ovSeis avvexfis USereu; H Tcdftvst; UdvroL yd.p 
tA dvdpdmeta dSvpotret avve^Ss ivepyetv. Pol. VIII, ii : O ydp 'sfovoSv 
Sstrai rrjs dvava^aeeos, Cf. De Somno, i. 

' Eth. Nic. VII, XV. 

^9 



Digitized by 



Googk 



450 PARTIEIIL— DELAM^TAPHYSIQUE. 
retrouve dans la coutume le plaisir meme de ia nou- 
veaut^ ^ La rip^tition de i'acte, k d^faut de ia conti- 
nuity, en fait k Tactivite comme une forme dont eile 
ne se s^pare plus et comme une seconde nature ^. La 
coutume produit Thabitude , Thabitude le d^sir, et le 
d^sir Taction. C'est un cercie dans lequel Tame tourne 
d'elle-meme sans s arreter. Pour transformer en une 
habitude constante une simple faculty ou une vertu 
naturelle , il suffit done de la faire entrer en acte ; I'acte 
engendre peu a peu une habitude conforme. Cest en 
pratiquant qu'on apprend, en jouant de la lyre qu*on 
devient joueur de lyre; c'est en rip^tant des actes de 
temperance qu'on devient temp^rant '. Le corps qui 
n'agit ni ne sent est incapable d'habitudes acquises; 
on a beau lancer la pierre cent fois de suite vers le 
ciel, elle retourne, dfes qu'on Tabandonne, k son lieu 
naturel , dans la direction du centre de la terre*. Seule, 
Tame ajoute k la nature, et se donne k elle-meme les 
formes superieures de la science, de Tart eX de la vertu. 
Mais de toutes les habitudes acquises , ia plus forte 

* Etii. Nic. X , IV : Evta Sk tipitet xeuvSt Svra' <f(TTepov Sd oU;^ o^ias 
Sta rauTtt. Ehet I , xi. 

^ De Mem. ii, : &<nsep ySip (p^ms 'HSn t6 idos' — to S^ ^dXXdxts ^- 
ffiv ^oiet Rhel. I, xi. 

^ Met IX, p. 180, ]. 22 : TSls nh (sc. ^vvd^ieis) dvdyxn 'afpoevep- 
yi^ffavTas ^X'^tv Saat i6et Koi Xoy^. Eth, Nic. II , i : Ids ^* dp&tds Xaft- 
€dvofiev ivepyT^vavres ^potepov, &aisep Kal M r&v dfXXwv xe)(v6h' k 
ydp Set iutd6v'sas ^oietv, ravra ^otoutnes ftapddvofiev, — £x jQv Ofioiafp 
ivepyet&v at H^sis yivovttu, 

* Maxjn. Mor. I, vi; Eth. Nic. II, i. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 451 

et la plus durable est celle-li meine en laquelle s*est 
transform6e,par Texercice, rinclination constante et 
essentielle de toute ame vers le bien et la ftlicit^. On 
oublie la science, on oublie meme Tart qu on nexerce 
plus ; la vertu ne connait pas Toubli ^. La vertu par 
excellence est la vertu pratique; les habitudes par 
excellence sont les habitudes vertueuses, ce sont les 
nuBurs proprement dites, objet principal de T^duca- 
tion ^, et la th^orie de la vertu est la Morale ^. 

La vertu ne re^oit done sa perfection que de la 
coutume \ et ce nest que dans la perfection de la 
vertu que se trouvent remplies toutes les conditions 
du vrai bien. II ne suffit pas pour le bien de le con- 
naitre et de le vouloir , pas meme de le vouloir comme 
bien et pour lui-meme. II faut une volont^ qui ne soit 
pasl^gere et mobile comme la passion, mais qui pro- 
cfede d'une disposition ferme et inebranlable ^. Le bien, 
ou la fiSlicit^, peut done etre d^fini : Taction de 1 ame 
accomplie par vertu , conform^ment k la raison ^. 

Maintenant, tout bien est la fin, c'est-i-dire la per- 

» Eth.Nic. I, XI. 

^ ftid. X, x; Poiit. VIII, i sqq. 

' Etk. Nic. II, I : fi <5' iiBtKii (sc. dpeHi) iS iOovs Ksptylverar SBsv xal 
7oijvo[UL iff^nxe, fuxpdv ^apsyxXivov dito tow iBovs, Eth. End. II, ii. 

^ Ibid. Oifr' dpa (p^tret oilre 'zsapSi (p6eriv iyyivoviM at dpetal, aXXc^ 
^e^x6<rt y^v "nfiTv SiSatrdat a-iids, reXeiovfiivots Si Std rov idovs, 

^ Ibid. Ill : To Sk rphov, xod idv ^e^cUoos xal dfteraxivT^TO^s iy^tav 

larpaTTTf. 

« Eth. Nic. I, V, XIII ; Magn. Mor. I, iv: Eth. Bad. II, I. 

29. 



Digitized by 



Googk 



452 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
fection de son genre ^. Or la chose parfaite est celie 
qui n'a rien de plus ni rien de moins que ce qu'elle 
doit avoir, oil il n'y a rien k aj outer ni rien k retran- 
cher ^ ; la perfection est un milieu entre un plus et 
un moins. Le mal est done dans un exc^s et un d^faut, 
comme en deux extremes entre lesquels le bien occupe 
ie milieu '. 

Le bien est la fin, c'est-i-dire Textr^mit^ de son 
genre , et cependant c est un milieu. Mais le milieu 
est la limite conunune des deux extr6niites qu'il s^- 
pare. C*est le point en defi duquel est rest6 le d^faut, 
et que I'excfes a outre-pass6 ; c est done la fin ou Ton 
doit aller et oil Ton doit revenir, k partir du premier 
et du second des extremes ; c est leur commune extr^- 
mit^. Les deux extremes en tout genre, en toute ca- 
tegoric, sont les contraires qui d^terminent T^tendue 
de Topposition; Texc^s et le d^fautsont done contraires 
Tun k I'autre ; c'est la premiere contrariety de la cate- 
goric de quantity. Mais , de cela meme , il*suit que leur 
extremite commune leur est contraire k tons deux. 
L'excfes est le contraire du defaut ; le bien est le con- 
traire du mal, c*est k dire tout ensemble de Texc^s et 
du defaut *. Le bien est done une extr^mite en tant 



^ Eih, Nic. II, IV : tiSets ii xaff &s 'opbs ta ^didrj iypfiev e2> ^ 
xaxMs. 

» Met V, X. 

« Eth. Nic. II, V sqq. 

* Ibid. Yiii. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE 11. 455 

que bien et par sa perfection ; c'est un milieu dans le 
double rapport qui constitue son etre ^. 

Le milieu est un exc^s relativement au d^faut, un 
d^faut relativement k Texcfes. C*est done , comme tout 
milieu, une moyenne en rapport inverse avec les 
deux extremes. L*excfes et le d^faut forment avec le 
bien une proportion continue dont il est le moyen 
terme. C'est ce point indivisible de la perfection entre 
deux infinis que tout art cherche k atteindre ; c*est 
aussi oil vise la nature, plus exacte qu'aucun art, et 
par consequent la vertu ^. / 

Mais le bien n^est pas seulement un milieu; c est le 
bien : ce rfest done pas seulement un milieu entre le 
plus et le moins , mais un milieu entre plus et moins 
qu'il ne faut, entre le trop et le trop pen. La con- 
venance est ce qui mesure Texcfes et le defaut. Les 
extremes sont ici relatifs au milieu. La relation des 
extremes avec le bien n'est done pas une simple difF(6- 
rence de quantity, mais im rapport; la proportion 
n est pas une proportion arithm^tique , mais une pro- 
portion g^om^trique ; le bien , ou la limite commune 
qui en fait la continuity, n est pas une moyenne dif- 
fcrentielle , mais une moyenne proportionnelle. 

^ Eih. Nic. II , VI : KaTflt fiev rnv ovaiav Kcd tov \6yov lov ti ^v flvat 
"Xiyovra, fieffSrtfs ifnh ii apenj* xatSi 3i r6 iptcnov xal to eZ, aixp6Tns. 

^ Ibid, y : E/ ^7^ ^adfrn imajT^fiii oUreo t6 ipyov eZ iitnekeJ, '&pds rd 
^liaov ^ivovaa,.,. oi S* dyaQoi re^vlteu, as "Xiyoftev, 'Opbs tovto ^"Xi- 
Tsovfts ipydlovteu, ii Sk dperii tsianis ti^vris dxpi^earipa xal dfieivup 
i(rrlv, Strnep xal 1^ <p(tats, Toi? [Uaov kv eJfi? (Tro/affrtxi^, 



Digitized by 



Googk 



454 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 

En effet, dans Tart comme dans la pratique, le bien 
se mesure sur la fin; la fin ^st i'acte que Tagent doit 
se proposer selon les circonstances, les temps, les 
lieux, les personnes, les choses. Le bien n*est done 
pas comme un point immobile k distance ^gale de 
deux limites fix^es k Tavance dans T^tendue et dans 
la mati^re ; c'est un milieu selon la forme et la mesure 
variable de Tacle. Ce nest pas le milieu de la chose, 
mais le milieu relativement k nous ^. 

Mais, dans la pratique, Facte ne se s^pare pas, 
comme dans Tart, de la mani^re d'etre de Tagent. La 
vertu est done aussi un milieu, \xn milieu entre deux 
vices contraires : le courage, entre la l^chet^ et la te- 
m^rit^, la lib^ralit^, entre la prodigality et Tavarice. 
La vertu est une habitude invariable de moderation 
ou de mesure k regard des passions ^. 

Mais qu'est-ce qui determine le milieu du bien et 
de la vertu? Ce ne sont pas les extremes de lexers 
et du d^faut, qui ne sont pas des termes d^finis et 
determinants par eux-memes, et qui, au contraire, 
ne se d^finissent que par leur relation avec le moyen 
terme. Ce n est pas non plus la vertu, qui est une 
disposition , et qui attend d'ailleurs sa determination et 

^ Eth. Nic. II, V : \iy(a Si tow fiiv 'tspdyimTos fU<rov, vd laov ofxiyipv 
d^ iKaripov joSv dxpa>v, 6itep ienh iv xal ra^rd *aSiai' ^apds H^ Si 
d (lAjfre takeovdiet ftTfrc iXXeiitet roxi Siovros. 

' Ibid. : ^ea6Tns tts dpa iarlv ij dpeiii, aro^atrrtxT^ ye oZffa rov 
fii<Tov, Cf. VI sqq. Magn, Mor. I , viii : l^trrtv ij dperfj t«v -ofato ro<katv 
lieaSj-ns. Eih. End. Ill , vii : Meerorijxes 'SfaSifrtxoU, 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 455 

sa forme. Ce ne peut eire que ia raison. Une habitude 

.invariable de mesure, k regard des passions, volon- 

taire, et d^termin^e par ia droite raison, telle est ia 

seuie definition eompifete de la vertu ^ 

La vertu ne reside done pas dans la raison meme. 
La vertu n'est pas ia science, et on ne peut la r^- 
soudre, comme Ta vouiu faire la diaiectique socra- 
tique, dans Tid^e nue de la vertu ^. Savoir ce que cest 
que la justice n est pas ia meme chose que d*etre juste; 
savoir n est pas pratiquer. Ce n est pas tout que de 
d^finir ce que cest que ia vertu; ii faut voir d'ou elie 
s'engendre et de quelle manifere. Ce nest pas tout que 
d'avoir la definition et que d'en discourir ; c est de 
i'oeuvre qu'il s*agit^. Ainsi, ii n'est pas vrai que ia vertu 
soit tout entifere un objet d'enseignement, et qu*on 
puisse Tapprendre miiquement par oui-dire et par 
tradition : i'apprentissage de ia vertu est Taction ; la 
coutume en est la cause efficiente *. II n est pas vrai 
que la vertu ne soit que connaissance , le vice qu'igno- 

* Eth. Nic. II , VI : fijiff ^poaiperixij iv fieaoTV'rt oZaa t^ tgpos Y}fJia$, 
&pi<x{Livr\ "koytp xai d>s Stv 6 ^p6vtfios opioete. 

^ Magn. Mor. I, i : O^x opOas Sk ovS* 6 ^WKpenns ivtan^futs iisoUi 
rds dperds, xxv : ^daxeov eheu rijv dpST^iv X6yot)$, Eth. Ead. I, v. Cf. 
Eth, Nic. VI, xni. 

' Eth. Ead. I , V : ^iifrei t/ iartv dperii » o[^* ou >&&$ ylverai xal ex 
Thejv... OU fiilv dX\d ye 'zsepl dperffs ov 76 eiSivai Ttfue^naiop t/ i<mv, 
aXXa T^ yivdxntetv ix jivcov ierrip. Ov ydp elSivat ^ovX6^e6a t/ iartv dv- 
Spia, aXX elvat dp^petoi. 

* EiL Nic. II, H, III. 



Digitized by 



Googk 



456 PARTIE IIL— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
ranee, et que nul ne p^che sciemment et voiontai- 
rement; la verlu est dans Taccord, le vice dans ie. 
desaccord de la volont6 avec la science ^ Enfin la 
science soublie, la vertu ne s'oublie pas. La vertu 
appartient, comme le vice son contraire, non k la 
pensee, mais k cette partie de lame qui est suscep- 
tible d action et de passion, de volont^s et de d^sirs, 
de plaisirs et de peines, k la sensibilite aveugle et de- 
pourvue par elle-meme de raison. Supprimer la pas- 
sion et le mouvement, c est supprimer en meme temps 
la morality 2. La pratique, comme en general la vie et 
la nature , ne s*explique point par les abstractions de 
Tentendement ; c est le monde de Texp^rience et de 
la reality. L'id^e, la forme logique nest que le dehors, 
Tenveloppe superficieile de Taction. 

Mais, toute distincte qu elle est de la raison, la vertu 
ne re§oit que de la raison sa forme et sa perfection. 
Seulement la forme est dans la mati^re, comme Tame 
dans le corps, et ne s'en s^pare pas. Pour s'^lever au 
bien, il faut k Thomme trois degr^s : la nature, la 
coutume ou T^ducation , et la raison '. Aux penchants 
naturels, il faut, pour les toumer en moeurs et leur 
imprimer le caractfere inefra9able de la morality , Tha- 

» Eth, Nic. Ill, VII ; VII, III; Ma^n. Mor. I, ix. 

^ Ma^n. Mor. I, i : ^vfi^aivet ovv aCr^ imazi^yLas ^aotovvu ras dperas 
dvcupetv xd £koyov (Aspos rris ifv^rfs* Tovto Si ^otwv, dvaipet xal maBoi 
Kcu ^dos» Voyez plus haut, p. 278. 

' Polit. VII, XII : kyaSol yz xai avovSouoi yivomtu Std rptuv t* 
Tp/a Se Taut' S<rvt, ^ais, Sdos, Xoyos, Ibid. xili. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 457 

bitude que donne Texercice ^ ; i la morality , H faut 
la direction supirieure de i'intelligence ; c est k Tesprit 
de r^gier le developpement et leducation du coeur^. 

La sphere de ia morality est ce qui peut etre et ne 
pas etre, ou la contingence, et, dansia contingence, 
seuiement ia sphere particuiifere de ia pratique, cest- 
a-dire des actes que Tame peut k son gr^ accomplir 
ou ne pas accomplir. Dans laltemative , la sensibility 
se determine par ses aversions et ses d^sirs; mais, 
pour la moralite, il faut le choix, pour le choix la de- 
liberation. Or la deliberation , qui parcourt i'inter- 
valle des contraires, discour^nt successivement surle 
pire et le meilleur, c'est la raison discursive, I'enten- 
dement^. Au d^sir et i Faversion ripondent, dans 
Tentendement, laflBrmation et la negation ^. La deli- 
beration se clot par la decision dans un sens ou dans 
Tautre, cest-i-dire par le choix, qui fait la volonte* 

Au-dessus de la vertu morale s eifeve done la vertu 
de Tentendement ^. Les vertus morales sont des ou- 



1 kffxrtcTie rav "i^x^^f '^^^ dpeTiis. PoUt VII, xv; VIII, i. 

* Polit VIII, I : ^idvota oppos^ k rris ^x^^ Wos, V^Oos a beaucoup 
de rapports avec le Qvfios. 

' De An. Ill, xi : fi 3i jSoyXevTiXT? iv roTs 'koyKntKoU* ^6Tepov yAp 
isfpdSei rdSe ij T63e, XoyicfAow ijSn iariv ipyov, Eth, Nic, VI, ii 1 T^ 
y&p ^vXs^eaSai xal "Xoyl^eodcu raMv. Raison pratique , yovs 'ZSpoacTt- 
xosy plus Gxactement Stdvota 'Opaxiixii (ibid, x), Equivalent de dofa* 
ffttxdv, Tioytaiixdv, jSowXewixov. Cf. Ma^n, Mor. I, xxxv. 

4 Eth. Nic. VI, II. 

^ kperal Siavonuxai, Eth. Nic. II, i; VI, i. 



Digitized by 



Googk 



658 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
vriers bien dresses et ob^issants , bons pour Toeuvre 
et Tex^cution; mais au-dessus, 11 faut rintelligence 
r^gulatrice, qui prescrit et gouverne, la vertu archi- 
tectonique de ia sagesse pratique, la prudence ^. La 
prudence suppose , avec Thabilet^ qui juge les moy ens, 
la perspicacity qui d^mele la fin ^. Ainsi, de meme que 
le corps est Torgane de fame , la vertu naturelie est 
Torgane de la vertu morale, la vertu morale I'organe 
ou Tinstrument de I'intell^ence '. 

Mais Tarchitectonique n'est pas encore la vraie et 
propre fonction de la prudence. L'architectonique est 
la science de la syst^matisation et de la legislation ^. 
Or la legislation ne peut pas suffire k la pratique. 
Toute loi est gteerale, tout acte parriculier. Toute 
prescription ginirale, toute formule abstraite nest 
que le cadre vide, quoique plus ou moins ^troit, 
d une midtitude infinie d' actions diff^rentes dans une 
infinite de circonstances possibles ^. La vraie prudence 
est done celle qui descend au detail et penfetre dans 

^ Magn. Mor, I , xxxy : kl yStp dpeiai 'niSaai 'WpaxTtxai elaiv. 6 U 
(pp6vii\<jts, ^avep dp)(tt6xTonf us aCrSv iartv, Eth, Nic. VI, vm, xi: 
^KtraxTtXT^ itrtt, 

* ^ety6'nis, o^veais, Eth. Nic. VI, xi, xiii. Magn. Mor. I, xxxv. 
' Eth. Nic. VII, XIV : ft yaip dpsTft tow vov 6pyavov. 

* Eth. Nic. VI, vm. 

* Ibid. II, VII : iof yStp roTs 'Oepi rSis 'Opd^ets Xiyois, ol fUv xoB^om 
xevdnepoi elmv ol 3i ivl fiipovs d\n6tv(i>repot' tsepl yStp rSi xaO* ixa<rta 
at ^pd^ets. I, 1. Magn. Mor. I, xxxiv; Met. I, p. A, I. in sqq. Voyex 
plus haul, p. 2 56. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 459 

ia r^alit^. Ge n'est done pas une science, et eUe ne 
s'enseigne pas, sinon dans une g^n^ralit^ superficielie 
et vaine. On ne Ta pas en un jour; cest ie produit 
tardif de Texp^rience personnelle, le finiit le plus 
mur de ia vie, qu'ii n'est pas donn6 k la jeunesse de 
cueiUir. Ce n'est pas une science, mais plutot un 
sens, un sens g^n^ral comme celui qui nous enseigne 
qu'il faut au moins trois droites pour determiner ime 
etendue , mais qui , comme tons les sens , ne s'exerce 
proprement que sur le particulier, dans Tintuition 
directe, immediate, infaillible, d*une iimite indivi- 
sible ^ 

Mais si c est la droite raison dans Texercice actuel 
de ]a prudence qui nous enseigne le bien, quelle est 
done la mesure de la rectitude de la raison et de Tin- 
faillibilit^ de la prudence? Cest la raison elle-meme. 
Quand la partie irraisonnable de 1 ame a ^t^ soumise 
par la vertu, quand la passion n'empeche plus Ten- 
tendement d'entrer en acte selon sa nature , il entre 
en acte, et c est cela qui est le bien et la droite rai- 
son ^. Le d^sir et imagination sont sujets k Ferreur; 

* Eth. Nic, VI, IX : T6Sv xaOixaffra rj ^p6vriots, i yivsrcu yvt&ptfM 
e| ifiTtetpiai* vios 3* ifinetpos ovx ion, x. t. X. — Oti i* ii (pp6tn\ats^ 
oCk ivKm^nn ^avep6v' tov ykp ia^dtov iaTlv,,,T6 yap ^apaxTdv roiou- 
TOP, Avr/xeiTtti fUv 3ii t^ v^* 6 ^Uv y^p vovs toSp Spaov &v o^k iaii X^ 
yos' il ie "soft ia^dtov &v ovk Strrtv iittarvfirf, aXX' ai<ydn<ns, ojj^ ij tSv 
iSiofVjf oXX' ot^ oti(Tdav6iieda 6ii t6 iv to7s fuiBrifiartxoTs i<Tj(aTov, rplyu- 
POP' tm^aerat ykp xqixeT. Cf. xii. 

* Magn. Mot. II, x : Eorij; cZp xaidi ibv opSop 'k6yop 'Ufparrstp, oTap 



Digitized by 



Googk 



460 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
toute raison une fois libre est droite et certaine ^. La 
raison n'a pas sa r^gle hors d*elle, dans line loi qu'elle 
n'a pas faite et qui lui est impos^e ; c est elle qui est 
la rfegje et la loi. Le sage voit le vrai en toute chose ; 
3 est la mesure du vrai et du bien ^. 

Enfin, qu'est-ce qui decide du moment meme 
oil les passions ne font plus obstacle k la raison? 
qu'est-ce qui juge de sa liberty? Cest encore la raison, 
dans la conscience immediate de sa propre action '. 
L'intuition est k elle-meme son juge et sa mesure. 

Gependant la fin de la vertu ne se trouve point 
dans rindividuaiit^. L*homme ne se suffit pas k lui- 
meme ; seul, de tons les animaux, il a la parole , il est 
fait pour la soci^t^ *. 

Poiu: la perfection en general , il est n^cessaire que 
le bien qu'on veut ne soit pas seulement \xn bien pour 
celui qui le veut, mais un bien en soi, et qu*on trouve 
dans le bien absolu son bien particulier ^. Pour la per- 

76 iXoyov lUpof Trjs -iffv^ris fiij xcaX^ij 16 >.(yytxdv ivepyeTv riiv avrov 
ivipyetav. Tdre yap ifj ^pS&s itrtt KarSi rbv opBbv "koyov, 

^ De An. Ill , xii : Nov; \kkv o^p ^Ss 6p66s itniv Spelts Sk xeei Oav- 
taaia xcd opdif xai ovx opBi^. 

' Nk. Ill, VI : ^tafipet 'oketffTov 6 anovSalos iQ tSkrfiks iv ixd- 
fTTOts opSv, Savep xdpav xai fiirpov avroSv Av, II, Yi : Cls &v 6 <^p6vtfios 
ophete, IX, IV : Eotxe ^olp...*.. (lirpov lxd(n<f> -fi dperij xai 6 avouSajfos 
elvat. 

' Magn, Mor, II, x : Ei yStp fti) i^eis 'Oapd aaur^,,, t&v yt toio^av 
at<yd'n(7iv, oCx Strrt, x, t. X. 

* PoUt I, I. 

^ Met. VII, p. 1 32, 1. 3 : Kai tovto Spyov i(nlv Savsp iv rats 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 461 

fection de la vertu, ii est n^cessaire qu'on veuilie le 
bien» non pour soi, mais pour le bien meme. II faut 
que la volont^ soit, comme son objet, universelle 
et ind^pendante des int^rets de Tindividu. Le vrai 
bien de chacun doit done etre aussi un bien pour 
d'autres, et la volenti de cbacun s^tendre a dautres 
qu'i lui-meme. Or la forme sous laquelle le bien se 
manifeste k la sensibility et T attire k lui est le plaisir. 
Le caractfere sensible du vrai bien est done Tuniver- 
salit^ du plaisir qui y est attach^; T^preuve de la 
vertu, en meme temps que du bonheur, est le plaisir 
trouv^ dans le bien et dans le plaisir dun autre ^ La 
vertu parfaite et la feliciti veident un d^sir persev6- 
rant de la ftlicite d autrui. 

H y a dans T^me de Thomme, avee Tinclination 
instinctive au bien, une bienveillance g^n^rale pour 
tout ce qui est comme lui susceptible de plaisir et de 
peine ; mais, pour la perseverance du d^sir, il faut plus 
que le penchant, il faut la disposition invariable, qui 
nait de la coutume. On aime de plus en plus, k me- 
sure qu'on procure le bien de ce qu on aime ^. Pour 
la perfection de la vertu et du bonheur , il faut done 
que la bienveillance naturelle se change, par une suite 

^pd^soi r6 ^otr}<Tcu ix TcSf iKdaTep dyaSav tSi Skeoi dyadoL ixdaxtfi dyaSd. 
Eih. Nic, V, II : Ae7 S\., e6)(e<jB(u \kiv td disXcos dyctSd, xcd et^oTs dyaOd 
slvcu, atpetoQat S^ rd a^oTs (leg. awX&Jj?) dyoBd. 

1 Eih. Nic. V, III. 

> Ibid. Vm, IX; IX, VII. 



Digitized by 



Googk 



462 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
d'actes de bienveillance, en une volont^ constante du 
bien d'un autre que nous, c'est k dire en amiti^ ^. 

Mais nui ne peut vouioir d'une volenti constante 
le bien d'un autre, si cet autre n est susceptible des 
mSmes biens que lui, at par consequent ne iui est ou 
du moins ne lui devient semblable et ^gal. L'amiti^ 
suppose la ressemblance et T^galit^ de Taimant et de 
Taim^^. Gelui que j'aime, je laime comme moi- 
meme ; il faut done que ce soit aussi un autre moi- 
meme ^. Mais T^galit^ dans Tamiti^ suppose un ^change 
constant de bienveillance ; autrement lavantage serait 
toujours du cot^ de celui qui aime et qui donne ; c est 
de son cot^ qu est Taction et T^nergie de ] ame , de son 
cote qu*est le plaisir *. Uamiti^ exige done la recipro- 
city d'afFection. En outre, il faut que la bienveillance 
mutuelle se manifeste par des actions. SiTami est pour 
lami un autre lui-meme , il faut que Tami connaisse, 
comme il se connait, ce que son ami est pour lui. 
Avec la reciprocity d*afFection, lamitie exige done 
«ntre les amis la reciprocity absolue et comme Tiden- 
tite de conscience ^. Enfin il n y a d^amitie parfaite et 
invariable que celle qui a pour cause et pour fin la 

1 Eth. Nic. VIII, II; IX, v : ^Hvota.,, dpx^ (^tXias, x. r, X. 

* Ibid. VIII, VII, VIII. PoUt III, XI : 6 TC ^tkostcos xai Sfiotos, 
^ Ibid. IX, IX : Itrepos ykp adrds, 6 <p(Xos iaxL 

* Ibid. VIII, ix; IX,vii; Ma^n, Jtfbr. 'lI, xi, xii; Eik, Eud. VII, 
viii. 

^ Eth. Nic. VIII, II : AeTdfpa etJVoeTv oKki^ots xai ^o^tktoBcu ri- 

yada ftij "XapScivovTaf. IX, v. 



Digitized by 



Google 



I 



LIVRE III. CHAPITRE II. 463 

vertu, la perfection et ia forme invariable de F^me. 
Ainsi rhompae ne pent pas se suflire k lui-meme ^ ; 
il est de sa nature de mettre sa vie en commun avec 
ses semblables, et de poursuivre dans la soci^t^ la 
realisation de Tid^al de la parfaite amiti^. La premiere 
forme de ia soci^t^ est ia famille. La famiile n'est pas 
le r^sultat de la seule n^cessit^. L' union des sexes, 
qui en est le fondement, ny est, dans sa forme n6- 
cessaire, que dun moment; tout le reste de la vie, 
cest une communaute de bienveillance mutuelle^; 
cette communaut6, Tamour la commenc^e, deter- 
mine, en general, par le plaisir des yeux, par I'at- 
trait de la forme ^; Tamour la continue. L' enfant en 
est le lien, Tenfant, le bien commun du pfere et 
de la mere, et comme le terme moyen oil ils se 
touchent*. Cependant, dans la society domestique, 
la necessite, la mati^re a sa part que Tamour ne fait 
pas disparaitre. La nature a fait in^gaux les membres 
de la famille : la femme et Thomme, Tenfant et les 

1 Etk.NicIX, I. 

* Ibid. VIII, XIV : kvayKoiSrepov oixla tstSiXsas, xai jexvonoita xot- 
v6tepov 'idiois, ToXs fikv oZv d'XXots M togovtov v Hotvavia iar/v* oi 8* 
ivBpoDTSot ov fi6vov riis jexvovottas X^P^^ avvdtxovffiv, dXkoL xai joov eis 
Tdv ^iov' eCdi^s yotp Sfjpnjcu tSl ipyoL, x, t. X. OEcon. I, iii : Ot; ft6vov 
Tov elvcu , oXXd^ xai rov e9 ehai <r&vepya aXXifXof^ t6 QifXu xai rd dppev 
iaxL 

' Eth, Nic. IX, V : (Apx»)) TOW ipqiv ij StSi rris Siffeae rjSopij- ftrl yStp 
tspoiiaOels T$ lSi(f, oiidels ipa. 

» EtL Nic. VIII, XIV : 'SMeayiOf S^ to, tixva SoxeT ehat' T<i yStp 

lixva xotvov ayaBbv dii^oTv avvix'^i Sk to xotvov. 



Digitized by 



Googk 



464 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
parents, surtout i'esclave et le maitre. C*est une mo- 
narchie oil le chef de la maison a seui tout le pou- 
voir ^ ; ce n'est pas la forme la plus parfaite de la 
reciprocity. La premiere figure de Tamiti^ parfaite est 
TafFection mutuelle des enfants, qui sont la fin de la 
famille , Tamiti^ fi:aternelle. Les frferes sont k pen pris 
de meme lige , semblables , en g^n^ral , de nature et 
de moeurs, de penchants et d'education. Mais iis ne 
sont pas libres , et le principe de leur union dans la 
iamille est encore de la n^cessit^ ^. 

La vraie forme de la soci^te est la soci^t^ d'hommes 
igaux et libres, ou letat'. L'^tat est la forme des fa- 
milies , comme la famille celle des individus. L'indivi- 
dualit^ et la vie domestique sont les puissances succes- 
sives dont il est la fonction et le dernier acte. L'^tat est 
done la fin, la perfection, le hien, au dernier rang dans 
le temps, au premier dans I'ordre de i'essence et de 
Tetre *. Ce n est pas le resultat June combinaison 
artificielle, c'est la nature meme et la forme essen- 
tielle de Thumanit^. Uhomme est un animal n^ et 
organist pour la vie politique; il Taime et Tembrasse 

1 PolU. I, I ; III, IX ; M. Nlc. VIII, xn. 

« Eth. Nic. Vni, XII, XIII, XIV. 

' Polit IV, IX : Bot^rraf Si y 17 ^6Xtf i^ iaav eJvau xai 6yLoia>v Su 

^ Ibid. I, I : TLaca 'BiHXte (p6<jst iatlv, dlvep xai ai 'stpShau Koipoh 
viou* t£Xos yStp aUrri ixeivaw 'n S^ ^<tis tiXos itrriv* — K«i ^pdrepov 
Sii T^ (p^aet 'moXts If ohia xal ixatrros Hft&v itrrt, Voyez plus haut, 
page 255. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE IL 465 

pour dle-meme, sans que f interet Ty pousse ^ L'^tat 
est ia totality ou toutes les formes inftrieures de la 
vie humaine viennent prendre place comme des par- 
etics, le corps dorit elles sont les membres. Le prin- 
cipe qui en fait la continuity est famiti^. L'unit6 de 
r^tat suppose la bienveillance mutuelle et active, 
ia communaut^ de pens^es, de volont^s, d' actions 
entre les parties vivantes qui en composent Tor- 
ganisme^. Toutes ont une meme fin, qui est la fin 
de leur tout». Le bien de chacune est le bien de 
Tensemble, et Tintiret g^n^ral Tint^ret des particu* 
liers. 

Dans la soci^t^, la vertu ne se renferme pas dans 
rindividualit^; sa fin nest plus seulement la perfec- 
tion de chacun , mais la perfection du tout dont ohacun 
est une partie; toutes les vertus se r^sument dans la 
disposition universelle k tous les actes qui peuvent 
procurer la perfection de la soci^te. Cette disposition 
est la justice universelle. La justice, en ce»sens, est 
done toute vertu (car toute vertu sert au maintien de 
la society), mais toute vertu dans son rapport k 
autrui ^. Or la soci^t6 se compose d'individus , le tout 
de parties. Dans la justice universelle doit done etre 

* Eth. Nic, VIII, I : i^oixe Sk xal tSls ^6'ksts avvixstv H ^iXia, IX, x : 
HoXfTtxi^ Sk ^tXioL ^etivereu ij 6fi6potcL, 

* Eth. Nic, V, in : fitrw ^Uv yotp -n avHf, x6 8' ehou oiS r6 aM, aXX* 
5 fiev i8p6s irepov, Stxauoa^vvi, ^ Si rotdSe 5'$s dTtX&s ape-nf. — 6X)j 
apeTif eoTiv. 

3o 



Digitized by 



Googk 



im PARTIEIII.— DELAM^TAPHYSIQUE. 
contenue une disposition particuli^re k 6tahlir et k 
conserver entre les individus T^galit^ que i amiti^ 
exige , et qui est le fondement de Tassociation : c est 
ia justice privee ou particuli^re. La justice univer- 
selie consiste dans la volont^ constante du main- 
tien de I'ordre social en g^n^ral ^ , la jnstice parti- 
culi^re dans la volonte constante du maintien de Yi- 
galite sociale^. Le bien est une ^galit^, puisque c'est 
un miUeu par rapport a un plus et k un moins; la 
vertu, une disposition volontaire k constituer une ^ga- 
iit6 ; la justice, une disposition k constituer T^alit^ 
entre ^gaux. 

Ainsi, od est Tamiti^, 1^ aussi est la justice; oh est 
la justice, 1^ est I'amiti^^. Ge sont deux fgices difie- 
rentes, mais inseparables, dune seule et meme vo- 
lont^, comme le plaisir et le bien, Tobjet du desir ou 
de f amour et fobjet de la raison. L'amiti^ veut le 
bien dautrui pour autrui; la justice le bien d'autrui 
pour le bien meme ^. La justice e^t done la forme 
morale, ou la vertu de Famiti^. C*est ]a vertu qui 
rend k chaoun ce qui lui appartient , son droit ^. 

Gomme Tamiti^, la justice suppose deux indivi- 

* iiVvofiloL, PoUt I , I sqq. Magn. Mor. I, xxxiii, Voyez ci-dessous, 
p. 468. P^Ut. VII, IX : N<jfta)ii... xai rti^eo^ tiroXiTfyn^. 

* iaomt. Ibid. 

' Magn. Mor. II, xi : £t< S' iam kv i6Setep iv oh iatt iixmop, t» 
TO&roK xai ^iXiav slyoi. Eih. Nic. VIII, xui. 

* Eth. Nic. V, HI : AXXorpioi; dyaQop iotuii shot n SiKmoofhu. 
' Rhet. I, IX : Apen) St* ^v tSl avroif Sxaertot iy^pnat. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 467 

dus <tiil!^rents. Mais, dans l*indiyisibilit6 de Ykme se 
distinguent deux parties : la sensibilite et ia raison; 
Tune faite pour ob^ir , Tautre pour commander. H y 
a done un amour l^itime de soi et un droit envers 
soi-meme; mais un droit et un amour entre deux 
parties inhales , et par consequent imparfaits ^ Dans 
la &millet les individualit^s sont distinctes et s^pa- 
ries; entre T^poux et i'^pouse, ie p^re et Tenfant, le 
maitre et Tesckve, le droit se d^veloppe sur trois 
echeBes difil^rentes. Mais il ny a pas de vrai droit, 
comme il n'y a pas de veritable amiti^ , oi il y a un 
maitre ^. he droit proprement dit n*est possible 
qu' entre ^gaux et entre 6gaux libres , c est-i-dire dans 
f^tat. DansTitat, iordre social nest autre chose que 
legality sociaie; cest ie bien de tous, objet de la 
volont6 g^n^ale, et le droit s'^erit dans la loi^. La 
loi ne connait plus les mouvements que la sensibility 
excite dans Taime de rhomme ; c'est Thomme moins 
la bete, Tintelligence sans ta passion^. Toujours la 
meme, igale pour tous en son universsdit^ indifK- 
rente , eile sert de moyen terme et de mesure com- 
mune entre les passions et les int^rets opposes : elle 

* Etk. Nie. V, XV; Polit I, ii; Magn. Mor. I, xxxiv. 

* m. Nic. V, X. 

' Polit. Ill , XI : fi y^p rdbs v6iios. 

"^ Polit. Ill, XI ; fiku oZv t6v v6ft.ov xeX&iwv dp^stv SoxtT JteX&ietif 
^Lp^stv r^P vovp,,,* 6 ^* dvQpcovov xek&jeov, vfpocrriQnat xal Q^piov.., 
ivev opiSsas vovs o v6fjLOS i^. 

3o. 



Digitized by 



Googk 



468 PARTIE III.— DE LA MlfeXAPHYSIQUE. 

est le milieu dans T^tat ^. La justice prend done la 

forme d^finie de la loi ^. 

Gependant la loi n est pas la r^gle supreme du juste 
et de rinjuste. EUe n'est que le decret de Topinion gi- 
n^rale : I'opinion pent faillir; la raison seule ne se 
trompe point. Au-dessus du droit positif , il y a done 
im droit nature^ qui est celui de la raison. La loi, 
futelle juste, n*est que la forme politique, non la 
mesure du droit. Mais la r^gle de la raison est la 
raison elle-m^me dans sa Ubre action. Le vrai droit, 
c'est done le jugement de Thomme juste. G est la 
justice elle-mSme qui d^rmine, dans la sphere de la 
vie civile, f^galit^ et le milieu du bien*. 

La justice miiverselle a pour objet le bien universel 
de r^tat. Elle est done Ic^ principe universel de toutes 
les lois. Mais la legislation par laquelle elle se repro- 
duit elie-meme et se perpitue dans f^tat est celle 
de r^ducation publique \ La justice universelle est 
la vertu dans son rapport avec la soci^t^ : T^ucation 
pubfique est le principe de la vertu civile, la forme 

^ PoUt. Ill, XI : T6 ihtaiov ZvfovvTes^ t6 ftArov j^irrov^m* 6 ydf v6^ 
ftos rd fticTov. 

« Eth. Nic, V, I, u, III : ii v6iuiios^ ^Uaios. Voyei ci-dessos, 
p. 466, n. 1. 

^ PoUt I, 1 : 6 ^^ ^txaioa^vrt 'ao'Xmx6v* ^ ydp ^Uii ^oXtuxifs xot- 
vavias td^s itrriv 4 Si ^ixri rov ituaho xphis, 

^ Eik, Nic. \,V:TSi ii 'wotni'sixk ^s ^its dperHs iar$ rih vofiifio» 
Saa vevofioQSnntou vtpl vfatSeiav rilv ttpds r6 xotp6y. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE 11. 469 

morale de T^tat ^ , et par cons^^ent la cause efficiente 
de la justice universelle. 

La justice particuii^re a pour objet le bien dans les 
relations particuliferes d'individualit^s 6trangferes les 
unes aux autres. Ellle ne conceme done pas le bien 
absolu de la vertu, qui ne se trouve que dans Tacti- 
vit6 individuelle, forme supreme de Vkme ou de la 
totality de T^tat; elle n*a rapport quaux biens ext^- 
rieurs, tels que les richesses, les honneurs, la sante, 
la vie meme, et dont la possession ou la privation 
font la prosp^rit^ ou Tadversit^, en d'autres termes 
aux biens de la fortune qui forment la mati^re de la 
vie sociale , et qui servent de moyens ou d mstru- 
ments pour Tacquisition du bien absolu ^. 

La fin que se propose la justice particulifere est 
done en g^n6ral I'^tablissement ou le maintien de Vi- 
galit6 des biens ext^rieurs entre les difiJ^rents membres 
de r^tat. Ici les perspnnes sont distinctes et hors les 
unes des autres comme les choses. Plus de moyen 
terme unissant deux extremes dans Tunit^ dune 
personne, mais au moins quatre termes independants 
et s^par^s. L'^galit^ ne pent done plus etre cherch^e 
dans un moyen; il ne sagit plus de proportion con- 
tinue, mais de proportion discrete. Comme 6galit6, 
la justice particulifere tient le milieu entre deux choses ; 

' Poa VIII, I. 

^ Eih, Nic. V, II : Ilepi tSl ayaBd. itnat, ov vfdtna, oXX(i ^epl Saa 
suTV)(^ia xal arv^ia. iv : Ilepi Tt^ilv t) ;^pTjf*aTa ri Gwiy\piaVf x. t. >. 



Digitized by 



Googk 



470 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
comme justice, elle tient le milieu k f^gard de deux 
individus. Le mflieu de la justice pardcuii^ n'est 
done plus, comme celui de la vertu en g^eral, une 
simple moyenne, mais une proportion, et une pro- 
portion discrete ^ 

Or les biens ext^rieurs se divisent en deux classes, 
selon quils appartiennent aux particuliers ou k f ^tat, 
qu'ils sont priv^s ou qu'ils sont publics. Les biens 
priy^s sont le sujet des transactions entre les parti- 
cidiers. Les transactions sont volontaires ou fore^es : 
celles-ci sont les crimes, comme le vol ou le meurtre; 
celles-1^ les contrats , conmie la vente ou Tachat , le 
louage , le pret K Mais , de quelque nature que soit la 
transaction, la justice consiste essentiellement k ^« 
ler les choses entre les parties , ajoutant oii il y a d6- 
faut, retranchant oil il y a exc6s, compensant la perte 
par le gain. La justice de compensation ou de correc- 
tion (justice commutatwe), consiste dans une ^galit^ 
de diffi^rence , dans une proportion ariliim^tique ^. 

Les biens publics sont lobjet d*une repartition 

* Eth. Nic. V, VI : kvdyxif roivw t6 Sixeunv {Uaov re xai laov elvau, 
xoi ^p6s rl xeU tiot xoi ^ fi^y fiiffov, rtv&v ravra S' itnl ^"ketov xad 
iXajTow ^ Si ladv iart, Svoiv ^ Sk Sixaiov, ritr/v... iartp dpa t6 Sixmov, 
dvciXoyov, Tii : Miaov rd Sixauov 16 3k Sixauovj dvdXoyov. 

* Ibid. ? : Toh ydp avpa>ikayfidro)v rd fthf hxo^atd iart, rd Si 0x06- 
<Tta, X. T. X. 

' Ibid. VII : Td Stopdecuxdp^ d yiverat iv tots ovvaXXof^fiaai xoi rols 
ixovffiots xai tols axoMoion,,. i<rrl fikv 1g6v u, dXkd xoi rffv dptdinirtxiiv 
(sc. dveikoytav), — Hetparat jif Kytf*^ hdletv, d(pcupSp rov xipitws. — 
Hare r6 ftiv iicavopOcortxdv iixcuov Siv etrt, t6 fidffov Kvi'^as xal xipSovs. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE 111, CHAPITRE II. 471 

entire les particuliers. Cest une totality indivise qu ii 
s'agit de distribuer. La r^g^ du partage ne peut etre 
cherch^e dans ies differences de quantity des choses: 
elle ne peut letre que dans la quality des personnes. 
L'objet de la justice est done ici de faire des parts qui 
soient entre elles comme sont entre eux les membres 
de r^tat. II ne sagit plus d'une balance k ^tablir 
entre des choses, mais dune Equation de relations 
entre des choses et des' personnes ; il ne s'agit plus de 
differences, mais de rapports. La justice distributive 
est une proportion giomelrique ^ 

Dans Thypothise de r^galit^ absolue quexigerait 
Tabsolue perfection de T^tat, toutes les parts devraient 
6tre ^gales. Mais c'est Ik un id^al dont la realisation 
n'est pas possible dans la nature , dans le monde de 
Tespace et du temps. Tous les membres de T^tat 
fussent^ils entre eux dune ^galit^ parfaite, tous ne 
peuvent pas en meme temps exercer au meme lieu 
les memes fonctions et supporter les memes charges ^. 
Le m^rite difffere necessairement, etpar consequent 
le droit. La justice consiste k itablir Tegalit^ dans Ti- 
n^galit^ par Tinigalite meme ^. Mais la rigle de la 

^ Elh. Nic. V, V : Tff^ Se xatk fiipos 3iK(U0(rivns xal tov xar* avriiv 
Sixaiov iv \t.iv imiv elSos, to iv tais StavoiiaTs ij Ttfirjs if ;^pi7fia(T«v ij 
Tojv dXXav 6aa itepicTzSL toTs xoivcovovgi rris ^oki-veias. vi : Th yStp Si- 
xouov iv TOUS Stavoftats oyxikoyovm 'sfdvTes xaT* d^lav tivSl Setv etvai. 
VII : Ko^otiert Si t»)v Toiav'vrjv dvakoyiav yecofieTpixijv oi iiadrjfiotrtxoi. 

^ Polil. II, 1, dans la critique de la R^piiblique de Platon. 

5 Ibid. Ill, VII ; VI, J. 



Digitized by 



Googk 



472 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
distribation des biens de la fortune ne doit pas etre 
cherch^e dans les diff(&rences que la fortune a etablies 
entre les homines. La fin des biens ext^rieurs est le 
bien absolu, qui est le bien de lame ^ : cest sur les 
proportions du bien absolu que doivent etre etablies 
celles des biens ext^rieurs. La mesure de Thomme 
n est pas la ricbesse, la naissance, nila vertu du corps, 
mais la vertu de lame. G*est done dans.ia- vertu de 
Tame que consiste le m^rite et qu'est la rfegle de ia 
justice^. La d^ocratie pure est une chose injuste, 
et de meme Voligarchie ; ceile-ci , c est Im^galite entre 
^gaux, celle-ii T^galite entre in^gaux ^..La justice ne 
se trouve que dans la proportion, la justice distribu- 
tive de r^tat dans la proportion g^om^trique entre les 
biens exterieurs et le m^rite, et par consequent dans 
la preponderance de la vertu *. 

Maintenant la mesure la plus favorable k la vertu, 
dans la possession comme dans lusage des biens exte- 
rieurs, est la mediocrite. La vertu est un milieu entre 
les extr^mites des passions. Or aux fortunes extremes 
repondent les passions extremes. £ntre la conditioa 
de Tesclave et celle du tyran , Tequilibre de 1 ame est 
plus stable , la droite voie plus facile i tenir. Dans la 
societe , le pauvre envie le riche ; le riche se defie du 

' Poiit. vn, I. 

^ Ibid. Ill, VII. 

» Ibid. V, l;VI, 1. 

' Ibid. Ill, v; VI, VI. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE 11. 475 

pauvre, tout en le m^prisant. Le pauvre et le riche 
se haissent et veulent le mal Tun de Tautre ^ L'amiti^ 
et la justice, double fondement de I'^tat, supposent 
I'^gsdit^; r^galit^ exige la m^diocrit^ g^n^rsde des 
fortunes et la predominance de la classe moyenne ^. 
Le meilleur des ^tats, et le plus stable, sera done 
celui ou la classe moyenne fera le plus grand nombre 
et aura le plus de pouvoir. Telle est la r^publique, 
r^tat par excellence {^oxhua) ', moyen terme entre 
les extremit^s passionn^es de Toligarchie et de la 
demagogic ^, Tid^al de T^galit^, de Tamiti^ et de la 
justice. 

Enim, dans Tid^al de T^galit^ politique, le droit est 
le meme pour toua, et le pouvoir suit ie droit. Cbacun 
nest pas seulement Tobjet, mais le dispensateur 
de la justice, et fexerce k son tour envers tons ^. 



^ PoUt IV, IX. 

^ Ibid. : BovXerou Si y i\ tirdXi; i^ tatav elvai xoi ofioieav Srt fM(Xi(rra' 
TovTO J' vvdp^et fid^Kna rots fiiaots. 

' La veritable Tsokhtia est la veritable dpt<rroKparia oa gouverne- 
ment des meilleurs. Ce qu^on appelle vulgairement ^oiXheta est une 
esp^ce de d^mocratie*, ce qa^on appelle vulgairement dptaroxpaTla, 
une esp^ce doligarchie; PoUt IV, viii. Gependant la d^mocratie est 
la forme la plus voisine de la vraie ^okireta elle-mdme. Eih, Nic. 
VIII. XII. 

, ^ PoUt. IV, vii : Uivovde Si rovro xai to p.iaov' ifi^cUvereu ydp ixd- 
Tspov iv avtct^ xQv dxpav, V, Vii : O vvv 'kavddvst -rds 'BfapeK^eSiijxvias 

TsdkiTeias, x6 ftiaov.- — Cikiyap^iav xai Sriftoxpariav iiecrrtfxvias rffs 

^eXjitrrnt rdiecas, 

^ Ibid. II, I ; III, IV. 



Digitized by 



Googk 



47ft PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 

Tel est rid^l de rhomme : le citoyen , au milieu 
de la cite unie par Tamiti^ et la justice universeUe , 
d^ployant aux diff(6rents degr^s de la vie politique les 
puissances successives de la justice particuli^re. Dans 
la famille, la propri^t^ est commune ; dans T^tat elle 
est divis^e. Le premier r^sultat de Ik constitution 
^lementaire de fa soci^t^ civile, de la division des 
propri^t^s dans i'unit^ de lieu, est l*6change ^ : I'^a- 
liti de r^change est la premifere fin de la justice par- 
ticuli^re. Mais, dhs que T^change s^tend k une multi- 
tude de biens di£F(£rents, il s'^tablit une mesure com- 
mune, non pas entre les valeurs d'usage, mais entre 
les valeurs d'^change^ de toutes les choses ^chan- 
geables , et qui donne k T^change la forme sup^rieure 
et plus savante de la vente et de Tachat. Gette me- 
sure , ou ce moyen terme , est un corps facilement 
mobile , d une nature , puis d'une grandeur , puis d'une 
figure definie, que la loi marque dune empreinte et 
auquel elle donne ime valeur arbitraire'. Pour la 
mesure du crime et de la peine , la loi ne sufiBit plus. 

1 Polil. I, in. 

^ Ibid. La vente cr^e ia richesse relative des valeurs d^^change. 
Ibid. : 6 Si xetmiXtxif ^efottfTtxif /^ptfyLdrcav, oU vaarros, cSXX' ^ StSi XP^i"^' 

^ Ibid. Xiifws elvM SottsT t6 if6tu<riMi, nai ets pofios 'aavrdwaun, ^aet 
S' ovSiv, Eth. Nic. IV, iii : Aid WvTot avftSXitrSt Set ttra>$ elvat Siv itrrtv 
oXXa^if* i^ 6 r6 v6^a^* ^XifXvde* xoi yivertU 'W&s fUvov ^adpta, yip 
fierpel, — Hdvra frvvi^et. — Afc^ rovro rodvofia i^ei p6fU(rfia, on ot? 
^<Tei, aXX<i voficp iari. — Hdvra vtoteT (riftfterpa. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 475 

Toute ioi est g^n^rale, toute action particuli^re ; les 
g^n^ralit^s n atteignent pas le detail infini de Id via* 
lit^; elies restent en dehors, comme de vaines formes 
et des formules vides^. Faudra-t-ii done, ou plier 
Faction k la forme rigide de la Ioi, ou fausser la Ioi 
elle-meme pom* fajuster au fait? Entre ces deux ex- 
tr^mit^s du droit strict^ et de la fiction, intervient 
lejuge, qui applique k la mesure des actions hu- 
maines la rfegle flexible de f^quit^ '. C'est done le 
juge lui-meme qui est la r^gle, et comme le droit 
vivant *. 

Mais toute transaction, soit libre soit forc^e, a 
pour objet les besoins de la vie et la vie elle-m^me, 
la mati^re et la necessity ^. Or toute n^cessit^ est un 
mal en elle-meme , et la satisfaction d*un besoin n'est 

^ Voyez plus haut, p. 459. Elk. Nic. IV, viii : (dp vSfios xaBSkou 
"Was, ^aepl ivicov Se ov^ oT6v xe opBas eittelv xaOoXov, 

* kxptSoSlxcuov, Ibid. 

' Ibid. Totr y^p Sixaiov aophreu dSptaros xai 6 xolpc&p iaitv, Hamp 
xai rrfs \ea€las oixoSofiiis 6 ftoX^€3tvos xaveiv. — T6 ivteix^s ivavop" 
B&(i(t vofiov ^ iXXehet 4fa zd xaB6'kov. Magn, Mor, II, i. Polit II, V. 
Comp. les belles reflexions de Vico, De nostri Utnporis stadioram ra- 
tions (trad, de M. Michelet, I, i4o-5). 

* Etk. Nic, V, VII : d yAp itxcurrifs fiofSXerat elvat eJop iixmop ifi^fu- 
^op* xai inrouiTt StxeurrilP (Uaop, Aixeuop quasi ^iyjuop, de iiya. Ibid. 

' PoUt. Ill , T : £[ "O^kis o^x ifrrt xotpttpia rdirov xai tmi (li^ dStxetp 
a^as avTo^s xai riis ftetaS6<7eo9s )((kpiP, oX^ rmha (dp dpayxeSop ihtdp- 
X^tv, eivep Sarat 'atSXis , ov (lilp, ov^' ^apyj^tav to^ronf dvoanonf, il^ 
^iSiXts, dXy ii Tov eH K^p xotpttpia xai rots oixiats xai JoTs yiptat KoaSis 
reXeias x^P^^ ^^ aurdpxovs. La mati^re est n^cessaire et oon suffi- 
sante. VII, xi : Tc^ dvayxaias vfpd^ets, xii : Ta ^aepi tSls iixalas vfpd- 



Digitized by 



Googk 



476 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
qu'un bien relatif. La compensation entre ia perte et 
le gain ne fait que redresser le tort , ia justice de com- 
pensation ou de correction n est , comme le plaisir du 
corps, que ie remMe d'un mai : ce n est done quune 
vertu relative. Dans ia repartition de la richesse , de 
rhonneur et du pouvoir, il ne s agit plus de ia n6ces- 
sit^ et de ce quil faut pour vivre; il ne sagit plus de 
1 etre , mais du bien-etre ^ et du bien feire , du bien 
et du beau, fins de k liberty. La distribution des 
biens de la communaut6 est un bien par eile-meme , 
im bien positif, et ia justice distributive une vertu 
absolue ^. 

Mais, dans la distribution comme dans la compen- 
sation, on se conformed la loi. L'^quit^ n*intervient 
que pour supplier k rintuffisance n^cessaire de toute 
formule g^n^rale et de tout droit ^crit. Au-dessus du 
magistrat comme du juge s'^lfeve done le souverain ', 
qui fait la loi et qui rfegle la constitution meme de 
i'^tat; au-dessus du pouvoir judiciaire et du pouvoir 
des magistrats, la puissance d^lib^rante ou legislative *. 

^ets at Sixatou nfiotpim xai xokdaets dv' dperris fiiv eiatv, dvayKcueu Se, 
Koi t6 xakcjs dvayxakis S^ovmv. 

1 T^ ?yfi», vd e5 KvV' Polit, I, ii, in, v. 

* VII, XII : \iyea 3* i^ Cvodiaeas rdvayxah, rd S* ditkcis 76 xaXas. 
— A/ S* (sCk dpSTcd) ivl jds rt^s xal tds evvoplas, dvXSs elat xdk- 
"ktarou 'sfpdiets' rb jx^v ydp ^epov xaxov rtvos aJlpearis i<rr(v, at jotaSrai 
3^ ispd^is rovvapjiov xaracrxevai yap dyaB&v elat xal yevtr^trets. lY, iii. 
Sur Topposition dCdvayxcuov et xaXov, voyez plus haul, p. 43 1, n. 3. 

" T^ xiptov. 

* Polit IV, XI : E(TT« ik tm rptav Totiian^ iv {Uv tt rb ^ovXev6(ievov 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 477 

Le souverain n*est pas un homme , c'est la cit6 entifere 
assembl^e. 

La vertu du citoyen, en general, nest pas la meme 
que la vertu de rhomme de bien. Celle-la consiste k 
savoir tour k tour commander et obeir, celle-ci est 
une vertu toute de domination et d empire, la pru- 
dence. Or lob^issance est un etat d'inftriorit^ : elle 
ne suppose pas la prudence, ou la science, mais sett- 
lement f opinion vraie , soumise k la direction de la 
science ^ ; elle n est bonne en elle-meme que d'une 
manifere relative, comme apprentissage du comman- 
dement. La vertu de Thomme de bien est done sup6- 
rieure k la vertu civile en g^n^ral. Mais, dans ses fonc- 
tions de magistrat, le citoyen ordonne et dispose; il 
commande, et sa vertu propre est la vertu maitresse 
etarchitectonique, la jM'udence, et la prudence dans 
son rapport avec Timiversalit^ de la cit^. Dans le ma- 
gistrat se cqnfondent en une forme sup^rieure la vertu 
civile ou politique , et la vertu priv^e ^. 

Enfin, c est dans la libre action de la puissance d^- 

'Bfepi t&v xotpap, Se6rspov ik t6 'Oepl ton dpjfSir rphov Si ri to Si" 

xdiov. Ce sont les trois pouvoirs appel^s, en g^n6ral, chez les mo- 
dernes, Idgislatif, ex^cutif et judiciaire. 

1 PoUt ni, III : kp)(0[Uvov Si y ovK i<ntv dperff ^pSvifms, aXKoL 
i6&t dXifiHs. Platon n exige ^galement des guerriers, qui forment le 
corps de la cit^, que Ydp^ S6Za form^e par la loi et l*6ducatioD, et 
reserve aux magistrats IVvMrriffAir. Bep, II, 570 c, 871 b; Polit. 
3oi a. Cf. Phxd. 8 a a. 

« PoR III, II, in. 



Digitized by 



Googk 



478 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
iiberante, dans la decision du souverain^ qu'est le 
point culminant de la prudence humaiae; la perspi- 
cacity politique, fixant, dans Tind^termination de la 
soci^t^ civile, lalimite certaine^ le milieu indivisible 
du droits 

Cependant fexercice de la prudence n'est pas le 
dernier degr^ de la vie et de lactivit^. Au-<lessus de la 
prudence, il y a encore la sagesse. 

La sphere de la pratique est dans la contingence, 
par consequent dans les oppositions dont le raison- 
nement et la deliberation parcoiu'ent f etendue. La 
fin que determine la perspicacity de Tentendement 
n est qu'un moyen terme variable dans un monde de 
mouvement, entre les agitations de la passion. Mais le 
sage est celui qui sait d^une science certaine et inva- 
riable ce qui ne peut pas ne pas etre et ne pent pas 
varies ^. Or ce qui ne peut pas ne pas etre, ce qui est 
necessaire par soi-nobeme, et non pas seulement, 
comme la mati^re , d une nicessite relative et con- 
ditioniteUe, cest Tetre simple, identique k soi-meme, 
de toute eternity. Mais, pour saisir le simple et Tin- 
variable, il faut une vue simple et invariable; par 
consequent un acte perpetuel de pens^e , exempt de 
tpute condition materielle, superieiir i Topposition et 
au changement ; c est-li qu*est la sagesse. La sagesse est 

^ PoUt IV, III : Td pov'Xerj6fiepov, Srsep iavi avviaea» ^dXtrtxijs 
ipyov. Yoyez plus haut, p. 458. 

> Eih. Nic. VI, VII, vni; X, vii. Magn. Mor. I, xxxiv. Cf. Met. I, i. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE HI, CHAPITRE II. 479 

done la perfection absolue de ractiviti de time. La 
vertu tend k una fin qu'elle n a pas en elle-mSme ; ia 
sagesse seule a en elle sa fin et sa satisfaction. La vie 
morale et politique est une lutte perp^tuelle contre la 
passion; la vertu est un combat. Au contraire, la con- 
templation invariable du n^essaire et de f 6ternel n'est 
possible que dans la paix. Or la paix est le prix de la 
victoire, c est-i-dire la fin du combat , et efle est k elle 
seule sa pro{H*e fin. La f^licit^ est dans la paix. La vie 
politique est une vie militante ^ dont on ne se repose 
que daas le calme de la vie speculative; la vie sp^cu-* 
ialive n^est pas pour cela le repos et le sommeil, cest ^ 
Tactivit^ souveraine dans la liberty du loisir ^. La pr^- 
dence, Ja vertu directrice de toutes les vertust, n'est 
que rintendant qui se ebarge, dans la famille, des 
choses de la matifere et de la nicessit^, pour procurer 
au maitre le loisir de se livrer k la libre recherche du 

* Eth. Nic, X, VII : Aoxef re if eCSoufiovla iv if (XXjoXy eTvcw daxo- 
"Xo^fAsOa ykp tva fr/okdltafisv, xal isoksfioiifiev iva elpT^vvjv dj^cofisv. ToSu 
(liv oZv ^paxTtx&v dper65v iv roJs 'usokixixois if rots ^oXefitxoTs at iv- 
6fyyeim. — TShi lutv xara rds iptrds 'Vpa^sofv al ^oTa^utai xai ^aoXefu* 
Hoi, X. T. X. De iA,le corps de la cit6 est la classe guerri^e, dans 
Aiistote (PoUt.lN, lii : T6 ^oksfitxdv, t6 oirX<Tixdi>) , comme dans Pla- 
ten (Rep, II). La vie guerri^re r^pond A Ydtrxmais ou fiskhr) qu« le- 
ducation diiige (Cf. Plat. Pheed, 83 a), et qui forme ie 3^'ftof k la 
vie politique. Sur le rapport du Qiifios k T^ducation, voyez plus haut» 
p. 457. Aussi, dans Aristote comme dans Platon, Tbonneur, riftj), est 
le mobile ordinaire de la vie politique; le Q^^tds est ^iX6xtfios. Eth, 
Nic. I, in. 

« Eth. Nic. X, viii. 



Digitized by 



Googk 



480 PARTIEIIL— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
bien et du beau ^ Enfin, la vie politique suppose des 
relations entre des individus Strangers les uns aux 
autres; la vie speculative de la sagesse est une vie so- 
litaire, k la perfectipn de laquelle Imfluence de la 
soci^t^ peut concourir, mais qui n'en depend pas par 
elle-merae et dans son essence. L'objet de la specula- 
tion, Tetre n^cessaire et simple, cest Dieu^; Dieu 
n*est point s^par^ par la matiire et par Tespace de la 
chose qui le pense. Entre la chose qui pense et la 
chose pens^e , il n*y a pas ici de milieu; elles se tou- 
chent. Uacte de la speculation est un acte immanent, 
qui ne sort pas de lui-meme et de son indivisible 
unites 

La sagesse n appartient done pas k Tentendement, 
La prudence ne se s^pare pas de la vertu; Tentende- 
ment ne se s^pare pas de la sensibilite ; elle est sa 
mati^re , il en est la forme. La speculation veut une 
raison intuitive independante de la mati^re et des 
oppositions de la raison discursive et de la vie mo- 
rale** Mais le caractfere distinctif et specifique de 
rhomtne est le libre arbitre , ou la puissance de deii- 

berer et de choisir, qui ne se separe pas de Tenten- 

\ 

^ Magn, Mpr, I, xxxiv. 

' E(A. EiM?. ^11, XV : Ti^i; toCi ^so^ [liktata Q-etaptav, Magn, Mor, I, 
XXXV : fi (xiv y^ ao<pla ^epl t6 diStov Koi B-eiov. 

* Eth. Nic. X, ^ii : S^ <To(p6sy xal xaO' awdv Av Sivareu Q-eeapetv. 
Voyez le dbapilre savant. 

* Eth. Nic, VI, xiiSDe An. Ill, ix sqq. Now? Q-eaprittx^s par oppo- 
sition k vovs ispaKTixdi^ ou vovs "Xoytldfievos , ou Stdvotoi. 

\ 






Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 481 

dement ^ La speculation veut done une raison sup^- 
rieure k Thumanite, une raison divine comme son 
objet meme , et la ftlicit^ absoiue de la vie specula- 
tive ne semble pas faite pour nous ^. Mais ia raison 
divine brilie, au moins par Eclairs , daris rhumanite ^. 
Or la vraie nature, Tessence, et par consequent la 
fin de toute chose, est ce qu*elle a de meiileur et de 
plus excellent ; la perfection du mortel n est pas de se 
renfermer dans ia sphere des choses mortellesi, mais 
de s'eiever de toute sa puissance k rimmortalite. La 
vraie vie de Thomme, n'en dut-il jouir quun jour, 
quun seul instant, est la vie divine. La fin de la na- 
ture est Taction parfaite dela pensie pure dans Tunit^ 
absoiue de la speculation ^. 

Ainsi se reproduisent dans Thistoire des d^velop- 
pements de Vkme aux trois degris de la vie animale, 
de la vie humaine ou civile , et de la vie divine ^, les 

^ Eth, Nic. VI, II : ft opexTixds vovs ii 'apoaipems, ^ 6pe^tg Stavo-n- 
TMcif . K«» 1^ TOtwijn oip/il , ivBpoaisos. 

^ Ibid. X, VII : El 5i^ ^eiov 6 vovs 'epos rdv ivOpooifov, xai 6 xarSi 
TOVTOV ptos QreTos 'uspos tbv avBpdyKivov ^iov, 

3 Ibid. Met. XII. p. 249, 1. 2. 

^ Eih. Nic, X, yii : Xpi^ ^t^ ov xara roiis ^eapatvovvras dvdpeimtva 
(Ppoveiv, dvBpoyjsov Svra, ovSk Q-vrjTa rdv Qrpijxov, oXX* i(f^ Saov ivSi- 
^ereu duaSavaTiietv.,, Lo^ste S* &v xal Sxacrrov elvai rovro, etisep rd xti- 
ptov xal dffxeivoi;*... t6 yatp oixeTov. kx<l<n(f> t$ piaet xpdxictov xoU iiSt(TT6v 
iaO* kxdoTtp. Ka2 t^ dvBpe&'Ktp Sij 6 xard Tbv vovv ^ios, etvep fidXt<TTCt 
TOVTO 6 dvBpamor roxiro dpa xai ev$atiwvi(rtaTos, 

^ Eth, Nic, I, HI : TpeTs ydp zlm fM^iora 01 'apoiyfovtes (sc. j3/o«), 
6 Ts vvv elpv\[Uvos (sc. 6 a^oXavorfxd;) ^ xai 6 'stoXtuxds, xai Tphos 6 

3i 



Digitized by 



Googk 



(182 PARTIE III— DE LA METAPHYSIQUE. 
Irois piriodes principales de rhistoire et du d^velop- 
pement de la vie en g^niral ; d*abord Tunit^ , Tindi- 
vidualit^ confuse, la matifere et la sensibUit^; ensuite 
les oppositions et les abstractions de Tentendement; 
enfin Tindividualit^ et iuniti superienre de la raison 
dans la forme immat^rielle de Tactivit^ pure *. 

Telle est la marche de la nature , de rimperfection 
de la matifere k la perfection de la forme, de la puis- 
sance i facte, du n^ant k fetre. Du sein de Tinfini, 
par une* suite de transformations insensibles , eUe s a- 
vance vers sa fin ; se d^gageant pen k peu du chaos , ' 
sortant par degres du sommeil , elle n*est tout en- 
tifere elle-meme quau terme de son mouvement, k 
ce moment supreme de lactivite de la raison. Ainsi, 
cest par sa fin que la nature sexplique, quelle se fait 
connaitre pour ce quelle est; tout ie reste nest que 
moyen, dont la fin est la mesure. La fin est done le 
principe meme par lequel on juge tout ce qui precede 
dans le temps. La nature s elfeve gradueUement de la 
plus ind^termin^e de ses conditions k sa fm derni^re : 
la pens6e, pour expliquer la nature, revient de la 
fin aux conditions ; son point de depart est le point 
oil la natuLre s'arrete; son point d'arrivie, le point 
d*ou la nature est partie et d'ou fart devra repartir k 

Q-ecop-nrtxos.J^olit. ly i: ii fiif Suvdfievos xoipeoveTv, ^ fiiiSiv Se^fxepos 
St* avraipxetav, ovdiv fUpos ^tsoXeus' Sar* ^ Q^piov if Q-eos. 
1 Voyez plus haut, p. 344-346. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 483 

son tour. La speculation et le mouvement repr^- 
sentent une analyse et une synthase marchant en sens 
contraire Tune de Tautre. L'ordre du temps est Tin- 
verse de Tordre logique , et la fin de la nature est le 
principe de la pens6e ^. . 

Ainsila Science et la Nature forment deux syst^mes 
distincts, semblables, mais opposes. Des deux cotes, 
memes rapports, mais en deux sens contraires; la 
proportion ou Tanalogie , qui suppose Tidentit^ de 
rapports, n'empeche pas la difiF^rence, meme la con- 
trariety , dans la disposition respective des termes. 

La condition g^nerale de T existence et de la pens^e 
est Tunite, et Tunit^ vient de la forme. Mais, dans la 
nature, la forme est Kee k la mati^re comme Tacte i 
sa puissance; elle est done dans le mouvement, et 
funite reside dans la continuity que le mouvement 
suppose, qu'il mesure et qu'il produit en meme temps. 
Ainsi Tunite naturelle ou r6elle consiste dans Imdivi- 
sibilite du mouvement; c'est Tunite de temps 2, de 

^ Met IX, p. 186, 1. 17 : kvav irt^ dp^iiv jSa^/Jei rd ytyv6yLevov xoi 
tiXos, J^px^ y^P '"^ ^ ivexa' tov tikovs 3* ivexa if yivems. Phjs. VEI, 
VII : 6Xa>$ Si (palpexai 76 ytv6ftevov aTeXis xai ii^ dpxi^v tov. Met, VII, 
p. i4o, 1. 10 : T&v Si yevitreav xai xivT^freeov if fthf v6rfms xoLketrat H 
St ^oinms, ^ iiev oncd ttis dp/ris xoi tou etSovs vdrims, ill S^ dvo tov re- 
XevToiov rifs voi^aetds ^oititrts, Cf. Eik. End. II, xi. jBA. Nic. Ill, t: 
Q>cdvejat tb iay^tov iv rff dvakiaet 'opShov elvau iv t^ yevi<rzt, 

* Mel. V, p. 95 , 1. 5 : TQv Si xaff aOra iv \eyofiivcnf rd fiiv Xiye- 

tat rf awexv elvau avvexis Si "Xiyetat, o^ xiwms pia,„. ftia S* oS 

dStaiperos, dSteJpsros Si xard xp^vov, Cf. X, p. 192, 1. 9 sqq.; XIII, 
p. 282, 1. 5 : kSteUperov.., to fiiv xard^oyov, to Si xard ^Jpovov. 

3i. 



Digitized by 



Googk 



484 PARTIEIII.— DELAM^TAPHYSIQUE. 
quantity, de mati^re; lunit^ de nombre, qui fait Tin- 
dividualit^ r^elle ^ La pens^e, au contraire, ne porte 
que sur la forme » ind^pendamment de la mati^re ; la 
forme seule r^pond k I'id^e. La condition de la pens^e 
est done une miiti formelle, qui n implique pas I'u- 
nite mat^rielle de Tindividualiti ^. C'est une unit^ de 
quality, non de quantity ^. La sensation nest aussi 
qu une forme^ mais elie est la forme commune de 
deux puissances correlatives, la limite od elles se 
rencontrent dans Tinstant et dans le point qu'elie 
determine. L'objet de la sensation est done une qua- 
lit^i mais une quality pr^sente dans Tespace et le 
temps, et dans la r^aliti mat^rielle d'un individu. 
L'objet de la science est la forme en elle -meme 
et hors de la puissance, la qualite abstraite, ind^- 
pendante du tenips, du lieu, de Tindividualite, et 
par consequent g^nirale *. Toutes les sensations de 
meme forme peuvent done etre rassembl^es sous 
une meme idie ; ce sont comme des parties dont la 

* Met. X, p. 192, 1. 24. 

* Ibid. 1.21: TdSt S>v &v 6 Xdyos eh ^' Totavra S*2iv H v6n<yts fila- 
Totavra Sk &v dStaiperos' dStcdperos Si rot? dStaiperov etSet ^ dptOfj^. 
k^ptOfif fUv oZv "vb KaQ* ixaffTov dStaiperotf, etSei S^ td rS yvtatrx^ xai tri 

^ Ibid. Ill, p. 5o, 1. 8 : kSiaiperov S^ Avav ^ xatd t6 ^oaov ^ xoni 
tb elSos, X, p. 194, 1- 1 1 : Td ajskovv ff ra ^ot^ ij t^ 1700-^. 

^ De An. II, v; III, viii. Anal. post. I, xxxi : E/ ydp xai Sartv ^ all- 
adrfats Tov rotoOSe, xal nil tovS6 twos, oXX' mcrddveGdal ye dvayxtuop 
ToSe Ti xal 'stov xai vvv t6 Si xa$6\ov xal M ttaatv dSvvarov oiaBdve-^ 
odar 01J ydp r6Se, oiiSi vvv. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 485 

g^n^ralit^ fait un tout, comme des unites qu elie em- 
brasse dans son unite ^. La sensation est indivisible de 
rindivisibilit^ absolue de I'atome ; ia g^n^raiiti , de 
I'indivisibiliti relative dune totality (xafl' o?iov). Les 
sensations sont les ^l^ments , la mati^re ; la notion est 
la forme que la matifere re9oit dela pens^e. La sen- 
sation et la science se r^pondent done comme la na- 
ture et la pens^e, comme la quantite et la quality, 
comme la puissance et Tacte. 

Mais si les formes individuelles sont contenues 
comme des parties dans la forme g^n^rale de Tintelli- 
gible, la g^n^ralit^ intelligible est contenue k son tour 
dans la forme reelle de Tindividualit^. Si Tindividu est 
dansTespece etTespfece dans le genre, le genre est aussi 
dans fesp^ce et Tespfece dans Tindividu ^ : seulement 
ce n est pas de la meme maniere, mais d*une manifere 
toute diffSrente et dans le sens contraire. Au point de 
vue de la science, les particularit^s recueillies.par la 
sensation sont les mat^riaux dont la g^n^ralite donne 
la forme ; mais , au point de vue de la r^alit^ , la forme , 
depouillie des conditions de Texistence, abstraite de 
Tespace et du temps, est une possibilite qui ne sub- 
siste pas par elle-meme et qui n a d'etre que dans des 
individualit^s d^finies. Toute forme qu'elle est, cest 

^ Phjrs. I, I : HciXXd, y^p ^eptXan^dvet &s fiiprt t^ kad6Xov, Met, I, 
I. Anal. post. II, sub fin. 

' Met. V, p. 116, 1. 22 : Aid Td yivos rov etSovs xal fidpos X^erai, 
dXTidys ^^ TO elSos tov ydvovs fiipof. " 



Digitized by 



Googk 



486 PARTIEIII.— DELAM^TAPHYSIQUE. 
une matifere, une matiere logique, susceptible dune 
multitude de determinations qui la rialisent ^ Sa vraie 
forme est Tacte, objet de Tintuition. Ainsi la g^ri^ra- 
lite est une forme vide, une totality abstraite oii 
peuvent se rassembler une infinite de formes parti- 
culiferes; Tindividualite est la forme r^eUe, le tout 
actuel et fini oix les g^neralites arrivent, en nombre 
defini, k lenistence actuelle. La g^neraiit^ est done 
une matiire qui enveloppe dans sa puissance une mul- 
titude de particularit^s diflKrentes et que celles-ci enve- 
loppent dans leur acte; elle s'^tend k toutes, elle est 
comprise dans cbacune. Par consequent, plus une 
notion est simple, plus elle a d'^tendue^; car mioins 
la possibility est det^rminee, plus elle est vaste et 
large. Autant la generality augmente, autant la realite 
diminue; Tetendue est en raison inverse de la pro- 
fondeur ou solidite; V extension est en raison inverse 
de la coniprebension ^. 

Dans fordre des existences, la plus simple est la 
plus generale. La methode de la nature consiste, 

' Met XIII, p. 289, 1. 4 : 6 fikp oZv S^vaiits a>s ^ri tov xaBokou 
eZmt xai ouipKTTos tov xad6'Xov xai dophjov iariv. Anal, post, II , xii : 
'tTsoxeJaOeo ykp roiovtov elvou td yivos ^ars vveip^eiv xarat S^pafuv ivl 

« Met. Ill, p. 5o. 

' J'ai era pouvoir me servir des mots comprehension et extension, 
quoiqu'on ne trouve pas dans Aristote de substantifs qai y r^pondent 
exactement. Mais il empioie ies verbes vTtdp^&iv, ivvadp^etv, pour etre 
compris, etles verbes Cvepreiveiv, vapexx^vetv et eTfexrelvetp, poor sar* 
passer en extension. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 487 

comme on ia vu, dans une specification progressive 
qui enveioppe successivement les puissances inft- 
rieures , sans les aneantir , sous une fonne plus haute , 
dans une activite plus determin^e. Ghaque degri sup- 
pose tons les degres qui le precedent ^. A mesure 
qu'on s'^lfeve dans Techelle , les fonctions s'accumident 
dans un cercle de plus en plus ^troit, la matifere se 
presse dans des formes de plus en plus circonscrites. 
L*intensit6 de la vie va croissant, Tetendue des especes 
diminuant sans cesse. Les branches de Tangle se rap- 
prochent continuellement jusqu^ ce sommet indivi- 
sible de rindividualite absolue et de Tactivit^ pure. 

Mais le diveloppement de la nature saccomplit 
dans le temps : Tunion de la matiere sensible et de la 
forme se fait par le mouvement. La pensie , en elle- 
meme, est ^trangfere au temps et au mouvement^. La 
totality , r^sultat de la matifere et de la forme , lui est 
done donn^e d'avance dans la rialit^. Elle ny ajoute 
rien , elle n'y met que ce qui y est , et que seulement 
on ne savait pas y etre ; elle n'attribue h la chose que 
ce que la chose possede d^ji, Tattribut ou predicat, 
preaiablement detach^ du sujet; elle le lui rapporte 
et Ten affirme comme le contenu du contenant '. Les 

* De An. II, iii : Asi y^p iv r^ i^e^ijs vvap^et xd ^pSrepov, 
^ Ibid. I, III : fi v(ht<Tis Sotxsv t^pefii^aei jivl xai ivKTraffet (xoXXov ^ 
xw^cet, Tdv avTov Si Tp6isov xtd 6 avXX6yKTiAos. Pkys. VII , ill : T^ 
yotp ifpe(xif(ra< xal aii^vau ti^v Stdvotav i-nlaraoQcu xal ^poveJv Xfyoficv. 
Elh. Nic. VI , XII. Problem, XXX, xiv. 

' L'attribut 6tant d6»ign6 par A et ie sujet par C, Aristote dit 



Digitized by 



Googk 



488 PARTIEIIL— bELAMlETAPHYSIQUE. 
termes ne sont plus ici une forme et sa mati^re, de 
Tune desquelles k Tautre il faut un passage; ce sont 
ie sujet tout entier et Tattribut. Entre ie sujet et Tat- 
tribut, il ny a qu un rapport immobile ^ dont Tinonc^ 
est ce qu'on appelle la proposition ^. La nature est 
toute dans Ie changement, la pens^e dans Ie repos. 

Mais si la pens^e ne peut pas saisir tout d^abord Ie 
rapport de Tattribut et du sujet, si entre ces extremes 
il reste pour elle un intervalle vide , qui ne lui per- 
mette pas de les unir ? De meme que, dans la nature, 
il faut , pour se mouvoir d'une extr^mite k une autre, 
1 mtermediaire d une quantity continue, de nieme dans 
la science il faut, entre les termes quon ne peut 
mettre immediatement en rapport, un intermediaire 
propre k faire disparaitre la solution de contintiiti^. Or, 
si dans la science Ie rapprochement des extremes ne 
se &it pas par un mouvement, mais par un rapport, 
rinterm^diaire ne peut etre qu'un troisifeme terme, 
qui joue entre les termes extremes Ie role d'une 

toujours : A est en C, et non pas C est A, comme on dit vulgairement. 
icLa mani^re d'Aristote a plus 6gard aux id6es ou universaux qui 
s'enveloppent les uns les autres; celle du vulgaire aux individus aux- 
quels rid^e s'etend. Aristote parle selon la comprehension ou inten- 
sion, et Ie vulgaire selon V extension, it Leibnitz, Nouv. Ess. sur 
Tentend. hum. p. 327. 

* Aoyos. II n y a pas de mouvement dans la cat^gorie de relation. 
Voyez plus haut, p. 383. 

* Jlp6ra<Tts. Je ne considererai ici que Ie cas Ie plus simple, celui 
des propositions et syllogismes affirmatifs, ou calegoriqaes. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III. CHAPITRE II. 489 

moyennc proportionnelle. En outre ie rapport du 
sujet k i'attribut est comma tout rapport g^om^trique, 
un rapport de contenance. Pour joindre i attribut au 
sujet, il faut done un terme moyen contenant celui-ci 
et contenu dans ceiui-ii. La nature se meut entre ses 
extremes d un mouvement continu : ia science (^tabiit 
entre ses extremes, 4 Taide dun moyen terme, une 
sorte de proportion continue. A est en B, B est en C; 
d'oii la conclusion : A est en C ^ 

Telle est la formule essentielle de la demonstra- 
tion, c'est-i-dire de la science : trois termes, dontle 
premier compris dans le second et le second dans le 
troisifeme ; le troisifeme envelopp^ dans 1 etendue du 
premier, et le second dans celie du premier. Deux 
extremes dans le rapport inverse de la comprehension 
et de Textension : au milieu, la limite ou mesure 
commune, dans son rapport inverse avec les deux 
extremes. Entre ces trois limites, deux intervalles ; ce 
sont les propositions ou premisses. Entre le terme le 



* Anal. pr. I, iv : KaXw 3^' {Ugov fiev (sc. Spov) 6 xal awd iv dfXXy 
xal d(XXo iv TotiTy iarlv, 6 xal rrj Q-i^et yivereu \i£aov^ ixpa ii, rd 
aijr6 re iv dtXXy 6v, xal iv cp dfXXo icrtiv. Le moyen terme oe se trouve 
au milieu qu'en ^non^ant les propositions k la mani^re d'Aristote (A 
est en B, B est en C, A est en C) , ou, si on les ^nonce k la mani^re 
vulgaire, en mettant la mineure avant la majeure (C est B, B est A, 
C est A) , comme Locke a propose de le faire, Ess. surTentend. hum. 
IV, XVII. — Je ne consid6rerai encore que le cas le plus simple des 
syllogismes de la premiere figure, k laquelle les autres figures se ra- 
m^nent. 



Digitized by 



Googk 



490 PARTIEIIL— DELAMETAPHYSIQUE. 
plus ^tendu ou le grand extreme et le moyen terme, 
la plus grande proposition ou majeure; entre le moyen 
terme et le petit extreme , la minewre. La figure [^xifxtt) 
achevee, il ne reste plus qnk supprimer le moyen et 
r^unir les extremes en xxne conclusion : la synthese des 
termes, le ^Uogisme est accompli ^ 

Ainsi la synthase des termes, fin de la demonstra- 
tion , est aussi la synthase des deux propositions an- 
tec^dentes. Les premisses sont les parties dont la 
conclusion est la totality , la mati^re dont elle est la 
forme ^. Mais, dans la nature, la mati^re n est que la 
condition de la forme ; la forme ou la fin est I'hypo- 
th^se qui determine le besoin de la condition ; le re- 
sultat est contingent, la mati^re n^cessaire et d'une 
n^cessit^ hypothitique '. Dans la science, cest tout 
le contraire : la n^cessiti^ est dans le r^suitat. Les 
premisses ne sont pas n^cessaires k la conclusion ; 
elle pourrait etre tiree d^ premisses toutes difiP<^rentes: 
la conclusion sort n6cessairement des premisses *. La 
matifere est ici Thypoth^se ou supposition qui entraine 

' Anal pr. I, xxv : JivfiSaivet ivi ikdrra elvcu ra Staaniiiara toIv 
Spci^v, Ai 3k ^poTcheis laeu toIs Siaari^fiatTtv. Gf. iv. 

> Jfet. V, p. 89,1. 1. 

' Voyezplus haut, p. 4i6. 

^ Phys. II , IX : iart Si to dpayxeuov iv re toU pjaJH{utGt xai iv toU 
xoLtk ^mp yiyvofiivott , Tp6vov rtvSi 'BfOLpaitXifjaUos',: iv 3k tots ytvopi- 
vots ivBxd Tov, avdvakiv^ ei t6 ti'Xoe Scrrou iff iart, xal id ipLicpoaBev 
iaieu ^ iarw ei 3k iiif, Saicep ixeT ftil Svros tov ovfAvepdGfiaTos ^ H dp)(ii 

OVX ioTM, X. T. >. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 491 

la position de la forme ^ La science est en sens con- 
traire de la nature : celle-ci est, en gto^ral, le rfegne 
de la contingence et de la cause finale; celle-1^, le 
rfegne de la n^cessiti, 

Mais souvent la nicessit^ de la matifere sensible 
s'^tend jusqu i la forme. La nature n est pas toujours 
maitresse des conditions, et elles lui font la loi. Tant 
quelle ne sest pas suffisammient assujetti et appro- 
pri^ la matifere, celle-ci, rest^e en dehors de sa 
libre action , la d^tourne par force de sa fm : ainsi 
s'introduit dans le monde laccident, produit de la n^- 
cessit^ ^. La liberty de la nature n est done , en g^- 
n^ral , que relative et conditionnelle. Pour la liberty 
absolue, il faut que le mouvement ait h6 libre dis le 
principe : de meme, dans la science, la n^cessit^ ab- 
solue suppose des principes n^cessaires. La conclu- 
sion, qui est la fin, est toujours n^cessaire d une n6- 
cessit^ hypoth^tique et conditionnelle, relative k la 
n^cessit^ des premisses; mais la perfection de la, 
science, la demonstration veut dans la conclusion 
ime n^cessit^ san$ limites et sans restriction : il faut 
done k la demonstration des premisses n^cessaires ^. 
Les propositions nicessaires sont celles ou Tattribut 
est de Tessence du sujet; enfin les attributs essentiels 
d un sujet sont ceux qui sont propres au genre dont il 

^ Met V, p. 89,1. 1 : Al vvo6i<Tets pour at ^poTdasis, 
* Voyez plus haut, p. 417. 
' Anal. post. I , vi. 



Digitized by 



Googk 



492 PARTIEIIL— DELAMETAPHYSIQUE. 
fait partie ^ Pour la n^cessite absolue de la conclu- 
sion , pour la demonstration, il faut dene que les trois 
termes soient d'un meme genre ^. Queique nombre 
de moyens qu'exige 1» preuve d'une conclusion , de 
queique nombre de syllogismes que la demonstration 
se compose, il faut que tons les moyens soient du 
meme genre que les extremes , et que la demonstra- 
tion entifere forme im tout homogene. 

Maintenant ie principe de Tunion r^elle de la ma- 
tifere et de la forme est la cause ; le principe de la 
synthase logique du sujet et de Tattribut est le moyen 
terme : le moyen terme repond done i la cause. Par 
exemple, Tintervention de la terre entre le soleil et 
la lune est la cause de 1' Eclipse de lune : c est done 
aussi le moyen terme auquel le syllogisme en appellera 
pour dteiontrer Teclipse; or tout probl^me revienta 
chercher la raison de la liaison de deux termes en 
une proposition, ou fun est le sujet, et Tautre 1 attri- 
but de 1 etrc ou d'une manifere d'etre. Tout problfeme 
revient done k la recherche d'une cause ou d'un moyen 
terme ^ : c'est la meme chose k deux points de vue 
diffSrents. Pour la necessity de la synthese des termes 



* Voyez plus haul, p. 366. 

' Amd. post. I, Yil : £ii' avrd ipa Se7 xal t6 ftitrop Ty rphep, xoi to 
^pchov T^ fU<T(p vvdp^eiv... fix yap rov at?Tov yivovs dv(fyxrt tat dxpa 
xal tSl fiiaa elvat. ix : kvayxn rd fiiaov iv rij aurij <Tvyyevel(f elpat. 

' Ibid. II, II : Svfi^o/vei ipa iv dvaurous rdts KvTj^treffi Kv^sJv ^ ei iari 
[liaov if t/ icTTi rd [U<tov tb fiiv yStp ainov, to fiiffov. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 493 

dans la conclusion , il faut done k la science un moyen 
terme qui en soit la cause dans la nature. Ici se ren- 
contrent et se touchent les systfemes opposes de la r^a- 
lit^ et de la pensee. 

Ainsi quatre sortes de causes , et de causes essen- 
tielles; quatre sortes de moyens, et de moyens essen- 
tiels, qui servent a soumettre les choses k la r^gle 
des notions. Par exemple , dans la sphere de tous les 
mouvements n^cessaires ou vioients , le moyen terme 
est la cause motrice qui agit par impulsion. Dans la 
sphfere des mouvements et des actions libres, cest 
Tattrait djB la cause finale. Ici , les termes qu'il s*agit 
de joindre sont, d'une part, un acte possible (C), et 
de Tautre, ce qu'il convient de faire (A) : le bien sert 
d'interm^diaire ( B) . De la r^gle generale qu'il faut faire 
le bien , et du rapport de Tacte avec le bien , 1 ame 
d^duit la convenance de Tacte ^. Dans la majeure est 
rid^al du bien , dans la mineure le possible ; dans la 
conclusion Taction, comme le meiJleur des possibles, 
et aussitot la volont^ execute la decision de Tentende- 
ment^. Chez i'animal, c est Tapp^tit qui tient lieu de 
la majeure ; la sensation , ou en g^n^ral Tin tuition , de 
la mineure; Taction elle-meme, de la conclusion, all 

1 De An. mot xi. 

* Ibid. VII : 6ti ftkv oZv v ^apa^s to av\LTsipaa\La , ^vep6v' at Si 
'tspotdaeis ai <croif?TixaJ ^(o^ S^o eiSSv ylvovreu , Sid ts tov dyadov xal Sid. 
Tov Jt/varov. De Mem. II. Eth. Nic. VII, v. 



Digitized by 



Googk 



494 PARTIEIII— DELAM^TAPHYSIQUE. 

(( faut boire , » dit i'app^tit ; « voici la boisson , » dit le 

sens, et aussitot ranimal boit^. 

Ainsi de meme que, dans la morale, le bien, qui 
en soi est un extreme , se trouve dans le milieu entre 
les passions , de meme la cause , extr6mit6 , commen- 
cement ou (in dans la nature , est le terme moy en dans 
la science. Mais de meme aussi que ce qui fixe entre 
ies excfes des passions le milieu du bien , c'est T excel- 
lence de la raison en sa libre activity, de meme c'est 
Tactivite de la pens6e qui determine et qui realise la 
cause dans la science , sous la forme du moy en terme ^. 
Si le moy en terme est en lui-meme le principe de la 
synthase des termes extremes, c'est Taction de la pen- 
sie qui est le principe formel du moy en terme; mais 
la pensee ne pent le prendre que dans I'intervalle des 
extremes et dans le genre auquel ils appartiennent. La 
sagacity k d^couvrir les causes n'est done autre chose 
que la perspicacity dans la determination d'une limite , 
ou mesure commune , erttre deux termes homog^nes '. 
Ainsi, quelle que soil T^tendue d'une demonstration, 
la science ne sort pas des termes dont elle se propose 
de trouver le rapport. Elle ne prend pas un attribut de 

* De An, mot. vii : Uoriov fiot, H eistdvfiia X^er roSl Si ^orov, v 
diaBv<rts elnev ij H ^avraaia ii 6 vovs* evd^s 'oivet, De An. Ill, xi. 

* Je n'ai trouv6 aucune indication formelle de ce rapprochement; 
mais il me parait sufiisamment autoris6. 

5 Anal post. I, xXxiv. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 495 

Talti^ibut , ni un sujet du sujet , mais un intermMiaire, 
attribut du sujet et sujet de Tattribut, sujet essentiel 
de celui-ci, attribut essentiel de celui-ii; en iln mot, 
elie commence par diviser ie milieu renfermi dans 
ies iimites de la conclusion , puis elle le resserre sur 
iui-meme , et le condense jusqu i ce que Ies extremes 
se confondent et ne fassent plus Yju'un ^ Si Ton 
donne au g^om^tre une figure dans Tespace, ou 
que, cherchant ime figure, il se la propose k Iui- 
meme, cest en menant des lignes ou des surfaces par 
quelqu'un des points ou quelqu une des lignes de cette 
figure qu'il en d^veloppe Ies propri6t6s : toute science 
fait de meme. En effet, toute pens^e est dans Tacte; 
la pens^e ne pense rien que ce qu'elle fait venir k facte. 
On ne sait qu'en faisant : savoir c'est faire; or fobjet 
de la science est donn^ k la science, soit dans le pos- 
sible, soit dans le r^el. On ne connait done rien qu en 
amenant k facte, par la division, ce qui nest qu'en 
puissance dans la totality de f objet et en y r^alisant le 
moyen terme ^. 

La m^thode syllogistique est done une synthase 

* Anal, post I , xxiii : OCSiisoTe i^anipa ^p6rourts ovS* ^vdpy^ov "kafi- 
€dveTcu Tov A iv t^ Seixtnjvai, dXX.' del to fiiaov 'OvxvoxiTou itas dStai- 
pera yivrtrcu xai iv, 

* Met. IX, p. 189, 1. 24 : EOp/oxeroi (9i xa^ t^ iiaypdpL^tena ivep^ 

yeicf.' ^uupovvTes ydp evphxovmv fiore (fiavepov d'ri ri Svpdpsi Sma 

eis ivipyttav dvay6p.eva eCpiaxerou, Ahiov S* Sri v6r\ms i) ivipyeta. 
il<n* ii ivepyeUis -ij S^vafus* xal Stoi rovro 'uotoOvres yiyv(haxovatv. Cf, 
Eth. Nic. Ill, V. 



Digitized by 



Googk 



496 PARTIEIIL— DELAMISTAPHYSIQUE. 
n^cessaire, fondle sur une division anl^rieure de Tin- 
tervalle de ses termes. La m^thode de division, au 
contraire, pour d^mOntrer i'attribut de son sujet, 
remonte k ia division du genre de Tattribut; tandis 
que le moyen terme doit etre contenu dans I'etendue 
du grand extreme, elle prend pour moyen tenne 
Tuniversel, et pour grand extreme, les difit^rences ou 
les espfeces difiKrentes donl I'^tendue totale est egaie 
k I'^tendue de Tuniversel. D'od ii suit qu elle n est pas 
plus en droit de conclure apr^s qu'avant ia division, 
quelle est celle des diflfiSrences qui appartient au su- 
jet , et qu'elle ne conclut qu en supposant ce qui est 
en question. Soit B (mortel) k dimontrer de D 
(homme) et partons de la division : tout A (animal) 
estB (mortel) ouE (immortel). De cette majeure dis- 
jonctive, et de ia mineure tout D est A, il suit seule- 
mentla proposition disjonctive ; tout D est B ou C. 
Dans cette alternative, pour obtenir la proposition 
affirmative simple B est D, il faut la demander et la 
prendre pour accord^e. h'homme ^tant un animal est 
mortel ou immorteL Main tenant est-il mortel? ce pent 
etre une opinion : ce n'est pas une conclusion. Au 
lieu de prouver, la methode de division interroge; 
c est une perp^tuelle petition de principe. Telle est la 
methode illusoire, Timpuissant syllogisme de ia dia- 
lectique platonicienne ^ 

* Anal. post. I , xxxi : fior* yeip i^ Sudpetns &aisep daSeviis cvT^Xoyi-- 
(Tfi6i' 6 i*^v yoLp izi SeT^ou edteitai. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE 11. 497 

La methode de demonstration tire toute sa force 
du moyen terme. Cest ie moyen terme qui fait ia mi- 
norite de la synthese des extremes. 

La synthese de la demonstration suppose done 1 a- 
nalyse , qui donne le moyen terme dans son rapport 
inverse avec les deux extremes. La science propre- 
ment dite suppose la connaissance ant^rieure des pre- 
misses^. Maintenant des deux premisses, la majeure 
est Texpression du rapport du moyen terme avec le 
petit extreme, cest-a-dire avec le sujet de la condu- 
sion ; la mineure est le rapport du moyen terme avec 
le grand extreme , 1 attribut de la conclusion : or rien 
de plus simple que de trouver la mineure. En posses- 
sion de la conclusion, et par consequent du sujet, il 
nous suffit'de Texperience pour connaitre dans ce sujet 
un attribut de plus; au contraire, la majeure est le 
rapport de deux attributs ; ce n'est pas une proposition 
propre au sujet, et que Texperience en puissei tir^r 
immediatement, mais un principe pour tout le genre 
dans lequei le moyen terme renferme le petit extreme. 
Cest done ia majeure qui est le principe g^n^ral de la 
demonstration; c'est la majeure qu'il s'agit de trouver 
pour en tirer la science , en faisant ressortir les con- 
clusions quelle enveloppe dans f etendue de sa puis i 
sance. 

Pour obtenir la majeure sans la conclure de de- 

^ Anal, post I, i. 

32 



Digitized by 



Googk 



498 PARTIE IIL— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
monstrations ant^c^dentes , il faut done une methode 
nouvelle, qui n'est ni la demonstration ni rexp^rience 
immediate : Vindaction est cette methode. L mduction 
consiste k tirer ia majeure de la comparaison de la 
mineure et de la conclusion ; elle consiste k conclure, 
de ce que le grand terme (A) et le moyen (B) sent 
enferm^s dans la comprehension du petit (G), que le 
grand est compris dans le moyen (A en B, B en G: 
done A en B). Mais il est Evident que cette conse- 
quence, illegitime en elle-meme, ne pent etre legi- 
time qu'^ une seule condition ; savoir, que le petit ex- 
treme (G) soit Equivalent au moyen terme (B), et 
qu'on puisse les substituer Tun k Tautre; or, pour Eta- 
blir cette Equation, il ny a qu'une voie : cest de 
prendre pour petit extreme tons les cas particuliers 
contenus dans Textension du moyen terme ^ Dans les 
sciences naturelles, rEnumEration complete est im- 
possible et serait superfine : on se contente du plus 
grand nombre, et on nEglige les exceptions et lacci- 
dent ^ ; mais la condition rigoureuse de la lEgitimitE 
logique de Tinduction n'en est pas moins la substitu- 
tion, au moyen terme , de la somme totale des indivi- 
dualitEs qui composent son extension. Gette condition 
rEalisEe , le petit terme et le moyen peuvent se con- 
vertir Tun dans Tautre ', La mineure tourne sur elle- 

* Anal. pr. II, xv. 

> De Part an. Ill , ii. Cf. Met. VI, ii-, XI, viii. 

' Anal. pr. II, xv ; Ei oZv avTitrrpi^et rd F t^ B, xal fii^ vvepreivet 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 499 

meme; les deux autres propositions, sans toarner sur 
elles-memes , tournent autonr de ia mineure , afin de 
presenter k ses deux faces les memes faces qu'aupa- 
ravant : la conclusion se trouve en tele, la majeure k 
la fin , i la place de la conclusion (au lieu de A en B, 
B en C, A en C, on«a : A en C , C en B, A en B). Ainsi 
rinduction est un syllogisme sans moyen tenne, oiile 
petit extreme tient lieu du moyen terme ,. et oh. la 
conclusion devient la majeure et la majeure la con- 
clusion ^ 

La demonstration et Tinduction s'opposent done, 
comme la m^thode qui descend des principes aux con- 
sequences et la m^thode qui s'elfeve des consequences 
aux principes ^ ; en outre , si toute demonstration sup- 
pose une majeure, et s'il est impossible que la preuve 
remonte k Tinfini , toute demonstration derive d une 
majeure indemontrable. Toutes les majeures interme- 
diaires peuvent done etre trouvees indifferemment par 
rinduction ou la deduction; mais la premifere majeure 
enchaque genre ne pent etretrouvee logiquement que 

rd \Uoov, avdyKii t^ A t^ B wsAp'jfjuv Ae7 8i voelv vd T to ef disdv' 

TOW r&v xaBixcunov avyxeifievov if ydp iisay(ayi\ Std 'odvTcav. Anal, 
post II, Yii : TLSv o^TOiS Sid t6 firiSkv iXXas, 

^ Ibid. : iisayayii (Uv cZv iari xal 6 i^ ivayeoyHs <nj)<Xoyt(Tfi6s t6 
' itd rov kripov Q-drepov dxpov r^ p.ia(fi dvXkoyhaaBou... Eot< S^ 6 roioih 

rof ffvkXoyKTiA^ rris ^pdm^s xal duitrov ^pordaeas Kal Tp6itov rtvd 

dtnixencu H iitayoiyri t& trriKkoyiayu^' 6 p.kv yap 3td tov (Uaov rb dxpov 
T& Tph^ SeixwaiP' ^ Si Sid tou rphov 76 dxpov rf ftiaep. 
« Eth. Nic, I, II. 

32. 



Digitized by 



Googk 



500 PARTIEIIL— DE LA METAPHYSIQUE. 
par rinduction ^. De son cot^ , rinduction suppose pour 
fondement, en demifere analyse, une conclusion 616- 
mentaire qui ne puisse pas etre la consequence d'une 
induction ant6c6dente : cette conclusion ne peut etre 
trouv^e logiquement que par demonstration. La de- 
monstration et rinduction sont done les deux m^- 
thodes oppos^es qui vont, Time des premiers prin- 
cipes aux demiires consequences , I'autre des deniieres 
consequences aux premiers principes; Le point de de- 
part de la premiere est le genre, et le terme auquel 
elle arrive, k travers toute la suite des especes, Tindi- 
vidu : Tindividu est le point de depart de la seconde, 
et le genre son point d'arrivee. L'lme va du general 
au particulier, f autre du particulier au general ^. 

La science ne toume pas pour cela dans un cercle; 
la demonstration est la premifere dans I'ordre logique , 
rinduction dans I'ordre du temps. La demonstration 
est la forme essentielle de la science ; Tinduction , qui 
doit s'y ramener, la forme accidentelle sous laquelle 
il nous fiiut saisir d*abord les elements. Celle-li est 
plus claire en elle-meme; celle-ci plus claire pour 
nous '. Ce qu'il y a de plus evident en soi , fevidence 

» And. post I, xviii. EtL Nic, VI, iir. 

' Top. I , xii : ^vayoyyii H i) avb rSv xaBixaara iid x^ KotBoXou ^ 
o3os. And. post. I, xviii. 

' And, post, I , III : KiJxX^ S' Sti dSipcifrov dvoSeixwaOcu dnXok ^ijf- 
"Xov, eivep ix ^poripanf Set riiv dit6S&&v elvcu xd yvo^pifiuripc^v dM- 
varov ydp itrrt rd aCrd iSv aiuroSv dfta tsp&sepcL xd ^arepa elpcu, ei firj 
tdv hepov rp6itov olov rd fUp 'dspbi ^^{iJSis* id S* dv'kQs, dvnep rpdvov 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 501 

meme, c*est rintelligible; ce qu'il y a de plus 'Evi- 
dent pour nous, ce sont les choses sensibles ^. La 
pure lumiere est trop vive pour nos yeux; comme des 
oiseaux de nuit, nous voyons mieux dans Tombre ^. 
Plong^s dans le monde des sens , il nous faut apprendre 
par degr^s h discerner ies choses de Tentendement sous 
les formes de Tespace et du temps , et dans la r^alite du 
mouvement'. Ainsi se reproduit, dans la sphere meme 
de la science , Topposition universelle de i'ordre de Tes- 
sence et de Tordre de la g^n^ration des choses , de la 
logiqne et de Thistoire, de la raison et de Texp^rience, 
de I'id^alit^ et de la r6alit6. 

Toute science a pour premier principe , dans 1 ordre 
de sa deduction logiqne, Tid^e d'un genre pris dans toute 
son ^tendue ; dans Tordre de sa g^n^ration, Texp^rience 
sp^ciale des individus envelopp^s dans T^tendue de ce 
genre , et qui Tenveloppent k son tour dans leur com- 
prehension. Toute science repose sur une sensation 
particidifere : un sens de moins , un genre de moins ; 

^ inayayyii 'isoiet yv(i}pi[Lov. Anal, pr. II, xxiii. Oticei fiiv oZv 'mpStepos 
KOi yvMptyLCiyrepos o StSt, rov ftitrov ffwXXoyKTfjw^f • "niuv S^ ivapyiarepos 6 
Slot tUs ivayayynS' * 

^Met. VII, p. i3a , 1. 6 : T(i J' kxdcrtois yv<bpi\UL xoi 'OpSrsa voXXdxis 
-npifJM iffri yv<hpi{tn, xal fitxpov ^ ovBh i/^^t rov Svros, Anal. post. I, li: 
Xiyct) ii tspos , •fiiiSs fi^v 'Opdrepa xal yvcopiitdnepa rSt, iyy^iepov rns 
(doBifiaeas* dttXoSs i^ 'utpfkepa xal yvtapmL&xtpa xa ^oppt&repov, Eart S^ 
zto^andrco fdv toL xaBSkou (i<£ktaray iyyvr droit Si rd xaSixatrra' xai op- 
rlxenai ravr' oXXifXoif. De An. II, ii. Magn. Mor. I, i. 

* Jfet. II, p. 36,1. 1. 

' Voyez plus liaut, p. 436. 



Digitized by 



Googk 



502 PARTIE IIL— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
par suite unc science de Inoins^ Gependant, en de- 
hors des genres , ii faut encore k toute science Tuni- 
verse! ; au deli des principes propresles principes com- 
muns , qui assujettissent k des lois communes toutes 
les demonstrations. Or runiversalit(6n'estpas, comme 
le genre , tine possibility impliqu^e dans la r^alit^ de 
certains individus ; ce n'est pas une condition propre 
k certaines formes sp^cifiques comme une puissance 
Test i son acte : c est un rapport ^ une proportion entre 
tons les genres et toutes les possibilit^s. Luniversel 
est done n^cessaire k la science en g^n^ral, ind^pen- 
damment de toute hypothise ct de toute restriction , 
et d'une n^cessiti universelie ^; par consequent les 
principes communs ne sont point des majeures de 
demonstrations, ni, par consequent encore , des con- 
clusions dlnductions correspondantes. lis ne se ren- 
ferment pas dans les limites d'un genre defini et dans 
mie sphere defmie de la sensibilite. Ge n'est done pas 
Texperience qui nous les donne, comme elle nous 
donne les principes propres '. Necessaires k toute pen- 
see , superieurs k toute experience , ce sont des pos- 
sessions naturelles , non des acquisitions ; ce sont des 
habitudes primitives de Tinteiligence. 

Les principes universeJs seraient-ils done en nous-, 

^ And. post I, xyiii. 
^ Voyez plus haul, p. 376. 

" Anal. pr. I , xxx : TSis fUv dp/Sis rds ^epl ixtunov ip.vetplas iarl 
'OapaSovvau. Cf. Hist. an. I, vi. Etk. Nic. VJ, xii. Voy. plus hant, p. Syo. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 503 

de tout temps, comme une science toute faite? Nous 
n en avons pourtant nulle conscience avant de les avoir 
appliques dans qnelqne cas particulier : or les prin- 
cipes sont par eux-memes plus intelligibles que les 
consequences. Ne serait-il pas Strange que la plus haute 
et la plus puissante des sciences demeurat cach^e 
dans lame sans qu elle sen apergut ^ ? Les principes 
universels ne resident done pas en nous avant toute 
experience , sous la forme d^finie de conceptions 
actuelles^, et dans Tacte de la pens^e. C'est k Vex- 
p^rience qu il appartient encore de les faire arriver 
k Tacte : seulement il n'est plus besoin ici de f enu- 
meration prealable de la totalite ou meme du plus 
grand nombre des cas particuliers auxquels le principe 
s'applique. Dfes la premiere experience du rapport de 
deux termes universels, dans un genre quelconque, 
rinduction pent etendre le meme rapport k tons les 
genres possibles avec une infaillible certitude. Des 
la premiere experience , elle pent etablir comme n6- 
cessaire la proportion ou analogic qui fait lessence 
de tout principe universe^. Les axiomes ne sont pas 

\ Met I, p. 34, 1. 12 : AX>(i ffffv et kolI rvyxp^voi G^ft^vTos oZact, 
^avfiourrov 'Bus XaifBdvofiev S^ovres rijv Kparlfrrriv t&v imarnyMV. Anal, 
post II, XIX : El (ih Sii i'xpfnev aikas (sc. t« i^ets) drovop. SvfA^a/vet 
ydp dxpt^earipai S^ovrag yvt&aeis dvoSel^sas , Xavddv&tv. 

* Anal, post loc. laud. : Oiire H ivwcdp^ovrnv d<p<apt<riUv<u ai S^ets, 
o^t' dtc' d(XXa)tr S^eoiv yivovrm yvtopi{UAxip(aVy £)<\d dv6 olcBrfiBOis* 

* Ibid. : fifify T<i tsrp&h-a iitaye&yvi yvoaplletv dvayxalov, I, X : KoivSt, 
Si XBT* dvctkoylav. 

m 



Digitized by 



Googk 



504 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
dans Tame seulcment en puissance comme toutes les 
propositions contingentes qu'elie pourra conqevoir un 
jour : ce sont en elle des dispositions prochaines, des 
habitudes toutes pretes k Tacte; aussi, lorsqueile ap- 
plique ces principes, ii ne lui semble point qu'elie ap- 
prenne, mais qu'eile reconnaisse : sa science lui semble 
reminiscence. On ne sait pourtant pas, avant Texp^- 
rience, Imdividualit^ ou la r^alit^ que Texp^rience 
seule pent d^couvrir; ,on ne sait pas que telle figure 
donn^e a pour somme de ses angles deux angles droits 
avant de savoir que c est un triangle , et il est faux 
que la science, d'une mani^re absolue, ne soit que 
reminiscence ^ Mais ce que Vkme poss^de d'avance, 
sans en avoir encore fait usage, sans savoir meme 
qu'elie le possMe , c est le principe qui enveloppe dans 
son imiversalite toutes les particularit^s possibles. 

La science de I'universel n'est pas en nous toute 
feite par avance , et elle ne s'engendre pas non plus 
de rexp^rience par un mouvement successif : c'est une 
puissance prochaine que rien ne s^pare de Facte qu'un 
obstacle a Texterieur, et qui, comme toute habitude, 
entre en acte dfes que Tobstacle est lev^. L'ame , sous 
le poids de la chair au commencement de la vie , est 

^ Ceci est dirig6* centre la theorie de Platon. Ancd. pr, II, xxi : 

()fioiws Si xal 6 iv t^ 'ULivuvt 'k6yos , 6ri -^ fidSifats dvdiivriffts. OiSSofiou 
ySip ovfAScUvet 'Opoeviaraadcu to xadixatnov, dkX dffca t^ iva^oiry^ Xa/x* 
Sdvetv jilv r&v xatd (Upos eVicmffiiiy^ Savep dvayvaapiiovras, itvta ydp 
eMs hfiev, oJov Srt S^o opBaU, ioLv eiS&fiev 6ti rpiycsvop, Cf. I , i. Magn. 
Mot. II, VI. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 505 

comme enseveiie dans ie sommeil : elle n'a cfVik s'^- 
veiiier. Comme un homme qui sort de Tivresse, ou 
qui de la maladie revient k ia saat6 , il ne s'agit pas 
pour elle de devenir autre qu'elle n'^tait , mais de re- 
devenir elle-meme. Pour entrer en possession des 
principes de la pens^e , elle nig subit pas de change- 
ment et d'alt^ration. Ce n'est pas Ik du mouvement, 
mais le repos qui succ^de aux agitations de la nature 
et des sens ^. La pens^e a ^t^ comme mise en d^route : 
elle se reforme par degris. Une perception sensible' 
s'arrete dans la m^moire, puis une autre toute sem- 
blab]e , puis une autre , et les individuadit^s dispers^es , 
les especes, les genres retrouvent peu k peu leurs 
rangs dans luniversalit^ primitive. C'est Tordre qui se 
ritablit, le rapport sous lequel les termes reviennent 
se pla^r d'eux-memes. Toute science, en effet, ainsi 
qire toute vertu, toute habitude en g^n^ral, est xme 
disposition, un ordre, un rapport Stranger au mou- 
vement^. 



* Pkys, VII, in : 6 Sk iS dp/9jg 'kri^ts zris iisiari^iirjs y^veens pL^v 
ovx iartv o^$* aX'Xoiaxjts'..., &atsep Sretv ix tov fted^etv ^ xade6Setv fi 
votJGtv eh rot ivavria fisretcn^ lis , oii ^afiev iittfrn^nova y&yovipau ^d- 
X«v xahoi dSiivaros ?iv rff ^irioriffxiy ^pHaScu '0p6Tepov otfrw ov3' Stop 
ef dp/fjs XaftCavrj rfiv ^&v' t^ ydp xaBiaraefdcu rijv ilfv/ilv ix ttjs ^<ti- 
xris rapa^ijs ^p6vifi6v u ylverou xai imtrriifiov* Aid xai rd ztcuSia, x. t. 
X. De An. II, V : E/s aM yd.p i^ iviSoms xal sis iv'Teki)(eiav. 

^ And. post. II, XIX : OJov iv f*^X9 *p<>^* yivo\Uws, tvbs ardvros, 
hepos ioxn], eW hepos, ^s iiti rijv dpx'ffv ?Xdev, x, t. X. Cf. Met 1, 
I, inii. 



Digitized by 



Googk 



506 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 

Ainsi, tandis que le champ ou s'opfere ie mouve- 
ment, c'est-&-dire ]e passage de la puissance h Tacte , 
est une quantity continue, dans iaquelle la division 
pent determiner une infinite de limites , le champ de 
la science se partage en un nombre fini d'intervalles 
indivisibles. Les intervalles de la science, ou les pro- 
positions ne sont pas des qnantit^s , mais des formes 
oh. la quantite n'est pour rien- je sont des rapports, 
qui ne renferment pas de matifere et qui ne pr^sentent 
pas de contenu k traverser, mais dont la pens^e as- 
send)le les termes sans mouvement et sans succession. 
Dans la nature tout est continu, et piein de Imfini; 
dans la science tout est discret et vide^. La realit^, 
dans toutes les categories, est comme une etendue; 
rid^ei comme un nombre : Tinfini est done impos- 
sible dans la science comme il Test dans le Oiombre. 
Si, entre les deux termes dune proposition, on pbu- 
vait insurer une infinite de moyens termes, la pens^e 
devrait les compter tous; r^numeration ne finirait 
done point; d'un extreme on narriverait jamais k 
rautre; il n'y aurait pas de demonstration et pas de 
science^. La totality de la science n est done pas seu- 
lement comprise, comme celle de la nature, entre 

* De An. I, lii : TaCfra e|^ (sc. xA yoiffiara) rf i^eSns ^v, akV ov;^ 
^ Td ftiyedos. 

* Met. II, p. 39, 1. 5 : Ov ySip 6\unov ivl riis 7paf*f*ff5 4l xarti rots 
Simpicrets fiiv ov^ iaronar voffaaf d' oCx iaxi \ii{ (mfitrawT St6irep oCk 
dptdiii^ffet xSls rofiSis 6 rifv iiteipov SteSfc&v. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE 11. 507 

uii commencement et une fin : la divisibilite en est 
finie, le nombre des interm^diaire^ limits, et elle se 
risout tout enti^re en un nombre d^tennine, ou du 
moins determinable , de rapports imm^diats , d*inter- 
valles indivisibles, de propositions ind^montrables , 
qui constituent les principes de la demonstration ^ 

Mais Tintervalle a des extr^mit^s; la proposition, 
le rapport, a des limites ou termes. Qu'est-ce que 
chacun des termes que la proposition aflirme ou nie 
Tun de Tautre? Cest ce quil faut savoir, avant que 
d'affirmer ou de nier. Avant la science, avant ses 
principes memes , qui sont les propositions ind^mon- 
trables, doit venir la determination des termes^, dont 
ces propositions ^noncent le rapport. Le commence- 
ment de la science est la ddfinition^. 

La proposition n'est que Taffirmation ou la negation 
d'lm fait, et tout fait est une relation, savoir quune 
chose est ou n^st pas comprise dans une autre. La 
demonstration est la preuve du fait. Mais la defini- 
tion est la determination de la chose en'elle-mfime *, 
de sa nature, de son etre. Elle ne dit pas ^aun tetme 
est en un autre : elle dit ce quest im terme donne. 

^ Anal, post I, xtx, xx, xxii : OCfre 'odsna anoietxrd* oih^ eh dlnvi- 
pov oT6v re fiaSlletv to ySip elvou 6%<ysepovovv ovSsp a^6 iariv 4 t^ 
elvat iiriSiv Sidiffrrifia dftsaov xai dStaiperov, dk'kot ^adirta Siouperd. 

* apos, dptcftds. 

' Anal, post II, in : A< dp/cu rav dvoieiSsoJv, dptaiioL I, in. 

* Met. VII, p. i5o, 1. 4 : 6 X<iyo5... 6 taxi ep«y(iaros. 



Digitized by 



Googk 



508 PARTIEIIL— DELAM^TAPHYSIQUE. 
L'objet de la demonstration est done Veodstence de Tat- 
tribut dans le sujet; Tobjet de la d^inition, Vessence^. 
Toute ^tendue se r^sout dans les intervalles et les li- 
mites, toute science dans les deux formes correspon- 
dantes de la demonstration et de la definition^. 

Les deux termes de toute proposition sont le petit 
etle grand extreme, le sujet et Tattribut ; tels sont 
done les deux objets de la definition. Tout attribut 
est un accident qui n a pas d'etre par lui-meme , qui 
est sans essence, et ne peut se definir que dans son 
rapport avec un sujet. Or le rapport de Tattribut au 
sujet peut etre de deux sortes : divisible ou indivi- 
sible, mediat ou imm^diat : en d'autres termes, il 
peut etre Tobjet d'une conclusion ou d*un principe. 
La definition d un attribut mediat est done la conclu- 
sion d'un syllogisme*. 

Mais tout rapport mediat a sa cause hors de hii. 
Non-seulement Tattribut mediat ne peut pas etre en 
lui-meme , mais il ne peut pas etre par lui-meme dans 
le sujet oil il est. Cest done de la cause de son rap- 
port avec le sujet que depend son essence et que sa 

* Anal. post. II, m : 6 iUp oZv opt^fios xl i<ni SiiXor ij H dv63ei^s 
6x1 ff iaxt x6Ss xaxSi xovSs, if ovx iaxiv, vii : Ax' ivoSei^ec&s ^afiev dv- 
ayxaSov ehcu SeixwaQeu disav 6xt iaxlp, el fiij ovaia e/17. MeL VII, 
p. i53, 1. 25. 

^ Met. I, p. 34, 1. 8 : Wiaa ftdBnms.., If St* airo^e/|e»$ ij 3t* optvyuuv. 
De An. I , III : S,6yos Sk ms if dptofibs ^ dv63et&s. 
' And. post. II, X. 

* Ibid. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 509 

definition doit etre tir6e. Or la cause est ie moyen 
tenne qui produit, dans la conclusion, la synthase 
des extremes. La definition de Tattribut m^diat ne 
doit done pas consister seidement dans la conclusion : 
elle doit renfermer le moyen terme. La conclusion, k 
elle seule, nYnonce qu'un rapport qui n est pas n^ces- 
saire et Evident par lui-meme. Rien ne prouve que ce 
soit la definition d'une chose , et non pas simplement 
I'explication de la signification arbitraire dun nom. 
Par exemple , definir la quadratiu'e , comme on le foit 
vulgairement, la formation dun carre 'equivalant k 
une figure donn^e, c'est nenoncer qu'une definition 
nominale; la definition reelle est la definition par la 
cause : la formation d un carre equivalant k une fi- 
gure donnee, par une moyenne proportionnelle. La 
moyenne proportionnelle estlat cause de la quadrature, 
et le moyen terme par lequel on en prouve la possi- 
bilite^ Enfin cest le moyen terme qui est la raison et 
la definition meme du grand extreme , et c est pour 
cela precisement que toute science repose sur la defi- 
nition : cest que la science est dans le moyen terme^. 
La definition de lattribut mediat est done de deux 
espfeces : la premiere est une conclusion; la seconde 

^ Met VIII, p. 171,1. 28 : AXX' i^rfkos, ^v fiii fxera Tfjf^ ouxias ^ 6 

* Anal, post, II, xiv . £«m Si rd fiiffov \6yos tov ^pdnov iKpov Sid 
'mSxjM ed iKtarijyLeu Si* opiafiov ylvovjeu. Met. Ill, p. 44, 1. i4 : OToy 
t/ ioTi TO TSTpayajvlleiv, Sri iiiGtjs edpstrts. 



Digitized by 



Googk 



510 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
un syllogisme complet, avec ses trois termes. La pre- 
miere est imparfaite et purement nominale^ la se- 
conde est la definition r^elie, essentielle et par£dte. 

Gependant Tessence, quelle <quelle soit, ne peut 
pas etre deoiontree, et la definition n'est nullement, 
comme la cru la philosophie platonicienne, une es- 
p^ce de la demonstration^. Eln effet, on ne peut de^ 
montrer Tessence sans la supposer , et sans prendre 
pom* principe la conclusion meme qu'on s'etait pro- 
pose de prouver. Le defini est le sujet, la definition 
Tattribut Or, en premier lieu, la definition doit etre 
renfermee dans tout le defini , par consequent la con- 
clusion doit etre affirmative et liniverselle'; en outre 
la definition est Tessence meme du defini : par con- 
sequent elle lui est propre, et elle y est contenue 
tout entiere; Tattribut doit etre pris, comme le sujet, 
universellement. Le sujet et Tattribut sont done ici 
de meme etendue , et convertibles Tun avec I'autre. 

^ J^ai suivi avec Zabarelia (in Anal. post. II, x) contre la plupart des 
commentateurs, et principalement des Grecs, I'opinion d'Averroes, 
qui ne fait point de la definition nominale une esp^ce particuli^re, 
distincte de la di^finition par conclusion. — Leibnitz [ Nouv. Ess. 
p. 353) : <La definition rielle fait voir la possibility du defini, et la 
nominale ne le fait point.* Gf. Kant, LogiquCy redig^e par Jaescbe, 
Scxi. 

* Anal. post. II, vii. Tin. And. pr. I, xxx : Ueidetp ive^eipow d>$ 
6vtos Svpaxou tirepi ovaias dv63et&v yiveaOou xai tov t/ iartv. 

' Ibid. Ill : T^ ii t/ iartv Arsap xaB6Xov Koi Ka'nryoptx6v. Par cons^- 
(pient Tessence ne peut ^tre exprim^e que par tin syllogisme de ia 
premiere figure. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 511 

Mais , si les extremes sont ^gaux, rinterm^diaire ou 
moyen terme est ^gal aux extremes. Le moyen terme 
de la demonstration ne pourrait done etre que la de- 
finition meme quil devrait seririr k prouver, et ia 
conclusion serait davance dans ia mineure ^ Done 
toute demonstration d'une definition, sous queique 
forme qu'on ia presente , renferme une petition de 
principe : ce n'est qu une vaine equation du meme 
avec ie meme. Serait-ce de la division que sortirait 
la demonstration de Tessence? La methode de divi- 
sion, en general, ne conclut que par une petition de 
principe ; elle met en ordre , elle developpe , mais elle 
ne demontre rien^. Mais, en outre, les attributs qui 
entrent dans la definition de Tessence ne peuvent etre 
que des attributs essentiels du defini, et la totalite de 
la definition doit comprendre la totalite des attributs 
essentiels. Or rien n empeche que la division ne saute, 
dans sa marche , des attributs essentiels , universels et 
necessaires, et quau contraire elle ne sarrete k des 
attributs accidentels ; en sorte que , fut-ce meme mie 
demonstration , la conclusion pourrait bien etre toute 
autre chose que Tessence cherchee. Mais supposons 
que ia division n omette ni najoute rien, oil sera la 
preuve qu'il n y a rien d'omis et rien d'ajoute^? La di- 
vision eut-elle donne la demonstration exacte de Tes- 

^ AtiaL pr. I, IV, VIII. 

' Voyez plus haul, p. ^96. 

' Anal, frost. li, v. 



Digitized by 



Googk 



512 PARTIE III.— DE LA Ml^TAPHYSIQUE. 
sence, elle ne porte pas sa preuve avec eUe. En 
g^n^ral , si la demonstration pent etablir ce qui fait 
Tessence , elle ne pent pas Etablir que c'est i essence 
meme. Elle ne peutpas prouverl'essence en tant qu es- 
sence. La demonstration de f essence ne peut etre 
qu'un syllogisme dialectique et logique qui enveloppe 
le sujet sans y p^netrer^. La demonstration , en gene- 
ral, ne donne qu'une existence. Si Tetre, au sens uni- 
versel d' existence, etait ce qu'ilsemble qu'ii soit au pre- 
mier abord et au point de vue superficiel de la dialec- 
tique, i savoir un genre auquel participent tous les etres, 
et si , en outre, I'essence des choses itait le genre , prou- 
ver Texistence ce serait prouver Tessence. Mais Tetre 
est une universalite indefinie, qui ne determine pas le 
genre des choses, pas meme le premier genre ou la 
categoric dans laquelle eiles doivent etre comprises^. 
Le genre fut-il done Tessence , aucune determination 
de Texistencene constitue Tessence meme. L^essence 
d'une chose n est pas tout ce quelle est, mais seule- 
mentce quelle ne peut pas ne pas etre; Texistence 
qu'on en affirme, ou que Ton en demontre^ n'est que 
Tenveloppe commune du necessaire et de Taccident, 
ridee vague de laquelle il reste toujours k degager 
I'essence. 

Ainsi Tessence de Tattribut mediat, qui a sa cause 

^ Anal, post II , viii : kW S(T7t "^oytxdg auXkoyta^s tov rl eori. 
Voyez plus haut, p. 347, n. 3. 

' Ibid. VII : Af' aiso^el^zthi ^a[iev OLvayKtuov elvou Selxvuadat dfvav 6n 



Digitized by 



Gopgk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 513 

hors de soi, ne peut etre trouv^e que par ia demons- 
tration, et pourtant aucune essence ne se demont^e^ 
Pour tirer de la (J^monstration Tessence de Tattribut , 
il faut pouvoir lui faire subir un changement de 
forme^, etla convertir en une definition expresse. 
Le syllogisme, avec ses trois propositions distinctes, 
et en meme temps ii^es ies unes aux autres, est 
comme la ligne que parcourt Tentendement d'une 
extr^mit^ i une autre; avec son moyen terme, un 
et double k la fois, ell^ r^pond en quelque sorte k 
la quantite continue. La definition contient Ies memes 
termes, mais sans intervalle qui Ies s^pare', sans co- 
pule qui en marque la distance^. Ce n'est plus une 
chaine de propositions, ni meme, comme la pro- 
position, un rapport de deux termes, mais ia forme 
tfun terme indivis ^. Ainsi la demonstration est 
comme la raLatifere de la definition, forme achevee 
de la science. Entre la demonstration et la defini- 
tion se reproduit, dans le sein de la science elle- 
meme, Topposition generale de la matifere et de la 

iarh, ei fii^ o^<Tla eln, Td Si ehtu oCk oCtria oiSevl' ov yap yivos t6 6v, 
Voyez plus haul, p. 3i i, 357. 

* Anal. post. II, viii : OCfj' dvev ditoSei^ec&s i<yTi yvSvm 16 t/ i<rtiv 
oZ iartv ai'siov i><ko, ov*t* itrnv dis6$ei&s aCrov, . 

* Ibid. X : OJov d7c6iet&s tou t/ iart, rij Q-iaei Sut^ipo)v rffs dvoSei- 

' Ibid. : C^Sl fUv d'K6Ssi^s avvex^s, oiSl Bi dptafi6s, 

* De Interpr. v ; T^ a^vpeyyvg eip^<JQau, 
^ Met. VII, XII. 

33 



Digitized by 



Googk 



514 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
fonne, de la quantity et de la quality, de la r^lit^ 
et de f id^e. 

Mais le rapport de Tattribut au sujet est-il imm^- 
diat, est-ce une proposition ind^montrable «t non 
une conclusion, en un mot est-ce un principe qui n'ait 
sa cause qu*en soi, Tessence de Vattribut ne ressort 
plus d*une demonstration : il n y a plus de moyen 
terme; ce nest ni une conclusion ni un sylit^^me 
transform^ , mais un premier principe. Ainsi la defini- 
tion parfaite de tout ce qui est par soi-meme ne doit 
renfermer, commela definition imparfaite de ce qui 
est en un autre que soi , que les deux termes d'une 
proposition. Seulement Tune est une conclusion inde- 
montr^e, et qui a besoin de demonstration; Tautre , 
une proposition evidente par elie-meme , la position 
ou ihise indemontrable de Tessence^ La definition 
immediate et la definition nominale sont de ineme 
forme : ce sont les deux extremes semblables par la 
forme, opposes par le fond, entre lesquels se place la 
definition mediate par la cause, comme du principe k 
la conclusion se developpe la demonstration. 

Gependant si Tattribut inunediat est dej^ par lui- 
m6me dans son sujet, il nest pas encore en lui-meme. 

Son etre est toujours d'etre en un autre que soi^. L'at- 

« 

^ Anal, post 11, ix : l^art ii tSv (Up hep6v xt tdxtov, xSh I* o^n 
iarw\ Ckare i^ov 4ti xai r6hf xl iart xA fnip dffceoa xai op^j^oi ^mv, x. 
T. X. X : 6 Si x&p diUoiiP dpi9(i6t Qrims iaxi roOf xl iaxtv dpa7f6S8iXTOs* 

* Fonnule scolastique : Accidfintis esse est inesse. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE 11. 515 

tribut , quel qu'il soit, primaire ou secondaire, m^diat 
ou immidiat, n'a pas en lui d'essence \ et ne peut etre 
en lui-m^merobjetde la definition. Cest dans la na- 
ture du sujet qu'est la raison derni^re de Tessence 
des attributs. Seul, le sujet (le petit ettr^me) est k ia 
fois par soi et en soi-m£me : c*est done le sujet seul 
qui est f essence^ et qui est Tobjet veritable de la de- 
finition immi6diate. 

L'essence ne se trouve done que dans la seule ca- 
t^gorie de TEtre. Gar toutes les autres categories sont 
des accidents dont I'etre est la substance; toutes, 
eH^s n ont d'etre que d une mani^re secondaire et re- 
lative. L'etre est done le premier objet de la defini- 
tion; il en est, au sens propre et d'une mani^re 
absolue, le seul et unique objet^. 

Neanmoins, et tout etre quil est, Je sujet de la pro* 
position peut etre un terme compost, assemblage 
d'une substance et d'un accident. Or, que ce soit un 
accident m^diat ou imm^diat, premier ou secondaire*, 
la combinaison d une substance avec un accident n'est 



* Voyez plus haut, p. 298. 
^ Cate^f. V. 

' Met, VII, p. i54} 1 2 : Havep yatp xai t6 iariv ^vdp^ei 'mSatv 
oXX' ovx ^fAo/a>£^ oXXfll t^ fikv ^p(&T09g tots 3* ivofUvas , odro) xal fd ri 
iarw ditXSis (dv t^ oC<tI^ 'O&s Si toTs dfXXoi;. — Kai t6 t/ Hiv elvai 
Spohft ^dp^et vpi&ttas iUp xal iitXaSf rij oM(ji eha xal joh dfXXoir. — 6 
'ap^OK xal ajskQs optofids xai t6 t/ ^v ehai iartv, P. i36, 1. i : Md- 
povgifs odalas iarh d opt^rpbds, 

* Ibid. p. i35, 1. 4 sqq. ' 

33. 



Digitized by 



Googk 



516 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
qu*une essence relative; et Tessence absolue & laquelle 
elle se rapporte, c'est ia substance meme qu'elle ren- 
ferme. Pour d^finir un terme compost; il faut en 
remettre la substance dans ia definition ; il faut done 
la nommer deux fois, une fois dans la definition, une 
fois dans le d^fini. Par exemple : (( le nombre impair 
estun nombre, etc. » Mais Tessence ainsi constitute 
rfest encore qu'une essence relative. Pour en donner 
la definition, il faut y reprendre de nouveau la sub- 
stance qu'eile contient, et la remettre en tete de la 
definition precedente; puis apr^s cette fois une autre, 
puis une autre encore, sans pouvoir jamais s'arreter. 
L* essence, que poursuit la definition, recule pas A 
pas , et se derobe dans Imfini ^ 

Or Taccident, mediat ou immediat, rfa d essence 
que dans une substance. La combinaison de la sub- 
stance et de Taccident est done le fondement oh se 
ram^ne necessairement et sur lequel doit etre assise 
la definition de Taccident. Ainsi, en general, et pour 
resumer tout ce qui precede, Tessence nappartient 
pas k ce qui n existe qu'en composition. Tout ce qui 
est en un autre que soi, n'a d*essence qu*en son rap- 
port avec cet autre, et, par suite, ne peut etre defini 
qu en se repetant soi-meme dans ce rapport^. Le 

^ Met. VII, p. 1 3 5, 1. 39 : E/f d'Ketp6p Bi<n* (npl yap juvl trtft^ ht 
d(XXo iviajeu, 

* Ibid. p. i36, 1. 3 : E/ yStp xoti r&v d(XX»v xamyoptaw (sc itnht 6 
dpt<r^) dpAyxn ix 'utpoaSiaecas elvat, olov rov ^otoO jcoi 'eeptrrov (leg. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 517 

signe et le caract^re distinctifs de Tessence , c est la 
definition oji ne se r^p^te pas le d^fini : car c*est le 
signe de ce qui n'est qu'en soi^ Tout ce qui nest que 
relatif na pas son essence en soi, n^est point, par 
consequent, la meme chose que son essence, et, par 
consequent encore, n'est point susceptible de defi- 
nition^. 

L'objet de la definition ne pent etre que la sub- 
stance, consideree en elle-meme^.vMais, dans la sub- 
stance meme, la definition ne s' attache qyHk Tessence. 
Or la matiere ne fait pas partie de Tessence; indeter** 
minee, indefinie, elle echappe necessairement k la 
definition. La definition ne comprend done pas la to- 
talite qui est le sujet de la forme, mais la forme toute 
seuie*. La realite concrfete est encore un compose qui 
n'est pas identique k son essence meme, et qui n*a 
aussi d'essence que dans son rapport a la forme ^. La 
definition ne porte done sur les choses concretes que 
d'une manifere secondaire; eile ne les definit que dans 



tjoo-oiy?)' oC ykp dvev dptdfiov (add. rd 'utepiTtdv), o^3i f6 QifXv dfjrev 
Ss^v. 16 i>* ix 'OpoMaetas Xiyo^tev iv oh avfi^edvei Bis fd at/rd "Xiyetv 
&<rBtp iv robots. £i 3k toSto akifiks, oCSk avv^aioitivoiip i<rreu, olop 
dptdfiov 'meptTtov, 

* Met, VII , p. i33 , 1. 19 : £v $ dpa fiit iviareu \6y^ aird, Xiyov 
aCrd, oSros 6 \6yos rov t/ fv ehcu ixdar^. Gf. p. i35, 1. 4. 

^ Ibid. p. i36,l. 16, sqq.; p. i38, 1. 20. 
' Ibid. p. i33,l. 21. 
^ Ibid. p. i53, 1. 19. 

* Ibid. p. iSa, I. 27; p. i53, 1. 2. 



Digitized by 



Googk 



518 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
leur forme essentielle. La definition ne p^n^tre pas 
dans rint^it^ de Texistence r^elle; die Tembrasse 
seulement dans ia circonscription de la forme. Or la 
forme consid^r^e enelle-meme, ind^pendammentde 
lamati^re variable dans laquelle elle se readise, cest 
la forme en giniral, ou Tesp^. La definition n a done 
pas pour objet les individus, mais les esp^ces de la 
substance ^ 

Mais Tesp^ce elle-memue ne suppose-t-elle pas en 
general une matiire, comme sa condition? Par 
exemple , rid^e de Tanimal n*implique - 1 - elle pas , 
avec oeUe de Tame , qui est ici la forme , celie du 
corps, qui est la mati^re? La mati^re entre done 
dans Teflsence et dans la definition de Tesp^ee; mais 
la matiere n est plus prise ici qu'en general , c est-4- 
dire dans un sens id^al et formel. La matiere de 
la r^alite concrete, ou de findividu, ce sont les par- 
ties materielles dans lesquelles il se r^sout en ces- 
sant detre , qui etaient avant lui , et qui subsist^it 
apr^s lui^. La matiere de resp^ce est la matiere dans 
son rapport immediat et necessaire avec la forme, 
c'est celle qui commence d'etre et qui cesse d'etre 
avec elle. Ainsi, dans une syllabe, ce ne sont pas 

* Met. Vll, p. i5o, 1. 1 : Tw y^ ufiMSko\t wu roff c^ov^ b ojuaft^. 
P. i33, 1. 31 : <Mx itntu d(pft o^tvl tOp fii^ -yipous eiSSp vsA^ov to 
t/ ^v tivcu, aXX<i to^ois ii6vop. And. post I, xjv : To S^ ri iatt wp 
kMXou iari. II , xii : Aiei S* earl was 6pos xaQdiXov, 

' Ibid. p. i47, 1. 9 sqq. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 519 

ies lettres dans leur materiality, comme prononc^es 
dans iair, ou ^crites sur une>tablette, mais Ies lettres 
dans un certain ordre; dans Tanimal, ce n'est pas le 
corps en tant que corps, mais le corps organist et 
capable de vie. L'animal, en p^rissant, ne se r^sout 
pas en parties oi^anis^es : Toi^anisation cesse detre 
avec la vie ; la main d un mort n a d une main que 
le nom ^. La mati^re n'est done pas ici une partie 
int^rante de la chose concrete, mais une partie 
constituante de son idee abstraite ^. Ge n est plus une 
matiere sensible comme Ies parties du corps en 
elles-memes ^, mais seulement la condition g^n^rale 
du rapport de la forme avec le monde sensible. Dans 
le premier sens, la matiere est la condition actuelie 
de rindividu dans le champ de rexp^rience actuelie; 
dans ie second sens , elle est la condition de Tesp^ce 
et, par suite, des individus, dans le champ de Tex- 
p6rience possible^. La matiere qui entre dans la 
composition de la definition n'est done pas la somme 
des parties qui forment la r^alit^ mat^rielle par leur 
assemblage dans Tespace ou le temps , et qui la me- 

* Met. VII, p. i5i, 1. 1 1 : AJadiirdv ydp w t^ K^mv xai dptv xivifo-e&>$ 
ovx iaxiv opiaaaScu' 3t6 oi^ dvsu x&v ftep»y ix6tnonf 'oeoi, OU y^Lp 
tsAvrm tow ipdpt&vov ftipos ^ xjslp, aXk* ^ ivpofUvn rd ipyov dvoTe- 

TiiSv, Aire ^^ux®^ ^^^ P- *^^» *• ^7- ^^- P* *^^' *• ^7- 
« Ibid. p. ae, 1. i4-, p. i48, 1. 4 sqq.; p. i49, 1. 28. 
' Ibid. p. i46,i. 3o. 
^ J'emprunte au langage de Kant Teipressioii ^expkience pos" 

sibU. 



Digitized by 



Googk 



520 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
surent selon la quantity ^ . Cest rhabitude totale des par- 
ties dans Tespace ou le temps en g^n^ral, selon la qua- 
lite essentielle, imm^diatement n^cessaire k la forme. 

Toutefois, rhabitude mSme de la mati^re, pour 
etre la condition de Tessence, nest pas Tessence; 
Tessence est la forme : dans Tanimal, Tame; dans 
rhomme, la raison. Ainsi> si la chose concrete et 
individuelle, avec sa matiire particuliere, n*est pas 
identique avec son essence , laquelle n'est que dans 
Tesp^ce, Tesp^ce, avec sa mati^re sp^ifique, na pas 
non plus son essence en dle-meme et dans sa totality 
complexe, mais bien dans sa forme sp^cifique^. £lle 
ne fait pas un avec elle : elle se rapporte k elle comme 
k son principe et ^ sa mesure ^. 

Gependant, ind^pendamment de tout rapport avec 
le inonde sensible , la forme qui fait fobjet de la 
definition est k elle seule un tout» compost de par- 
ties. En effet , Tessence d*une chose se compose de 
tout ce qui s*en affirme universellement et sans quoi 
elle ne pent etre con^ue » c est-^-dire de ses attributs 
nicessaires*. Ces attributs sont done les parties, la 

' Met, VII, p. i46, 1. 9 : Uo'k'kax'Ss Xiyerat rd fUpof ^ ets fUv 
Tp6vos t6 fierpouv xatSl rd 'eoa6v* 

> Ibid. p. iSa, 1. 19. 

» Ibid. p. 168, I. 18 : EJfn ^ Ay iv' dfiiporipois t6 K^p, o^ 
d)s kvl Xc^^ \9y611evov aXk* &s ^pbt iv. Sur Topposition de tirpdf h 
et KoB* iv, voyez plus baut, p. 359, n. a; p. 358, n. a, TA-wp^j iv 
oppos^ k T^ kvl y6y^ hiXoi^sva, 

* And. post, II, xui. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III. CHAPITRE 11. 521 

mati^re de la definition. Mais cette mati^re intelli- 
gible n est plus la mati^re sensible ^ : e'en est tout le 
contraire. Dans la reality concrete, comme dans la 
forme, les parties peuvent etre sans le tout, etle tout 
ne pent pas etre sans les parties. Mais 1^ , YStre dont 
il s'agit est Texistence r^elle dans le temps : ici, c est 
Tessence abstraite, letre dans Tordre logique. La 
totality concrete ne pent pas exister sans ses parties, 
ses parties peuvent subsister sans elle : la totality de 
Tesp^ce ou de Tid^e ne pent pas etre congue sans ses 
parlies formelles , ses parties formelles peuvent ^tre 
congues sans elle. Au contraire, les parties de la tota- 
lity concrete ne peuvent etre con§ues que dans Tid^e 
du tout ^. Les elements de la forme sont done ant^- 
rieurs dans Tordre logique k la totality, et la totalite 
aux elements de la r^alit^ ^. La matifere de la cbose et 
la matiire de fidie s'opposent entre elles comme la 
mati^re et la forme en gte^ral, et dans le rapport 
inverse de Tordre du temps et de Tordre logique. 

Les parties de la mati^re dans la reditu concrete 
sont des quantit^s qui composent par leur addition la 
quantity plus grande du tout. Les parties de la forme, 

^ Met. VII, p. 149, 1. 9 : 't'kv ^^ 'H (tkp a/ffft|T»| iariv, H ^d vonTif. 
P. 174,1. 1. 

* Ibid. p. i46, 1. 4 sqq ; p. 147, 1. 24 sqq. 

' Ibid. p. 1 48 , 1. 4 : HoG* Soa (Uv fUpn e&« iSOi? Koi sis & StmpeTroi 
&s ifk'nVf ^(rrepa- 6oa Si &s loQ "XAyov xa\ xvis ovaias Tyf$ KarSi rdv 'k6yov, 
'BoSrepa. — h. 1 5 : Tov fiiv oZv avv6'Xov ^pArtpa tavt' iarw &s , icnt 
3* &i oil. 



Digitized by 



Googk 



522 PARTIEIIL— DELAMETAPHYSIQUE. 
au contraire, sontplus g^n^rales, etpar consequent 
plus ^tendues que leur tout : ce n est pas par addition 
ou par juxtaposition successive c[u'elies s'unissent en 
iui, mais par un enveioppement graduei, k partir de 
la g^n^ralit^ la plus large, et par une condensation 
progressive ^ L^, le tout est d*extension; ici, il est de 
comprehension. L^, il se divise; ici, il se decom- 
pose ^. Chaque degr^ de Techelle des esp^ces , dans 
chaque cat^orie, comprend done tons les attributs 
essentiels de tons les degr^s sup^rieurs,. dans Texteh- 
sion desquels il est ^ son tour renferm^. Chaque classe 
n est autre chose qu'une division determinee par une 
difference du genre place immediatement au-dessus 
d*elle. D oil il suit que la definition d*une espice quel- 
conque se compose du genre le plus prochain de 
Tesp^ce et de Tune des differences opposees de ce 
genre'. Le genre est done la mati^re de Tessence; la 
difference est la forme qui le determine. Le genre est 
la puissance; la difference est Tacte dans lequel la 
puissance vient se realiser^. Ainsi se repondent et 

^ Voyezplus haut, p. 487. 

^ kpaXiSerou, Voyez Met, V, p. 1 19, 1. 2. Le genre est, en un sens, 
une partie de Tesp^ce, et I'esp^e en un autre sens one partie du 
genre (voyez plus haut, p. 4B5). L'esp^ce se trouve par la division 
de r^tendue du genre, le genre par la dicomposition de la comprehen- 
sion de Tesp^e, qui est la difnition. 

' Ifee. VII, p. i54-5. 

* Ibid. VIII, p. 174, 1. 2 : Aei toS Xoyou to fiev ifkVf to ^ ivifyyetd 
iaiiv, oTov 6 xt^xXo$ (^X^l*^ inheSov. P. 167, i. 3i : Itoixe yap 6 fiiv 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 523 

sopposent dans la nature d'line part, et de Tautre 
dans la science, la matifere et le genre; ainsi sWan- 
pent comme de deux extremities contraires lea puis- 
saaces correspcmdantes de la rMit^ et de la peos^e 
vers la limite commune de la forme. 

L'esscnce n est done pas le gem'e, comme Platon 
Tavait cm. Le genre, commun k plusieurs espj^ces, 
n'est qunne possibilite indefinie dont elles sont les 
realisations differentes; 1 essence d*mie chose n'est pas 
ce qu*eUe a de commun avec d^autres, mais ce qui 
iait son etre et sa nature propre, et qui , par conse- 
quent, la distingue de toute autre chose. L*essence 
est done la derniere difference ^ Mais la derniere 
difference en elle-meme est plus etendue que respfece 
quelle determine. Par exempde, dans cette defini- 
tion : le nombre trois est un nombre impair premier 
dans les deux sens {c*est-i-dire qui n est ni un produit 
ni une somme de nombres ) , la difference n est pas 
propre au nombre trois , car elle appartient aussi au 
nombre deux , qui n'est ni un produit ni ime somme 
de nombres; mais il n'y a que te nombre trois qui 
soit k la fois impair et premier dans Tun et Tautre 
s€ns ^. C'est la limitation reciproque du genre par la 

Sta x&v iia'pjop&v "kdyos rov si^vs xttt rris ipepysias ehm, 6 i* ix rcov 
iwitapx/^PTtav rrit HXvs ftfiXXot». Cf. X, p. 209, I. a. 

' Met. VIII, p. i54» 1. ^7 •■ ^oLvepdv 6n -h re^evraia Sta^op^ ii ovaix 
rov igpdyiutTos itnat xa« 6 6pi(f\i.6s* 

- Anal. post. II, xiii. 



Digitized by 



Googk 



524 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
difi!6rence et de ia difference par le genre qui donne 
r^tendue exacte de Tespfece. Le propre du d^fini n est 
done ni le genre ni la dernifere diff(6rence toute seule, 
mais ieur totaiiti ^ L* essence ou la difference, en tant 
que difference, n est ni la matifere ni la forme abstraite; 
c est la forme dans sa mati^re ^. 

Ainsi Tesp^ce, interm^diaire entre les individus 
qu*elle contient dans son t^tendue, et le genre ou elle 
est contenue, Tespfece est Tunique sujet de la defini- 
tion. Le premier genre, qui est Tune des categories » 
est indefinissable; car il ny a pas d*etendue dans la- 
quelle on puisse le renfermer. L'individu est indefi- 
nissable; car, au dedans de la demiire esp^ce, fl 
n y a plus de difference specifique pour distinguer les 
uns des autres les individus qu'elle contient '. Le pre- 
mier genre est trop large , Tindividu trop etroit pour 
]a definition. Entre ces deux extremes de Tafiirmation 
et de la negation universelles , entre ce maximum et 
ce minimum de Tinfiniment grand et de Tinfiniment 
petit vient se placer le moyen terme fini danrles 
deux sens, Tunite complexe de la generalite et de la 
difference. La definition n'est done , ni au sens de la 
forme, ni au sens de la matifere, ni comme luni- 

' Aiud. post. II , VI : titov rd 'oSv* tovxo ydp iart to ehou ixeipi^, 

^ De Part. an. I , ili : £a*ri ii ^ iiTJpopet rb eliot iv r^ ^iy. 

^ Ibid. p. 169, 1. 20. Les individus ne difil^ent (essentiellement 

qu apidfMS non eiSet, et par consequent n ont pas de difil^ences (es> 

sentielles) concevables ni exprimables. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 525 

versel, ni comme Tatome, une vmfXi absolument in> 
divisibie : c'est un compost; ce n*est pas pourtant 
comme le compost de la r^alit^, auquel r^pondent 
dans Tordre logique i'espfece et la definition, ce n*est 
pas une grandeur continue et ind^finiment divisible; 
mais un tout d'un nombre d^fini de parties indivi> 
sibles, auquel on ne pent en aj outer ni en retrancher 
aucune sans qail devienne autre qu*il n'^tait. En Jun 
mot, c est ime sorte de nombre ^ Dans Tordre de la 
science, oix pourtant il n'y a point de quantity r^elle, 
la definition r^pond k la quantity discrete comme la 
demonstration k la quantity continue. 

Mais d'od vient que ce compost de la definition 
forme une unite qui ne se dissout pas dans les ele- 
ments dont elie fait un nombre ^ ? C*est que c'est la 
forme logique d'une chose une, laquelle est Tessence. 
Or d oil vient runitedefessencePeUe n« vient pas dun 
melange de ses elements ni d'une participation des uns 
aux autres , comme Tunite exterieure d'un corps du 
contact de ses parties ; elie vient de ce que ses ele- 
ments sont entre eux dans le rapport de la matiere 
et de la forme, cest-4-dire de la puissance et delacte, 
et qu*ils s'unissent dans facte ^. Dans le monde de la 

r 

^ De Part, an, VIII, p. 169, i. So : 6 re y^ opurftds dptd(i6s tis 
[3uupeT6e re yStp xeU els ditaipera' oU yetp dwetpoi oi Xiyoi) xai 6 dpiB' 
3k TotovTos, X. T. >. Gf. De An, I , iii. 

« De Interpr. v. Met VIII, p. 173. 

* Met, loc. laud. 1. 18 : E/ ^ i<niv, Atrxep 'kiyofiev, j6 (ih ^n rh 



Digitized by 



Googk 



526 PARTIE IIL— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
nature, I'union de Ja puissance et de Tacte s'op^re par 
ie mouvement, et ia cause de Tunit^ n'est autre chose 
que la cause motrice ^ Dans le monde de ia science, 
la puissance est tout id^ale; la cause fbrmelle de 
Tunit^ se trouve dans la conception de lunifti de ia 
forme sp^cifique ^ comme du principe determinant 
de Tunion de la puissance ayec Tacte. Ainsi revient 
rid^e de la cause dans la definition des espk^es de la 
substance comme dans ceHe des accidents. Dans le 
monde de la reality, il faut pour tout cbangement 
artificiel, ou en d*autres termes, accidentei et violent, 
une cause exterieure qui impose la forme k la ma- 
ti^re; pom* tons les changements naturels, la cause 
est le principe interne de la forme substantielle des 
choses, la nature, Ykme qui les fait vivre '. De mSme, 
dans la definition de laccident qui a sa cause hors de 
lui, ridee de la cause s'exprime au dehors, sous la 
forme d'un moyen terme Stranger aux termes ex- 
tremes de f accident et du sujet; dans la definition de 
la substance, qui a sa cause en ette-meme, elle s'enve- 
loppe, sans se laisser voir, sous la conception impli- 



2i Itop^f'Xal 76 lUv Swdfiet to ^ ivepyeief,, ovxirt avopia id^etev &p 
zivat rb ZnroCfievov, Gf. p. 170, 1. i4. 

^ Met. Vlir, p. 174, 1; a8 t AJfTiot* &^v diXXa «rXi^v ei rt &i xivii- 
atLP in ^0pdj^Li»9 eh Mf^twif* 

^ De An, III, vi : Td ii iv 'OoioCv roifTo 6 vavt inaarov. 

^ Ibid. VIII, p. 169, 1. 17 : T^v ydf pimv \iuiviiv iv xt9 Q^hi r&v 
Af rots ^Oaptdfi^ oCffiav* 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE 11. 527 

cite de runiti substantielle du genre et de la difS^ 



rence ^. 



Mais, maintenant, Tessence des etres naturels ou 
animus, qui remplissent toute la cat^gorie de Tjfitre , 
n est pa5 un principe g^n^rai comme une id^e piato- 
nicienne. Toute g^niraiit^ est une puissance , plus ou 
moins voisine de Tacte, mais qui n'est pas en acte. Or 
Tessence d'une chose est le principe interne de son 
action; c'est elle-meme, dans iexercice de son acti- 
vity propre. L'essence r^eiie n'est done autre chose 
que i'individualit^^. Done les definitions ne peuvent 
Tatteindre , et elle leur ^chappe sous ies formes sp^- 
cifiques oh. il semblait qu'elles allaient la saisir. Sans 
doute f essence est la forme , mais non dans la g^n^- 
ralit^ abstraite qui constitue Tesp^ce ; c est la forme 
dans la determination parfaite , c'est-^-dire dans Tu- 
nite de Taction individueHe. Toute notion est g^n^- 
rale , ainsi que tout rapport : toute notion est divi- 
sible^. Aucune ne pent p^nitrer jusqu'i Tindivisibilite 
et la singularite de TEtre. En determinant la forme 
spedfique, la definition ne determine done quune 
forme exterieure de Tessence; elle ne determine 
qu'un indefini, une possibilite qui embrasse dans sa 

» Met. VIII, p. 169, i. 2 sqq. 

* De Gen. anM\ i : ft ySip o^ala rSiv Svtodv iv t^ xad* ^xenarop, 

* Met. VII, p. i48, 1. 29 : 6 U Xdyoj iarl tow HoBiJikov. P. 160, 
1. 22 : Kotvds dpa y<6yos> V, p. 96, 1. 12 : KaO* a'^bv ^Ss k^yos Stcu- 
perSs. 



Digitized by 



Googk 



528 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
sphere Texistence , mais qui ne la constitue pas. L'es- 
sence et {'existence se confondent dans Tabsolue indi- 
visibility de lacte, et Tacte n^est pas fobjet des id^es 
et de la science : c est Tobjet de Fexpirience et de 
f immediate intuition ^. 

La sphere de la science pure est cdle des math^- 
matiques. Les objets des math^matiques sont les 
formes g^n^rales de la quantity , ind^pendamment de 
tout sujet/^el : cesont des esp^ces sans individus, 
des id^es sans autre mati^re qu'ime mati^re intdli- 
gible^, des essences id^ales que la definition con^titue 
tout entifere, et dont la demonstration d^veloppe d 
priori, par une suite de propositions cat^goriques et 
universelles , les propri^t^s n^cessaires'. A mesure 
qu'elles s'doignent de la r^alite, et que leur objet se 
simplifie, les sciences math^matiques elles-^oiemes 
deviennent plus exactes et plus demonstratives. La 
mecanique est soumise k la condition gen^rale du 
mouvement le plus simple et le plus d^fini, le mou- 
vement dans Tespace : elle a ses raisons dernieres 
dans la g^ometrie. La g^ometrie, la science de la 
quantity continue, est encore soumise k la condition 
de retendue : elle a ses raisons derniferes dans Tarith- 

* Met V , p. 1 49 , 1. 5 : Tot^Twy ^ ov'it Sartv 6pt<Tii6s, aXXat ftera foij- 
aeoifs 1i aioBi^aeoif yvcapHomcu* kveXB6pras i* ix rUs ivreX^exeias ov ^- 
"kov ^6TSp6p ttori shtv if ovx eltrip, clXX' del "kiyoprm xai ype^pllovreu 
tfnaBSkcv X<^^. Cf. p. iSg, i. 16. 

> Ibid. p. 149, 1. 11. 

' Anal, post, I, xiv. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE II. 529 

m^tiquegen^rale. L*arithmetique, science absolument 
abstraite et simple de ia quantit(^ discrete, a seuie 
en elle-meine sa raisbn et la raison de toutes les 
sciences de la quantity : c est la science exacte entre 
toutes I. Mais cette echelle des sciences mathema- 
tiques, qu'on pent prendre encore de beaucbup plus 
bas que la m^canique, ce n'est autre chose, de la 
science la plus compos^e k la plus simple , que la suite 
des degr^s de Tabstraction^, la marche de renteride- 
mait en sens contraire de la nature, de Tindividua- 
lit^ sensible k la generalite id^ale , de la realite k la 
simple et vide possibility. Le math^maticien , en ge- 
neral , ne spicule que sur le possible ^ ; Texistence 
r^elle est pour lui une hypotbise^, et de li memie 
viennent la rigueur et Tinfailiibilile de ses demons- 
trations. 

D'un autre cote, si la chose sensible est un etre, 
cest un etre imparfait qui renferme du non-etre; de 
meme, la sensation ne donne de Tetre qu'une connais- 
sance ext^rieure et imparfaite. Partout avec la mati^re 
se trouve la possibility ind^finie, source de Taccident 
et de Ferreur. Mais le progr^s de la nature consiste 
dans le progrfes de la determination de la puissance ; 

* Met I, p. 7, 1. 5. Anal. post. I, xxvii. Voycz pius haut, p. 258. 
2 Voyez plus haut, p. aSg et p.. 436. 

' JJfct. XII, p. 25i, 1. i5: Af ^' dXkou (»c. ai iviarfifuu fiaOvtfuntxal) 
'zsepi Me^uds oCaias. XIII, p. 265, 1. 3 : Kal 'BSpi 6v%tav StOLkiyovTou , 
xal Svra eerr/* Smdv ykp to 6if, tb \»^v imzkeyfjiicf. t6 S* OXixd>$. 

* Ibid. XIII, p. 26A , I 23; XIV, p. 295, L 2. And. post 1, 11. 

34 



Digitized by 



Googk 



530 PARTIE III.— DE LA m6tAPHYSIQUE. 
et h mesure que Taction augmente et se diveloppe, k 
mesure se fortifie rindividualit^. La fin est la forme 
achev^e de Tactivit^ pure dans rindividualit^ absolue. 
Or, pour atteindre k cette hauteur la reality immat^- 
rielle de T^tre en soi, pour saisir en elie-meme la forme 
indivisible de Facte, la sensation ne suffit plus : il faut 
une action une et indivisible de la connaissance pure, 
A faut rimmidiate et soudaine intuition de la raison. 
Mais I'acte sans mati^re, ce n*est autre chose que la 
raison en acte, la pens^e^ Ainsi, que la pensee soit 
la meme ou qu elle soit diffi^rente, dans la chose pen- 
see et la chose pensante^, la fin demi^re oii se r«i- 
conttent et se touchent la nature et la science est 
Texp^rience ^ ou intuition immediate de la pensee par 
la pensee. 

Aux deux bouts de la science , au commencement 
et & la fin, Tintuition; k une extr^mit^, Tintuition sen- 
sible , k une autre Tintuition intellectuelle^. La science, 
proprement dite ne roule que sur le tout, complexe 



» VoycE plus haut , p. 478. 

* Voyez le chapitre siuvant. 

^ Aiud. prA^xxt £(tireip/a, pour la connaiMance des principes. 

* Eiti. Nic. VII, IX : 6 yo^ vovs t&w Spoiv, &p aix Sort \6yos, x. t. X. 
xii : 6 poOs Tciv iox/^en» ii^ dft^6repa* xal yStp r&v ^fx&roiv 6ptav xed 
xS^v iaxihtiP votts iaii Tuti oi \iyos. iv : Atfn? ^ (sc. if (doBTims) iarl 
p9/5t. Le rapprochement qu'Ahstote 6tablit entre Tacte de Tapercep- 
tion simple de la pensee et celui de la vue autorise Temploi du mot 
intaition dont je me suis souvent servi. E^, Nk. I, yii : ilf yAp iv 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE 11. 551 

et divisible, qui a sa cause hors de lui, et elie ne fait 
que Tembrasser dans le tout d'une notion, 6galement 
divisible et complexe. La nature est tout entifere dans 
des combinaisons individuelles de mati^re et de 
forme sensibles : la science dans des combinaisons 
g^n^rales de la mati^re et de la forme id^ales, ou des 
conceptions de Tentendement; la nature tout enti^re 
est dans les choses relatives, la science dans les rap- 
ports. La nature est le monde des oppositions , dont 
le mouvement fait parcourir les intervalles k la puis- 
sance, dans les difKrentes categories; la science est 
le monde de la contrariety et de la contradiction des 
id^es, parmi lesquelles sexerce Tactivit^ de la raison 
discursive. Enfin , dans la sphere de la raison discur- 
sive comme dans celle du mouvement, et aussi de la 
pratique, Taction ne determine que des moyens 
termes dans Tindetermination du possible : ce sont 
des milieux entre les extr^mit^s que fixe Texperience. 
La demonstration, forme n^cessaire de la connaissance 
discursive, a ses principes dans des propositions im- 
mediates, superieures k la science; les propositions 
immediates ont leurs principes dans les definitions de 
leurs limites ; les limites extremes echappent k la defi- 
nition elle-meme , et ne lui laissent que les moyens 
termes. A Tintuition seule appartient Findividualite de 
Fexistence reelle , et k Fintuitioh intellectuelle , findi- 
vidualite absolue de fEtre en soi, sur laquelle repose 
fabsolue universalite des principes de Tetre. 

ill. 



Digitized by 



Googk 



552 PARTIEIIL— DELAM^TAPHYSIQUE. 



CHAPITRE III. 



Premier moteur du monde. Dieu , principe de la nature et de la 
science. 



Le monde est le systime des differentes categories 
coordonnies, comma k leur substance, k la categoric 
fondamentale de TEtre. Le monde est tout entier dans 
la categoric de TEtre avec ses accidents. La categoric 
de TEtre est une totality de parties differentes ; mais 
cette totality n'est pas une collection d'^l^n^ients ind^- 
pendants les uns des autres, sans autre lien entre eux 
qu une participation commune k un meme principe : 
c est une suite d^^l^ments subordonn^s les uns aux 
autres. Comme le syst^me des nombres et celui des 
figure;}, le systfeme des etres forme une serie dont 
chaque terme contient tons les termes qui le pr^c^- 
dent^ Ce nest done pas une agregation uniforme de 
parties ^quivalentes , une somme d'un nombre indefini 
d unites de meme ordre , mais une s^rie de termes de 
y alcurs in^gales , et de plus , en proportions continues : 
c*est une progression. Or, dans toute progression, dans 

* De An. II f iii : kel ySip iv r^ i^s^s ^tcdp^et Svvdfiet t6 ^pfkepov, 
itsi re t65v (T^rfiuhotv xal rSv ifi^^xj^v. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 555 

toute s^rie croissante ou d^croissante suivant un ordre 
determine d'antiriorit^ . et de posteriority, ii n'y a 
point, k proprement parier, de genre qui s^tende k 
tous ies termes comine h des especes^ Gar ies esp^ces 
d un meme genre ne sont pas des termes subordonn^s 
Ies uns aux autres et contenus Ies uns dans Ies autrea, 
mais des unites ^ coordonn^es sous une unit^ sup6- 
rieiire. La cat^goriede I'Etre, ce premier genre, nest 
done pas proprement un genre. Comme 1 universality 
de TEtrepris au sens ie plus large, c'est un tout com- 
pose de parties h^t^rogfenes li^es par des analogies. 
Seulement Tuniversalit^ de TEtre , ou le monde eng^- 
n^ral, est un tout de parties discrites relatives au 
genre de rfetre, et li^es entre elles uniquement par 
des proportions discretes; le genre de TEtre, oule 
monde reel des substances, est mi tout de parties 
subordonn^es, et enchain^es par une suite de propor- 
tions continues, 

Cependant toute relation pent etreramen^e, dmie 
manifere gen^rale , k la relation de Tespfece et du genre. 
Comme la communauti de genre unit entre elles Ies 

^ De An. II, iii : Oiire ySip ixeT ffxfiiia'^apSi t6 Tpi'ycop6p i<nt xal rat 
i^€&jSf oihe itnaiiOa 'ffv^il tarapet tSls elprifiivas, — Aid y£koiov Kyif^tv rdv 
Hotvdv y<6yov xai ivl jo^roMf Hoti i^ hipoiv, 6s ov2ev6s iaxi rSv Spray tStos 
XSyof, Met, III, p. 5o, i. 12 : fiv oJs to 'crpdrepoy xcU Harepdv iaxiv, 
ov^ ol6v re rd ivl tovtuv elvai u 'oapet Tovrat... Sore ovBi xotiTWit kp 
ein yivos. Eth. Nic. I, iv; Eth. End. I, viii. 

^ De An. II, ui : krofiov eUos. Met III, p. 5o, 1. 19 ; iv ii roTf 
(XTcJfAois ovH San to fih vpdjepop jd i* ^tnepov. 



Digitized by 



Googk 



554 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
espices, de mSme la communaut^ de relation k une 
ietde et mSme chose unit tout ce qui sy rapporte^ 
Le genre est un prindpe int^rieur et substantiel, k 
rapport un principe ext^rieur d*unit^; Tidentit^ du 
genre est entre les espfeces un lien direct, Tidentit^ 
de rapport un lien indirect et (^lique^; k la synonymie 
immediate des«sp^ces r^pond, dans les choses rda- 
tives, une synonymie mMiate et impar&ite'. Tout 
systime d*analogies constitue done aussi un genre 
d'analogie» et par Ik devient Tobjet d'une science 
uniijue^. Un systime d analogies ou proportions dis- 

' Met. IV, p. 6i, 1. 2^ : Ov !>^ ii6vo» r&v m&B' kf Xe^ofi^dfy iv- 
<m^ fills i<rri 3>e»pi?<rai fu&, aXkSi. xai toSv vpdt {tlav "kfyofUponr ^mv 
xal yAp rpSvov xwA Xfyerou xaO* ^v. XI, p. 2i8, 1. i6 : 16 re 6v dintp 
tutff 4if xt xfle^ nmv^ Xfyerdu 'vtoXKayfis "key^fLevov. Sor i opposition de 
ica^ 4» et trpdf i»^ voyes piiif havi, p. 35g. 

' On emploie an cas oblique ou un adjectif pour exprimer le vpbi 
iv; car le 'epos iv est t7 uvos; ainsi les choses de la midecine ou mi- 
dicales; tandis que les xaff h re^ivent au nominatif le nom sob- 
sUiiitif du genre; Vkoimme est un animal. 

^ Les 'Ufpds iv ne sont ni absolument m/vd^vufut ou d^signant une 
mtoie nature, ni simplement dtfi^ufia, nayant de commun que le 
nom, mais 'odX'Xa^Sk "XsySfieva, comme les avvdnnjiM, et d^signant un 
rapport k une m^me nature. Met. Ill, p. 63, 1. 21 : Ov yap ei ^aoXka- 
Xfif \^- ^exp^etat), hipas {sc. im^firfs dmtvrd ivti yvojplisiv), 
rfXX' el fwfre xaS' iv ptiire xfp^s iv ol Myoi dvalpipovTat, Vfll, p. i34» 
i. 19 : Td hrptx^ (sc. Arri (^dvat) t^ 'mp6s td aM ^iv xal ^, •J to 
«^d 3i xtd iv.W fUvto* 4i^ o^itav^fiMS' oCU yap larptKov tr^pa xai 
4pyov xai (Txevos Xfyeroi o^e ^fsMtiM$fMi>$ oiive xerf iv, dk^d tfpds iv. 

^ Met, IV, p. 62,1. 5 : kicavros 4i ySvovs xal aioBricns pia iv6s xai 
iiftar^pv* On verra plus bas Ic genre de T^re divis6 en trois genres 
proporlionnels les uns ftHX atrtres. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 535 

crates, ne forme un genre que dans le rapport exte- 
lieur de la coordination de ses parties; un syst^me 
d'analogies continues forme un genre dans ie rapport 
- plus intime de ses termes, envelopp^s les uns dans les 
autres, suivantun oitlre essentiel. L analogic des cate- 
gories, unies dans leur rapporl a TEtre, mais qui ne 
tiennent pas les unesaux autres, offre une ressem- 
blanoe imparfaite de Tunit^ du genre; Tanaiogie des 
dilTi^rents ordres de la categoric de TEtre en ofire la 
ressemblance la plus exacte. 

Dans le premier syst^mc, dans le syst^me d'analo- 
gies de parties ind^pendantes et rdUitives seulement k 
line meme chose, le genre entier a sa mesure dans 
cette chose, ^laqueile toutes les espies serapportent. 
C'est comme un premier terme dans iequel la science 
des autres termes a son principe n^cessaire; ainsi la 
categoric de TEtre est la premiere des categories , et 
e'est par eile et en elle que Ton connait les autres \ 
Dans le syst^me des analogies continues, par exemple 
dans la cat^gorie de fEtre, Tordre de tons les termes 
est immediatement d^fini : le premier est celui qu au- 
cun autre ne contient et qui contient en lui seul tous 
les autres. Dans Tim et Tautre syst^me , mais surtout 
dans le second, ii y a un premier lerme qui donne la 
mesure et Tunit^, et la science de ce terme est la 
science du tout^. 

^ Met. IV, p. 62, I. 2. Voyez plus haut, p. 359. 
= Met. VI, p. ia3, I. 21. Voyez plus haul, p. 37^. 



Digitized by 



Googk 



556 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 

Ainsi, comme les math^matiques , la philosophie 
n'est pas proprement la science dun genre, mais d une 
totalite , analogue au genre, de termes diffiirents et 
analogues. L objet de la philosophie n est pas une id^e, 
mais un double systeme d'analogies. Tun de subordi- 
nation, i'autre de coordination, dont le premier, la 
categoric de TEtre, est la mesure du second, et dont 
le premier lui-meme a sa mesure dans le premier de 
ses termes ^ 

Or, en toute progression, les termes successifs se 
contiennentlesunsles autres, dans un ordre d^ter- 
mini^ , et chacun est la forme de tous les termes qui 
le pr^cfedent. Mais dans les deux series des nombres 
et des figures, qui font lobjet des math^matiques , 
tous les termes sont des formes etrangferes au mouve- 
ment. Dans la serie des etres dont nous avons suivi le 
diveloppement , chaque terme est le risultat du pas- 
sage successif d une puissance par toules les formes 
des termes inferieurs , et la serie entiire repr^sente 
les difiE^rentes ipoques d'un seul et meme mouvement, 
les diff(Srents degr^s duprogrfes de la nature, de I'im- 
perfection k la perfection. La forme g^nerale de la r^a- 

* Met IV, p. 63, 1. 2 : ii<T7t y^p 6 ^ik6(fo^os 6i<ncep 6 fiadnftariKos 
"keydyievos' xai ySip aCfnf ^;^ei iiiptf , xai 'tsp^kv xts xat ievtipet iaxlv 
iici<m^fAV xaJ df^oi i<Pe&i^ iv roTs fxadiffiaaiv. L. 26. Alex. Aphrod. in 
MeL III, II : TauTtt ydp itrri T<i i^e&js, 'Oepl &v H Q-eospia rov ^tXoad- 
^ov, iiet t6 'Btpdf t6 vtp&rov xai xvpiois "keyofievov T^eXXa rijv avdnpopav 
ixi^iv, "Ufepi oS Tov ^tXoaS^ov to Q-seopeTv, ho xat 'aepi tovt6)v i<Tjl yap 
TO igpohov ^ ovaia. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 557 

iit^ est la marche du temps, en sens inverse de la 
science , et i'ordre suivant lequel les choses viennent 
k i'etre, en sens inverse de i'ordre de Tetre. Ghaque 
terme de la s^rie des etres n*est done pas seulement 
la forme mais la fin de tons les termes infi^rieurs. Tout 
ce qui est en mouvement tend k une fin; toute s^rie oil 
ridee de la fin ou du bien n*a aucun role k jouer , est 
une s^rie d'abstractions et de formes sans r^alit^^. La 
progression qui compose la cat^gorie de TEtre, est 
done une suite continue de causes finales. Or la sirie 
des causes finales ne pent pas iuirk rinfini, et le mou- 
vement ascendant de la nature s'aller perdre dans 
ie vide^. II faut une fin derni^re, un bien supreme oil 
la nature trouve sa forme supreme, et auquel se 
termine le mouvement'. ' 

Mais ce n est pas assez pour le mouvement de la 
cause finale, qui se confond avec la forme. Pour ame- 
ner la puissance k facte et le mouvement i sa fin, il 
faut une cause motrice, et cest li la cause premiere 
que la philosophic a toujours cherch^e vainement, 
dont tout le monde a rev^ sans que personne fait jamais 
bien connue*. La fin derni^re ne se trouve quau som- 
met de la serie des etres : car tons les etres jusqu & elfe 

^ Met, III, p. 43, 1. lo sqq. Voyez plus haul, p. 3io. 

2 Eth. Nic. I , I : Mi^ ^dvra St* htpov aipo^fieda' 'Bfp6eKTt yof oUreo y* 
eh dicetpov, &<n^ ehau xevijv xai funaiap riiv Spe&v. 

5 afrt.II,p. 38, i. 21. 

^ VeGea.et corr. 11 , ix : Aef Si 'tspoasTvai xai tyiv rphiiv, ijv ditav- 
res oveipcintowi, \iyet S* ovSeis, 



Digitized by 



Googk 



558 PARTIEIIL— DELAMETAPHYSIQUE. 
sont des formes imparfaites et des fins relatiTes. Mais 
dans chaque terme se retrouvent les termes subor- 
donnas ; dans tons par cons^uent se retrouve ie 
dernier terme, cest-^-dire le point oil commence le 
d^veloppement de la puissance. A chacun des degr6s 
de son mouvement, ia nature est contrainte de repartir 
du premier degr^ ; ^ chaque degr^ , il feut que le mou- 
vement remonte k la cause premiere du mouvement. 
Si c est Faction de la chaleur solaire qui determine 
dans la mixtion la combinaison de ^l^ments, cest en- 
core la chaleur solaire qui donn^a k Toi^nisation 
meme de Thomme la premiere impulsion?,:, car la 
mixtion est le commencement de Torganisation. Par 
la constitution n^essaire de toute progression, la fin 
demi^re n est done que Ta fin du dernier terine, et 
Tuniversalit^ de la fin ne repose que sur les relations 
de tous les termes de la s^rie au terme le plus ^lev^: 
la premiere cause du mouvement est k la fois la cause 
premiere de la s^rie enti^re , et la cause de chacun de 
ses membres. Elle est de toute mani^re et en tout sens 
la cause universelle. 

Ainsi, c est dans le mouvement que nous avons vu 
se manifester Topposition universelle de la puissance 
et de Tacte. Cest en partant du mouvement que nous 
nous ^levons a Tidee de la fin , oil la puissance se realise 
dans Tacte de la forme. Cest encore du mouvement 

* Pkys. II, II : \v6p<>)Tfos yap ivBpumov ytvv^ Htu iJiXios. Mel, XII, 
p. 345, I. 1. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 559 

qu il nous faut remonter au prlncipe universel de 
toute chose. Le mouvement est \e Qiilieu de Texp^- 
rieoce, le centre d'oix nous nous orientons dans le 
monde des ph^nom^nes, et ie moyen terme n^ces- 
saire de la demonstration des causes. 

La sene des causes dm mouvement ne pent pas etre 
infinie; elie a uii commencement et une fin. Le com- 
niencement est le moteur et la fin le mobile. Quel que 
soit done le nombre des tennes dont la s^e jenti^re 
se compose, eUe se i^uit, sous le point de vue de 
Tencfaainement des causes , k trois termes : ie moteur, 
le mobUe, et ce qui est moteur et mobile tout en- 
semble , qui est vxa par une chose et qui k son tour 
en meut une autre. Des trois termes, il y en a un 
qui r^unit en lui les coaditions des deux autres, et 
qui est k cfaacun d'eux ce que Tautre est k lui : ce 
sont done deux extremes avec un moyen terme entre 
deux, et en proportion continue. Le mobile, le mo- 
teur mobile et ie moteur ^ telle est, dans sa for- 
mule g^n^le, la proportion dont il s'agit de deter- 
miner le terme le plus ileve, qui est la cause des 
deux autres. 

Tout ce qui est en moUvement est mu par quelcpie 
chose. Or ce qui meut imprime le mouvement, ou 
par quelque chose d*autre que soi-meme, ou par soi- 
iiieme^. Supposons d'abord le premier de ces deux 

' Fhys. VIII, V. 
, * Ibid. H yStp otj Si* awio 76 xivovv, oJXXa Si* hepov 6 xivei Htvovv, 



Digitized by 



Googk 



540 PARTIEIIL— DELAM^TAPHYSIQUE. 
cas, et soient ces trois termes : le mobile, le moteur 
et rinterm^diaire different du moteur, par lequel il 
meut son mobile. L*intenn^diaire est mi moteur, 
puisqu'il met le mobile en mouvement; mais cest 
aussi un mobile puisqu'il ne £lit que transmettre le 
moiivemient que le moteur lui imprime. Des deux 
moteurs, Tun ne meut que le dernier des trois termes, 
Tautre meut ie dernier et le second : Imterm^diaire 
est independantdu dernier terme; le premier estind^ 
pendant et du dernier et de Imterm^diaire. L mterme- 
diaire n'est done que le moyen teime entre le dernier 
mobile et le premier moteur, cause premifere du mou- 
vement. Or, entre un mobile quelconqiie et le pre- 
mier moteur, il ne pent pas. y avoir une s^rie infinie 
de moyens par lesquels le premier moteur impriine 
le mouvement : car la serie des causes ne peut etre 
infinie. Done, en remontant la chaine des interine- 
diaires, ilfaut arriver i un premier terme qui ne soit 
mu par aucun autre. Le premier moteur ne peut etre 
mu par rich qui soit autre que lui. La formule gen^- 
rale des trois termes du moteur, du moteur mobile et 
du mobile prend done cette premifere forme : le mo- 
bile qui est mu par un autre que lui , le moteur mobile 
qui meut un autre et qui est mu par un autre que lui; 
le moteur, qui n*est pas mu par un autre que lui^ Le 

ij St' auTd. — Tp/a ySip dvacyxtf eheu* t6 re xipo^fjLevov xai vd Hipovv xki 
t6 Si xtvel. 
' Ibid. 



Digitized by 



Googk 



I 



LIVRE III, CHAPITRE III. 541 

premier caract^re du premier moteur est detre im- 
mobile, du moiQs k regard de tout autre que lui. 

Si done le premier jnoteur ^tait en mouvement, il 
ne serait mu que par lui-meme. Et en efifet, la cause 
premiere est plutot celie qui tient d'elle-meme sa cau- 
sality que celle qui la tient d'autre chose que d'elle- 
meme. Mais rien de ce qui se meut soi-meme ne se 
meut soi-meme tout entier dans le meme temps et de 
la meme manifere. En efFet, le mouvement est donn^ 
et recu dans un meme instant indivisible , et c'est le 
meme mouvement qui est donn^ et qui est recu. Si 
done la meme chose se mouvait elle-m4me tout en- 
tifere, la meme chose donnerait et recevrait, ferait et 
souffrirait en meme temps la meme chose. Ce seraient 
les contraires,. et par consequent les contradictoires 
r^imis k la fois en un meme sujet^ En general, la 
chose qui est mue est un mobile, c*est-i-dire une 
chose en puissance , tandis que le moteur est une 
chose en acte. Done, tout ce qui se meut soi-meme 
doit etre partag^ en un mobile et un moteur. En outre, 
les deux parties ne peuvent etre indififeremment le 
mobile et le moteur Tune de Tautre : ce serait un 
cercle, et la chaine des causes ne pent pas faire le 
cercle^. Dans ce qui se meut soi-meme, il faut done 
distinguer deux parties. dont Tune est par elle-meme 

* Phys. VIII, V : Aiyay S^ Sri liroi t6 Q-epfiaTvov xai aM Q-epfiai- 
petxBeu, X, T. X. 

2 Voyez plus haul, p. 348. 



Digitized by 



Googk 



542 PARTIE III.— DE LA m6tAPHY5IQUE. 
le mobile de fautre. Mais le mouvement, qui est ie 
passage successif de la puissance du mobile k Facte du 
moteur, le mouvement nest qu^ dans le mobile, etle 
moteur, en tant que moteur, est easentidlement im- 
mobile. Le premier moteur n'est done pas seulement 
immobile, comme <mi I'a vu tout k fheure, par rap- 
port k tout autre que lui : il est immobile par Iva- 
meme. Voilk le second pas que fait la d^onstration 
vers le premier moteur. A la progression pr^c^dente 
se substitue , par Tanaly se de ce qui se meut soi-meme, 
une seconde progression, plus 61ev6e d*un degr^, 
dont ie premier terme ripond an second terme de 
celle-lii, et dont les deux autres termes sont le d^ve- 
loppement de son dernier terme : le moteur qui est 
mu par un autre que lui-meme (soit qu*il meuve lui- 
meme ou quil ne meuve pas autre chose) ; le moteur 
mobile par lui-meme, et immobile k regard de tout 
autre; enfin, le moteur immobile et pour tout autre 
que lui et pour lui-meme '. 

Ainsi, tout ce qui ne se meut pas soi-meme est 
mis en mouvement par ce qui se meut soi-m^e , et 
ce qui se meut soi-meme par le principe immolule de 
son mouvement. Mais le moteur immobile par lui- 
meme, immobile par essence, pent encore etre mo- 
bile d'une mani^ accidentelle et relative. Ainsi, le 
corps inanim^ , qui ne se meut pas soi-meme , est mis 

» Phys. VIII, V. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 545 

en mouvement par TStre anim^, et Tetre anim^ par 
son ame. Mais Tame, tout immobile quelle est par 
elie-meme, se meut du mouvement de ce quelle 
anime; si le corps change de lieu, elle change de lieu, 
s'il souffre, elle souffre avec lui^ Or rien n est i la 
fois immobile en soi et mobile par accident que ce 
qui est ia forme d'une mati^re, facte d'une puissance. 
La matiire est ce qui pent etre et ne pas etre egale- 
ment, et ce qui pent etre et ne pas etre ne peut 
etre toujours. L'action d'un moteur tel que 1 ame ne 
peut done pas etre perp^tuelle; elle exige Teffort, et 
par suite le repos ; elle est interrompue par des temps 
de sommeil, et, quand Torganisation se dissout, elle 
s*eteint ^. 

Gependant le mouvement est 6ternel '. II n a pas 
commence et ne finira point; il a toujours 6t^ et il 
sera toujours; cest comme une vie universelle de la 
nature, qui ne connait ni le repos ni la mort*. 

En efFet, le mouvement suppose d*une part le mo- 
bile et de I'autre le temps. Or les deux r^ciproques 
sont vraies : le mobile et le temps supposent le mou- 

1 pfcy«.vin,vi. 

* Ibid. 

' Sur lan^cessit^ de ce lemme pour d^montrer an premier moteur 
abiolument immobile et s^par^ d€ la mati^re,. voyez Jac. Zabarella, 
De ixoenti^ne mtemi mofom, dans le De rehvLS natarcdihus 11. XXXI, 
eol. 254 sqq* 

* Pkys, VIII, I : K«i TOVTo dBdpdtrop uai dfiravorov vitdp^et roTs oZ- 
CIV, oJop Xfi^ '>'<^ o^o'tt toti ^ffsi avvetrrSfft isSctv* 



Digitized by 



Googk 



544 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
vement. C'est de la n^cessiti du mouvement pour 
le mobile, et du temps pour le mouvement, que se 
tire ia demonstration de r^ternit^ du mouvement. 
D*abord, supposons que le mobile, ou, si Ton veut, 
le monde, ait eu un commencement. II y aurait done 
eu un moment ou le mobile aurait commence d'etre. 
Commencer d'etre, cest changer, en passant du non- 
^tre i 1 etre. Or tout changement implique deux ^tats, 
Tun oil ^tait le sujet du changement, et Tautre ou il 
arrive, Dans le premier, il n'y a pas encore de chan- 
gement; dans le second, il ny en a plus. Le change- 
ment du non-etre k Tetre implique done un chan- 
gement antirieur; car autrement il ny aurait aucun 
changement; et ce changement ant^rieur ne peut 
etre un changement du non-etre i Tetre, mais un 
mouvement continu qui remplisse Tintervalle entre 
les deux 6tats^ Avant le premier changement, il y a 
done un mouvement ant^rieur, et par consequent un 
mobile qui se meut dans mi temps. Done le mouve- 
ment est eternel et le mobile aussi. Supposons main- 
tenant le mobile etemel, et que le mouvement seiil ait 
eu un commencement. Avant d'etre en mouvement, 

^ Phys. VIII, I et VI, V. Les limites ou formes, comme le point, la 
ligne, ou lame, qui sont indivisibles, et par consequent ne sont pas 
mobiles, sinon par accident, commencent et cessent d'etre sans g^^- 
ration ni corruption, et dans un instant indivisible, mais k la suite de 
la generation ou corruption, dans le temps, de leurs sujets qui sont 
les mobiles. Met. VII, p. i4a, 1. i8; p. i43, 1. 3; VIII, p. 172, 1. 7; 
XII, p. 24r, 1. 21. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 545 

le mobile aurait done 6te en repos, Mais ie repos 
n'est rien de positif ; c est la privation du mouvement, 
et la privation du mouvement suppose un mouve- 
ment ant^rieur. Done r^terniti du mobile implique 
r^ternit^ du mouvement ^ En seeond lieu, le temps 
est etemel; car tout instant, tout present est la fin 
d'un temps pass6 et le commencement d un temps k 
venir; d*oii il suit qu*il ny a pas de premier temps, 
et que le temps n*a pas de commencement. Or le 
ten^ps n'est pas une chose subsistant en elle-meme : 
c'est ie mouvement consid^r^ dans le nombre , selon 
I'ordre de Tant^riorite et de la posteriorite; il a sa 
forme dans la pens^e qui le compte, sa mati^re dans 
le mouvement^. Done si le temps est ^ternel, le 
mouvement est eternel aussi. Supposons que le temps 
ait commence, et non le mouvement, et par conse- 
quent qu'avant toute espfece de mouvement il se spit 
icouie un temps infini. Comment determiner dans 
rinfinite d'un temps vide un moinent ou le mouve- 
ment commence plutot qak tout autre moment? De 
rinfini qui pr^cfede k Tinfini qui doit suivre , il n'y a 
point de rapport; nul rapport entre deux infinis, et 
par consequent nulle raison qui en d^finisse le moyen 
terme ou la commune limite. Pourtantla nature met 

» Pfys. vin, I. 

* Ibid. IV, XIV : E/ Sk firiSkv dfXXo ur^^vxev aipi6(U!tv if yffvxif xai ^- 
Xfis vovs, dSiiparov eheu )^6vov ^X''^ f**^ ^ans, fllXX* i\ rovro 6 tsors 
^v itrjiv 6 xp6vof, 

35 



Digitized by 



Googk 



546 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
partout le rapport et la proportion ; rien ne change 
sans raison ^ Ni le temps na commence, comme Ta 
dit Platon, ni, comme Tont cm Anaxagore et Empe- 
docle, le mouvement dans le temps; ce sont des ima- 
ginations egalement vaines ^. 

Le mouvement est ^ternel. Or, pour un mouve- 
ment itemel, il ne suflit pas dune cause qui ne 
meuve pas toujours; car i'effet est simultan^ avec la 
cause. Maintenant suffit-il d*une totality successive 
de causes passag^res? une serie successive ne peut 
pas etre la cause d'un mouvement ^ternel dans sa 
totality indivisible. Chacune des parties de la serie 
des causes serait-elle la cause d une partie du mou- 
vement ^ternel dans Tordre de la succession? Pour 
r^pondre, parties par parties, k la succession infinie 
des phenom^nes pendant T^ternite, il faut une suc- 
cession infinie de causes: Or ces causes elles-memes, 
qu'est-ce qui les fait commencer et cesser d'etre ? S*il 
n y a pas d autres causes , ou la s^rie des causes est 
elle-meme une suite de ph^nomenes independants 
les uns des autres, et alors elle ne suffit pas, ou elle 

* Pkys. VIIl , I : AXXa fjiifv oCSiv ye ixaxTov x&v ^<fei xal xora ^- 
ctv* if y^p (p^ffts ahla 'aS.m rafews. To J' aitsipov tspos to diteipov ov- 
iivoL "kSyov fyj^r rd^is S^ 'zsSiaa "koyos. To S' ditetpov yjpovov ifpefisTPi 
eha xtvv^rival 'oore, roiirov Si firfSefiiav elveu Sta^opav Sti vvv (mlX'Xov 
if ^p6tspoVf ym^* aS jivet rd^tv S^etv , ovk hi ^aecas ipyov. Get ar- 
gument est tire du besoin d'une raison suffisante. Sur ]a meme ques- 
tion, comp. Leibnitz ^ed. Dutens) , II, pars T, p. i56. 

» Ibid. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III. CHAPITRE III. 547 

est une progression de causes d^pendantes ies unes 
des autres , et alors elle he peut pas etre infinie ^. 

L'^ternit^ du mouvement suppose done T^ternite 
d*un premier moteur. Or tout moteur etemei est ina- 
materiel, et par consequent absoiument Stranger au 
mouvement. La demonstration fait done encore ici 
un nouveau pas. Au-dessus de la progression k ia- 
quelle eiie s*6tait arret^e tout A i'heure, s'elfeve une 
troisifeme progression dont le premier terme repond 
au second terme de celle-li, et dont Ies deux derniers 
termes sontle d^veloppement de son troisieme terme : 
ie moteur qui se meut soi-meme, comme Tetre anime ; 
ie moteur qui meut sans etre mu par soi-meme, et 
enfin le moteur absoiument immobile , qui n'est sus- 
ceptible de mouvement ni par lui-meme ni par ac- 
cident^. La demonstration va en trois pas du der- 
nier sujet du mouvement au premier moteur. Les 
trois progressions, qui marquent ces trois pas en sor- 
tant successivement les unes des autres, sont le triple 
d^veloppement de la progression k trois termes qui 
les contient dans luniversalite de sa formule, et 
dont ch^cune d*elles reproduit, k des degr^s de plus 
en plus Aleves, les trois elements nece&saires : le Mo- 
bile , le Moteur mobile et le Moteur. De rextr^mite 
inf^rieure de la cat^gorie de Tetre, du mobile qui 
ne meut rien , la demonstration s eifeve par une s^- 

1 Phys.YUl.yi. 

« Ibid. 

35. 



Digitized by 



Googk 



548 PARTIEIIL— DELAM^TAPHYSIQUE. 
rie de moyens termes moteurs et mobiles a la fois, 
et au-dessus de Vkme elle-meme, jusqu*au moteur 
qui ne fait que mouvoir et qui ne peut etre iui- 
mSme en mouvement, Le premier moteur n est point 
une lime du monde; c'est un principe sup^rieur au 
monde, s^par^ de la mati^re\ Stranger au change- 
ment et au temps, et qui enveloppe les choses, sans 
se reposer sur elles, de son ^temelle action. 

Maintenant I'^temit^ suppose la continuity. 6ter- 
nel comme le temps, le mouvement est continu 
comme lui. Or la continuite implique Tunit^. En ef- 
fet, supposons que le mouvement ^temel consiste 
dans une succession de mouvements diff(6rents, sans 
aucun intervalle qui les sipare dans le temps. La 
succession se compose de mouvements et de mou- 
vements qui finissent , et toute fin , comme tout com- 
mencement de mouvement, suppose, comme sa cause 
immediate, ainsi qu'on Fa vu tout h Theure, un mou- 
vement antirieur. A la continuity de la succession 
des mouvements, il faudrait done une cause dans une 
succession de mouvements, et k celle-ci une cause dans 
ime autre succession, et ainsi k Tinfini, ce qui n'est 
pas possible; car si une suite infinie de ph^nom^nes 
est possible, une suite infinie de causes ne Vest 
point. L*6teniiti des mouvements, en general, sup- 
pose done, non-seulement un ^ternel moteur qui im- 

* Met XI, p. 2i4> 1. i3 : X«pi<TT^i» xod* avrd tuU lAifhvi wy aioBn- 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 549 

prime sans cesse le mouvement, mais un mouvement 
continu, dans ie mobile comma dans le temps, et qui, 
comme ie premier moteur, enveloppe aussi tons les 
mouvements possibles de son ^terniti ^ Aux trois 
termes g^neraux du mobile, du moteur mobile et du 
moteur, r^pondent done, dans la r6alit6, trois genres 
d*etres difiF^rents qui composent la cat^gorie entifere 
de TEtre : trois genres dont le premier et le second 
r^unis constituent la totality des choses sujettes au 
mouvement, cest-i-dire la nature, et le second et le 
troisifeme rdunis la totality des choses ^ternelles. Le 
second terme est done un interm^diaire qui s6pare 
et qui rapproche les extremes, qui joue en vers cha- 
cun d'eux le role de Tautre , et qui par consequent 
les enchaine Tun k Tautre dans une proportion con- 
tinue : letre mobile et p^rissable, Tetre mobile et 
imp^rissable, Tetre imp^rissable et immobile^. 

Mais le mobile ^ternel , le premier mobile qui subit 
Taction de T^ternel moteur, se meut-il tout k la fois 
selon toutes ies categories du mouvement , dans la 
quality , la quantity et Tespace ? ou de ces trois genres 
du mouvement nen est-il que deiix, n'en est-il quun 
qui soit la cause des deux autres, et qui puisse rem- 
plir sans interruption toute r^ternit^ ? 

' Phjs. will, \i,Yn. 

* Met. XII, p. 24o, 1. 7 : Ovff/flu Si jpels, (jJa fiiv aiadtiril, ^s ij 
fikv dtStos, ii Sk ^aprti,,.. d'XXri Si ox/vi^rof. P. 2^5, 1. a8 : Tpets 
ovaicu, S^o fiiiv ai ^mxal, fiia ii vi (XKivi^ros. Le p^rissabie diff&re en 
genre de rimp^rissable. X, p. 210, I. 20. 



Digitized by 



Googk 



550 PARTIEIIL— DELAMETAPHYSIQUE. 

La premiere forme de la puissance , et la condition 
de ses formes vdt6rieures , est, comme on Ta vu\ 
r^tendue, avec ses trois dimensions, c'est-i-dire la 
quantity dans Tespace. L'intuition de la quantity dans 
Tespace est la condition de Timagination , condition 
elle-merae de Tentendement ^ : le mouvement dans 
lespace est la condition de tons les mouvements pos- 
sibles. Le mouvement selon la quantity , ou Taccrois- 
sement, qui constitue Tessence de la vie v^g^tative, 
suppose la nutrition ; et par consequent le changement 
de quality ou Talt^ration de la substance nutritive. Or 
Talt^ration suppose k son tour le rapprochement dans 
Tespace de deux substances revetues de qualit^s con- 
traires. Tout mouvement de quantity ou de quality 
suppose un changement de distance, c'est-i-dire un 
mouvement dans Tespace. Les qualit^s ^lementaires 
elles-memes, qui font la base de toutes les qualit^s 
des corps , et qui , par consequent , sont la premiere 
condition de toute transformation , la chaleur et le 
froid, se ramfenent, comme k leurs causes prochaines, 
k la condensation et k la rarefaction , la condensation 
et la rarefaction k des changements de distances. De 
ik , tant de philosophies qui ont fait consister la na- 
ture entifere dans la figure, la situation et le mouve- 
ment '. Le mouvement dans Tespace est done la con- 

' Voyez plus haut , p. 4oo. 
* Voyez plus haut, p. 436. 
5 Phys. VIII, VII. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 55i 

dition du mouvement en general ; en outre, la mobility 
dans Tespace est la forine g^n^rale sous laquelle la ma- 
ti^re arrive i I'existenee r^elle et <jui distingue le corps 
de r^tendue abstraite : la premiere puissance de la na- 
ture est done la puissance passive du mouvement dans 
Tespace. La puissance active de ce mouvement, au 
contraire , est la derni^re dans le d^veloppement pro- 
gressif de Vorganisation , et par suite la premiere dans 
Tordre de Tessence. La faculte de se changer de lieu 
soi-meme nappartient, en g^n^ral, quaux animaux 
ies plus complets \ dou^s des sens les plus nobles , et 
le signe de la perfection des puissances memes de 1 ame 
dans rbuipanit^ est la force, la proportion et la beaute 
des organes de la prehension et de la locomotion '^. 
C*est par le deploiement de son activity dans Tespace 
que se produit la volont^ et que se manifeste Tempire 
de Tame sur le corps. La nature comn^ence dans Tes- 
pace par la passion , et Taction la ramine k Tespace. Le 
monde mecanique est le fond surlequel se d^veloppe 
lemonde organique, et en meme temps la forme qui 
en determine et qui en mesure la perfection. En re- 
montant au delk du commencement meme de Torga- 
nisation ou de la mixtion jusqu*i la cause de I'etre , 

* Phys. VIII , VII : TekeoroLtov ik (popSi ^Strtv ^icdp^ei xoU iv yspi- 
trti. Xt6 T« fikv S}<ei)s dxlvriTa ruv ^0i>vTOfP iC Metav roO Spydvov, oJop 
Tot ^uT<i xai isroXXfl^ yivri t&v ?q5&)v, toU ^k reXetovfievots vndp^et. Q(Tt' 
ei hSlXXov vwdpy^et (^opd roU /xoXXov d'tteikT)^6<rt 'vi\v ^atv, xal i| xivri- 
ffn ailrtf 'Cfpann ruv dWeav &v etrf kut* ovtriav. 

* Voyez plus haul, p. 437. 



Digitized by 



Googk 



552 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 

c est ie mouvemenl dans Tespace qui se trouve k la fois 
au premier rang dans Tordre du temps , et au premier 
rang dans Tordre de Tessence et de la causality. La 
g^n^ration suppose Tapproche des principes g^n^ra- 
teurs. Or rien ne peut changer ni de quality ni de 
quantity qui ne soit d'abord venu k Tetre, cest-i-dire 
qui n'ait 6te engendr^. Si done ie mouvement dans 
i'espace est anterieur k la g^niration elle-meme, au 
changement de Tetre au non-etre , il est Ie commen- 
cement et la cause de toute espfece de mouvement^; 
enfin de tons ies changements, ie mouvement dans 
Tespace est Ie seul qui ne porte pas sur Tetre , mais 
seulement sur ies rapports ext^rieurs des corps Ies uns 
avec Ies autres ; c'est Ie seul , par consequent , qui 
puisse etre ^ternel en un seul et meme etre \ 

Reste maintenant la seconde condition du mouve- 
ment de Teternel mobile , la continuite. Le change- 
ment du non-etre k I'etre et de i'etre au non-etre , la 
generation et la corruption , est un changement de 
contradictoire k contradicloire ; Ies mouvements de 
qualite et de quantity sont des changements de con- 
traire k contraire. Or aucun changement d' oppose k 
oppose ne peut etre etemel et continu. En efFet , le 
changement ou le mouvement ne peut etre etemel de 

» Pfe^i. VIII, VII. 

* Ibid. : ifixiffTft rris oCaias i&araTcu rd Hiv<y&^tvov rSv mvifiatcidv eV 
e^ ^ipeoBau. Karat fi6vnv yStp oCSiv ftsra€<tk'kei rov tlveu^ 



Digitized by 



Googk 



LIVRE 111, CHAPITRE III. 553 

Tun des opposes k Tautre , sans quoi il n y aurait pas 
de mouvement. L*eternit^ du mouvement entre des 
termes opposes nest done possible que par la pro- 
gression et la regression ^ perpetuelle d un terme k 
Tautre. Mais un meme mobile ne pent pas se mou- 
voir dans le meme instant de deux mouvements op- 
poses , et les mouvements opposes sont cejux qui 
tendent k des opposes suivant des directions oppo- 
s^es : done, entre chaque mouvement de progression 
et de regression , il y a un repos , et le mouvement 
d'oppos^ k oppose ne pent pas etre eternellement 
continu ^. En g^n^ral , la continuity suppose Tinfinie 
divisibility sans division actuelle, une infinite de 
moyens termes en puissance et aucun en acte. D^s 
que le moyen terme vient k Tacte, il est double, fin 
d une quantity et commencement d une autre; ce qu il 
unissait est s^pare, et la continuity interrompue ^. Le 
mouvement ne pent done, sans s'interrompre , deter- 
miner un commencement et une fin ; or le terme au- 
quel le mobile arrive, et d*ou il repart en sens con- 
traire , est le moyen terme d^fini de la progression et 
de la regression , le commencement de Tune et la fin 

1 kptbtofly^ts. Phys. VIII, VIII. Cf. Met II, p. 38, 1. 12. 

* Phys. VIII, VIII : 0<jt' e/ dS^vaTov Afta iieTa€aX\etv tSls dvJtxetfiivas 
(sc. KiPT^aets) , ovx Stnou trvvexiis ri fieraSdXri, dXka fiera^ wjt&v i<na,^ 
^p6pos, 

' Ibid. : iiv S^ T^ (Tvvej(et SveffTi fikv aTtetpa vfiiffii , ceXX' ovx ivTeXe- 



Digitized by 



Googk 



554 PARTIEIIL— DELAM^TAPHYSIQUE. 
de Tautrc : done le mouvement s'y arrete , et entre 
la progression et la regression du mobile , il s*6couie 
necessairement un temps vide de son mouvement ^ 
Ainsi dans le syllogisme, dans la science, le moyen 
terme , ^tant pris en deux sens, est un point d' arret et 
de repos pour la pens^e \ 

Daixs Tespace, il y a trois sortes de mouvements: 
deux mouvements simples, dont iun est rectiligne et 
Tautre circulaire, et le mouvement mixte, qui est 
compost des mouvements simples'. Les extr^mites 
de la ligne droite sont les contraires dans Tespace; car 
lopposition des deux extr^mit^s de la ligne droite est 
le type meme de la contrariety ^. Le mouvement rec- 
tiligne ne peut done pas etre ^ternellement continu , 
ni par consequent le mouvement mixte. Mais dans le 
mouvement circulaire il ny a pas d'opposition. De 
Textr^mite d*un diametre le mobile passe ^ Tautre 
extr^mite , et de celle-ci il va ensuite k celle-li ; mais 
il n y revient pas par le meme are ; ce n'est pas une 
progression suivie d'une regression, mais une pro- 

^ Phjrs. VIII, viH : T^ ixpep xy i(p* o?,.. xeXcvTT? nal dpx,V ^^XJP^^ 
T^ tvt^ cnijfieiip d>s Srio' St6 trnjvou dvdyxtf. 

* Voyez plus haut, p. 489. Phys. VIII, viii : Xvetyxii (rriivou Sia to 
S^io vtotelv, Aa-Kep &v el xal voTfo-eiet^. En* efiet, le moyeu est If 76? 
dptdfi^, S60 T^ "k^y^ (voyez plus haut, p. 388 , n. 4) , un r^ellement, 
double logiquement, et par la pensee qui divise* Pkys. IV, xiii : Ou 
yap it avril del xai \Ua (Tuyfiif ti? voijtTer ^tcupovvT<av ydp dllXAn- 

5 De Cael 1 , 11. 

* Met. X,iv. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE 111, CHAPITRE 111. 555 

gression non interrompue qui peut etre perp^tu^e 
ainsi k rinfini. En effet , dans toute Tetendae de ia 
circonference , ii n y a pas un point determine; toutes 
ies limites n'y sont quen puissance. Le moyen terme, 
c est le centre , commencement et fin , et tout k la fois 
milieu de T^tendue enti^re ^. Or le centre est n^ces- 
sairement en dehors de la circonftrence et k distance 
igaie de tous Ies points. Le mobile ne doit jamais Tat- 
teindre et y trouver le repos. Le mouvement ^ternel 
et continu, cause de tout mouvement , ne peut done 
etre que le mouvement circulaire dans Tespace ^. 

Maintenant tout corps est un mobile, et il ny a 
rien de mobile qui ne soit un corps ou qui n appar- 
tienne* a un corps; en outre, il n'y a rien dans la na- 
ture qui n ait une tendance naturelle. Si done le mou- 
vement dans Tespace est la premiere forme de la 
nature, tout corps a un mouvement naturel dans Tes- 
pace. Aux mouvements simples et primitifs doivent r^- 
pondre des corps simples ; au mouvement rectiligne , 
qui se decompose en deux mouvements contraires, 
r^pondent Ies dements contraires, qui se meuvent 
naturellement selon Ies directions oppos^es de la 
gravity et de la l^g^ret^. Le mouvement simple en 
cercle n a pas de contraire : c est le mouvement na- 
turel dun dement simple qui n'a pas de contraire 

* Phys. VIII, IX : Kai yap dp^il xai fiitrov rov ^xeyiSovs xai riXos 
etrriv. 

^ Ibid. ^ 



Digitized by 



Googk 



556 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 

non plus : cet ^l^ment est Tether ^ Les ^l^ments 
graves et lagers sont en iulte perp^tuelle; Tether, 
exempt de toute opposition , est lout entier a Toeuvre 
simple de son perpituel mouvement : c est T^li- 
ment actif et rapide qui ne se repose jamais [aiinp 
de fltii S-ew 2 ). En outre k la figure du mouvement cir- 
culaire rcpond la figure du mobile. Les ^l^ments cop- 
traires, toujours soumis k des influences oppos^es, 
et se combinant sans cesse entre eux, ne peuvent pas 
avoir de figures d^finies. La determination invariable 
des figures ne permettrait pas la contiguity parfaite ; 
il y aurait du vide, ce qui n'est pas possible, et il ny 
aurait pas de mixtes '. Mais il n'en est pas de m#me 
de father : de son mouvement suit sa forme. La figure 
n est que le moyen dont le mouvement naturel est la 
fin, et rien dans la nature n*est que pour la fin et 
par la fin. Le cercle est la plus simple des figures 
planes, puisqu*elle est form^e dune seule ligne qui 
se suffit k elle-meme pour enfermer Tespace; la sphere, 
form^e d*une seule surface, est le plus simple des so- 
iides : 1 ether prend de soi-meme la figure dune sphere. 
Tons les corps quil entrainera dans son mouvement 
prendront sous urie action semblable une figure sem- 
blable*, et feront autantde spheres. Le mouvement de 

» De Cal I, 11. 
. ^ n}id. I, III. Meteor. I, iii. 
» De C(bI IV, VIII. 

* Ibid. II, IV : ExoLffTov iartv &v ipyov iarlv, ^vexa. tow epyov 

iia TOVTO ixjst t6 iyxi^Kktov ffSfia, 6 ^cet xtpetrou xvxkcf) AtL 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 557 

rather, cause de tout mouveraent dans ie monde , em- 
brasse le monde : au centre de sa sphere se rassembient 
done et se disposent dans Tordre de leur gravity et de 
leur l^g^ret^ sp^cifique les autres Elements. Le mou- 
vement circulaire veut un centre immobile ; or le mou- 
vement de Tether contient le monde : le centre de son 
mouvement est done le centre meme de sa figure, et 
le monde est une sphere qui accomplit autour de son 
centre immobile un mouvement ^ternel de revo- 
lution ^. 

Dans le mouvement circulaire , les vitesses des dif- 
ferentes parties du mobile varient comme les dis- 
tances de ces parties au centre. Les plus ^loign^es, 
parcourant dans le meme temps plus d'^tendue , se 
meuvent plus rapidement. Toutes les parties de la 
sphere du monde ne sont done pas anim^es d'une vi- 
tesse egale. En outre, Tether, dans toute son 6ten- 
due, et les quatre Elements contraires ne forment pas 
une masse continue, indivisible dans son mouve- 
ment. La difKrence des vitesses dans le mouvement 
g^n^ral de Tether ou du ciel, y laisse les couches 
inf(6rieures de plus en plus independantes du mou- 
vement de la couche la plus ^loign^e du centre; elles 
retardent les unes surles autres , etprennent des mou- 
vements propres dans des sens difKrents du mou- 
vement universeP. La sphfere la plus vaste et la plus 

f De CobL II , IV. 
Ibid. Ill, XII. Afef. XII, VIII. 



Digitized by 



Googk 



558 PARTIE III.^BE LA METAPHYSIQUE. 
rapide porte des astres qui ne se meuvent que de son 
mouvement : ce sont les ^toiles fixes. Au-dessous 
viennent les spheres des ^toiles errant es , ou plan^tes. 
La derni^re plan^te est la lune. Au-dessous de la lune, 
et en g^niral du ciel, vient le monde des Elements 
contraires, incapables de se mouvoir d'eux-memes 
qu*en iigne droite, mais plus ou moins dociles k rim- 
pulsion des sphferes celestes : d'abord le feu, ou plu- 
tot r^l^ment inflammable, qu'entraine encore d'un 
mouvement assez rapide la pression de la sphfere qui 
le touche; au-dessous, Tair qu elle ne fait plus qua- 
giter; au-dessous de Tair, et k la surface de la terre, 
lean, ou Timpulsion de la sphere de la lune ne pro- 
duit que les oscillations lentes du flux et du reflux^; 
enfin la terre est soustraite par la cohesion de ses 
parties non moins que par sa petitesse , a Tinfluence 
mecanique du mouvement celeste. La terre est im- 
mobile, suspendue dans Tespace par la seule pesan- 
teur, qui precipite le& graves. vers le njiilieu du monde ^. 
Mais la terre elle-mem,e subit Taction immediate de 
Teau, Teau celle de lair, et I'air celle de r^limerit in- 
flammable. Enfin , dans les ph^nomfenes de la mixtion, 
les deux ^l^ments inf^rieurs jouent en g^n^ral, k re- 
gard des deux autres, le role du principe moleur^. 
Ainsi chaque sphere du monde est la cause du 

* Meteor. II, i. 

* De CobI. II, XIII, XIV. 

* Meteor. IV, i, v. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 559 

changement dans ia sphfere quelle enveloppe; Tordre 
de Tessence et de ia causality r^pond k I'ordre des 
iieux et des temps, la forme i la figured Depuis la 
sphfere rapide des etoiles fixes jusqu'i la terre, c'est 
une progression d^croissante de mouvement et d'ac- 
tivit^. Mais, entre ie monde celeste et le monde sub- 
lunaire , Tunit^ n est que d'analogie , de simple pro- 
portion : ia dilKrence est de mati^re, ou de genre; 
car le genre r^pond k la mati^re^. Au contraire, cha- 
cun des deux mondes est form^ d'une seuie et mSme 
mati^re. Dans le monde celeste, il ny a que Tether, 
et dans le monde subiunaire, les quatre elements 
sortent les uns des autres et se resolvent les uns dans 
les autres : c est done une seule matifcre sous des 
formes variables, et dans une transmutation perp^- 
tuelle : dans le monde subiunaire , lunit^ est done 
du genre : la difKBence des spheres successives est 
une diffiSrence de formes, ou d'espfeces. Dans le 
monde celeste, exempt de toute opposition, Tunite 
de genre est aussi une unit^ d'espfece ^; et il n'y a 

* De Ccel. IV, iii : kei yAp to dvtikepov vpos to v^ aOr^ dts elSos 
'Bpds <fkr\v oUtcos i^ei 'uspbs iXkrfka.. De Gen. et corr. Ill , vii : M6vov 
ydp icrtt xnl fAotXiora tov etSovs rd wvp ^St t6 'ai^xivou (^ipeaBou vtpds 
r6v Spov.,.. H Sk \u)p(pii xai to el^os dicdvTCdv iv toTs Spots. Meteor. 
IV, I. 

^ Met. V, p. 96, 1. 3 : T^ ye»os iv rd ^oueifievov rous Sia(popa7s 

Scifep ii <(Xn ft/a. Sur ie rapport du genre et de la mati^re, voyez plus 
haut, p. 486. 

' Met. V, p. 97, \. 22 : Ta fikv kcit* dptBfi6v iartv jSv, td ik xtvt* el- 



Digitized by 



Googk 



560 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 

de diiF(6rences entre ies spheres successives que dans 

les degres de perfection. 

Or le r^sukat imm^diat de Topposition des espfeces, 
dans un monde de mouvement, est la g^n^ration et 
ia corruption. Le contraire d^truit le contraire ; et la 
destruction de Tun est la naissance de Tautre^ Mais 
Taction des contraires Tun sur Fautre exige, outre la 
matifere, une cause de mouvement. La cause imme- 
diate de la generation est la chaleur; celle- de la cor- 
ruption, le froid ou la privation de la chaleur ^. La 
cause efficiente de la chaleur elle-meme, est dansle 
Irottement que les astres excercent sur les spheres su- 
perieures du monde sublunaire '. Les astres n ont 
pas de chaleur par eux-iiiemes : la sphere de Tether 
est en elle-meme etrang^re i toute opposition; la 
cause produit un contraire , sans descendre elle- 
meme dans la contrariete , sans sqrtir de Tidentite et 
de Tuniformite de son mouvement. 

Gependant les alternatives de la generation et de la 
corruption veulent des alternatives dans la chaleur et 
le froid, qui en sont les causes immediates : les effets 
opposes veulent des causes opposees. L'opposition 

3os, rSt Si xarai yivos, x^ ii xar^ dvakoyiav. Cf. Theophr. Met. ed. Bran- 

dis, p. 317, I. 19. De Piui, on. I, y : T(i itkp y^ i)(Ovci rb xotvdp xen* 

dvakoylav, rA Si xenA yivos, tA Si xar^ elSos, 

^ Ibid. XIV, p. 3oa, i. 16 : <l>daprtx6p yap rov ivamiov rd ivavriov, 
* De CcbL II , III : Kai iris arepi^ceoff 'ttporepov "fi xard^offts' "kiyu 

S^ otov 76 Qrepfiov TOO ^xpov. 
■ Meteor. I, 111. De CokI II, vii. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 561 

se trouve dans la variation des distances de i*astre 
qui produit la chaleur k la region oil il la fait p^ne- 
trer, et pour cette variation, il suffit dune obliquity 
dans son mouvement propre k regard du mouvement 
g^niral du cieP. Tandis que le mouvement g^n^rai 
emportele soleil, suivant la ligne circulaire de T^qua- 
teur, d'orient en Occident, il remonte peu k peu d*oc- 
cident en orient suivant une ligne circulaire, T^clip- 
tique, dont le plan coupe le plan de T^quateur, en pas- 
sant par le meme centre , qui est celui de la terre. Sans 
s'^loigner ni s approcher du centre , il s'approche et 
s'eloigne successivement de chacun des points de la 
surface, et de ik Tin^galit^ de la chaleur et la vari^t^ 
dessaisons. La revolution de la sphere- celeste, selon 
r^quateur, perpendiculairement k Taxe du monde, 
cest le jour, qui rigle sur la terre, pour les etres 
places haut dans T^chelle de I'organisation, ies alter- 
natives du sommeil et de la veille. La revolution 
propre du soleil suivant r^cliptique, par les signes du 
zodiaque, c'est Tann^e, qui r^gle les alternatives g^- 
n^rales de la naissance et de la mort. Enfm la terre 
elle-meme a ses ages ; seulement elle n est pas comme 
les etres ^phemferes qu'elle porte, jeune ou vieille 
tout entifere. Elle vieillit d'un cote, en perdant sa 

^ De Gen. et corr, II, ix ; Aio oC^ i) 'uptimi ^opct curia iari yeviaeus 

SveoTt xoi t6 xtvetadcu S^o xipi^aets. Met. XII, p. 2 45, 1. i : 6 ifXiot 
xdii 6 "ko^dt x&xXos.,, xivovpto, 

36 



Digitized by 



Googk 



562 PARTIE III— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
chaleur, pour rajeunir dun autre ^ Ou elie ^tait fer- 
tile, elle devient aride; oil il n'y ayait point d'eaux, 
les eaux affluent et forment des dduges : puis les eaux 
se retirent, les regions dess^ch^es reverdissent. La 
cause de ces changements, c*est sans doute le soleil 
entraine ientement par une troisieme sphfere ^th^ee 
suivant la largeur du zodiaque ; T^cliptique s*incline 
peu k peu, et en se d^pla9ant, d^place les climats. 
La revolution de T^cliptique est la p^riode d'une 
grande ann^e, qui mesure les ^poques du-monde 
sublunaire ^. 

Ainsi , dans le monde oil nous sommes , au milieu 
du combat perp^tuel des contraires, la nature ne 
pent arriver, ni dans Tespace, ni dans le temps, a la 
continuity du monde cdeste ; elle arrive i lunifor- 
mite et k la regularity du changement discret ^. Elle 
ne pent obtenir la perpituit^ de Texistence dans Im- 
dividu : elle Tobtient dans I'esp^ce. Le sujet change, 
la forme dure en se propageant d'individu en indi- 



* Meteor. I , xiv : Tij H yif roSro yherm xar^ lUpos , Sta ^fin xai 

* G'est le troisi&me mouvement attribu6 au soleil par Eudoxe. Met. 
XII, p. 2 5 2, I. 1 : Ti^i; Sk rplrnv xarot. rdv XeXo^a)fi^vop ip t^ ^Xdrei 
t&v ^oiiitov, Je n ai pas troav^ dans Aristote de passage expr^s oi^ il 
rapporte les ages de la terre ^ ce mouvement, comme k une grande 
ann^e. Mais j^ai cru que c'^tait sa pens^e. Selon une opinion univer- 
sellement r^pandue dans Tantiquit^, on avait vu autrefois le soleil se 
lever h. Toccident. 

» T6 i<pt^s, Phys. VIII, VI. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 563 

vidu; i'etre p^rissaMe se reproduit dans un autre lui- 
meme ^ Les parties vivantes du monde sublunaire se 
propagent ainsi dans le sens de ia progression perp^- 
tuelie du temps , et suivant ia iigne droite. Les 61^- 
ments font le cercie dans ies alternatives de ieurs 
transformations r^ciproques 2. Enfm le changement 
des zones de la terre est une iente revolution. L'o- 
bliquit^ de la marche des planfetes suflit done pour 
determiner dans le monde des eontraires les vicissi- 
tudes de la generation et de ia corruption : la con- 
tinuity du mouvement g^n^ral du ciel en ramenant 
ies plan^tes dans des temps egaux aux memes points 
de la sphere du monde, fait de ces vicissitudes les 
p^riodes r^guli^res de Tannee et de la grande ann^e. 
Les mouvements obliques font que tout est toujours 
autre; le mouvement diume qui les domine fait que 
tout est toujours le meme , et donne au changement 
la forme de Teternite^. Le monde celeste en g^n^ral est 
le monde de ia continuite eternelle du mouvement; 

^ Voyez plus haut, p. 4i4. 

* Met II, p. 87, L 24 sqq. 

' Ibid. XII, p. 247, I. i5 : El ^i^ to avTo del ^ept6^^, Setri del fii- 
vetp dxraijTeas ivepyovv, Ei Sk iiiXXet yivsois xod (pQopd elpeu, dfXXo iei 
elvat del ivepyovv d^Xa>$ xcd dWcas, kvdyxtf dpa aSl fi^v xaO* avTo ev. 
epyelv (le mouvement propre , annuel) , M Sk xcut* iiXko' ifrot dpa . 
xad' hepov ^ xa'vd tb tip&Tov (rd ^pohop, le mouvement diurne de 
tout le ciel). kvdyxv ^il xatd rovro' vfdXtp ydp ixetpo aCi^ re editop 
x^fteipcf) (i. e. le mouvement diurne, ixetpo, est la cause et du 
mouvement oblique, oojt^, en tant que periodique, et de la g^ndra- 
tion et corruption perp^tuelle, x^xeipcp), OCxoiip ^ikrtop t6 vpavov, 

36. 



Digitized by 



Googk 



564 PARTIEIIL— DELAMlfeTAPHYSIQUE. 
le monde subiunaire, celui de r^temeile periodicity. 
Le monde celeste iui-meme ne peut atteindre i 
r^galit^ et runiformit^ absoiue. C*est un mobile , et 
des conditions memes du mouvement continu suit, 
dans les difF<6rentes parties du mobile, Tin^galite des 
vitesses. Mais en meme temps que d^croit la rapidity 
des astres dans le mouvement g^n^ral du monde, en 
meme temps se multiplient et deviennent plus rapides 
les mouvements propres. La sphere des 6toiles fixes 
n a qu un seul mouvement , qui emporte une multi- 
tude d*astres avec une v^locite extreme ^ Les spheres 
inftrieures ne portent chacune qu un astre ; mais cet 
astre i lui seul a plusieurs mouvements diflKrents. 
Ainsi s'^tablit entre toutes les parties de la masse ho- 
mogfene de Tether une sorte de compensation : ce que 
la nature perd d'un cote elle le regagne jusqu'i un 
certain point d un autre cot^ ^. La multitude lui sert 
k contre-balancer la grandeur, la vari^t^ k supplier 
la force. Ce n est pas assez de mettre partout Tordre 
et la proportion : partout elle ripand des relations 
inverses et une riciprocite harmonieuse qui main- 
tiennent entre les proportions memes un juste iqui- 
libre, et les rapprochent de luniti^. 



del ^tXXo9t 4(1^ hiXov6ri. 

1 De C<bL II, XII. Met XII, viii. 

* Voy. plu8 haut, p. 4i8. 

■ De CaL II , xii : Tatiriy re o^v ivtffdiet 17 ^aif, xai ^otet xtva tA- 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 565 

Le monde dans son ensemble, sous Taction du 
premier moteur, est un tout accompli auquel il ne 
manque rien, et qui renferme toute chose sous la 
forme deia continuity dans Tespace et dans le temps ^ 
L*espace, ou le lieu, ne consiste ni dans la matifere, 
ni dans la forme, ni dans Imtervalle des surfaces des 
corps : les intervalles, la forme, la matifere sont inse- 
parables du corps ; Tespace , au contraire , en est 
essentiellement separable. L'espace est la surface 
dans laquelle des corps de nature quelconque peu- 
vent se succ^der : c est comme un vase immobile 
pour toute espfece de mobile. Or une limite, telle que 
la surface, ne pent pas subsister par elle-meme, mais 
seulement en un corps. L'espace est done la limite 
du corps enveloppant^. Le vide n est done autre chose 
qu une abstraction sans r^alit^, et, par consequent, le 
monde n*est pas un corps ou un systime de corps 
suspendu dans le vide infini. Dans Tinfini dun es- 
pace vide comme dans Imfini d'un temps vide , il n y 
a rien qu'une entifere ind^termination ; nul ordre , nul 
rapport et nul point discemable oil fixer la place du 
monde ^. Le monde nest done pas dans Tespace, mais 

(tPf 'rij (ikv fuf ^opS ^oXkA dicoSovaa <rci)iiaTa, t$ ii kvl adtfiaTi voXkas 
^opds. 

* Ibid. I, VIII, IX. Sur Tid^e du tiketov, cf. I, i, et Met V, xvi. 

* Phys. rV, II, IV : 6 T<i«05 dyyetov diieraxlvriTOv,., Tov 'oepti/op- 
Tos 'ttipas oJciptiTov 'Wp&'vov. 

' Ibid. VIII : a^ffisep ydp tov firiS$v6s ovSefiio^ itrrl ha^pik, oUtdis xat 
TOV fiil SvTos, 



Digitized by 



Googk 



566 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
i'espace dans ie monde. D'un autre cot^, le monde ne 
peut etre infini. En effet, le mouvement d'un mobile 
infini, exigerait, avec une vitesse quelconque et pour 
une partie quelconque , une dur^e infinie. La figure 
meme, fAt-eile immobile , suppose la limitation ^. Et 
enfin, nulle quantity actuelle en g^n^ral ne peut etre 
infinie. Le monde est une sphere finie , qui n'est pas 
dans i'espace, et dont la grandeur determine les 
bomes de Tespace. Maintenant, dans laspji^re, le 
commencement ne se distingue pa's de la fin^ : c*est 
comme la figure mfime de Tinfini. Mais cette infinite 
ne consiste que dans Tinfini de la possibility du mou- 
vement : la ligne circulaire , la plus difinie , la plus 
parfaite des lignes , est la ligne selon laquelle le mou- 
vement est possible dans le temps k Tinfini. Ainsi le 
monde est un tout qui embrasse dans son etendue 
tout espace , dans son mouvement toute dur^e. Ni le 
fini de son Etendue, ni Tinfini de son mouvement ne 
d^rogent i sa perfection. Sa perfection c'est qu'il est 
tout et quil mesure tout , dans le r<5el par sa forme, 
dans le possible par sa dur^e. 

Cependant le monde lui-meme n'a rien de riel que 
dans son mouvement. Ce n est pas encore la fm de 
toute r^alite ; c est une limite limitcie elle-meme , une 
forme qui a sa forme. La forme et la limite du monde 
estle principe qui siege en quelque sorte sur sa sphere la 

* De CcbL I, VII. Comp. plus haut, p. 546, n. 2. 

* Pkys. VIII, IX : Tiis Si vept^spovs adpi<JT«. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 567 

plus rapide S et Tenveloppe de son activity. Le monde 
est une quantity ; ie ciel meme, et ia sphere du ciei la 
plus haute et ia plus rapide , n'a que 1 unit6 que sup- 
pose et produit le mouvement , c est-a-dire la conti- 
nuity , avec rinfini qu elle renferme. Le premier mo- 
teur seul est sans ^tendue, sans quantity, sans parties ^. 
Le mouvement du monde pendant rinfmiti du temps 
supposerait dans une grandeur une puissance infinie ; 
or une puissance infinie ne pent appartenir k une 
grandeur finie, et une grandeur infinie est impos- 
sible'. Mais le fini et Imfini nappartiennent qu'4 la 
quantite , et la quantity k la matifere* ; le premier mo- 
teur n'est done ni fini ni infini : c est une limite indi- 
visible et une unite simple. Le monde, dans son 

^ *Pkys> VIII, X : Td^ttrra xtpsTrau xa iyy^rara tow xivovvtos' Totavrii 
^ il TOW <5fXow xivrfms. ttxet dpa Td xivoijv» De Ctel. I, ix : EMafiev to 
S<r/aTov xai iveo ftofXierTa xaXeii> oijpavdv, iv 5 76 Q-elov 'tsdiv iSpvoBcti ^a- 
fA€v. On peat done admettre I'expression de Sextus Empiricus, Pjrrrh. 
hjrpotyp. Ill, s. 218: kptarorikrfs ouTei>fMLTov slitep rdv Q-eov elvcu xai 
'zsipas TOW oCpavov, Adv. Math, X, s. 33. Gela ne veut pas dire que 
Dieu soit 6tendu ni mobile; cela veut dire le contraire. 

« Phys. VIII, X. Met. XII , p. 260, 1. 1 : MSetmat Si xai ikt ftiyeBot 
oCdkv i^etv iv$e)(trm TCt^rifv tilv (tCcriav, oXXa dfiepifs xai oiStaip6T6s i<rrt. 

' Loco, laudd. II ne faut pas conclure non plus de cet argument 
(comme par exemple S. Thomas, in Met. loc. laud.) que dans la pen- 
s6e d'Aristota le premier moteur doive avoir une puissance infinie , 
mais an contraire qu 11 lui faudrait de la puissance s^il avait de f^ten- 
due, et dans ce cas seiilement. La pubsance n'appartient qu ^ ce qui 
existe comme Tame en une mati^re, ivvXov, et par consequent en une 
etendue. 

* Voyez plus haut, p. 397. 



Digitized by 



Googk 



568 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
ensemble, n est qu*une unit^ de proportion ; le monde 
sublunaire , une unit6 g^n^riquc que se partagent des 
oppositions ; ie monde celeste , une unit^ d'esp^ce ; 
ie premier moteur est iunit^ de Tin (livid ualit^ ab- 
solue. Enfin , dans le monde cdeste lui-meme , toute 
opposition na pas disparu, ni par consequent toute 
contingence ; la matifere y subsiste avec la possibilite 
qn'elle implique : si la sphfere celeste ne peut pas ne 
pas etre, et meme ne pas. se mouvoir, car son etre 
est dans son mouvement, elle pourrait du moins 
se mouvoir dans un autre sens et avec une vitesse 
diflKrente. Mais le premier moteur est independant 
de la matifere, sup^rieur k toute contingence; en lui 
rien ne peut etre que ce qui est ; c'est le. seul etre 
n^cessaire, non pas comme la mati^re k regard de la 
forme, June n^cessit^ conditionnelle et relative, mais 
dune n6cessit6 simple et absolue^ 

Or maintenant, comment le premier moteur peut- 
ii donner le mouvement? L'impulsion suppose Fac- 
tion du moteur et la reaction du mobile en un point 
de contact, qui leur sert de limite commune^. L'action 
et la reaction impliquent la passion r^ciproque du mo- 
teur et du mobile sous Taction Tun de Tautre, et la 
passion est un mouvement; or le premier moteur 
est absoiument immobile. Bien plus, non-seidement 

* Met XII, p. 2 48, i. 18-29. 

' Pfys. Ill, II : SvfiSsivel ii rovro Q-l^tt rov xtvnrtxaS' dhre fya 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 569 

inaction qui donne rimpulsion implique la reaction , 
mais Taction et la reaction sont ^gales ^ ; or 1 egalit6 
de Taction et de la reaction donne T^quilibre, le repos, 
et non pas le mouvement. Pour determiner le mou- 
vement, il faut un excfes,. une predonainance ; toute 
impulsion suppose plus de mouvement dans le mo- 
teur que dans le mobile ^. Le moteur immobile ne 
meut done pas par une impulsion ; il meut le monde 
sans se mouvoir, et par consequent sans puissance 
motrice. Toute la puissance doit etre dans le mobile : 
I'acte seul dans le premier moteur. 

Le premier moteur ne pent mouvoir le monde que 
comme le bien ou le beau meut Tame , comme Tobjet 
du desir meut ce qui le desire ^. La cause d'une af- 
fection de plaisir ou de douleur nous touche sans que 
nous la tduphions ; le premier moteur touche le monde 
et n'en est pas touche *. Le mouvement du monde n est 
done pas le r^sultat fatal d'une impulsion m^canique. 

* De Gen. an. IV, iii : 6Xw$ t6 xtvovv, i^eorov fepel>Tov, ivTtxtvet- 
Ta< rtva xivn<FW olov rd ddovv dvroidetTai ^etas, xa} avriBXiSerou t6 ^•X/- 
^01^. De An. mot. iii : ils y^p to cadovv adet, oilrct) to dBolifievov codeTTat, 
xai 6[tolei)s xon* layfiv, De 1^ la n6cessite d'un point d'appui. 

* De An. mot. iii : A» {i^v tcrcu (sc. xtvi^crets) dvadets vit* dk'Xi^Xeov, 
xpaToOvrat Sk xaroi Tiiv ^Ttepc^v. 

' Met XII , p. 2 48 , i. 4 : Kive* ^k &Se' t6 opexjdv xai rd vortrdv xt- 
vet ou xtvo^fieva. De An. mot. vi, viii. De An. Ill, x. 

^ De Gen. et corr, I, Ti : &<rr^ et rt xtveT dxivnrop Sv, ixeTvo fiiv &v 
ittjotro Tov xtvrjTov, ixeivov S^ ovBiv ^afi^v ydp iviote jdv Xvitovvra 
dmeaBat i\[Udv, aXX' oux awTO< ixeivov. Phys. VIII, v : kmeffOcu yotp oX- 
AtIXo)!/ dv(tyxrf, f^exp' '^^^os, Comme ci-dessus, dans le passage cit^, 



Digitized by 



Googk 



570 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
Le premier moteur est le bien oix ii aspire. La s^rie des- 
oendante des causes motrices serenverseici en queique 
sorte , et se convertit encore en une s^rie ascendante 
de causes finales. Ce n'est pas la cause qui est faite 
pour son effet , mais Teffet pour sa cause, et au fond 
la vraie cause est la fin. Le mouvement circulaire du 
ciel est la cause motrice de la generation dans le monde 
sublunaire; mais c'est que la g^n^ration est Tefibrt de 
la nature pour atteindre k la continuity du mouvement 
et de la vie celeste ^. A son tour, le mouvement con- 
tinu de la revolution du ciel n'est que la tendance 
du monde k r^aliser en lui-meme Tunit^ et la sim- 
plicity absolue de son principe. Rien n*a de r^alit^ 
que par sa fin et dans la tendance ^ sa fin. La r^aiite 
du corps est dans son mouvement naturel ; la reality 
du mouvement lui-meme n'est pas dans sa forme 
abstraite et ext^rieure, qui n'est qu'un changement 
de relations, eile est tout entifere dans le desir^. 
L'acte etemel qui fait la vie du monde est le d^sir 
eternel du bien. 

Le principe du d^sir est la sensation , fimagination 
ou la pens^e , qui en manifestent Tobjet comme le 

p. 568, n. 3; i^eo tov ^pc&Tov, ^ Texception du premier moteur. Gf. 
Vater, Vindici€B iheolocfia Aristotelis» p. 3a. 

^ Voyez plus haut, p. 424, n. 3 , et p. 563. 

* De An. Ill, x : Ktvetru yStp rd Ktvo^fiBvov ^ opfyerai, xai i^ xlvriffts 
6pe&s xls ioTtv ^ ivipytta. Dans les anciennes Editions on lit 6pey6- 
lievop au lieu de fuvo^pLSvov, et ^ Spe&s xivjfcts au lieu de -fi Kivi\<ns 
6pebft cequi donne un sens tout difii^rent. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 571 

bien auquel ii faut tendre ^ Or le premier moteur est 
n^cessairement sipar6 de toute matifere, sup^rieur 
aux conditions de Tespace et du temps. Ce n est done 
pas un objet de sensation ni d'imagination ; c est un 
objet de pensee, une chose intelligible. Le d^sir du 
monde n'est done pas le mouvement de Faveugle ap- 
p^tit, mais bien le libre dan de la volont6 intelli- 
gente ^. 

Mais n avons*nous pas vu que le bien dont la pensie 
determine la volonte k Taction, que Tobjet de Tenten- 
dement et de la raison pratique , est une fin qu'on se 
repr^sente hors de soi , en face de soi-meme , comme 
lun des deux termes contingents d'tine opposition, 
comme une possibility, un id^al que Ton peut k son 
gr^ realiser ou ne pas rialiser ' ? Le bien auquel le 
monde aspire et qui le determine k se mouvoir ne 
serait-il done aussi quun intelligible sans substance *? 

^ De An. Ill, ix, x. Les principes determinants da mouvement 
penvent ^tre r^duits k deux, VSpeStf et le vovs, qui sont chez Aristote 
les deux divisions les plus g^nerales de Tame, ibid, x; De An. mot 
VI; Met. XII, p. 2 44, 1. 17; p. 248, 1. 4.; Polit VIII, vm. Voyez plus 
baat, p. 446, n. 3. 

» ilfet. XII, p. 248,1. 5. 

' Voyez plus haut, p. 467. De An. Ill, x : AeJ fikv yAp Ktvet to 
opexrSv dXX(i row* itrttv if rd dyaBdv if t6 ^v6^evov dyad6v' ov ^av 
ik, aKkk rd ^Bfpaxjbv vyaB6v ^paxrdv S* iarlv ocyaB6v r6 ivie'x6[i.evov 
xa\ iKk^i ix^tv. Sur le bien pratique , comme id^e , possibility , voyez 
plus haut, p. 493. 

* Sur cette question , consulter les profondes dissertations de 'Ge- 
salpini, Quast. peripat, II, iv, vi. 



Digitized by 



Googk 



572 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
Serait-ce une pure conception , une id^e abstraite et 
g^n^rale qu'ii s efforcerait sans cesse daccompiir en 
lui-meme par son ^ternel mouvement? Eln un mot, 
est-ce du cot^ du monde qu'est la r^alit^ avec raction , 
et du cot^ de la cause de son mouvement Fid^aiite 
pure? L'un est-il par soi-meme ie sujet de la pens^e , 
et lautre nen est-il que Tobjet, sans etre par lui- 
meme un sujet et une substance ? 

L'objet dont la pens^e produit dans Tetre ie pre- 
mier desir et Ie premier mouvement ne pent pas etre 
une pure idee quil se pose k lui-meme comme un 
objet exteme et comme un type k r^aliser. La delibe- 
ration ne pent pas conunencer par la deliberation , la 
reflexion par la reflexion ; la premiere pensee , on n'a 
pas pu penser k la penser, car on irait ainsi k 1 'infini 
sans trouver de commencement ^. Le premier objet 
de la pensee ne peut done pas etre une idee qu'on s op 
pose k soi-meme comme une pure idee et qu on op- 
pose k une idee contraire ; c est un etre qui agit par 
son etre meme sur I'intelligence qui le contemple. 
II n'y aurait rien au monde, si avant tout n etait 1 etre 
comme principe de tout ^ ; ainsi , dans Tordre meme 
des intelligibles, qui est en general Toppose de Tordre 

* Eik, End. VIII , xiv : Ou yap ^SowXetJffaTO PovXevadfisvos , x«i tout' 
i€ovXe6(TaTo , aXX' Scrriv apx'J tis* ouS* iv6riae vovtras "StpSrepov vofi<TOU, 
xeU TovTo eis dvetpov. Oux dpa tov vorjaai 6 vovs ^px^> ^^^^ "^^ i^**' 

^ Mel. XII, p. 245, 1. 3o : At re ySip oMai -mpmat twv Svrav, xal 
ei 'craoroi ^aprai, wdvTO. ^apjd. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 575 

des inteUigences et des etres, c'est letre qui est le 
premier terme ^ Le riel est le commencement de 
Tid^aL Dans le monde sensible, que remplit le mou- 
vement spontane de la vie , la fin oi la nature tend 
sans relache , ne reside pas en un type g^n^ral , un 
exemplaire abstrait de la forme : la forme est dans 
Tetre et dans findividualit^ concrete , du sein de la- 
quelle elle se d^veloppe. C'est dans la region moyenne 
de la raison et de la volont6 discursive , dans la re- 
gion de Tart et de la pratique , que I'etre s'oppose sa 
fin comme quelque chose d'autre que lui-iheme, 
comme une forme abstraite qui! delibfere de rialiser 
en iui , et qui , d^pourvue d'etre , ne produit par eile- 
meme dans letre aucun changement reel. Au point 
culminant de la nature , la fin qui determine le mou- 
vement, 6n ^branlantla pensee, est comme dansfen- 
tendement une chose intelligible, et comme dans la 
nature un etre. Ce n'est plus ni une forme concrete 
et sensible, ni un intelligible con9u par abstrac- 
tion : c'est un intelligible riel dans Tacte meme de la 
pensie qui le contemple. Dans la nature il n'y a que 
d^sir aveugle et point de volonti. Dans le monde de 
Tentendement, dans la vie humaine, la volonti est 
distincte du d^sir, et souvent en lutte avec Iui. Au 
point culminant de la nature , Tobjet du desir est un 



^ Met XII, p. 2 4.8, 1. 9 : ^or}rff Sk H Hipa avaxofxk Koff aMiv xvt 



Digitized by 



Googk 



574 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
objet intelligible, etle d^sir s*identifie avecla volonte^ 
Mais si Tobjet du d^sir du monde est un intelli- 
gible sans mati^re, ce nest ni une simple possibilite 
comme la fin que Tentendementse propose, ni comma 
la fin que la nature poursuit sans ie savoir, un etre 
concret, enveloppant sous la forme de son acte une 
puissance que d^veloppe le mouvement: cest un 
etre qui est tout en acte , dans une r^aliti enti^re et 
une simplicity parfaite. Le principe du monde n est 
done pas, comme i'avait reprisent^ la philosophic 
platonicienne , une idee supreme , un universel. Ce 
n est pas Tid^e du bien , car i'id^e du bien est une gi- 
n^ralit^ vague et ind^finie; cest le bien supreme, 
parce que c'est la fin supreme du mouvement qui agit 
dans la pens^e, et qui par la pens^e attire k soi le desir 
de Teternel mobile ^. Ce n est pas Tid^e de 1 unite , 
Vun en soi , Vun absolu ; car f unit6 ne consiste que 
dans le rapport id^al d*e la mesure k tout ce qu elle 
mesure, et dans Tindivisibilit^ logique : au contraire 
ia simplicite est dans la mani^re d'etre, Le premier 
principe n'est pas Tan , mais le simple par excellence, 
et le simple parce que tout son etre est dans la sim- 
plicity et rindivifiibilit^ rielie de sa propre et essen- 
tieile action '. 

} Met. XII , p. a48, i. 4 : Td opextbv kolI to portrov xtpet ov xtvov- 
jxeva* To^rav rai ntpSyra, rot avrd. 

2 Ibid. p. 267, l. 2. Eik, Nic. I, IV. Etk. Ead. I, viii. Magn. Mor, I, i. 
' Met. XII, p. 248, L 10 : Kai roajrrfs (sc. rris ovakis ^n/peinn) v aif^V 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 575 

Ce n*est pas tout, si le premier objet de ia pens6e 
est un intelligible sans matifere , comment pourra-t- 
il agir sur I'inteiligence , non comme une fin id^ale et 
im objet abstrait de raisonnement, mais par son Stre 
et dans Tessence intime de la chose qui le pense , k 
moins que lui-meme il ne soit cette chose ? L'enten- 
dement se propose pour objet et pour fm quelque 
chose qui est autre que iui ou qu ii croit autre ; la 
voiont^ se distingue de ce qu elie veut. Mais , dans la 
nature , ia fin qui agit sur I'etre et qui Tattire i elle , 
fait tout son etre , et ne se distingue pas du d6sir 
quelle excite. La rialit6 de ia nature est dans son 
mouvement, ia r^aiit^ du mouvement dans ia ten- 
dance, ou le d^sii', la r^aUt^ du d^sir dans ia fin 
qui le determine. La fin, ou ie bien supreme dont 
la pens^e ^meut le desir du monde, ne se distingue 
pas non pius de Tinteiligence qui ie pense. Non- 
seuiement ce n'est pas une pure id^e dont Vkme du 
monde poursuive incessamment ia realisation; non- 
seulement c est un etre et un etre toujours agissant, 
mais hors de iui il n'y a dans le monde quune 
puissance passive docile h son action ^ ; c esf iui qui 

xoi xar' ipiff^eutv, £<m ik 76 i» xoi to avXovv o4 rd aM- v6 (ikv ySip 
iv fiirpi^ <nnMiiv9t, t6 S^ dnXopv 'O&s S/pv avT6, Sur les id6es plato- 
niciennes du bien et de Tun, voyez plus haut, p. 3og-3i 1. 

' Le ciel n'est pas mu, k proprement parler, par une Hme; car nul^ 
ame ne pent mouvoir ^temellement. De Ccel. II, i : AXkot fAijv oiire vM 
iffvxrjs effXoyov dvayxaio^trnf fiivetv dtSiovy h. t. X. Ii ne faut done pas 
prendre k la rigueur cet autre passage , ibid. 11 : 6 <$' oOpapds iy4>^xpf 



Digitized by 



Googk 



576 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 

se pense dans le monde , et qui de sa pens6e loi 

donne 1 etre , le mouvement et ia vie ' , 

Ainsi, si la cause premiere du mouvement ne 
donne le mouvement au monde que par le d^sir 
qu'elle lui inspire, si cette cause motrice est ime 
cause finale , ce n est pourtant pas, comme la fin que 
se propose la raison pratique, une fin ^loign^e, s6- 
par^e par quelque milieu de ce qui aspire k elle , et 
qui ne puisse etre atteinte que par une suite de 
moyens. Le propre de la cause motrice, cest qu'elle 
est en meme temps que son efTet et que le mobile 
oil elle le produit; car cette cause, cest celle qui 
agit par impulsion et au contact , et le contact sup- 
pose la simultan^ite ^. Or le monde et sa cause finale 
se touchent aussi en quelque mani^re. Si la cause du 
mouvement du monde n est pas touchte de lui, du 
moins le touche-t-elle ' pareile-meme, et sans qu'aucun 
intermidiaire Ten s^pare. Elle n est pas pour lui un 
objet lointain de d^sir, mais un objet aim^ ^, dont la 
contemplation immediate remplit tout son etre ; ou 

xai ix^t xtvT^ffeois oLpx^v, L'6ther, comme ies autres ^l^ments (voyez 
plus haul, p. 4i4) , ne se meut pas par iui-m^me, n'a pas d'&me ni 
de nature. Les autres ^l^ments sont mis en mouvement par le prin- 
cipe qui les engendre graves ou lagers; Tdther, par le premier mo - 
teur. Gomp. Zabarella , De Nalura call, dans le De Reb, n^for. 11. 
XXXI, 270-290. 
^1 De Cwl I, u : T6 ehai re xai Kffp- 

* Pkys. VIII, V. 

' Voyez ci-dessus, p. 568. 

* Met. XII, p. 248, 1. iS : KivetSi us ipeb^ievov. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 577 

piuto.t, si c est cet objet meme qui se pense dans la 
nature, et de sa pens^e 6veiUe en elle le d^sir, n est- 
ce pas lui, n est-ce pas ie bien supreme qui s*aime 
comme il se pense , et qui , ainsi qu'un pfere se com- 
templant dans son fils, embrasse le monde auquel 
il donne I'etre , dans un acte etemel d'amour ^? Ainsi 
se retrouve dans I'id^e de la cause finale du monde , 
rid^e de la cause motrice : elles s'identifient Tune avec 
Tautre dans Tidee de la forme ou essence. De meme 
r&me est tout k la fois la cause motrice , la cause finale 
et la forme essentielle de son corps ^. Les trois prin- 
cipes , distincts et opposes dans le monde de Tart et 
de la pratique ne sont, dans la nature et dans la r^a- 
lite absolue sup^rieure k la nature, que des points 
de vue et des rapports diflE^rents d un seul et m^me 
principe. 

A la v^rit^ le premier principe est TinteUigence et 
Tintelligible tout k la fois , et il semble qu il enferme 
dansTunit^ de son etre une duality n^cessaire et une 
invincible opposition. Le sets s oppose k lobjet sen- 
sible, et Tentendement k Tid^e. Mais la cbose qui 
sent et la chose sentie sont des r^alites concretes qui 
se touchent, sans se confondre, sur la limite com- 
mune de la sensation. La sensation n'est ni le sujet 
ni r objet tout entier, mais le moyen terme ou se ria- 
lisent en un seul et meme acte , sans s'y ^puiser ja- 

* Eih.Ettd,\lhix, 
« DeAn. II, iv. 

3? 



Digitized by 



Googk 



578 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
mais , leui's puissances contraires ; c est la forme com- 
mune de deux mati^res differentes ^ : car la sensation 
ne porta que sur des formes, mais sur des formes 
concretes ^. Dans le monde de Tentendement , de la 
pratique et de Tart, Tobjet de la pens^e est une forme 
immat^rielle; mais le sujet qui la pense est une puis- 
sance qui s*oppose elle-meme k Tobjet actual de sa 
pens^e , comme 4 une forme et k une limite ou elie 
n est pai contenue tout enti^re. Dans le monde de 
rintelligence pure, il n*en est pas de meme; Tintelli- 
gence est comme Tintelligible, sans matiere distincte 
de la forme, sans puissance cach^e sous faction; 
pure action et pure forme. Ici, entre le sujet et Tobjet 
de la connaissance il n y a plus de milieu et plus de 
moyen terme. ^intelligence ne re^oit pas fintelligible 
en elle comme le sens re5oit la forme de Tobjet sen- 
sible , ou conune Tentendement re9oit la notion : fin- 
telligible lui-meme est toute Tintelligence , et I'intel- 
ligence k son tour tout fintelligible. A cette hauteur 
rintelligence et fintelligible , Tobjet et le sujet, la 
pens^ et Tetre ne font qu'un *. 

La condition de la pens^e en g^n^ral est funit^ , 

' Voyez plus haut, p. 427. 

« De An. Ill, viii : (W ySip 6 Wos iv rij +vx?> «^^«^ ^d elSos. 

* Met. XII, p. s 49, 1. 10 : Tflti^r^if voOs xal v<niT6p' r^ ySip ^rtx^9 
rov voirrov utd Tff< ovaias vwis. l^pefyyei ^ fy/^v. li n'y a pas dans 1 'ia- 
telligence speculative, vovs, ^ i&g difr(6rente d'^ivipyeta; c'est le sens 
de cette derni^re phrase. Sur S&s et ivipyeta ou xpUvts, voyez plus 
haut, p. 399. Le vovs n'est done pas proprement un iexrtxdv, comme 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 579 

et par suite I'unit^ de I'objet de la pens^e. Mais, 
comine on fa £|it voir, Tunit^ des nqtions qui sont les 
Qbjets de Tentendement est iunit^ logique de fonnes 
divisibles qui peuveiit etre contenues ies unes dans 
les autres. Leurs rapports de contenance s'expriment 
dans Taffirmation et la n^gs^tion; la conformiti^ de 
Taffirrnation et de la negation avec les rapports de 
cpntenance des id^es, }e9 unes k regard des autres, 
fait la verity et Terreur. La science tout entifere con- 
siste dans la combinaison et la division des id^es de 
TentendeBEient ^, sur le module des objets. Le simple au 
contraire est un d'une indivisible uniti; ce n'est done 
plus un objet d affirmation et de negation, ce n*est 
plus un objet de raisonnement ni mhme de proposi- 
tion. Ce ne $ont plus 1^ des termes entre lesqueb la 
raison discursive cherche un terine moyen , ni meme 
entre lesquels il reste un iptervalle que comble le 
jugement. Cest un seul et unique terme , une limite 
simple, quine pent etre saisie que par une experience 
immediate , et une intuition simple. II n'y a done plus 
ici de place pour la v^rit^ et pour Terreur ; la v^rit^ , 
c'est de voir et de toucher , I'erreur de ne pas voir et 

le sens et rentendement ou vout Svvdfiet.Woyez ci-dessos, page 677, 
note 3. 

* Met. VI, p. 1 27, 1. 18 : fi avft-vkoxii imt xo^ il itaipems ip itapoi^ 
d>X oCx ip roU ttpdyfAoatp. L. 6 : ^^pBtmp.,, xai itaiptmp. XI, p. 328, 
1. 24 : i^ avftvXox^ rfif itapokt$, De An, III, vi : &y oU ii rd ifneSiat 
xai r6 akvtdis, a^pBeaU rts ^^t? T«?t; yoirfMtrwt;. yiii : SvfivXoxi^ ydp i^tt 

37. 



Digitized by 



Googk 



580 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
de ne pas toucher * ; et c est pourquoi ia raison est 
infaillibie , comme le sens dans le jugement de son 
objet propre^. Mais, dans la pens^e pure, i'objet et le 
sujet qui le touche sont ^galement indivisibles : ce 
sont done comme deux points qui ne peuvent se 
toucher sans se confondre, et sans s'identifier inte- 
gralement '. La science implique la difference des no- 
tions, par consequent celle des pens^es, et par con- 
sequent encore , entre les notions en elles-memes et 
les pens^es , une opposition qui ne permet qu*une 
identity de rapports et une imit^ de proportion et 
d'analogie^. La sensation ^tablit entre la chose sentante 
et la chose sentie une proportion continue , dont elle 
est le moyen terme. Mais, dans Tintuition immediate 
de rinteiligence pure, toute difference, et toute oppo- 
sition, toute relation disparait dans une indivisible 
unite. Ainsi r^pond toujours k la nature la continuity, 
k la science la distinction, avec la proportion discrete ^; 
k rinteiligence et k letre absolu, Tabsolue unite. 

* 7)< An. Ill, VI. Met IX, p. 190, L 27 : Uepl Si ra davvdera.., to 
fUv B-lyetv xal (^dvcu d><ndis, r6 S* aeyvoetv fiij Q^yydpstv, Sur le rap- 
port de Tacte du vovs avec ie contact et la vue, voy. encore Phjs. VII, 
III; EiK. Nic. VI, xii. 

* De An. Ill, xii : Nov^ fUv oZv 'oSs Spd6s, Met. IX, p. 191, 1. 7. 
Voyez plus haut, p. 46o. 

* Met, XII, p. 249, 1. 8 ! "Norirds yotp yfyverou ^tyydvwf xal vowv. 

* L'entendement n'est pas identique, roais sembhble k son objet; De 
An. II, IV : ^KTtxdv rov elSovs xal Swdfiet rotovrop, (xXX(i fiif toCPto. 
Voyez plus bas. 

* Voyez plus haut, p. 488 et 3o6. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 581 

Mais Tunite absolue du premier principe est i' unite 
de Taction de Tinteiligence. Toute vie est dans Tac- 
tion , et , dans le plus haut degr^ de Taction , ie degre 
le plus eiev^ de la vie. Le premier principe est done 
\xn etre vivant. En outre le plaisir est inseparable de 
Taction, et Taction du plaisir; dans Taction la plus 
pure, se trouve n^cessairement la plus pure ftlicit^ ^. 
Le premier principe ^st doncun etre vivant, 6ternel 
et parfait dans ime ftlicit^ parfaite. Get etre, c est ce 
qu on appelle Dieu^. Dieu nest pas une id^e inactive, 
une essence ensevelie dans le repos et comme dans 
iin sommeil ^ternel^; Dieu est une intelligence vi- 
vante, heureuse du bonheur simple et invariable de 
sa propre action , et qui en remplit incessamment 
toute T^ernit^^. 

La vie divine n est done pas la vie pratique, oeuvre 
de la vertu et de la prudence. La vie pratique est 
une vie d'efFort et de combat, qui a sa fin hors d'elle- 

* Met. XII, p. 249, 1. 1 sqq. Voyez plus haut, p. 4.43. 

^ Met. loc. laud. 1. 17 : Oafx^v S^ rdv Q-edv etvat Jwov diStov ipurtov. 
^ffre ?<w?) xal edobv <7vve)(iis xal dtStos ^itdpyzi tw 3-e^* towto ydp 6 Q-e6s. 
Cf. XIV, p. 291, 1. 23. 

' Ibid. XII, p. 2 54, 1- 25 : E^xe yStp fivG^v voet, ti &v etrj to asfivdv, 
aXX' l;^ei ^aissp &v el 6 xaBe6Scov. Cf. Etk. Nic. X, viii. Magn, Mor. II, 
XXV. Le passage cit6 de la M6taphysique semble imii^ j usque dans les 
termes, d'un passage de Platon, Soph, sub fin. Mais il s'agit moins ici 
d^un passage d6tacb6 que de Tesprit et de la tendance de la pLiloso- 
phie platonicienne. De m^me plus haut, p. 309. 

* Etk. Nic. VII , XIV : 6 Q-eds cdel fiiav dit'Xriv ;t«^pe< -nSovi^v. xv ; X , 
viii. Met. XII, p. 249. 1. 1. 



Digitized by 



Googk 



582 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 

mSme, et ny arrive que par une suite de moyens 
difficiles et de combinaisons laborieuses^. La vie di- 
vine est la sagesse, sup^rieure i la vertu^ dans ie 
libre exercice de la speculation. Gomme I'entende- 
ment estoccup^ i la critique du vrai , ainsi la raison 
pratique est occup^e tout entifere au discernement du 
bien entre une infinite d'actions diff!^rentes, k travers 
une diversity infinie d'oppositions et de contradic- 
tions. Dans ie milieu de ia vie sensible oh elle se 
trouve engagee, et dont elle cherche la meilleure 
forme, elle ne peut se passer enti^rement de biens 
ext^rieiu's dependant du hasard ; elle a besoin aussi 
de Tamiti^, de la justice, de la soci^t^^. La raison 
speculative seule se suflit a elle-meme ; seule elle a 
en soi son bien, sa perfection , sa feUcit^ * dans I'uni- 
formite de la contemplation^. Dieu n*a pas besoiii de 
biens ext^rieurs, il n'a pas meme besoin d'amis, 
parce que la pens^e n'a besoin d'aucune chose qui lui 
soit etrangfere ^, parce qu'elle est k elle seule son tout 



^ Voyez plus haut, p. 479. 

* Magn, Mor. II, v : 6 yap Q-e6s jSeXx/wy rrji dperiis. Eth. Nic. Vll, I. 
' Voyez plus haut, p. 460-478. 

* De CcbI. II, VII : £oixe ySip t^ (isv apiora i)(ovn vvdp^etv rd eZ 

dveu ^pdSscos T^ i* d>s dptara i^^ovti ovSh Set 'ispd^eeos' Sari ydp 

wk(fi rd oZ ivtKa. ti Si ^pa&s itrttv del iv Svaiv, Stav xai oZ ivexa f 
xai rd ToiJTov ivexa, Eth. Eud. VII , xii : 'AfiTv ftiv yap jd eJ xa£* he- 
pov, ixeiv(fi Si a^bs avrov to eZ iart. 

^ Eth. Nic. X, Yin. 
,^ Magn. Mor. II, xv. Eth Eud. VII, xii. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 583 

sa fin, son bien. On Ta di^k vu* : la vie aninaale est celle 
de la sensation; la vie humaine, la vie pratique et 
sociale , est celle de Tentendement et de la volont^ 
deliberative ;• la vie divine est celle de Tintelligence , 
dans Tactivite immanente de sa speculation solitaire. 

Enfin la pens^e ou s identifient Tintelligence et Tin- 
telligible, la pensie speculative, ne peut pas avoir 
son principe aUleurs qu'en elle-meme ; elle n'est pas 
ia manifestation dune substance pensante , et le pro- 
duit d'une puissance de penser differente de la pen- 
see. En eflfet, Tessence et la dignite de Imtelligence 
n est pas dans le pouvoir, mais dans Tacte de pen- 
ser^. Tout bien, toute perfection, comme aussi toute 
feiicite , est dans Taction ; c'est pour cela qu'il est 
meilleur et plus doux d aimer que detre aime, meil- 
leur d'etre le sujet que Tobjet de la pensee , meilleur, 
en un mot, d'exercer que de subir Taction^. Or si 
cetait k I'objet de Tintelligence qu'il appartint detre 
loujours en acte et non a Tintelligence, si du moins, 
puisquici Tinteliigence et Tintelligible ne font q\iun, 
si le premier |)rincipe avait comme intelligible Facte , 
et comme intelligence la puissance de la pensee, ce 

* Voyez plus haul, p. 48i. 

* Met XII, p. 2 54t i. 28 ; Ai(i yoip rd voeiv to Tifitov awT^ visdp^^et, 

cf. p. 249,1. 11. 

* Magn. Mor. II, xi : fin S^ ^ikrtov yvaplletv ij yvapileaBcu. Comp. 
plus haut, p. 462. De An. Ill, v : kel yStp ttyndnepov tb moioXhf roO 
^ffj(ovros, Tifuov, comme dans le passage de la M^taphysique , cite 
ci-dessus, n. 2. 



Digitized by 



Googk 



584 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
serait au contraire du cot^ de i mteiligible que se trou- 
verait la perfection et la majesty divine ^ Dans 1 'intel- 
ligence la continuite de Taction exigerait un effort 
r^pit^ ; la pens^e divine se trouverait soumise k la 
condition laborieuse de la sensibHit^. et. de i'enten- 
dement^. L'essence divine ne doit done pas etre 
cherchee dans la virtualit^ d'une substance pensante, 
mais dans Taction; elle n'est pas Tintelligence (vou(), 
k proprement paiier, mais la pensee toute seule 
(rojiffic). Mais si, de son cot^, Tintelligible est tout en 
acte, Tacte ou Taction ne donne plus ici, comme 
dans Tentendement , la superiority k Tintelligence sur 
Tintelligible : Tintelligence et Tintelligible s'identi- 
fient dans une seule et unique et indivisible action. 
De plus , si c est dans Taction meme de la pensee 
qu'est toute Tintelligence et tout Tintelligible , . non- 
seulement Tintelligence est son objet ^ elle-meme, 
mais elle ne pent avoir d*autre objet. Toute autre 
chose que TinteDigence participerait n^cessairement 
des regions inKrieures de la contingence et de la 
possibility, et Tintelligence ne pourrait Tatteindre 
sans descendre de la hauteur de son activity pure. 
Elle ne pourrait changer d'objet sans changer elle- 
meme, ni changer, puisqu'elle est le bien absolu, 

* Met XII, p. 255, 1. lo : Kai yoLp to voelv xai 17 v6ri<Tts vvdpSei 
kolI rd )(^elpKTTOv (leg. ^e7pov7) vooxivtt* 

* Ibid. 1.7: E/ ft)) v6tf<ris i<rtiv aXXa 8xtv(t[us, eijkoyov iishovqv elrm 
TO avve'/ls avT^ Tfjfs voTf<Tewf. Voyez plus haul, p. 449. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III. CHAPITRE III. 585 

sans passer du meilleur au pire^. Mieux vaut ne 
point voir ce qu'on ne verrait qu*au prejudice de sa 
dignity, et de sa perfection^. Lmteliigence ne pent 
done pas plus etre au-dessus quau-dessous de son 
objet : elle est i eiie-meme son objet unique. Et en 
efFet , si Tidentit^ de Tinteiligence et de Tintelligible 
est dans Tunit^ simple d'un seul et meme acte , com- 
ment lmteliigence absolue pourrait-elie penser autre 
chose que Tacte qui fait k la fois tout Tetre de son 
objet et tout son etre k elle-meme ? II n y a done 
rien dans Tintelligence speculative ou absolue , que 
Taction de la pens^e qui se pense elle-meme sans 
changement comme sans repos, et la pens^e veri- 
table est la peijsee de la pensee ^. 

Tel est le principe souverain , triple dans son rap- 
port avec le monde , triple dans son essence , et 
pourtant absolument im et simple , auquel toute la 
nature est comme suspendue *. La s^rie entiere des 
etres forme ime double chaine qui vient de lui et qui 
retourne k lui, qui en descend et qui y remonte. 
D un cote , c'est le systfeme du monde dans Tordre 

^ iWiet. XII,p. 255, 1. 1 sqq. 

^ Ibid. 1. 1 1 : Qore ei ^evxrdv rouro [xai yotp fiif opfv ivia xpeirrov 
if opfv), oCx &v etn rd dpt<TTov -fj v6rj<Tis. Eth. End. VII, xii : B^tiov (sc. 
6 ^t6s) j) ^ore <iXXo ti voelv avrds 'map* avrov. 

' Met XII, p. 255, 1. i3 : AwT^y dpa voeT, etitep iffxl 76 Kpchtarov, 
xal iartv ij vo-nais voTfiaeas v6r\ats, 

^ Ibid. p. 248, 1. 29 ; iiX 7ota^Tr}s dpa dp)(rjs UprriTU 6 ovpavos xal 
■fl ^<7ts. De Ccel. I, ix : fi&fpTjjTa*. 



Digitized by 



Googk 



586 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
de k succession de ses parties dementaires, depuis 
le ciel jusqu4 la teire; de Tautre, le syst^me des 
puissances successives de la nature, depuis la forme 
imparfaite de Texistence ^lementaire jusqu*^ la forme 
accompliede Thumanit^^. Des deux cot^s le principe 
est lememe; les deux extr^mit^s opposes de la chaine 
se joignent et se touchent k cette limite commune de 
la pens^e divine. 

Le dernier et ie plus haut degr^ du diveloppe- 
ment de la nature est T^me humaine , et dans YAme 
humaine la raison. Mais la raison humaine est encore 
une puissance , et la puissance veut un principe qui 
la determine k Taction. Toute puissance embrasse 
une opposition de deux formes possibles, contraires 
Tune k Tautre; des deux formes contraires, il y en a 
une qui est Tessence , et la r^alit^ ; une qui est la 
privation. Tons les possibles se partagent ainsi en 
deux series, Tune positive, Taulre negative; la sine 
de Tetre , et celle du non-etre , la sirie du bien et 
celle du mal ; la sine de la determination et de la 
perfection , et celle de rinditermination , de Timper- 
fection et du d^ordre^. La premiere c est la nature 
meme, la fin oh tend ie mouvement naturel', et le 

^ Voyez plus haut, p. 438 sqq. 

* Met IV, p. 65, 1. 1 , TShf ivavriap if teSpa ffvtrrotxl* trtipfnms, Cf. 
I, p. i6, 1. 3i. XI, p. 33i, 1. 8 : Trff ^ Mpas vwnotxfois td dp/at ha 

' Voyez plus haut, p. 4 17. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 587 

principe deia pens^e^ Toute id^e, comme tout sens, 
s'^tend de meme i deux formes conti^aires, igaie- 
ment possibles ^. Pour determiner la sensation ou la 
connaissance , il faut done nne cause active qui inahi- 
feste dans le possible la forme eissentielle de I'ette. 
L'oeil est feit pour voir le blanc et le noit; pour qu'il 
voie, ii faut la lumi^re qui lui manifeste la couleur 
positive et reelle, la couleur blanche, dont le noir 
n est que la privation^. Pom* la vue de i'entendement, 
il feut aussi une iumifere qui lui r^v^le soii objet 
propre, et qui le tirfe de Tombre*. Et cette lumifere 
que serait-ce? sinon imtelligence souveraine qui fait 
r^tre et Tessence de tout intelligible, Tintelligence 
divine eclairant d'un rayon la nuit de rintelligence 
humaine? L'entendement est iine puissance passive 
qui pent prendre toutes les formes, recevoir toutes 
les idies; comme la matiire premiere, cest ce qui 
pent tout devenir ; c'est la puissance utiiverselle dans 
le monde des id^es, comme la matifere premifere dans 
le monde de la r^aiit^. L'inteliigence absolue est Tac- 

^ Voye^ plus haut, p. US 2. 

« Met IX, n. 

« De An. Ill, vi; I, v. 

* Ibid. V : ^s iZis tis, oJov to ^Qs* Tp6isov ydp xtva nai td (pSk 'Woiel 
Tflt ^vd\i.et 6ma Yjpda^ta. ivepyeicf. ^pd^fidna. Sur les difit^rentes ma- 
oi^res dont on a cherch6 k eipliquer la fonction da vovs tgoti^Ttxds, on 
pent consulter aasfii le trait6 de Fortunius Licetus, De InUllecta 
agente, Patavii, 1627, in-f*. L explication que je donne me parait la 
seule confonne k Tesprit de la doctrine d'Aristote. Voyez le ir vol. 



Digitized by 



Googk 



588 PARTIE III.— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
tiviti cr^atrice qui fait venir i Facte toute forme 
possible , et qui produit toute pensie \ En g^n^rai , 
on la d^j^ vu ^ , la pens^e discursive , la science ne 
pent pas etre son principe et son commencement k 
elle-meme v dans F^me comme dans le monde des 
corps, il faut une cause premifere qui imprime le 
premier mouvement; et cette cause premifere, su- 
p^rieure k la science, que serait-ce, sinon Dieu 
meme? 

II en est de la raison pratique comme de i'enten- 
dement; car ce sont deux formes d'une meme puis- 
sance. La distinction du bien et du mal suppose la 
lumi^re primitive , la volont6 du bien suppose I'im- 
pidsion primitive de'la sagesse divine. La vertu n'est 
que rinstrument de la pensee absolue. Dieu est le 
premier moteur de la volont^ et de Tentendement 
comme il est celui de Tmiivers^. 

Mais Dieu ne se mele pas pour cela au monde, 
dans les regions de Tame , non plus que dans celles 

* DeAn, III, v : Eoriv 6 fi^p xotovTOsvovs r^ ^dvra yiveaSeu, 6 Se tw 
"odtna 'eoieiv, II ne faut pas entendre par 1^ que Tentendement est la 
mati^re de tout, sinon reprfesentativh ou inteniionaliter, selon le langage 
scolastique. L'objet et le sujet ne sont identiques que dans la forme. 

* Voyez ci-dessus, p. 572. 

' Eth. Eud. VII, XIV : T^ 3^ ?)?TotJfiei/ov tout' iart, xis ii rijs jmvtI- 
crewj dp/ii iv rrj i'^XV- ^V^^ov Sii &<nsep iv r^ SXep Q-eds, xeu tscLv ixd* 
vtfi' xtveT ydp ^oi)s ^adtna rd iv vftTv Q-eTov. Xoyov S* dp/ij ov "kayos 
akkd 71 KpeTrrov. T/ oZv Siv xpeJtjpv xal ivtari^fins ehat, ^ki^v B-eos; 
H ydp dperii tow vov Spyavov* 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 589 

de Tespace et des corps ; Dieu demeure tout en iui- 
meme , et la pens^e de la pensee ne sort pas de la pen- 
see. Dans la sphere de la contingence et de i'opposi- 
tion , la privation se connait dans Tessence , le noir dans 
le blanc, ie mai dans le bien. Mais Tid^e de la priva- 
tion nest qu'en puissance dans Tid^e de Tessence; la 
connaissance des oppositions n appartient qu'a la 
puissance de Tentendement^ Ce n'est pas Tetre ab- 
solu qui s abaisse k la consideration du non-etre : c est 
Tentendement qui dans Tetre discerne la possibility 
du non-etre^. Le premier principe est la mesure de 
tout ; et la pensee du premier principe , la mesure de 
toute pensee. Mais ce n est pas lui poiu* cela qui rap- 
porte toute chose k sa mesure : c'est Tentendement 
qui applique k toute chose la mesure du premier 
principe. Ce n'est pas Dieu, qui voit en lui les 



* De An. Ill, vi : OTov tsSk tb xaxdv yvupiiet if rd fiiXap; T^ 

ivavricfi yap ^ecs yvcopiier 3eT S^ Svvdfiei elvou Td yvoopiiov xai Svewat 

iv CLVt(fi, 

^ Gependant Aristote remarque que, dans la doctrine d'Emp^docle, 
Dieu , ne pouvant connaitre le mal , se trouve 6tre le moins intelligent 
des 6tres. De An. I, v : SvfA^at/fef d' '^^I'Ks^oxkeiye xald^popiaraTov elvat 
t6v Qre6v* fi6vos ydp xSv Giof/eioiv iv ov yvcopiet, t6 veTxos, rd 3e 
Q^ra 'ttavra, Mais pr6cis^ment cela n^est vrai qu^au point de vue de 
Tentendement, pour lequel la perfection est de connaitre les deux 
termes de toute opposition, non au point de la raison speculative, 
auquel Aristote pense que ses devanciers sont rest^s Strangers , et oi!t 
par consequent il ne se place pas quand il fait la critique de leurs 
opinions. La solution au point de vue de rentendenient, c*est que 
Ton connait le n^gatif par le positif. 



Digitized by 



Googk 



590 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE, 
id^es; le lieu des id^es est rentendementS et cast 
l^entendement qui les voit en lui-m^me par leur rap- 
port 4 Dieu , d'oii elles tirent toute leur r^alitii. Enfin 
rentendement , li^ h lame comme T.^ine au corps, 
oomme la forme k la mati^re, se midtiplie avec les 
ilidividus et p6rit avec eux : la pure intelligence n*a 
rien de commun avec la mati^re. Sans se multiplier 
et sans se diviser, elle laisse retomber les ames avec 
les corps dans le n^ant d'oii ils sortirent ensemble; 
seule , elle subsiste toujours la mdme, immortelle , in- 
alterable , dans son invariable activity ^. 

Ainsi le monde a son bien et sa fin en lui et hors 
de lui tout ensemble, et surtout hors de lui. Le bien 
d'une armee est dans son ordre , mais surtout dans son 

* DeAn. Ill, iv. 

* Dans le iv* chapitre du 111* livre du Trait6 de TAme, le Now en 
g^n^ral est repr^sent^ comme s^par^ ou separable du corps (de m^me, 
Met XII, p. 24a , 1. 29); de i^ Topinion de ceux qui ont attrihu^ k 
Aristote la croyance k Timmortalit^ de Tdme humaine. La distinction 
entre le vovf ^Oaprds et Yi^aprog nest 6tablie quau v* chapitre; 
c'est dans ce chapitre qu'il faut chercher la vraie pens^ d' Aristote. 
En g4n6ral, il faut distinguer attentivemcnt le sens large et le sens 
strict de vovs ; voyez plus haut, p. 436, n. 4. Sur le rapport de la ^tavoia 
k VaiaQii<Tis, voyez ibid. n. 3. — De quelques passages de la Morale 
(Eth. Nic, I, II, etc.), on pourrait toe tent^ de condure qu Aristote 
a cru k Timmortalit^ de la personnalit^ humaine. Mais ces passages 
doivent ^tre pris dans un sens exoUrufoe et populaire, comme ceux 
oil il est question du culte des dieux. Car la m^moire appartient 
k Tame sensitive, qui est essentieUement p^rissable; De An. Ill, t; 
De Mem, i. Le d^sir de Timmortalit^ est le d^sir d'une chose impos- 
sible. Eth. Nic, III, IV : ^auiXriais ^ i<rri t&v divp^ijp, olov aBa»aai9S. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. 591 

chef; car c'eat Tordre qui est par le chef et non le chef 
par i'ordre ^ L'univers forme done un syst^me continu 
de progressions ascendantes ordonn^es k un seui et 
meme terme. Ce n est pas un assemblage de principes 
ind^pendants et d^tach^s, comme un poeme mai fait 
toutform^ d'ipisodes^, cestun enchainement de puis- 
sances successives subordonn^es les unes aux autres, 
seion ies degr^s de leur d^veioppemcnt , et coordon- 
n^es entre elles par une s^rie d'analogies, selon leurs 
rapports communs avec un mSme principe'. Le prin- 
cipe n'est plus une puissance ; il est ie premier et le 
plus haut terme de toutes les series , et cependant il 
est en dehors , au del&, ou plutot au-dessus de toute 
s^rie et de tout ordre, ind^pendant et s^par^. La pro- 
gression des 6tres commence k la puissance oii toute 
opposition est enveloppie; elle se termine k Taction, 
sup^rieure k toute opposition : le mouvement remplit 
Vinterralle. Du sein de Tindi termination et de Tinfinit^ 
du possible, la nature s*^l^ve par degres vers la fin qui 
Tattire, et k mesure qu'elle approche, k mesure do- 
mine en elle Tetre sur le n(Hi-etre, ie bien et le beau 
sur le mai; le cot^ n^gatif d^e la double s^rie des con- 
traires descend de plus en plus dans Tombre , Tautre 

* Met. XII, p. 256, 1. 1 sqq. 

* Ibid. p. 2 58, 1. 17. Voyez plus haut, p. SSg. 

' Ibid. p. 256, 1. 6 : Tidvra y^p avvriraxTai tfeos oXX' ot;;^ ofioieos,.. 
xat o^x oihoH fyet Sore ftil elv€u Q-axipta ^pds Qrdtepov firiOiv, dXX 
iffTt Ti... Kiyw i' oHov tU ye rd ^laxpiBfivtu dvdyKif ivoLmv iXdenr, xai 
dtXXa o^rojs iarlv &v xoivavtT dvatna eii t6 6kov, 



Digitized by 



Googk 



592 PARTIE IIL— DE LA M^TAPHYSIQUE. 
brille de plus en plus de la lumifere divine de 1 etre et 
du bien absoiu. La puissance, qui enveloppe ies con- 
traires , est la condition et non la cause du mouve- 
ment; i mesure que la nature s afBranchit fie la n^ces- 
sit^ de la matifere, k mesure qu'elle est plus libre, 4 
mesure aussi elle laisse moins au hasard ^ ; car sa li- 
berty c est d etre tout enti^re k sa fin. Toute sa liberte 
est avec tout son etre dans le disir quil'attire au bien. 
Le mal n est done pas comme le bien un principe, et 
le monde n est pas partag^ entre deux principes en- 
nemis. Le mal a sa source dans la puissance , et il ne 
se manifeste que dans le d^veloppement de I'opposi- 
tion qu'elle renferme : cest la privation du bien, et 
par suite le bien meme en puissance^. Ce nest pas 
un etre, et il n'y a point de mal subsistant en soi-meme 
hors des etres '; c'est , commerlmfini , ce qui n est pas 
et qui vient k Tetre; cest Timperfection, le d^faut, 
Timpuissance qui r^sulte de la puissance meme, et. 
dont elle aspire k se d^gager. L'opposition du bien et 
du mal, Topposition en g^n^ral, ne d^passe done 
point le monde de la contingence et du change- 
ment. Le bien absoiu na pas de contraire; c'est la 
fin derni^re de toute chose, et par consequent le 

1 Met XII, p. 256, 1. lo. 

* Ibid. XIV, p. 3o2, 1. 19 : Td xaxdv iarou awr^ rd Svvdfiei ayad6v. 
Cf. PAy5. I, IX. 

' Met. IX, p. 189, 1. 20 : Ovx i(rti rd xaxdv igrap«^ rSt 'Sfpecyftara. 
iffrepov yap t^ ^tJcci to xaxov ttjs Suvtifuoas, 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, GHAPITRE III. 593 

premier etre : or le premier na point de contraite^ 

Le mal n est pas par iui-meme , et ce n est pas Dieu 
non plus qui est la cause du mai. Dieu est ie bien ab- 
solu , sans degr^s et sans differences; chaque etre en 
re§oit , selon son pouvoir, le bien avec la vie \ Dieu 
est la raison unique de tout ce qu il y a de bien en 
tout etre; car le bien d'une chose est sa fin, et il n'y 
a de bien que par la fin. La raison de iin^alit^ des 
etres dans leur participation au bien est la necessity 
invincible et la fataiit^ de la mati^re, et la matiire 
c'est le possible qui enveloppe Timpuissance et Tim- 
perfection. 

Tout ne pent done pas atteindre ^ la fin supreme ; 
du moins tout y aspire et y marche sans cesse. Sans 
cesse le mal est vaincu par le bien, et le monde^ tel 
qu'il est, estie meilleur des mondes possibles^. Mais 
de meme que ce n est pas Dieu qui pense tout ce qui 
pst autre que sa pensee meme , de meme ce n'est pas 
lui qui ordonne pour lui-meme tout ce qui est autre 
que lui. Ce n est pas la raison speculative qui dispose; 
c'est la raison pratique, la pensee artiste et architec- 
tonique qui prepare tout pour eile *. Dieu ne descend 
point k gouverner les choses; cest h la nature qu'ap- 

^ Met, IX, p. 257, 1. 27 : Ov ^dp iortv ivavjlop t^ nrpe^^ o^iv. 

* D«CapLI,ix; II, XII. 

* Pfcyj. VIII, VII. 

^ Eih. Eud, VII, XV : O^ y^ imTaxuKUf Apx^ ^ ^^^y «^^' ^ 
iveHOL il ^p6vri<Tts ivitmtt, Cf. Moifn. Mot. I , xxxiv. 

38 



Digitized by 



Googk 



594 PARTIE III.— DE LA METAPHYSIQUE. 
partient Tarchitectonique du monde; cest elle qui 
dispose en vue du bien supreme dont elle est attir^e, 
qui fait sortir partout le meUleur du possible \ et qui 
ripand partout, comme une providence vigilante, la 
proportion, rharmonie et la beaut^. 

Gependant, nous Tavons dejk dit^ ce n'est pas non 
plus sur des id6es que la nature se r^g^e ; elle ne se 
r^gle point , comme Fart et comme la raison pratique , 
sur le type pr^concu d'une perfection abstraite; c'est 
le propre de Thumanit^ que la reflexion et le calcul de 
la volont^ et de I'entendement. La nature tend done 
de toutes parts au bien sans le voir au-dessus d elle 
comme un lointain id^al , mais sous Timm^diate in- 
fluence dun disir aveugle. Ainsi le bien se trouve 
sa cause efficiente, sa cause motrice non moins que, 
sa fin ; ,mais ce bien , c est la pensee , et la pens^e de 
la pensee. Tout sordonne done de soi-meme dans 
r^lan spontan^ de la nature comme dans le calcul 

^ Voyez plus haul, p. 417, n. 7. 

* Aristote, en quelques endroits, attiibue raction ordonnatrice el 
providentielle k Dieu comme k la nature. Ainsi, De C<bL I, iv : 6 
Q^s xoi 1^ O^ms oCSiv fidrriv 'eotovat* De Gen. et corr. : 'Zwevki^pwre to 
Aov 6 Q^ds, X. T. X. Mais c^est plutdt Q'eJop qui doit etre substitue k 
Q-eds, comme dans le passage suivant qui r^pond exactement au pre- 
cedent, et dont Ydpa'nXripot rappelle ie 9vveirXf|p«i)9e de celui-ci. CEcon. 
I, III : A ^iats avaishipoX to^tyf tij *aept6^ rd del elvM. fiirei xar' 
dpi6(t6v oC ^^vaTOi, dk'kd Hard rd elios, Od^ra^ ydp 'apouxovdyLnrat vvb 
Tov Q'eiov, Au reste, il faut sattacher, ici comme aiileurs, k la liai 
son g^n^rale desid^es, plus quk la terminologie de passages particu- 
liers , dont rinterpr^tation est plus contestable. 



Digitized by 



Googk 



LIVRE III, CHAPITRE III. . 595 

abstrait d'une reflexion pr^voyante ^ La nature est 
comme p^n^tree de la pensee substantielle qui lui 
donne la vie, et qui Tagite sans cesse d'un inquiet et 
insatiable d^sir ; elle fait tout , sans le savoir, pour 
une seule et meme fin qui est la raison meme. L uni- 
vers, la science, la vertu, le monde du corps et de 
Tame, tout nest que Tinstrument, Torgane fait pour 
servir k la pensee divine, et au deli de Tunivers se 
pense. la pensee dans T^ternit^ de son action uni- 
forme et de sa f^licit^ supreme. 

* De CobI. II, IX ; Qcnep to fieXXov iffSoBat fapovooij^s rrfs ^w<Tewf. 



FIN DU TOME PREMIER. 



Digitized by 



Googk 



Digitized by 



Googk 



TABLE 

DES CHAPITRES DU PREMIER VOLUME. 



PREMIERE PARTIE. — intkoduction. 

DE L HISTOIRE ET DE L*AOTHENTIGITE DE LA M^TAPHYSIQUR 
DARISTOTE. 

LIVRE I. DE L HISTOIRE DE LA METAPHYSIQUE D ARISTOTE. 

Pagw. 

Chap. I. De Thistoire des ouvrages d'Aristote en general, 
jusqu'au temps d'Apellicon de T^os et d'Andro- 
nicus de Rhodes 3 

Chap. II. Des travaux d*Apellicon et d'Andronicus sur les 

ouvrages d* Aristote 18 

Chap. III. De Thistoire de la Metaphysique d*Aristote. 3i 

uvre ii. de l^authemtigite de la metaphysique 
d'aristotb. 

Chap. I. Du rapport de la Metaphysique avec d'autres ou- 
vrages d'Aristote consid^r^s comme perdus 4 2 

Chap. II. Du rapport de la Metaphysique d'Aristote avec 



Digitized by 



Googk 



598 TABLE DES CHAPITRES. 

Pag«5. 

ies traits sur la Philosophie , sur le Bien , sur les 

Id^s,etc. 

S I. Du traite sur la Philosophie 53 

S II. Des traitcs sur le Bien , sur les Id^es , etc. . 69 
Chap. III. De TautheDticitd et de Fordre de la M^taphy- 

sique et de ses parties. 

DEUXifeME PARTIE. 

ANALYSE DE LA M^TAPHYSIQUE. 

Ilipi rar wofa^Zf Kiy^vcaf ( V* livre) 111 

LIVRE 1(A) 117 

m (B) i3o 

IV (r) i38 

VI(E) 147 

VU(2) • 149 

VIU (H) ;.. i56 

IX (0) 160 

X(I) i63 

XI (K) 168 

Xffl (M) 170 

XIV (N) 184 

XII (A) 192 

TROISIIEME PARTIE. 

DE LA METAPHYSIQDE D*ARISTOTE. 

LIVRE I. DU RANG DE LA METAPHYSIQUE DANS l'eNSEMBLE 
DE LA PHILOSOPHIE D*ARISTOT£. 

Chap. I. De la division des ouvrages d'Aristote par rap- 
port a la forme. Livres exoteriques et acroama- 
tiques 2o5 



Digitized by 



Googk 



TABLE DES CHAPITRES. 599 

Chap. II. Division des ouvrages d'Aristote relativement a 

la mati^re. Ciassification des sciences philosophiques. 2 44 

LIVRE II. HISTOIRE DE LA METAPHYSIQUE d'aPRES 
ARISTOTE. 

Chap. I. loniens , Pythagoriciens , M^ates , Sophistes , So- 

crate 267 

Chap. II. Platon; dialeclique; thterie des id^s; thdorie 
des nombres. R6sum6 de Thistoire de la M^taphy- 
sique avant Aristote 279 

LIVRE III. SYSTEME METAPHYSIQUE d' ARISTOTE. 

Chap. I. Objet de la Metaphy sique : les premiers prin- 
cipes , Ttoe en tant qu ^tre. Cat^ries. Oppositions 
ou analogies. Principes propres et principes com- 
muns ; . . . • 347 

Chap. II. Puissance et acte. Mouvement. Nature : corps 
et ame ; puissances successives de la vie. Humanity ; 
Fm de la nature. Fin de Thumanit^ : pratique , spe- 
culation. — Science : d^onstration ; induction ; d^ 
finition ; intuition 879 

Chap. HI. Premier moteur du monde. Dieu, principe de 

la nature et de la science 53 1 



Digitized by 



Googk 



Digitized by VjOOQIC 



Digitized by 



Googk 



Digitized by 



Googk 



Digitized by 



Googk 



Digitized by 



Google 



f^AV I ^941) 




Googk 



Digitized by VjOOQ IC